L'HÔPITAL
Chaque salle aura des water-closets modèles (chauffés), des lavabos (eau courante, serviette individuelle, verre à dents et brosse à dents individuels), des bains; les salles de femmes auront des bidets (soins obligatoires). Insistons encore sur la nécessité des salles à inayiger.
Chaque service doit être scientifiquement organisé. Le temps n'est plus où le médecin pouvait se contenter d'un stéthoscope et le chirurgien de plâtre et d'instruments tranchants. Actuellement, sans parler de renseignement des étudiants (le nouveau règlement des éludes médicales donne des stagiaires à tous les chefs de service, dans les villes universitaires), le médecin ne peut soigner efficacement ses malades, leur donner toutes les chances de guérison. que s'il possède, dans son pavillon, tout ce que la science met à sa disposition. Les pavillons de médecine et de chirurgie (sans parler des salles d'opérations de ceux-ci) auront donc de vastes laboratoires, destinés à toutes les recherches nécessaires au diagnostic, au pronostic et au traitement : radioscopie, radiothérapie, chimie, bactériologie, anatomie pathologique, inoculation, etc. Ces dépendances seront vastes et dotées d'un personnel suffisant et spécial. Elles peuvent utilement être logées dans les sous-sols surélevés.
Les salles d'autopsie (pavillon spécial) seront bien aménagées, avec frigorifiques pour la conservation des cadavres. Un obitoire est indispensable pour les familles des morts (p. 401). Un laboratoire d'anatomie pathologique sera annexé.
Indispensables aussi sont les pavillons destinés : aux traitements par les moyens physiques (mécanothérapie, bains de lumière, bains permanents, radiothérapie, radiumthérapie, etc., etc.), à la pharmacie, à la stérilisation, à Tadministration, au service de porte et de nuit (pour éviter qu'on transporte pendant la nuit les nouveaux arrivants dans les salles), aux agités, etc., etc.
Les pavillons communiqueront par des passages souterrains, au moyen de véritables petits trains sur rail; des ascenseurs permettront de transporter aliments, remèdes, linge etc., dans chaque pavillon. Ces passages souterrains, interdits aux malades en général, pourront permettre le transport d'un malade d'un service dans un autre, sans passer par l'extérieur. Les passages non souterrains rendent illusoire l'isolement des pavillons. A défaut de passages, aliments, remèdes, malades peuvent être transportés par un service automobile.
Pas de rideaux, pas de tapis, pas de meubles en bois (tout doit être métallique), pas de balayage à sec.
Les crachoirs seront en verre, journellement stérilisés.
Un uniforme décent (drap ou toile) sera imposé aux malades.
Le personnel infirmier sera soigneusement sélectionné, distinct du personnel simplement ouvrier. Les écoles d'infirmiers et d'infirmières (comme celle de la Salpétrière, qui est un modèle) devraient être multipliées; le brevet serait alors exigé de tout infirmier ou infirmière. Une situation spéciale doit être assurée à ce personnel (logement individuel, heures de repos ou d'étude, heures de jeux, appointements suffisants, etc.).
Il est inutile que des médecins fassent partie des conseils d'administration ; mais, l'avis de la collectivité des chefs de service devrait être demandé avant chaque décision pouvant intéresser le sort des malades.
Nous ne pouvons décrire chaque hôpital spécial; n'insistons que sur les points les plus importants.
3° Services de chirurgie. — 11 faudra séparer complètement les septiqnes des aseptiques. Rien ne doit être commun, ni les salles, ni le personnel, ni les instruments. Le mieux est d'installer deux services distincts, à des étages différents, ayant chacun leur escalier. C/est déjà trop que le chef de service soit le même pour les deux étages ; on ne peut l'éviter.
4'' Maternités. — Autrefois, les maternités étaient désolées par la fièvre puerpéraie (streptococcie, p. 650). Aujourd'hui, les maternités, organisées comme de véritables services de chirurgie, doivent avoir une mortalité presque nulle.
Une infirmerie annexe est indispensable. Il faudrait des services pour les femmes enceintes, dont l'état de santé nécessite un repos prolongé et un traitement approprié.
o'^ Hôpitaux d'enfants. — Les hôpitaux d'enfants, en raison de la fréquence des maladies contagieuses à cet âge, doivent avoir une organisation spéciale.
Un quartier sera réservé aux contagieux., dans l'hôpital d'enfants lui-même. C'est une faute de réunir enfants et adultes dans un hôpital général de contagieux. Le va-et-vient entre des quartiers de contagieux et de non-contagieux est trop fréquent pour que ces deux hôpitaux soient séparés. C'est également une faute d'introduire des adultes contagieux dans un hôpital d'enfants.
Dans le quartier (ou les pavillons) des non-contagieux^ Tiso-
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lement individuel est encore indispensable, non pas aussi rigoureux que dans le premier cas, mais suffisant pour éviter tout contact direct entre les enfants. Chaque enfant doit être dans un box. On diminuera ainsi notablement le nombre des cas de complications infectieuses. On évitera, notamment, qu'un enfant entré en incubation de rougeole, de scarlatine ou de coqueluche, devienne Torigine d'une épidémie de salle.
Quant aux contagieux, nous réclamons l'isolement individuel complet, à la place des pavillons spécialisés suivant les maladies, sans véritable isolement de chaque enfant. La question sera traitée plus loin, page 398.
V héliothérapie devenant un mode de traitement de plus en plus employé, il sera bon de prévoir des toits en terrasses où les enfants pourront être exposés aux rayons solaires.
6° Hôpitaux marins. — Ils sont indispensables pour le traitement des enfants.
7° Hôpitaux de convalescents. — Ils doivent être situés à la campagne, être assez vastes pour contenir tous les malades qui n'exigent plus des soins médicaux immédiats. Le coiit de la journée doit être très inférieur à celui du coût de la journée d'hôpital pour malades.
8" Hôpitaux d'incurables. — Ils présentent un certain intérêt, surtout au point de vue économique. Là encore, les dépenses doivent être inférieures aux dépenses d'un hôpital ordinaire.
9° Hôpitaux de tuberculeux. Sanatoria. — Voir le chapitre Tuberculose, p. 735 et 746.
10° Hôpitaux-baraques. — Il existe des baraques, pouvant être rapidement montées, et qui constituent des hôpitaux de fortune, fort utiles en cas de guerre ou de grande épidémie.
Il"* Services spéciaux. — Chaque spécialité exige une organisation adaptée à ses besoins. Les services de vénériens sont bien souvent complètement isolés. Seule la question de morale, étant donnée la population spéciale qui fréquente ces services, peut justifier ces mesures. Voir le chap. Syphilis, p. 753.
Des consultations pour les malades du dehors sont indispensables dans les services de spécialités. Elles peuvent être avantageusement situées dans le centre de la ville.
12° Asiles d'aliénés, — Ils exigent une organisation tout à fait spéciale et wm hygiène irréproch«l)le,
13*" Hôpitaux de contagieux. — Autrefois, tous les malades étaient soignés dans des salles communes, quelle que fût Taffection dont ils étaient atteints. Yarioliques, diphtériques voisinaient avec des anémiques, des nerveux, etc. Petit à petit, on a isolé les malades les plus contagieux (variole, diphtérie, scarlatine, etc.).
Actuellement, on trouve encore, dans les salles communes, beaucoup de malades contagieux. C'est un scandale qu'il faut faire cesser! Il est indispensable qu'on isole les typhiques et les tuberculeux contagieux. Ou a créé çà et là (Paris, Lyon) des services de typhiques, mais sans obtenir que tout typhique y soit transporté; cependant, les cas de contagion intérieure sont fréquents (p. 557). Pour les tuberculeux, voir p. 718.
Si nous admettons le principe que tout contagieux doit être isole, comment comprendre cet isolement? Que doit être un hôpital de contagieux?
La tendance générale est de créer des pavillons spéciaux pour chaque maladie : diphtérie, scarlatine, rougeole, typhoïde, etc. îSous sommes absolument opposés à cette façon de procède)^ pour les raisons suivantes : 1° Quelles que soient les dimensions qu'on donnera aux pavillons, on n'empêchera pas que tel pavillon soit vide au moment où tel autre est encombré, ce qui est un non-sens. Le pavillon des rougeoles, par exemple, sera encombré de couchettes; celui des scarlatines n'aura que 2 ou 3 malades. On fera appel pour les premiers à un personnel supplémentaire non éduqué ; le personnel des scarlatines n'aura rien à faire. 2° La mortalité est considérable à l'hôpital pour certaines maladies comme la rougeole (p. 567), comme la diphtérie (p. 589), comme la coqueluche (p. 594), non pas en raison de la maladie elle-même, mais i^ar les complications infectieuses, telles quelabronchopneumonie. Des salles entières d'enfants sont décimées par la bronchopneumonie. Dès lors, l'isolement par pavillon ne rend que peu de services aux isolés eux-mêmes. 3° Malgré la création de pavillons spéciaux, il faut un ou deux pavillons à isolement individuel, pour les cas mixtes, pour les cas à diagnostic douteux, pour les entrants ; c'est le service de quarantaine.
Les pavillons spéciaux empêchent la contagion de se propager au dehors, mais ne servent pas à protéger les isolés entre eux ; au contraire, ils leur sont nuisibles.
Je suis, pour ma part, un partisan résolu de V hôpital de contagieux à isolement individuel, de l'hôpital de contagieux tel que
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Va conçu Vlnstitut Pasteur^ sous la direclion de L. Martin. Voici le principe : construire un hôpital ne possédant que des chambres individuelles, absolument isolées, ayant chacune leur matériel complet (lavabos, baignoires, instruments, etc.). Le médecin, le personnel changent de sarraux en entrant dans chaque chambre, se lavent les mains chaque fois, etc. 0?i peut alors mélanger sans inconvénient des malades atteints d'affections diverses. Il n'y a pas de contagion de chambre à chambre, pas de contagion intérieure. Donc, non seulement le malade est isolé pour la maladie qui Ta amené à Thôpital, mais les infections secondaires^ telles que la bronchopneumonie, ne se propagent pas.
L'hygiène ne peut qu'approuver. En outre, chaque malade a plus de chance de guérir que dans le pavillon sans isolement individuel. J'ajouterai que, malgré les apparences, le système Pasteur est plus économique que l'autre, car un moins grand nombre de lits (un tiers de moins environ) est, au total, nécessaire (tous étant utilisés pour toutes les maladies); le personnel est toujours occupé en entier. Enfin, on n'a plus à s'occuper des malades à affections mixtes, des malades à diagnostic incertain ; chaque entrant est placé dans une chambre, avant que le diagnostic soit envisagé; il fera toute sa maladie dans celte chambre.
L. xVlartin a résumé, en 1910, les résultats obtenus, pendant 10 ans, dans l'hôpital Pasteur, Sur 9 677 malades hospitalisés : 593 décès, soit 6 p. 100. Pour 874 rougeoles : 29 décès (3, 31 p. 100). Ce faible pourcentage de décès par rougeole est significatif (p. 367). Les cas de contagion intérieure n'ont été que de 3 p. 1000, c'est-à-dire extrêmement rares. Ces chiffres sont suffisamment éloquents.
Dans le futur Hôtel-Dieu de Lyon, un quartier pour 150 contagieux adultes sera construit sur le modèle Pasteur. Il aurait fallu plus de 300 lits si on avait adopté des pavillons spécialisés.