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I. — NOSOCONIOSES

On appelle nosoconioses (Layet) les maladies {voao^) produites par l'action des poussières (xovtç).

1° Nosoconioses. — Les poussières industrielles peuvent nuire à l'organisme en se déposant ou se fixant sur les téguments [der-

matoconioses), ou en pénétrant dans les voies broncho pulmonaires (pneumocomioses)^ ou en étant entraînées dans les voies digestives (entéroconioses).

a) Dermatoconioses. — Les dermatites professionnelles se divisent en deux groupes, suivant qu'elles se produisent pendant le « travail au sec » ou pendant le « travail à Thumide » (p. 419). Les premières seules sont dues aux poussières proprement dites [dermatoconioses)^ à côté desquelles on doit aussi placer les altérations des muqueuses tapissant Forifice des cavités naturelles {ophtahnocoyiioses, rhiiio, otoconioses).

Les poussières se déposent surtout sur les parties découvertes, et de préférence au niveau des saillies, des plis articulaires, des poils qui les retiennent, mais parfois aussi sur les parties couvertes chez les gens malpropres, où elles se mélangent avec les produits de sécrétion et de desquamation cutanées (crasse) dans les régions irrëgulières, anfractueuses, pourvues de poils, etc. : ceinture, plis de Faine, parties génitales, ombilic chez Thomme; jarretières, corset, cavités naturelles chez la femme.

Dans la peau, les poussières peuvent agir par simple effet mécanique, obstruant les conduits glandulaires, et même les pénétrant ou les irritant, ou bien par pénétration sous forme de petites aiguilles, ou, enfin, par effet caustique (véritables ulcérations).

Les dermatoconioses peuvent affecter toutes les formes connues d'éruption ou d'altération cutanées : forme érytJmnateuse, par action superficielle purement mécanique de poussières inertes, insolubles, sans propriétés irritantes spéciales; foryne papuleihse (la plus commune), par simple irritation superficielle du derme ou par pénétration de fines particules plus ou moins acérées, produisant de vives démangeaisons, d'où cuisson et excoriation; forme vésiculeuse ou eczémateuse^ due ordinairement à des poussières souvent solubles, plus ou moins friables, ou humides et imprégnées de produits irritants s'accu mutant dans les plis et sillons de la peau; forme furonculeuse, par pénétration dans les orifices des glandes sébacées de corpuscules irritants ou imprégnés de produits empyreumatiques (acné ou ecthyma du dos ou des épaules, abcès tubéreux du creux axillaire, blépharite glandulociliaire, otite furonculeuse) ; forme pustuleuse^ due le plus souvent à l'action infectieuse de certaines poussières d'origine animale (parfois spécifique : charbon), ou à l'action destructive d'autres poussières salines ou chargées de principes acres; forme

ulcéreuse, occasionnée par les poussières caustiques (rhinite chronique perforante, avec ulcération et parfois perforation de la cloison). Dans Ténumération qui précède, on trouvera ainsi les exemples les i)liis fréquents de rhinoconioses^ d'otoconioses, à'ophfdlmo-coîuoses.

Voir (p. 732) la pénétration transcutanée de la tuberculose.

h) Pneumoconioses . — Ainsi dénommées par Zenker.

Malgré la présence d'obstacles naturels de toutes sortes (vibrisses, sinuosités, mucus agglutinant et bactéricide, mouvements de l'épiglotte et des cils vibraliles de Fépithélium, leucocytes migrateurs, etc.), les poussières finissent, à la longue, par envahir les petites bronches et le parenchyme pulmonaire, surtout par la voie lymphatique où elles sont véhiculées par les phagocytes jusque dans les points les ])lus reculés (Ruppert, Charcot, etc.). Pour Calmette, des poussières pénétrant par la voie intestinale pourraient engendrer des pneumoconioses.

Les lésions ainsi produites peuvent affecter : soit la forme scléreuse (sclérose interstitielle, surtout caractéristique de rinfluence professionnelle seule, diminuant le champ de Thématose, irritant le parenchyme voisin); soit la forme ulcéreuse (élimination d'amas intra-pulmonaires de poussière, formant des cavités analogues aux cavernes, d'où le nom de phtisie professionnelle, lésion favorisée par la prédisposition constitutionnelle et la misère physiologique, et favorisant la tuberculose vraie en diminuant la résistance ou Thématose et en ouvrant des voies de pénétration au bacille).

Il existe trois variétés étiologiques principales de pneumoconioses : i" Chalicose (par poussières pierreuses); 2° sidérose (par poussières métalliques) produisant surtout la sclérose pulmonaire; S° anthracose (par poussières charbonneuses) aboutissant surtout à la forme ulcéreuse. Il faut y ajouter la byssicosis (par poussières de coton) ; la tabacosis, et, à côté des pneumoconioses vraies, avec pénétration de ce parenchyme, il faut faire une place à la bronchorrhée professionnelle de Layet, irritation simple des bronches par des poussières végétales peu dures, mais adhérant fortement aux muqueuses.

c) Entéroconioses . — Elles sont dues à Taltération des muqueuses digestives par pénétration et incrustation des poussières ingérées. Bien étudiées d'abord par Lancereaux (anthracose intestinale des bouilleurs). Pour Calmette, les particules charbonneuses

et les bacilles de Koch peuvent traverser liiilestiii sans le léser et aller causer des lésions pulmonaires.

On distingue les entéroconioses : vraies dues à laction purement mécanique des poussières; mixtes, favorisées en plus par de mauvaises conditions de terrain ou de travail ; infectieuses, dues à des poussières virulentes (charbon, iulierculose, etc.)

2° Considérations étiologiques. — Les nosoconioses varient naturellement suivant les })rofessions, et surtout la nature des poussières, qui peuvent être d'origines minérale, végétale, animale. En voici quelques exemples courants :

a) Nosoconioses dues à des poussières minérales. — Énumérons : la chalicose, la phtisie ou Tasthme des tailleurs de pierres meulières, des potiers, plâtriers, aiguiseurs, etc. ; la chalicosidérose (plus grave) des polisseurs et décapeurs de métaux, des couteiliers, etc.; Vé?njthème des tailleurs de pierre; le lichen des fondeurs. V eczéma (dit gale) des cimentiers, des verriers; les dermatites ulcéro-pustuleuses des chromateur s \\q^ coliques des ébarbeurs et polisseurs de cuivre et de bronze, des fondeurs; les gastrites (})arfois hémorragiques) des porcelainiers, de Bernutz (rôle de Falcool); certaines lésions du saturnisme.

b) Nosoconioses dues à des poussières végétales. — Citons : la pneumoconiose anlhracosique ou catarrhe noir des bronches, phtisie noire des Anglais, si fréquente chez les mineurs; la chalicosidérose mixte des tailleurs, peigneurs ou cardeurs de lin et de chanvre; la bronchorrhée professionnelle des filatures, fabriques de coton, ouate (phtisie cotonneuse de Gœtsen, byssicosis); Yérythème furonculeux des houilleurs; le lichen des fabricants d'étoupes;Vanthracose intestinale des houilleurs; les angines énjthémateuses des peigneurs et fileurs de chanvre.

c) Nosoconioses dues à des poussières animales. — Indifférentes par elles-mêmes, ces poussières peuvent véhiculer des matières toxi-infectieuses. Signalons : les bronchites chrojiiques (bronchorrhées professionnelles) des brossiers et criniers, broyeurs d'os, fabricants de poudrette; les dermatoconioses érythémateuses et furonculeuses; les infections généralisées ou localisées par le charbon, le tétanos, la tuberculose, la variole, la diphtérie, la fièvre typhoïde, le choléra, etc. (industries des crins, peaux et plumes; chiffonniers, blanchisseurs).

d) Nosoconioses dues directement à des poussières organisées et vivantes {coniomycoses). — Il existe, outre les bacté-

rioses que nous venons de signaler, des mycoses (maladies à champignons microscopiques, à moisissures), essentiellement professionnelles. Le champignon de la carie des céréales (ustilago caries), celui du charbon des végétaux (uslilago carbo), celui de la rouille des feuilles (ustilago puccinia, oïdium graminis) sont très irritants et produisent parfois chez les vanneurs, jaugeurs de blé, cngrangeurs de fourrage, du coryza^ de Vangine, et une éruption cutanée accompagnée souvent de courbature fébrile, parfois de céphalalgie avec vertiges et troubles d^^speptiques (Grosjean de Montmirail). On connaît bien, d'autre part, rintluence du pollen des graminés (rhume des foins, fièvre ou asthme des foins).

Les moisissures du genre aspergillus (a. glaucus, flavus, fumigatus, niger) ou eurotium (e. glaucum, repens), le sporotrichum. ou Yactinomyces, les blaslomycètes (oospora, oïdium) déterminent très fréquemment des affections bien connues sous le nom de mycoses : actinomycose (Poucet, Dor, Bérard), aspergillose (Rénon), sporotrichose (de Beurmam et Gougerot), oosporose (Roger), blastomycose, etc. Suivant le lieu d'élection du parasite, on a affaire à des angines (pharyngomycose, leptothrix), bronchites (bronchomycose), pneumonies (pneumomycose), pseudo-tuberculoses, lésions cutanéo-muqueuses (actinomyces, sporotrichum). Les ouvriers les plus atteints sont les vanniers et cannissiers (fabriquant des claies, des lambris, avec le roseau ou canne de Provence, arundo donax). La maladie des roseaux ou des cannissiers, due SiU sporotrichum dermatïdes (Planchon), moisissure blanche, est caractérisée par des picotements douloureux des yeux, du nez, de la gorge, ou delà conjonctivite, une toux légère, de Térythème et du gonHement de la face, une éruption de iines pustules rappelant la gale entre les doigts, à la ceinture et aux parties génitales.

3" Préservation. — Il faut diminuer la production des poussières et empêcher leur pénétration dans 1 organisme.

a) Ventilation générale (p. 414). — Elle est toujours nécessaire, et facilite l'évacuation des poussières. Elle peut être suffisante, dans les ateliers peu importants, pour les poussières légères et fines. Il est souvent utile d'humecter les matières à travailler. Le dispositif général de Geneste et Herscher peut être indiqué comme réalisant une bonne ventilation des ateliers à poussières.

h) Isolement des poussières. — 11 peut être obtenu par des

appareils clos (hottes, châssis, cages vitrées, avec ouvertures pour le passage des mains et des avant-hras, etc.), permettant de

Fig. 113. — Enlèvement des poussières par canalisations aériennes.

réaliser sans danger certaines opérations (blutage, embarillage, etc.), et d'entraîner poussières et vapeurs dans des cheminées d'aspiration (fig. 113).

Des appareils d'aspiration et d'évacuation des poussières permettent une ventilation spéciale, per ascensum (sciures de bois, fabrication de chaussures), ou per descensum (époussetage de porcelaine, meules).

Les collecteurs de poussières sont (en principe) des caisses ou des chambres en tôle, communiquant à leur partie supérieure avec l'atmosphère par un tuyau élevé

(fig. 114). Il en existe des ^'&- ^^'^- ~^ Séparateur cyclone Sturtevant.

types nombreux : recueillepoussières de Jouany, de Maniguet, cyclone Ransome, Sturtevant, etc. Les poussières recueillies peuvent parfois être utilisées

CouRMONT. — Précis d'Hygiène.

comme combustibles, ou comme engrais, ou pour la fabrication du papier, des étoffes, etc.

Les filtres à poussières sont constitués par des manches en flanelles dans lesquelles l'air poussiéreux est envoyé à l'aide de ventilateurs ;

l'air dépoussiéré s'échappe par les interstices du tissu : les poussières se collent au tissu; elles sont secouées automatiquement et tombent dans un réservoir

inférieur. Ces filtres rendent de grands service en minoterie; ils assainissent le milieu, diminuent les dangers d'incendie par les poussières folles, évitent une perte de marchandise (flg. 115).

Air dépoussiéré

Fie:.

Poussières

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