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CHAPITRE XXVI

Les gaz et vapeurs qui, si souvenl, rendent au moins incommodes pour le voisinage les atmosphères industrielles, les rendent plus souvent encore insalubres pour les ouvriers.

1^ Industries à gaz et vapeurs délétères. — Elles sont nombreuses.

r Bien que rhydrogène ne soit pas toxique, il asphyxie par manque d'O (Regnault et Reiset). La fabrication du ciment métallique, les industries élcctroly tiques, le décapage des feuilles de tôle, la fabrication des accumulateurs, etc. dégagent de l'hydrogène,

2" Les vapeurs nitreuses et nitriques se produisent dans les fabriques d'acide azotique, d'acide sulfuriquc, d'explosifs, etc., dans la gravure sur cuivre.

3" C'est l'ammoniaque, dans la fabrication du sulfate d'ammoniaque, dans les appareils de réfrigération, dans la production de la soude par le procédé Sohvay. Ce dernier produit parfois de la conjonctivite, des furoncles (Poincaré).

4" Ailleurs, ce sont des vapeurs phosphorées (voir p. 449), ou d'hydrogène arsénié (fabriques de blanc de zinc, préparation de Vhydrogene en chambre pour gonfler les ballons d'enfants), ou de soufre {raffineries de soufre, vulcanisation du caoutchouc).

0" Les gaz sulfureux sont produits non seulement par l'extraction du soufre et la préparation de ses dérivés, mais encore par la fabrication des allumettes, de la glace (procédé Pictet), le soufrage des tonneaux, etc. Des projections d'acide et des dégagements de vapeurs sulfureuses se font dnns les tréfileries, les salles d'accumulateurs, les ateliers de galvanisation et d'affinage des métaux, la fabrication des acides, etc.

6" L'hydrogène sulfuré est produit dans les usines de gaz, ou d'ammoniaque, au cours des curages ou des réfections des fosses d'aisance ou des égouts {plomb des vidangeurs), du nettoyage des hauts-fourneaux, des chaudières à vapeur, des piscines et conduits des sources sulfureuses (Aix, Barèges), dans les savonneries, tanneries, raffineries, au cours de la préparation de produits chimiques (CS-), de l'exploitation des marcs ou charrécs de soude.

1" Le chlore, qui se dégage dans la fabrication des chlorures, produit une acné tuberculoide rappelant les décharges de poudre : c'est la

dermatite électroly tique de Fumouze, par électrolyse de NaCl pour fabriquer le chlore et le chlorure de chaux (Herxheimer, Thibierge, Rénon, Hallopeau et Lemierre).

8° Des vapeurs d'acide chlorhydrique existent dans les usines qui emploient cet acide (fabrication du phosphore Coignet, de V ammoniaque, traitement des chiffons, décapage des tôles, fabrication des superphosphates).

O*" Des vapeurs de brome, dans la manipulation de ce corps et de ses dérivés, d'acide fluorhydrique dans la gravure sur verre, la fabrication des superphosphates.

10' L'oxyde de carbone est surtout à craindre dans les usines de métallurgie et les fonderies de fer, les verreries, cristalleries, auprès des feux de forge, dans les ateliers de repassage, dans le gazage des fils, le grillage des tissus, Vapprêt des étoffes, la fabrication des manchons à incandescence, auprès des foyers pour la préparation des alliages, des moteurs à gaz pauvre, etc. On connaît la toxicité de l'oxyde de carbone, qui tue un chien lorsque l'air en contient 4 p. 100 (Leblanc). On le dose par l'appareil de Lévy et Pécoul (p. 261), barboteur à acide lodique et chloroforme (coloration rouge), ou par le carboxydoscope de Guasco.

11" L'acide carbonique est peu toxique (Seguin), mais impropre à la respiration : il se dégage dans les industries de fermentation (cuves de vendanges, de brasseries), dans les fours à chaux, les fabriques de superphoshates. On peut également le doser (carbacidomètres de Wolert, de Gaubet, appareil Lévy et Pécoul à la phén<ilphtaléine. — Voir p. 484).

12° Le gaz d'éclairage est dangereux au moment de sa fabrication et par l'emploi qu'on en fait, sans parler des accidents possibles (fuites) : c'est un mélange de plusieurs gaz irrespirables et toxiques (GO 8 à 10 p. 100, CO-, formène, hydrocarbures). Le gaz « à Veau » est beaucoup plus toxique, parce qu'il peut renfermer jusqu'cà 40 à 50 p. 100 de GO (Jungfleisch),d'où les nombreux accidents observés, à Boston par exemple (Hugounenq, R. Lépine).

13° Le sulfure de carbone est dangereux, peut-être par ses impuretés (Dujardin-Beaumetz, Proust) : on l'emploie comme solvant des corps gras.

14° Les vapeurs cyanurées se produisent pendant la galvanoplastie, la fabrication du fulminate de mercure et de produits ammoniacaux , Vimpression du bleu de Prusse sur les étoiles, etc.

15° On connaît le danger des vapeurs mercurielles (Merget) dans Vétamage des lampes, la fabrication des lampes à incandescence, des amorces en capsule, des feutres, la dorure sur métaux, etc.

16° Les vapeurs de benzine ne seraient toxiques, d'après Proust, que par leurs impuretés : il s'en dégage dans les fabriques de câbles de caoutchouc, l'imperméabilisation et le nettoyage des tissus.

17° La gale des raffineurs, de Brémond (papillomes), serait due aux vapeurs de pétrole.

18° Gelles d'éther, de térébenthine, sont dangereuses ou incommodes.

19° Gelles d'alcool sont observées dans les distilleries, les fabriques de vernis et de chapeaux de feutre, etc.

20° L'arsenic donne naissance à des vapeurs et à des poussières, dans les fabriques de couleurs (aniline), de papiers peints (vert de Schweinfurth), les mégisseries, les orfèvreries, \es fabriques de fleurs artificielles, les ateliers d"" empaillage.

Les vapeurs des teintureries en général sont peu toxiques. 21° Quant aux poussières et émanations plombiques, nous renverrons p. 443, pour clore ici celte énuinéralion, incomplète quoique longue.

:2" Protection des ouvriers dans les milieux délétères. —

Outre la nécessité d'un fort cubage (p. 413), d'une ventilation énergique (p. 414), les précautions à prendre sont variables :

a) Mesures r/énérales. — La durée du travail doit être courte ; les ouvriers doivent être accouplés, munis d'une ceinture de sûreté, assistés d'un guetteur placé extérieurement.

Pour le nettoyage des chambres de plomba servant à préparer Tacide sulfurique, il convient d'attendre quinze jours après leur ouverture pour y pénétrer.

De môme il faut connaître les dangers résultant de la présence du chlore dans les chambres où le chlore est combiné à la chaux.

Le curage des gazomètres offre des dangers d'asphyxie si les bassins ne sont pas étanches, si l'atmosphère n'est pas assainie, etc.

Il faut en dire autant des mines, des tunnels, etc., si l'air n'est pas renouvelé; des cuves avec drèches, des fosses d'aisances, égoûts, citernes, puisards, etc. Les curages de fosses doivent être évités en été; il convient préalablement d'en absorber les gaz par de la chaux, ou de les évacuer jusqu'à ce qu'une allumette puisse y brûler. Les vapeurs de formol peuvent être absorbées parAzHS.

Les ouvriers, les guetteurs, etc., devront être exercés à la pratique des soins à donner en cas d'asphyxie par les gaz irrespirables (traction de la langue de Laborde, respiration artificielle de Sylvester, etc.).

b) Ai^pareils respirateurs. — On connaît le masque des médecins de Marseille, employé contre la peste en 1720, et prescrit au lazaret de celte ville en 1750. Les premiers masques employés contre les vapeurs délétères lui sont comparables.

1° Appareils respirateurs par neutralisation chimique ou par épuration de Vair. — Le masque de Gosse fils est formé de tranches d'épongé imbibées de solution de potasse contre les vapeurs acides, ou d'eau chlorurée contre l'hydrogène sulfuré, les gaz ammoniacaux et putrides, ou d'eau de chaux contre l'acide carbonique : cet appareil a servi de type à la plupart des respirateurs ou inhalateurs inventés ultérieurement.

Le respirateur du D^ Stenkouse comprend, entre deux toiles métalliques, une couche mince de charbon de bois platinisé. Tyndall, Layet ont proposé des modèles analogues (voir p. 435).

L'appareil respirateur de Ferrari est une véritable bouteille de sauvetage, employée contre les émanations de vapeurs d'acide sulfureux dans les soufrières de la Romagne. C'est une boîle qu'on porte à la ceinture.

Elle est composée de deux cylindres emboîtés; le premier, formant couvercle, plonge dans le deuxième, à moitié rempli d'eau, et contient une tubulure centrale par où l'air inspiré pénètre et barbette dans l'eau, pour remonter ensuite dans deux compartiments garnis d'épongés humides. Une ouverture à soupape laisse passer l'air expiré. L'appareil est complété par une embouchure placée devant la bouche, et par des lunettes.

2° Appareils respirateurs à prise d'air extérieur. — Le premier respirateur antiméphitique fut inventé par Pilatre de Rosier (1785). C'était un simple tube qu'on tenait à la main, appliqué d'une part sur la bouche (l'expiration se faisant par le nez), et ayant d'autre part son extrémité libre à l'extérieur. Il est possible, avec cet ap[)areil, de travailler plusieurs heures dans une cuve de brasserie, au milieu d'émanations d'acide carbonique.

11 existe plusieurs types d'appareils Denayrouse, ou Paulin, le plus ancien étant assez compliqué, avec blouse de cuir et pompe à air.

Pour pénétrer dans des locaux méphitiques à petite distance de l'air pur ((luehiues mètres), on peut employer le respirateur Denayrouse à anclies simples.

C'est un masque avec o'illères, pince-nez et matelas d'air; entre les lèvrcis et les dents, un ferme-bouche avec tuyau de respiration aboutissant à une boîte respiratoire fixée par un ceinturon, dans laquelle un double jeu de soupapes en caoutchouc permet l'accès de l'air extérieur et le rejet au dehors de Pair inspiré : un tuyau plus ou moins long amène Tair de l'extérieur.

Si l'on doit pénétrer à plus de 300 mètres de l'air pur, on adapte à l'appareil précédent une soufilerie pour faire pénétrer l'air neuf.

L'aspirateur nasal de Chauveau est un niascjue placé au-devant des narines, chaciue narine communiquant par un tube de caoutchouc avec un conduit à deux soupapes, l'une pour l'air inspiré du dehors, l'autre pour l'ajr expiré (l'absorption par la peau est insignifiante, Chauveau).

Le scaphandre de Desgrez et Balthazard permet de travailler pendant une heure (sous-marins, etc.) grâce à une provision de 10 gr. de bioxyde de soude, qui, en présence d'eau, dégage de l'oxygène qu'on respire, tandis que la soude fixe le GO^ expiré.

3° Appareils respirateurs à réservoir portatif d'air ou d'oxygène. — Le plus simple est celui de d'Arcet, Gaultier de Claubry et Parent Duchâtelet (1829), sac de cuir de 30 litres placé dans une cage d'osier, porté sur les épaules, et muni d'un tube respirateur tenu à la main.

Dans l'appareil Galibert, un réservoir étanche à parois flexibles, de 80 litres, rempli d'air avec un soufflet et porté sur le dos, correspond avec la bouche par deux tubes servant alternativement pour l'air inspiré et pour l'air expiré. Pour cela, il faut boucher alternativement les ouvertures avec la langue.

L'appareil de Reynaud est un sac en caoutchouc rempli d'oxygène, au-dessus du([uel se trouve un réservoir rempli de débris de pierre ponce imbibée de potasse caustique. Un double tuyau est muni d'anches

442 HYGIÈNE DU TRAVAtL

formant des valves inspiratoires et expiratoires, un ferme-bouche complète l'appareil. L'air expiré traverse la pierre ponce dans toute sa hauteur et s'y dépouille de GO^ qui est absorbé et de la vapeur d'eau qui est fixée. Reste l'Az, qui, grâce à l'apport du nouvel 0, reconstituera l'air respirable.

Le ballon d'oxygène sert au traitement de l'asphyxie (inhalations et injections sous-cutanées).

3° Législation. — « Les ouvriers appelés à travailler dans des puits, conduites de gaz, canaux de fumée, fosses d'aisances, cuves ou appareils quelconques pouvant contenir dos gaz délétères, doivent être atlnchés par une ceinture ou protégés par un autre dispositif de sûreté. » (Art. 66. a du C. d. T. livre H.) Et « les travaux ne seront entrepris qu'après que l'atmosphère aura été assainie par une ventilation efficace. » {Décret du 29 novembre 1904 part. 3.) Ces mêmes décrets prescrivent de mettre les ateliers à l'abri des émanations d'égouts, fosses, puisards, fosses d'aisance ou de toute autre source d'infection; intercepteurs hydrauliques sur les égouts publics ou privés; pas de communication directe avec les cabinets d'aisance.

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