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I. — SATURNISME

Le saturnisme est Fintoxication par le plomb.

1° Symptômes. — Il revêt diverses formes : la colique de plomb , là paralysie saturnine {des extenseurs delàmaim) {ûg. 118), et quelquefois des troubles nerveux plus graves (méningite , encéphalopathie saturnine), plus tard la cachexie saturnine.

11 prédispose à d'autres maladies (tuberculose 21 p. 100) et exerce une influence notable sur la conception (Constantin Paul); l'avortement est fréquent (66 p. 100) surtout lorsque la mère est atteinte (le saturnisme sévit surtout chez les jeunes ouvrières); les enfants de saturnins meurent jeunes (73 p. 100), ou bien sont chétifs, idiots, épileptiques.

L'imprégnation de l'organisme par le plomb s'accompagne de signes assez caractéristiques, qui peuvent en faciliter le diagnostic : liséré

gingival de Burton, granulations basophiles des hématies (Sabrazès), lymphocytose céphalorachidienne (Mosny) : se méfier de l'existence possible concomitante de syphilis, d'alcoolisme, d'hystérie.

2° Étiologie générale. — Le saturnisme appartient à Thistoire de Thygiène des aliments, des vêtements, de l'alimentation,

Fiq-. 118. — Paralysie des extenseurs.

mais surtout (intoxication subaiguë ou chronique] à l'hygiène professionnelle. C'est une véritable question sociale.

Le plomb et les sels de plomb peuvent envahir Torganisme par voie digestive, ou par voie respiratoire (Tanquerel des Planches), ou par voie cutanée (Manouvriez) ; Tabsorplion se fait sous forme de chlorure double de sodium et de plomb, mortel pour l'homme à la dose de 0,5 à 1 gr. (Hugounenq). Les solutions de continuité de la peau peuvent favoriser l'absorption par cette voie. V alcoolisme prédispose aux accidents du saturnisme. Mais il est faux de dire que les ouvriers dits saturnins sont tous des alcooliques, car la toxicité du plomb lui-même, en dehors de toute cause favorisante, a été bien démontrée, notamment par des expériences sur ranimai : à Taide du plomb, on a réalisé expérimentalement des néphrites (Gombault), des congestions pulmonaires (Laborde), des avortements ou des dystrophies chez les descendants (Balland, A. Marie, etc.) : le lait de la mère, dans ce dernier cas, devient lui-même toxique. Et les intoxications saturnines n'ont pas seulement été reproduites à l'aide de poussières plombifères. mais encore à l'aide des vapeurs émises à froid par la peinture fraîche à la céruse (Tanquerel des Planches, Breton, etc.). Une partie du plomb absorbé est arrêtée par le foie et la rate ; l'autre se retrouve dans les viscères (cerveau, tissu osseux, rein).

Ainsi absorbé, le plomb agit dans l'organisme en se combinant aux albuminoïdes de la cellule, à la façon du mercure (Voit) et forme des albuminates de plomb insolubles : dès lors, il ne s'éliminera que difficilement, lentement, en plusieurs mois (A. Gautier), en détruisant la cellule où il s'est fixé. L'élimination se fait par l'urine, la bile, la salive, la peau, la sueur, le lait.

3° Fréquence. — Le saturnisme est peut-être la prmcipale maladie industrielle par sa fréquence. Elle est due en partie au grand nombre d'objets fabriqués en plomb métallique, ou étamés, ou revêtus d'enduits, vernis ou peintures à base de sels de plomb (céruse, minium, litharge, massicot, etc.). De ces sels, la céruse (carbonate de plomb) est le plus dangereux par sa fabrication (120 millions de kg. par an) et ses nombreux usages.

4° Saturnisme accidenteL — Ce sont le plus souvent des cas isolés. Cependant, on a observé exceptionnellement des empoisonnements collectifs, à allure épidémique, d'origine alimentaire.

Le pain peut être plombifère : soit qu'il contienne de la farine moulue

.'ivec des meules dont les fissures et les trous ont été obturés au plomb, pratique d'ailleurs interdite (350 cas à Saint-Georges-sur Eure, dont 20 mortels, en 1865; 5 morts à Lodève; plus de 100 cas, dont 2 morts, à Negenborn, tout récemment); soit qu'il ait été cuit dans un four chauiré à Faide de bois de démolition peints à la céruse, pratique également interdite par ordonnance de la préfecture de police (nombreux cas en 1877 dans 2 arrondissements de Paris).

On a signalé des faits d'empoisonnement par du gibier mariné, criblé de grains de plomb de chasse.

h'étain de soudure, qui contient jusqu'à 70 p. 100 de plomb (A. Gautier), et les boîtes de fer-blanc plombifère (conserves), dont l'enduit renferme 2 p. 100 de plomb, a été longtemps la cause de coliques de plomb, dites « coliques sèches des pays chauds », dans les équipages de la flotte : en 1880, on s'aperçut que ces accidents étaient dus à la présence de plomb dans le bœuf de conserve, dans la proportion de 1 g. 50 par kilogramme. Tantôt, en efîet, les soudures étaient faites en dedans (pratique interdite par le Conseil supérieur d'hygiène), tantôt l'étain était trop riche en plomb (il faut exiger l'emploi d'étain fin, à 1/2 p. 100) : la présence de matières grasses, ou d'acides, ou de cuivre (légumes) rend facile l'attaque du plomb, et A. Gautier a trouvé 30 mgr. de plomb par kilogramme dans le thon ou le saumon conservé, et 7 dans les légumes verts.

La présence de plomb dans le vin, adouci ou clarifié par la litharge ou acétate de plomb, dans le cidre (plomb provenant des pressoirs), a pu causer des coliques saturnines d'apparence épidémique (coliques du Poitou au xvi" siècle, du Devonshire au xviii^).

Dans les conduites et réservoirs d'eau, l'eau attaque le plomb et en dissout d'autant plus qu'elle est plus pure (eau de pluie), surtout si elle est aérée (filtration par le sable), et riche en GO^ (siphons d'eau de Sellz), L'empoisonnement de la famille d'Orléans, au château de Claremont, est classique. 11 convient donc d'employer pour la distribution de l'eau, surtout si celle-ci est pure, des tuyaux de fonte (grandes canalisations) et des tubes en fer (petits branchements).

Pour le débit et la consommation du vin, du cidre, de la bière, du vinaigre, de l'huile, du lait, on emploie souvent, en dehors du verre, des vases qui peuvent contenir du plomb : cristal (20 p. 100), poterie d'étain (18 p. 100), poterie commune (enduite au borosilicale de plomb). Les liqueurs, surtout si elles sont acides, peuvent alors se charger de plomb si le contact est prolongé : on a signalé un cas mortel, dû à l'ingestion d'un demi-verre de vin, provenant d'une bouteille à verre noir à fond en dôme, rincée avec des grains de plomb, et qui en avait retenu : à ces grains de plomb il convient de substituer, pour ces lavages, des grains de fer. Légalement, l'étamage des vases servant au débit ou à la consommation ne doit pas contenir plus de 10 p. 1*00 de plomb; souvent, il en contient 35 p. 100, ce qui le rend dangereux (observations d'A. Gautier au lycée Louis-le-Grand). Il est préférable d'employer l'étain fin, ou des vases de cuivre (Hugounenq).

On trouve jusqu'à 300 gr. de plomb par mètre carré dans le vernis des toiles cirées, linoléums, coussins de voitures, bâches imperméables, toiles de voitures d'enfants. 11 en peut résulter la dissémination de poussières plombifères dans l'atmosphère, comme aussi au voisinage des murs fraîchement peints à la céruse (voir plus haut).

D'autres objets usue/s (jouets peints, pains à cacheter; plombs de chasse,

clous ou bois peints qu'on tiendrait dans la bouche, couverts, etc.) peuvent être le point de départ d'accidents. Récemment, on a publié un cas d'intoxication par des grains de plombs de chasse rerus par blessure.

Parmi les objets de toilette, il faut signaler certaines eaux et lotions vantées pour teindre les cheveux (eau des fées, de Bérénice, de Windsor, etc.), d'autant mieux absorbées que le cuir chevelu est plus gras; la poudre de riz, qui contient parfois jusqu'à ^0 p. 100 de céruse. La vente de ces produits plombifères est interdite par une loi du 24 germinal an XI.

5° Saturnisme professionnel. — Le saturnisme professionnel s'observe surtout dans les mines de plomb, dans les ateliers de préparation de sels de plomb (céruse), ou de fabrication d'objets en plomb, enfin à la suite de Temploi de substances plombifères (couleurs).

a) Etiologie. — A. Gautier a dressé le tableau des professions^ très nombi'euses, exposées au saturnisme. Parmi celles qui payent le plus lourd tribut, nous citerons : la fabrication du massicot, du minium, de la potée d'étain (qui rendrait les ouvriers saturnins dans la proportion de 1000 p. 1000); le travail de la céruse à sec (proportion : 1000 p. 1000); le dessoudage des boîtes de fer blanc (proportion : 280 p. 1000) ; le broyage des couleurs, etc., (proportion : 104 p. 1000).

En somme, les cérusiers sont plus exposés, mais les peintres sont plus nombreux, donc les cas observés chez ces derniers sont plus fréquents : on en a compté jusqu'à 600 en un an dans les hôpitaux de Paris, avec une mortalité de 1 p. 100. Proportionnellement, le Havre, Rouen, Nancy fournissent un plus fort contingent (thèse de Caubet, Le Saturnisme et la législation ouvnère, Lyon 1911-1912).

Voici d'ailleurs quelques détails sur les principales professions à saturnisme :

Dans les mines de plomb (Sierra de Gador; Saxe, etc.), le triage et le grillage sont surtout dangereux; à signaler aussi les fonderies de Bretagne, l'usine de plomb argentifère de Pont-Gibaud (Auvergne).

La préparation de la céruse se fait par le procédé Thénard (réduction de GO- par le sous-acétate de plomb) ou par le procédé hollandais : des pots pleins de plaques de plomb et de vinaigre sont placés dans des fosses à tan ou à fumier, dont la chaleur volatilise l'acide acétique; ce dernier forme un dépôt sec de sous-carbonate de plomb qu'on décape, non sans dégagement de poussières si l'on n'arrose à grande eau. Les temps les plus dangereux sont le broyage des écailles et le décapage. Or, dans telle usine où ces opérations se pratiquaient à sec à l'air libre, un ouvrier était obligé d'entrer en moyenne 4 fois par un à l'hôpital ; au contraire, dans telle cristallerie où les opérations dangereuses

se font sous l'eau ou dans des appareils clos, ou automatiquement, on compte à peine 2 saturnins sur 100 ouvriers.

La préparation de minium serait aussi dangereuse d'après Layet.

Citons quelques autres professions plus ou moins exposées : Fabrication de plomb de chasse, émaillage, fonderie de caractères d'imprimerie et manipulation de ces caractères (compositeurs), fabrication de perles fausses (lapidaires); polissage des camées (Proust), des glaces; taille des verres et cristaux, nitrification des étiquettes en émail, fabrication du verre mousseline (brossage); vernissage et émaillage (potiers, faïenciers, porcelainiers) ; polissage de vieux meubles, dorure sur bois ; fabrication de papiers peints blancs, rouges ou jaunes (satinage, veloutage), de cartes porcelaine; dessin de broderies sur tissus; manipulation de soies, laines ou crins colorés (couturières, cardeurs de crin, tailleurs sur alpagas anglais, passementiers), fabricants d'accumulateurs (Proust), etc.

Terminons en répétant que les peintres en bâtiment surtout sont atteints de saturnisme, toutes les couleurs claires étant constituées presque uniquement par de la céruse, additionnée d'un siccatif qui contient de la litharge. Ce sont surtout les enduiseurs (qui placent leur enduit dans la main), les gratteurs et ponceurs à sec, etc.

b) Prophylaxie . — Elle comprend des mesures d'hygiène individuelle, des mesures d'hygiène de l'atelier un peu spéciale à certaines professions, enfin et surtout des mesures générales de réglementation, et même d'interdiction (céruse).

l'* Hygiène des ouvriers. — Port de vêlements spéciaux qu'on revêt à l'entrée et qu'on quitte à la sortie; huilage des mains pendant le travail, toilette des mains et des ongles à la brosse et au savon noir, au sable et à l'eau chaude acidulée, toilette du visage et de la bouche, avant la sortie; bains sulfureux (ou douches) quotidiens ou au moins hebdomadaires ; repas pris hors de l'atelier; lait; pas d'alcool; usage intermittent d'iodure de potassium facilitant l'élimination (Pouchet) : autrefois, on donnait de la Umonade sulfurique (inutile).

2° Hygiëyie spéciale des ateliers. — Rendre, le plus possible, toutes les opérations mécaniques et aulomaliques, les pratiquer sous l'eau ou en vases clos. Si la main-d'œuvre humaine est nécessaire (controxydation du fer), protéger l'ouvrier contre les poussières (masques à prise d'air extérieur, gants, graissage des mains, spatules pour manier la pâte, etc.); bien ventiler, laver les murs chaque semaine à la pompe à incendie, ou mieux aspirer les poussières dans des locaux spéciaux (fabriques d'accumulateurs). Éloigner les alcooliques, les débiles, les enfants, etc.

Dans l'intérêt des peintres, livrer les couleurs non en poudre mais en pâte à l'huile.

Autant que possible, remplacer les objets en plomb par des objets en fer on en zinc, non toxiques quoiqu'on en ait dit : meule des polisseurs de camée et lapidaires, fuseaux des métiers à la Jacquard, vernis des potiers (la chaux ou le silicate de soude peut y remplacer le plomb) : remplacer le chromate de plomb par le nitrate de potasse (Cazeneuve), le minium par le colcotar, le siccatif à la litharge par le siccatif à base d'oxyde de manganèse, enfin la céruse par le blanc de zinc (oxyde surtout).

30 Prophylaxie générale {interdiction de la céruse). — Le saturnisme professionnel étant une véritable maladie sociale., portant atteinte non seulement à Tindividu mais à tout le groupe ouvrier et même à l'avenir de la race (influence sur la conception), sa prophylaxie doit être générale, et réclame l'intervention des pouvoirs publics.

Aussi, à la fin du xix^ siècle, certaines ordonnances allemandes, certains règlements anglais et suisses, tout en prescrivant les mesures intérieures de salubrité, ont-ils rendu obligatoires la visite médicale des ouvriers les plus exposés, la déclaration et Féviclion des cas constatés dans quelques industries (métallurgie du plomb, fabrique de couleurs et alliages, d'accumulateurs, imprimeries, etc.).

Les plus heureux résultats ont été obtenus : 614 cas déclarés en Angleterre en 1903, au lieu de 1258 en 1899.

En France, il y a plus d'un siècle (1783) que Guyton de Morveau a demandé la substitution à la céruse du blanc de zinc (ZnO, ZnS) inoffensif et ne noircissant pas par H^S. La céruse fut proscrite officiellement, mais seulement de façon partielle (ministère de la marine), à la suite des travaux de Leclaire (I80O) ; cette proscription fut étendue en 1901 (ministère du commerce, des postes et télégraphes, des travaux pubHcs, de la guerre, etc.); le ministère des travaux publics l'interdit alors dans les travaux dépendant de l'État, des départements et des communes.

On a dit que le blanc de zinc « couvrirait » moins bien que la céruse et serait plus cher ; une enquête du ministère des travaux publics et les expériences de la Société de médecine publique et de génie sanitaire ont ruiné ces objections. On a même dit que le zinc était aussi toxique que le plomb : les faits signalés en faveur de cette opinion sont controversés et se rapportaient à des sels de zinc impurs, contenant du plomb. Enfin, malgré l'opposition d'intérêts particuliers qui en avaient relardé le vote, la loi du

20 juillet 1909 interdit Temploi de la cériise dans les travaux de peinture exécutés tant à Texte rieur (contrairement aux réglementations précédentes) qu'à Tintérieur des bâtiments : cette interdiction aura son plein effet le 1*^'" janvier 1915.

La France est donc, en somme, le pays qui a accompli l'étape la plus décisive. Mais cette interdiction devrait être étendue aux autres produits plombifères dangereux (Causse), notamment au minium, à la litharge (Layet), à la teinture au chromate de plomb (Gazeneuve), etc.

6° Législation. — Déjà, le 24 août i8U9, un arrêté du Ministre des Travaux Publics prescrivait le blanc de zinc pour les travaux de peinture dans les bâtiments de l'État. En 1901-1902, les différents ministères prirent des décisions analogues.

Le décret du 18 juillet 1902-15 juillet 190U réglementa l'emploi de la céruse dans l'industrie de la peinture. D'après ce règlement, la céruse doit. être en pute; elle ne doit pas être employée directement avec les mains; interdiction des travaux pulvérogènes (grattages, ponçage); vêtements de travail (surtouts); fourniture d'objets nécessaires aux soins de propreté. Affichage du décret.

Le décret du 21 novembre 1902 interdit l'opération du « pompage » dans la poterie d'étain, opération qui consiste à aspirer dans les objets fabriqués, pour s'assurer de leur étanchéité.

Le décret du 23 avril 1908 prescrit des mesures particulières dans les industries où le personnel est exposé au saturnisme : Évacuation des fumées; travail des matières à l'état humide pour éviter les poussières — ou bien en appareil clos — ou bien sous le vent d'une aspiration énergique — ou bien avec masques respiratoires. Gants imperméables. Imperméabilisation du sol des parois, des tables, et lavages hebdomadaires. Interdiction de tremper les poteries à la main. Interdiction d'introduire boissons ou aliments dans l'atelier; surtouts de travail. Bains chauds ou bains-douches. Affichage des dangers et des soins à prendre.

Le décret du 28 décembre 1909 organise le service médical dans les industries du plomb : certificat d'aptitude délivré tous les trois mois; cas de saturnisme déclarés, par écrit, sur un registre spécial, tenu à la disposition du service d'inspection.

Enfin l'importante loi du 20 juillet 1909 (art. 78 à 80 du liv. II, G. T.) interdit absolument l'emploi de la céruse dans les travaux de peinture exécutés tant à l'extérieur qu'à l'intérieur des bâtiments (à partir du l*" janvier 1915).

H. — PHOSPHORISME

Le mal chimique, la nécrose phosphorée, dont on a signalé autrefois de si nombreux cas chez les fabricants d'allumettes (Magitot), n'intéresse plus pour ainsi dire que l'histoire de la

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médecine (Gourlois-Suffit) ; de légères brûlures sont aujourd'hui le seul accident vrainienl imputable au phosphore.

1° Symptômes. Étiologie. — Le phosphore ordinaire ou ■phosphore blanc est un corps très inllammable, violemment toxique (mortel pour l'homme à 0 gr. 20 ou 0 gr. 50). Le phosphore rouge ou amorphe, variété allotropique du précédent, beaucoup moins volatile, n'est pas toxique.

Aussi, ^owv la fabrication des allumettes chimiques, le phosphore blanc, dont on se servait autrefois pour préparer la pâte inflammable, n'est employé aujourd'hui que dans des fabriques clandestines. Le trempage et le séchage offrent le maximum de dangers. Dans les manufactures de l'Etat, depuis plus de quinze ans, en Fronce, on emploie le sesquisulfure de phosphore, combinaison de pliosphore amorphe et de soufre (Sévène et Gahen), irritant pour les muqueuses du nez et des yeux, mais non toxique.

Les accidents du phosphorisme professionnel^ tel qu'on l'observait autrefois, étaient surtout subaigus et chroniques :

signes d'irritation bronchopulmonaire, dyspepsie avec maigreur et teinte jaune des téguments, déminéralisation, albuminurie, troubles nerveux, avortement, mortalité infantile, etc.

La lésion la plus caractéristique était la nécrose des maxillaires (fig. 119), débutant par une osléo-périostite du maxillaire inférieur, le plus souvent au niveau de dents atteintes de carie pénétrante, puis s'étendant en surface et surtout en profondeur, donnant lieu à la formation d'ostéophytes, de séquestres, de fistules souvent compliquées (érysipèle) et à un empoisonnement et à une dénutrition générale, mortels d'après Magitot dans ;20 à 30 p. 100 des cas. Heureusement, ce sombre tableau n'est plus réalisé aujourd'hui : avec le sesquisulfure, on n'observe que quelques brûlures

Fig. 119. — Maxillaire inférieur atteint de nécrose phosphorée (d'après Tillaux) A., E, os nouveau; — B.. D, ostéophytes nécrosés: — C, os ancien nécrosé.

bénignes, quelques poussées de dermatite ou de conjonctivite, dues au « gralinage » des boîtes servant de frolloir.

2° Prophylaxie. — Les fabriques de phosphore doivent être énergiquement ventilées : outre la ventilation générale, des hottes de ventilation spéciales, des cheminées d'appel, des cages vitrées aspireront directement les vapeurs phosphorées au fur et à mesure de leur formation. Dans certaines fabriques (Angleterre), on emploie l'essence de térébenthine pour neutraliser les effets nocifs des vapeurs phosphorées : des vases de térébenthine peuvent être suspendus en Tair, ou au cou des ouvriers, ou placés sur les tables de travail; l'essence de térébenthine peut être employée pour le lavage des mains.

Les ouvriers admis dans ces fabriques doivent être exempts de carie dentaire, leurs dents doivent être fréquemment surveillées; ils doivent jjrendre très fréquemment des soins extrêmes de propreté : lavage des mains, gargarisme, brossage des dents, bains; avoir une bonne hygiène générale, ne pas être alcooliques.

Toutes les opérations doivent se faire en vase clos, ou sous Teau, sans dégagement de vapeurs : la mise en bâtons par le moulage en tubes doit se faire à froid à Faide de presses hydrauliques (usine Coignet), et non, comme autrefois, par aspiration buccale, manœuvre exposant le plus à la nécrose grave (Magitot).

Dans les fabriques de sesguisulfure, il faut éviter l'irritation des muqueuses au moment où ce produit est trituré et emballé : des appareils spéciaux et bien ventilés (usine Coignet) facilitent le brossage et la mise en boîtes du sesquisulfure sec.

Dans les fabriques d'allumettes, le phosphore blanc est remplacé par le phosphore rouge ou le sesquisulfure de phosphore. Cette substitution ne doit pas dispenser, d'ailleurs, des mesures d'hygiène générale de l'ateUer (ventilation, lutte contre les poussières ou vapeurs, propreté générale, bains sulfureux, soins de la bouche et des mains, vêtements de travail, choix des ouvriers, etc.). Les dents seront examinées, l'albuminurie recherchée et traitée par le lait, les ouvrières enceintes particulièrement protégées et assistées (bains sulfureux). Les machines à fabrication continue, telles qu'il en existe à l'usine d'Aubervilliers, mettent à l'abri de la plupart des accidents.

d° Législation. — Loi allemande d'Empire du 13 mai 1884 sur la fabrication des allumettes.

Convention internationale de Berne (i 906) sur Finterdiction du phosphore blanc dans Tindustrie.

m. — ARSENICISME

C'est rintoxicalion par Tarsenic et ses dérivés.

1° Symptômes. — L'arsenicisme peut présenter trois formes : la forme aiguë, la forme chronique, la forme purement locale. Seules les deux dernières formes intéressent rhygiène industrielle.

La forme locale est provoquée par l'action caustique des poussières arsenicales agissant directement sur les téguments; elle est constituée par des pustules ulcérées siégeant de préférence au front et aux parties génitales (ne pas confondre avec des syphilides); chez les tanneurs, elles siègent aux doigts et sont connues sous les noms de rossignol, choléra des doigts.

La forme chronique est caractérisée par des céphalées, des douleurs généralisées, des vertiges, de la faiblesse, de la somnolence; des troubles digestifs, inappétence, nausées, vomissements, diarrhée : des troubles respiratoires, laryngo-bronchite, coryza muco-purulent; de l'irritation de l'émonctoire cutané, érythèmes, papules, vésicules, pigmentation ; des troubles nerveux dus généralement aux inhalations d'hydrogène arsénié et consistant en paralysies (chiropodales). Tous ces troubles peuvent aboutir à une véritable cachexie.

2° Etiologie. — Trois voies d' absorption : peau., appareil digestif et, principalement, appareil respiratoire. L'ouvrier s'intoxique par les mains sales, les aliments souillés, les vêtements imprégnés, les inhalations d'hydrogène arsénié (excessivement toxique) et, plus souvent, par les inhalations de poussières arsenicales.

\S élimination se fait par tous les émouctoires (qui sont irrités au passage) ; il y a accumulation dans le système nerveux (paralysies) et dans les phanères.

Nombreuses sont les industries qui emploient sciemment des combinaisons arsenicales et les industries dans lesquelles Tarsenic s'introduit insidieusement par impuretés des matières premières. Nous citerons entre autres : préparations de l'arsenic, de ses composés, des couleurs arsenicales (verts de Scheele, de Sch^veinfurth), des couleurs d'aniline; fabrications de papiers peints, fleurs artificielles; verreries, cristalleries; industries qui emploient du fer, du zinc, de l'acide sulfurique impurs (ballons d'enfants).

3" Prophylaxie. — Comme pour l'hydrargyrisme, il faut

prendre des soins de propreté, éviter les contacts, faire la guerre aux vapeurs et aux poussières. C'est ce qui est clairement indiqué par le décret réglementant le travail dans les fabriques de vert de Schweinfurth (acéto-arsénite de cuivre).

4° Législation. — D'après ce décret du 29 juin 1895, il faut laver fréquemment et maintenir en état constant d'humidité le sol, les murs, les parois des cuves et appareils. Les appareils d'ébullition doivent être bien clos ou surmontés de hottes. Fermeture hermétique des étuves. Masques, éponges mouillées, gants de travail. Poudre de talc ou de fécule pour garantir les mains et les parties exposées. Vêtements de travail (surtouts) serrés au col, aux poignets et aux chevilles. Afdchage du décret.

Les industries de Tarsenic, — de môme que les industries exposées au saturnisme, au charbon, etc., — qui ont fait l'objet de règlements spéciaux, sont d'autre part soumises aux prescriptions générales d'hygiène tracées par le décret du 29 novembre 190U : vestiaires, lavabos, interdiction des repas dans les ateliers, aspiration-captage des poussières, etc. En outre, ces travaux insalubres sont généralement interdits aux enfants et aux femmes par le décret du 13 mai 1893 (voir Protection légale des travailleurs).

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