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VI. — HYDROCARBURISME

Elles sont nombreuses et donnent lieu à différentes maladies.

1° Benzinisme. — On a signalé sous ce nom (Sautesson, Soupault et François, etc.) soit une sorte d'ivresse qui, dans les cas* graves (vapeurs de benzine chaude), peut revêtir une forme nerveuse, comateuse, soit un état chronique caractérisé par des troubles polynévritiques, gastro-hépatiques, et des lésions sanguines (anémie, purpura, etc.).

On a signalé des cas graves ou mortels à Clermont-Ferrand, à Lyon (Descœudres et Bacchat*ach, Gerhard!) .

a) Etiologie. — En dehors des ouvriers travaillant à Vextraction de la benzine (nettoyage des serpentins), le benzinisme a été observé chez les teinturiers., dégraisseurs, nettoyeurs de gants., et chez les ouvriers préparant le caoutchouc.

L'intoxication se fait surtout par voie pulmonaire, mais aussi par la peau, comme l'expérimentation Ta prouvé.

La benzine serait peu toxique par elle-même (?) d'après Dujardin- Beaumetz, Proust, Derendorft : les accidents seraient dus à ses impuretés (carbylamines stupéfiantes). Ils sont plus fréquents (Dreguet) chez les alcooliques, les nerveuses, les paludéens, les débiles.

En réalité, la benzine proprement dite ou benzine du goudron est rarement employée dans l'industrie. Le produit connu dans le commerce sous le nom de « benzine » n'est le plus souvent qu'un mélange de toluène et de benzène ou, encore, de la vulgaire essence minérale (^pétrole léger). C'est pour cela que le benzinisme pur n'a probablement jamais été observé et qu'il vaut mieux dire « hydrocarburisme ».

h) Prophylaxie . — Sélectionner les ouvriers (écarter les alcooliques, etc.). Enduire fréquemment de glycérine (insoluble dans la benzine) leurs mains, et les robinets des réservoirs. Les protéger par des écrans, par une ventilation large, par des hottes de dégagement.

INTOXICATIONS PROFESSIONNELLES 4o7

Dans d'importantes fabriques de caoutchouc, Bergougnan, Michelin (de Glermont-Ferrand), Soly (de Lyon), les vapeurs de benzine dégagées pendant le travail sont aspirées et envoyées dans un condensateur où on les recueille; et l'industrie récupère rapidement ses frais.

2° Anilisme, etc. — La nitrobenzine ou essence de mirbane sert à obtenir Taniline. Les accidents dus à la nitrobenzine (céphalée, cyanose, etc.) sont passagers et rares. Vanilisme rappelle les cas d'intoxication par chaussures teintes en noir à Taniline (Landouzy et G. Brouardel) : sorles de migraine dans la forme légère, coma ou délire et convulsions avec cyanose dans la forme grave (parfois mortelle), accidents gastro-intestinaux avec anémie dans la forme chronique. Des troubles généraux analogues avec troubles locaux (conjonctivite) peuvent être dus à Vesprit de bois ou méthylène impur employé pour dénaturer les alcools.

a) Étiologie. — Ces accidents sont rares aujourd'hui; la chaleur les favorise. On les observe surtout dans les fabriques d'aniline (nettoyage des chaudières), dans les fabriques de couleurs d'aniline, les teintureries, etc.

Des expériences très probantes ontdémonlrélatoxicitéde la nitro-benzine (surtout à l'état pur) et de l'aniline (Bergeron, Poincaré, Layet, etc.). La pénétration se fait surtout par voie respiratoire, elle est possible par voie cutanée (vêlements imprégnés, etc.). En dehors des fabriques d'aniline, les vapeurs méthyiiques peuvent intoxiquer les employés du commerce des esprits et essences, les gaziers, ébénistes, fabricants de pianos, apprêteurs (Dron), etc., si elles sont impures (Bergeron, Dron, Layet).

b) Prophylaxie. — Remplacer le travail manuel par le travail mécanique. Ventiler, surtout pendant les chaleurs. Disposer d'un personnel bien choisi; lui donner des excitants diffusibles (café noir, acétate d'AzH^). En cas d'accidents, lutter contre le sommeil, qui faciUte les effets du poison (cyanose). L'alcool méthylique doit être employé pur et gardé dans des locaux bien aérés.

3" Vanillisme, essentialisme. — Des troubles généraux (céphalée, bourdonnements, crampes, cystalgie, insomnie), des troubles locaux (éruption papuleuse et prurigineuse des mains et de la face, coryza, conjonctivite), caractérisent le vaniUisme et Fessentialisme professionnels (essences odorantes), contre lesquels d'ailleurs il existe une véritable accoutumance.

a) Etiologie. — Accidents observés chez les peleuses d'orange (Imbert-Goubeyre , 1853), dans les fabriques de parfums

(romarin, aspic, lavande) ou de liqueurs de vanille; plus encore, chez les ouvriers emmagasinant la vanille (Bordeaux).

On connaît la toxicité des essences (p. 789), bien démontrée expérimentalement (Cadéac et Meunier, Lesieur): la vanilline, principe odorant de la vanille, donne des accidents analogues (au moment du tirage, du brassage, du réempaquetage, etc.). Certains auteurs expliquent les lésions locales par les parasites (acare) des paquets de vanille (Arnozan, Vallin), par les poussières qui s'en dégagent, etc.

b) Prophylaxie. — Proteclion par des vêtemenls s})éciaux, des lunettes; ventilation, bains; élimination des alcooliques.

4*^ Pétrolisme. — 11 y a une ivresse pétrolique, parfois mortelle (lésions pulmonaires). Le pétrolisme chronique est caractérisé par de Tanémie avec vertiges, troubles nerveux rappelant ceux de Fintoxication opiacée (Wielczyk), lésions cutanéo-muqueuses (papillome des raffineurs), etc.

a) Etiologie. — Pénétration par inhalation ou contact.

L'extraction du pétrole des gisements (lîakou) est une opération dangereuse (Berthenson), mais ne se pratique pas en France. La distillation du pétrole peut incommoder les ouvriers nettoyant les réservoirs oîi canalisations, dans un local fermé. Le rafjinage présente des dangers pour les ouvriers des salles de réception, surtout si leur propreté et celle de l'atelier laissent à désirer. Les pétroles légers (éthers de pétrole) sont les plus dangereux, mettant en liberté l'hémoglobine. L'expérimentation a réalisé des lésions pulmonaires et rénales.

b) Prophylaxie. — Appareils étanches, bons appareils de distillation, combustion des produits gazeux qui échapjient au réfrigérant, ventilation (salles de réception). Mettre à la disposition des ouvriers de Teau chaude et du savon, des bains; une corde de secours pour pénétrer dans les réservoirs ; des vêtements protecteurs (blouses hermétiquement fermées, mitaines).

5" Autres hydrocarbures. — La plupart des hydrocarbiares, lorsqu'ils intoxiquent, produisent à la longue des troubles digestifs et de l'amaigrissement. Dans les professions qui emploient le goudron et ses dérivés (agglomérés, paraffine, acide phénique), on observe parfois aussi de l'irritation locale (gale du goudron), des troubles nerveux et de l'anémie (Manouvriez). Dans celles qui manipulent la térébenthine et ses dérivés (vernis, cire à cacheter, etc.), l'absorptioij surtout respiratoire, l'action irritante locale, Télimination par l'urine peuvent donner lieu à d<;s symptômes spéciaux bien étudiés par Poincaré. expérimentalement et cliniquement : symptômes surtout nerveux chez la femme, génito-urinaires chez l'homme; céphalée, état vertigineux, irritabilité, troubles

oculaires et autres signes d'irritation des mucjueuses, néphrite parfois; il y a accoutumance.

D'autres causes sont plus rares encore : maladies des peigneurs de chanvre indien {haschicldsme aigu ou chronique), des dégustateurs de thé (théisme), des fabricants de mélinite {bronchite mélinitease due à l'acide picrique).

La prophylaxie consiste dans le choix des ouvriers, l'éviction des alcooliques, l'aération des locaux, l'emploi d'appareils mécaniques clos pour le broyage du g;oudron, le maintien de la térébenthine dans des réservoirs métalliques étanches, les soins de propreté, etc.

6° Législation. — Les vapeurs de benzine et des autres hydrocarbures tombent sous le coup de l'art. 6 du décret du 29 novembre 190U qui vise les ^az et vapeurs en g;énéral et prescrit l'évacuation directe. Les instructions du 20 janvier 1909 prescrivent les mesures suivantes dans les ateliers employant des (juantités importantes d'hydrocarbures : aspiration sur la surface d'évaporation, propulsion d'air (chaud en hiver pour renouveler l'atmosphère, éloignement de tout ouvrier présentant des symptômes même légers d'hémophilie ou des troubles hépatiques.

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