CHAPITRE XXIX
Avant d'aborder Pétude des principales maladies infectieuses ou parasitaires, résumons les notions générales d'étiologie et les règles de prophylaxie qui en découlent.
1'' Maladies dues aux agents physiques. — Tous les agents physiques : froid, chaleur, air comprimé (p. 421), explosifs, (p. 436), rayons ultra-violets (p. 387), etc., peuvent causer des accidents. Il suffit de le rappeler.
2'' Maladies dues aux agents chimiques. Intoxications. — Les intoxications sont très nombreuses. On se reportera à Tétude déjà faite (V^ partie) des poisons industriels. Les intoxications sont aiguës ou lentes. Les intoxications lentes font beaucoup plus de victimes, sont plus importantes au point de vue social; leur prophylaxie est plus complexe. On se reportera à la troisième partie : Alimentation, pour les intoxications alimentaires. Elles sont dues, les unes à des substances toxiques normalement contenues dans les aliments (par exemple dans les champignons, p. 233), les autres à des toxines microbiennes préformées dans les aliments (botulisme, p. 223). On relira tout le chapitre de V Alcoolisme (chap. lx, p. 766). La prophylaxie a été étudiée dans ces différents chapitres.
476 NOTIONS GÉNÉRALES D'ÉTIOLOGIE ET DE PROPHVLAXLE
3'' Maladies infectieuses ou parasitaires. — Pour Télude des maladies causées par des microbes ou des parasites, il faut distinguer Tagent virulent, la graine, et l'organisme récepteur, le terrain. L'hygiène doit considérer ces deux facteurs.
a) Agents infectieux ou parasitaires. — Les agents microbiens ou parasitaires peuvent se diviser en trois catégories.
1° Microbes. — On se reportera à Tétude des différentes infections pour voir le rôle immense joué par les microbes. La plupart sont visibles, qu.elques-uns sont invisibles (fièvre aphteuse, fièvre jaune et probablement fièvres éruplives, rage, etc.); les uns sont aérobies (pullulant à Tair libre) ; les autres sont anaérobies (tétanos, etc.).
a) La virulence des microbes domine Thistoire des infections. D'une façon très générale, on peut dire que les microbes sont d'autant plus virulents qu'ils existent dans la lésion même, ou qu'ils ont été émis récernment. Rapidement, beaucoup d'entre eux s'atténuent ou même périssent dans les milieux extérieurs. Les microbes à spores (charbon, tétanos, etc.) sont très résistants; d'autres, sans spores (bacille tuberculeux, etc.) sont néanmoins très vivaces; d'autres, enfin, sont très fragiles et disparaissent rapidement (le virus de la rougeole périt en quelques heures, après son émission). Il résulte de ce fait que c'est surtout Vliomme qui est dangereux pour Vhomme, que la contagion directe est généralement plus grave que la contagion indirecte.
Pour les microbes existant dans le milieu extérieur, ou vivant en hôtes normaux de nos cavités naturelles, les variations de virulence sont considérables, extrêmement importantes pour expliquer l'éclosion de nombreuses épidémies. A certains moments, sans raison connue, probablement à la- suite d'influences cosmiques que nous ignorons, les microbes, sur une large surface de territoire, parfois dans le monde entier, acquièrent subitement une virulence anormale. Éclatent alors des épidémies brusques de grippe, de pneumonie, de méningococcie, etc. Ce chapitre, très important, est encore dans une obscurité complète.
p) Certains microbes (tétanos, probablement choléra) ne sont pathogènes que s'ils sont associés à d'autres. Ce rôle des associalions microbiennes dicte, par exemple pour le tétanos, des règles spéciales de prophylaxie (p. 661). Les infections secondaires sont souvent plus graves que l'affection primitive; la streptococcie est la plus fréquente des infections secondaires.
y) Les microbes virulents sont e?7ii5, soit par les lésions elles-mêmes (microbes des suppurations, des lésions cutanées, variole, etc.), soil par les excréta. Sont spécialement dangereux : les crachats, (tuberculose, pneumonie, pneumonie pesteuse, etc.); les excrétions buccales et nasales (grippe, rougeole, scarlatine, etc.) ; les matières fécales (fièvre typhoïde, choléra, dysenterie, etc.); les urines, beaucoup plus souvent infectieuses qu'on ne le pensait autrefois (fièvre typhoïde, etc.); le lait (vaches tuberculeuses); la bile (porteurs de germes).
Les porteurs de germes sont des personnes convalescentes ou saines qui émettent des germes virulents (fièvre typhoïde, méningite cérébro-spinale, diphtérie, etc.); ilsjoue.nl un rôle capital dans la propagation des infections.
Les cas frustes non diagnostiqués (scarlatine, fièvre typhoïde, choléra) sont également importants à considérer; ils prolongent les épidémies et rendent la prophylaxie très difficile.
S) La contagion est directe ou indirecte. La contagion directe est, comme nous Pavons dit, la plus fréquente et la plus grave. En parcourant les chapitres consacrés aux infections, on verra la place considérable qu'elle occupe, même dans les maladies où la contagion indirecte est fréquente. En somme, Thomme malade est spécialement dangereux et doit être le centre de la surveillance.
La contagion indirecte est néanmoins très commune. Elle est le plus souvent Forigine des grandes épidémies (choléra, peste, fièvre typhoïde, etc.).
Les microbes provenant des lésions ou des excréta peuvent, lorsqu'ils sont assez vivaces, infecter par l'intermédiaire de plusieurs éléments. Ce sont : les poussières du sol et de l'air (tuberculose, etc.); Veau potable (maladies hydriques : fièvre typhoïde, choléra, dysenterie amibienne et bien d'autres) ; les aliments^ soil qu'ils proviennent d'animaux malades (lait de vache tuberculeuse, certaines viandes, etc.), soit qu'ils aient été contaminés (lait typhogène, huîlres, salades, fraises, etc.), lorsqu'ils n'ont pas été purifiés par la cuisson; les objets souillés (logement, linges, instruments, etc.) propagent les maladies, soit par les poussières, soit parce qu'ils sont directement manipulés (blanchisseurs, etc.); ce sont, enfin, les animaux et les insectes.
s) Il faut, en effet, bien savoir qu'à côté des maladies propres à l'homme, et pour lesquelles l'homme seul est contagieux, il est une foule de maladies communes à l'homme et auœ animaux. La
tuberculose, par exemple, est aussi bien une maladie du bœuf que de riiomme; Thomme peut se contagionner par Tanimal et réciproquement (chap. Lvii, p. 723). Mais, il y a surtout les maladies animales qui se propagent à Thomme par l'intermédiaire des insectes. Exemple : la peste est une maladie du rat qui se propage à rhomme par l'intermédiaire des puces (chap. lui, p. 679).
C) La connaissance du rôle des insectes comme propagateurs des maladies s'est considérablement étendue depuis quelques années. Très fréquentes sont les infections dues aux insectes. Le tableau suivant énumère ces maladies.
Principaux Insectes et Acariens propagateurs de maladies.
1° Anophèles : Paludisme (p. 610).
2° Stégomyes : Fièvre jaune (p. 686).
3° Giossi//fs ; Maladie du sommeil (p. 627). 4" Culex pipicns . . . . .
— fatigans . . . . ■ Filailose (p. 638),
— skiisci ;
5" Myzomia Rossl ^
6° Pegretophorus costalis . . ^ Filariose (p. 638).
7° Mansouia af ricana. . . . ^
8" Phléboiomcs : dengue (p. 664).
9° Ornithodorus monbata : Fièvre récurrente africaine (p. 662).
i Leishmanioses (p. 663).
10° Puces ] Peste (p. 679).
( Suette miliaire (p. 572).
( Typhus exanlhématique (p. 647).
11° Poux ] Fièvre récurrente (p. 662).
( Lèpre [?] (p. 605).
f Lèpre [?] (p. 605).
,^, ^ . \ Leishmanioses (p. 633).
12" Punaises < t. l , / %-.a\
j Tuberculose (p. 7/0).
( Fièvre récurrente (p. 662).
^ Choléra (p. 671).
Tuberculose (p. 707).
Fièvre typhoïde (p. ."iSl).
13" Mouclies vulgaires. ^ Charbon (p. 653).
Dysenterie (p. 600).
Ophtalmies purulentes (p. 660).
Diarrhée des jeunes enfants (p. 76).
L'insecte propage la maladie, tantôt de ranimai à rhomme (peste, etc.), tantôt de Thomme à Thomme (paludisme, maladie du sommeil, fièvre jaune, etc.). L'insecte peut simplement trayisporterle virus sans le modifier (propagation de la fièvre typhoïde par les mouches) ; d'autres fois, le parasite subit des métamorphoses
indispensables dans le corps de Tinsecte (protozoaire du paludisme). Dans le premier cas, Tinsecte est immédiatement dangereux; dans le second, il ne Test qu'au bout d'un certain nombre de jours.
Une place toute spéciale doit être faite à la mouche vulgaire qui, par ses excréments et par les souillures de ses pattes, propage un très grand nombre de maladies (tuberculose, fièvre typboïde, etc.).
'r\) Les portes d'entrée sont multiples : peau, muqueuses, poumons, tube digestif. Les deux notions les plus récemment acquises sont les suivantes : 1° La peau est une barrière moins infranchissable qu'on ne l'avait cru autrefois; les larves d'ankylostome (p. 635) traversent la peau saine; les bacilles tuberculeux font de même (J. Courmont et Lesieur, p. 732). 2" La porte d'entrée la plus dangereuse est constituée par les muqueuses^ les glandes bucco-pharyngées et par Vintestin. On sait, en effet, aujourd'hui, qu'i/ ne faut pas préjuger de la porte d'entrée d'après la localisation de la lésion. Une pneumonie, une phtisie pulmonaire ne sont pas fatalement la conséquence d'une infection pulmonaire. La plupart des maladies sont primitivement des septicémies \ le microbe ayant pénétré par un point quelconque de l'économie, très souvent par le pharynx ou l'intestin, se répand dans la circulation générale, et va, secondairement, se localiser dans tel ou tel organe (lieu de moindre résistance) pour produire la lésion.
6) Les microbes agissent presque exclusivement par leurs toxines; l'infection est une intoxication, même dans les cas de septicémies.
Certains microbes ne pénètrent pas dans la circulation générale, et agissent au loin uniquement par leurs toxines. Exemples : le bacille diphtérique reste cantonné dans la fausse membrane; le vibrion cholérique ne quitte pas l'intestin ; le bacille tétanique est uniquement dans la plaie. Leurs toxines sont cependant très souvent mortelles. Cette notion est importante, non seulement pour tracer les règles de la prophylaxie, mais pour expliquer l'action à distance des microbes. Certaines lésions, en apparence purement inflammatoires, sont cependant microbiennes et spécifiques (tuberculose inflammatoire). Les séquelles produites par les infections sont aussi le plus souvent des conséquences de l'intoxication; la plupart des lésions chroniques ne sont que des suites éloignées d'infections, datant parfois d'un très grand nombre d'années. La diminution des maladies infectieuses amélio-
rera donc la santé générale des collectivités, par la disparition non seulement des infections elles-mêmes, mais aussi de leurs suites (lésions chroniques des oiganes, des artères, etc.). L'infection, même guérie, laisse souvent après elle des suites indélébiles.
t) La plupart des microbes ont été cultivés : ce qui a permis de fabriquer des sérums et des vaccins, de créer des méthodes de diagnostic bactériologique, certain et hâtif.
2° Champignons. — Ils causent des lésions locales, plus que des infections véritables; cependant beaucoup de microbes sont des champignons. La délimitation entre microbes et champignons s'atténue tous les jours.
3» Protozoaires. — Ils jouent en pathologie un rôle qui apparaît tous les jours de plus en plus important. Ce sont les agents du paludisme, de la maladie du sommeil, de la dysenterie amibienne, etc. La plupart se propagent par les insectes.
4*^ Grands parasites. — Ils appartiennent à une classe plus élevée. Ce sont surtout les vers., qui occasionnent parfois de graves maladies (trichinose, ankylostomiase, etc.). La prophylaxie est relativement facile.
b) Le terrain. — La maladie n'éclate pas fatalement à toute rencontre d'un homme avec un microbe, un champignon ou un parasite. Le terrain est dans un perpétuel état de défense (Bouchard, etc.). Si son état de santé est normal, il a beaucoup de chances d'être vainqueur dans la lutte contre l'envahisseur; la maladie sera conjurée. Aussi, en hygiène, devons-nous attacher une importance presque aussi grande à surveiller le terrain et à le fortilier, qu'à détruire la graine.
A propos du terrain, il faut considérer \âge^ le s,exe, la race (voir Suette anglaise, p. 572), les climats. Toutes les causes qui diminuent la santé générale favorisent l'infection : fatigue., surmenage, logement insalubre, nourriture mauvaise ou insuffisante., etc.
Les agglomérations (pèlerinages, armées en campagne ou en manœuvre, émigrations, foires, etc.) constituent un danger, dû à la promiscuité.
L'hygiène générale est la meilleure défense contre les maladies; la propreté est capitale (p. 63). Le corps propre, sans parasites, entouré de vêtements propres, dans un logement propre, situé dans une cité propre, se nourrissant d'aliments propres, a peu de chances de prendre une infection.
Beaucoup de maladies infectieuses confèrent Vimmunité par une première atteinte (fièvres éruptives, fièvre typhoïde, etc.); les organismes sont ainsi naturellement vaccinés.
4° Intoxications venimeuses. — Les serpents, certains insectes, possèdent des venins exirèmemeni dangereux. Calmetle, Phisalix ont créé des sérums anti-venimeux . La destruction de ces animaux est la véritable prophylaxie.
5° Épidémies. — Lorsqu'une maladie contagieuse s'étend brusquement, on dit qu'elle devient épidémique. Les épidémies peuvent être locales (fièvre typhoïde), ou interyiationales (choléra, peste, fièvre jaune). On pourrait écrire un vrai chapitre de philosophie sociale sur les épidémies. Relisons au moins Fhistoire de la peste (p. 679) et du choléra (p. 671). L'influence des épidémies sur les races est considérable. C'est ainsi qu'après les grandes épidémies, la population qui a survécu se compose en général des gens les plus valides, tandis qu'après une guerre ce sont les malingres qui restent; toute la génération suivante s'en ressent.
Les grandes épidémies disparaissent progressivement.
6° Prophylaxie générale. — Les notions générales de prophylaxie découlent immédiatement des notions étiologiques précédentes. Énumérons-les simplement ' :
a) Isoler le malade infectieux. L'isoler de façon absolue (dans les familles ou mieux à l'hôpital de contagieux) ; l'isoler de façon précoce (pour éviter l'émission des germes pendant toute la maladie); l'isoler jusquà guérison bactériologique (pour éviter les porteurs de germes).
b) Surveilleur ceux qui approchent le malade. Leur imposer des règles spéciales; si possible, rechercher les porteurs de germes.
c) Désinfecter tout ce qui a pu être souillé par le malade, surtout pendant la maladie (désinfection, en cours de maladie, des linges, des matières, des excréta, etc.), et après la terminaison (corps du malade, linges, Hterie, logement, etc.) Voir chap. XXXIII, p. 504.
d) Répandre l'usage des vaccinations préventives : vaccination anti-variolique , traitement antirabique, vaccination antityphique, etc.
e) Veiller à Vhijgiène générale^ soit nationale, soit surtout
1» Relire les chap. m et iv, p. 37 et 48 sur l'organisation sanitaire en France. CouRMONT. — Précis d'Hygiène. 31
municipale (voirie, espaces libres, eau potable, égouts, écoles, exercices physiques, aliments, logements, etc.), soit individuelle.
f) Assurer de plus en plus Ventente entre les Etals pour la préservation internationale (p. 695).
g) Détruire les animaux dangereux^ tels que les rats et les insectes. Pour les insectes, les deux principes sont : 1° se protéger par un grillage; 2° empêcher qu'ils éclosent (ce qui est préférable). Voirie chap. xli Paludisme^ p. 610.
Une place à part est à faire à la mouche domestique. Yoici les moyens recommandés pour s'en protéger.
Pour se mettre à Tabri de la contagion par les mouches il faut :
1" protéger tous les aliments contre le contact des mouches, non seulement à l'intérieur des maisons, mais aussi dans les magasins de comestibles, surtout ceux qui pratiquent l'étalage sur la rue (arrêtés des maires de Rome, Lyon, etc., exigeant un voile de gaze sur les étalages de comestibles).
2° empêcher les mouches de s'introduire dans les maisons (moustiquaires, filets, grillages, etc.).
3° détraire celles qui y pénètrent (voir Désinseclion, p. 535).
4" s'opposer partout à la naissance et à la reproduction des mouches, en agissant sur les milieux où elles pondent leurs amfs. Cette mesure est de première nécessité, car la mouclie pond plusieurs fois pendant la saison chaude et dépose plus de cent œufs à chaque ponte; une seule mouche, peut ainsi, au cours de Vannée, devenir Vorigine d'une centaine de millions de mouches.
Pour cela il faut éloigner des habitations, les fumiers, dépôts d'ordures, de gadoues, etc., favorables à la ponte; les asperger ensuite de substances qui tuent les larves et écartent les femelles pondeuses; verser dans les latrines à fosses fixes des substances capables d'empêcher la ponte des mouches (huile de schiste, pétrole).