CHAPITRE XXX
La fixité de la composition de Tatmosphère est nécessaire à la vie.
L'homme fait passer dans ses poumons plus de 500 litres d'air par heure, soit environ 10 000 1. par jour. A chaque respiration, l'hémoglobine de ses globules rouges fixe une grande quantité d'oxygène, tandis que Vacide carbonique et la vapeur d'eau sont rejetés.
C'est la chlorophylle des plantes vertes qui, pendant le jour, décompose l'acide carbonique de Tatmosphére et exhalu de roxyg;ène.
L'oxygène est nécessaire à la vie, qui est en somme une série de combustions. Ce sont aussi lés plantes qui, avec l'aide de certains microbes, préparent Vazote atmosphérique à son rôle de constituant primordial de l'albumine de nos tissus.
1° L'air pur. — La composition chimique moyenne de Fair est la suivante :
Oxygène (et ozone) 21 volumes p. 100.
Azote 78 —
Argon, néon, etc 0,93 —
Acide carbonique 0,03 —
Vapeur d'eau Quantité variable.
De nombreux appareils permettent Vanalyse chimique de l'air : eudiomètres à l'acide pyrogallique et autres, méthode de Dumas, de Boussingault; appareils de Regnault et Reiset, d'Andral et Gavarret, de Pettenkoffer et Woit, etc., surtout pour les gaz de la respiration et notamment l'acide carbonique; carbacidimètre (fig. 120) et l'appareil colorimétrique au chloroforme (flg. 50, p. 261) de Lévy et Pécoul pour l'oxyde de carbone; papiers ozonométriques facilement oxydables et changeant de couleur en présence d'O^, hygromètres, etc.
Les déterminations physiques se rapportent à Pétat hygrométrique de Pair (humidité, pluies), à sa température, à sa pression, à sa tension électrique, à sa luminosité, à ses déplacements (vents), etc.
Les appareils utilisés sont nombreux : hygromètre (de Saussure), psychromètre (August), évaporomètre, pluviomètre, udomètre, thermomètre à fronde d'Arago, appareils enregistreurs de Richard, baromètres, anémomètres, photomètres, héliographes, actinomètres, etc.
a) Variations naturelles {météorologie). Influences sanitaires. — Les variations météorologiques de Tair pur portent sur la composition de Fatmosphère et sur ses propriétés physiques.
i° Variations de la composition chimique.
a) La quantité A' oxygène (23 g. p. 100) varie peu à Tair libre, en dehors des changements de pression (elle diminue aux altitudes) ; dans les espaces clos au contraire (grottes, tunnels, mines, théâtres) elle peut descendre à 15 p. 100.
L'oxygène, nous l'avons
vu. est l'élément actif
des combustions vitales :
nous en consommons en
moyenne un demi-litre
par respiration, 22 litres
par heure. Non seulement
il se combine à l'hémoglobine, mais encore il existe à l'état dissous
dans le plasma. Pourtant, l'oxygène pur peut devenir toxique sous
trop forte pression (P. Bert).
Nuisible à certains micro-organismes, dits anaérobies (Pasteur), tels que le bacille du tétanos et le vibrion septique de la gangrène gazeuse, il contribue à l'assainissement du sol comme agent de combustion des matières organiques.
h) V ozone (0^) se produit sous Tinfluence de phénomènes électriques (orages à grêle) ; son abondance est plus forte en juin, plus faible en hiver. Il jouerait un rôle, d'après Fliigge, dans la purification de l'atmosphère. Toutefois il ne semble pas qu'il existe de rapport bien net entre l'ozone et la marche des épidémies.
Fig. 120. — Carbacidimètre de Lévy et Pécoul.
Son rôle anti-putride et anti-miasmatique (Schônlein), anti-toxique
(Gartner), bactéricide (Ohlmiiller, Tanyrott), et qui serait favorisé par l'humidité, n'est pas douteux à c(m Laines doses; mais, pour de Ghristmas, il ne peut guère s'exercer dans l'atmosphère, qui n'en contient pas plus d'I milJig. 5 par 100 cm^.
c) L'azote atmosphériqye varie peu (77 gr. p. 100) et son rapport avec Toxygène reste constant.
Il constitue un élément passif, irrespirable, mais vecteur de l'O qu'il rend non toxique en le diluant {V. Bert, Jourdanet). Indispensable à la structure des êtres vivants (albumine), il est fixé par certains terrains à la faveur de certains micro-organismes.
d) Uargon, le 7iéon^ etc. (lord Rayleigh etRamsay, 1895) sont très constants, quelle que soit l'altitude (Moissan), mais inactifs.
e) Vacide carbonique (3 p. 10000), plus lourd que les autres gaz de Tair (expérience de la grotte du Chien, près de Naples), provient du sol, des foyers de combustion, des eaux carbonatées, de l'exhalation nocturne des végétaux, de la respiration animale (15 à 20 litres par heure pour T homme).
Ses variations sont faibles à Tair libre (Fair des villes en contient un peu plus que celui des campagnes, d'après A. Gautier); dans les chambres closes, il peut atteindre 1 p. 100.
C'est un gaz toxique : à 10 p. 1 000 il éteint la flamme d'une bougie; à 30 p. 1 000 il détermine des troubles chez l'homme ; à 50 p. 1 000, sa tension empêche le GO"^ du sang humain de se dégager : il en résulte des troubles de l'hématose qui constituent l'asphyxie ([{ichet et Langlois).
/') La quantité de vapeur d'eau (10 p. 1000 environ) est très variable. Elle est due à Tévaporation des eaux superficielles sous rinfluence de la chaleur solaire : Peau de Tair marin contient aussi du chlorure de sodium, de l'iode, etc., principes utiles.
2° Humidité. — On appelle humidité absolue le poids d'eau contenue dans 1 cm^ d'air : la vapeur d'eau invisible dans l'air est quelquefois appelée gazeau (Onimus). Si ce poids absolu est supérieur à la quantité de vapeur que l'air peut contenir à une température donnée, il en résulte l'état vésiculaire, d'où les nuages, la rosée, les brouillards. Les nuages agissent à la façon de réservoirs de calorique, mais aussi d'écran, nuisant à la luminosité ; la rosée facilite la gelée (gelée blanche) ; les brouillards, favorisés par la présence de corpuscules dans l'air (Mascart, Aitkens), facilitent l'adhérence de ceux-ci (maladies cryptogamiques des vignes, maladies broncho-pulmonaires et rhumatismales).
L'humidité relative^ou état hygrométrique ^ est plus importanle à envisager : c'est le rapport entre Thumidité absolue et le poids de vapeur d'eau dans un même volume à Fétat de saturation. Du déficit de saturation (différence entre Fhumidité absolue et Thumidité de Tair saturé à même température) dépend le pouvoir asséchant de l'air.
L'tiumidité absolue croît du pôle à l'équateur. En France, l'état hygrométrique moyen est de 70 p. 100 : maximum à six heures du matin, minimum à deux heures du soir, état stationnaire de deux à six heures du matin. Le déficit de saturation est minimum le matin, et en hiver.
L'homme excrète en moyenne 900 gr. d'eau en vingt-quatre heures, davantage par un temps froid ou sec, moins par un temps de brouillard. Nous avons dit que l'humidité froide favorise les rhumatismes et les lésions pulmonaires. L'humidilé chaude entrave l'évaporation cutanée (le coup de chaleur peut en être la conséquence) et favorise la pullulation de germes (dermatoses), voir p. 429.
3° Pluies. — La condensation de Feau par abaissement de la température de Tair saturé produit la pluie; Marié Davy a bien étudié ce phénomène. Si le froid ou Télectricité agit en même temps, il en résulte la neige ou la grêle.
L'abondance des pluies augmente avec Faltitude; elle varie aussi selon la latitude : à Téquateur, la pluie diurne est un fait quotidien; sous les tropiques, il y a deux saisons, Tune sèche, l'autre pluvieuse; vient ensuite, au nord comme au sud, la région des déserts sans pluie; dans la zone tempérée les pluies sont irrégulières, plus fréquentes en hiver, plus abondantes en été; en moyenne, il pleut cent douze jours en France, à raison de 570 mm. par an à Paris (Raulin). La localité a une grande influence : le voisinage de la mer, des montagnes, le vent du sud-ouest, favorisent la pluie.
On accuse souvent la pluie, tombant sur le corps ou les vêtements, des refroidissements et de leurs conséquences. Au point de vue atmosphérique, la pluie joue* un rôle purificateur à la façon d'un spray (Miquel); mais la contamination du sol, du sous-sol, de la nappe souterraine peut être la conséquence des grandes pluies (fièvre typhoïde).
A° 7'empérature. — L'échauffement de Fair à la surface du sol, produit surtout par la radiation solaire, est d'autant plus élevé que les rayons sont plus perpendiculaires à la terre, comme il arrive principalement à Féquateur, et chez nous en été. On a pu
comparer le sol à un régulateur de température, la mer à un réservoir de calorique.
La température varie avec la latitude (décroissant de l'équateur au pôle), l'altitude (baissant de 1° par 180 à 200 *m. d'élévation), avec le voisinage de la mer qui rend ses oscillations moindres et l'influence parfois par ses courants d'eau chaude (Gulf Stream), avec l'agg-lomération (la température est un peu plus élevée dans les villes
Les osciliations (juotidiennes el annuelles sont enregistrées par les observatoires : la température minima est notée une demi-heure avant le lever du soleil, la température maxima vers trois heures du soir, la moyenne vers deux heures du matin; de môme, d'après les moyennes annuelles, la température minima est observée vers le 1*"' janvier, la température maxima en juillet ; la moyenne pour la France serait de lOH.
Contre ces variations de température, l'organisme vivant réagit : il trouve dans Talimentation (graisses, sucres) une importante source de calories, mais il perd de la chaleur, surtout par Tévaporation : l'homme perd 2500 calories par vingt-quatre heures (1 litre d'eau absorbe 572 calories).
Le froid produit sur notre organisme d'abord une excitation périphérique (chair de poule), puis des stases profondes (congestion pulmonaire), enfin (Laveran) l'inhibition de toutes les cellules (gelure, asphyxie). Le froid, même à — 190°, ne tue pas les microbes; il arrête seulement leur végétation (Pictet).
L'action de la chaleur sur les infections est bien connue (gastroentérites estivales). La chaleur augmente la fréquence du pouls, abaisse sa tension, . diminue la quantité des urines, amoindrit l'appétit et l'activité générale. Le rôle connexe de l'humidité est considérable. Dans un air saturé, il n'est pas possible de lutter contre l'élévation de température par Févaporation; l'homme peut vivre dix minutes à 132° dans un four sec, mais ne peut résister quelques minutes à 51° dans la vapeur (Trillat, Delaroche).
Les accidents dus à la chaleur diffèrent également (Vallin) suivant que l'action de la température est favorisée ou non par celle du soleil, de la fatigue, etc. : coup de soleil et coup d'échauffement (forme sthénique : troupes en marche, par ex. ; et forme asthénique : chauffeurs au fond des navires traversant la mer Rouge). Ces accidents (asphyxie, syncope, coma) sont favorisés non seulement par l'humidité, la fatigue, la marche en rangs serrés, mais encore par l'alcoolisme; à leur tour, ils favorisent l'éclosion de certains accidents, le tétanos par exemple (Vincent). La pathogénie du coup de chaleur a été très discutée, elle est
probablement complexe : coagulation de la myosine du myocarde (Valliu), action directe sur les centres nerveux (Laveran et Regnard), auto-intoxication par rétention toxique (Vincent), etc.
Ce qu'il importe de considérer surtout, c'est Vaction des variations brusques et importantes de température (différence de 40° parfois). Les variations thermiques, jusqu'à un certain point, peuvent être utiles, comme le démontre la torpeur morbide des climats trop uniformes. Mais il faut éviter de passer trop vile, soit du froid au chaud (apoplexie à la suite de gelures réchauffées trop vite), soit surtout du chaud au froid : ce passage est la cause de troubles circulatoires qui diminuent Texcrétion, la phagocytose, les actions antitoxiques, les mouvements des cils vibratiles, et indirectement facilitent le passage de microbes dans le sang (Bouchard) et le réveil d'infections latentes : ainsi s'expliquent la plupart des maladies dites a frigore (pneumonie, angine, rhumatisme, hémoglobinurie, etc.).
5° Vents. — Lorsque la température monte en un point, l'air échauffé s'élève : il en résulte un appel d'air, sur les régions plus froides. C'est là l'origine des vents.
Aussi, près de Téquateur, les vents sont-ils constants, venant des pôles, mais déviés par la rotation de la terre. A Téquateur même, ces vents s'annihilent : c'est la zùne des calmes (pot au noir). Dans les régions torrides voisines, les alizés soufflent du nord-est dans l'hémisphère boréal, du sud-est dans l'hémisphère austral. Les mêmes principes expliquent les autres vents réguliers, tels que les moussons de la mer des Indes (vents de terre ou du nord-est pendant les six mois d'automne-hiver, vents de mer ou du sud-ouest pendant les six mois de printemps-été); et la brise de terre diurne, la brise de mer nocturne. Dans les régions tempérées, il existe surtout des vents irréguliers, locaux : vent froid et sec du nord-est (mistral), vent du sud-ouest chaud et humide (sirocco).
Leur vitesse ou leur force varie de 0 m. 50 à 40 m. par seconde : en moyenne elle est de 2 m.
Les vents, par leur influence sur la température, Thumidité, la pression atmosphérique, contribuent à la constance de la composition de l'air; ils balayent les nuages, les impuretés, les insectes, les poussières, les microbes.
On les a accusés d'apporter certains germes morbides, tels que ceux du paludisme (moustiques des Bombes à Lyon), et même de la fièvre typhoïde (Pettenlvoffer).
En réalité, ils peuvent jouer un rôle dans la production des
affections catarrhales, rhumatismales, etc., par l'intermédiaire des poussières, de l'humidité, des variations de température : Tévaporation trop rapide et la déperdition de chaleur qui en résulte peuvent devenir dangereuses, par exemple chez un sujet en transpiration et demeurant immohile dans un courant d'air vif et froid.
Qo Pression. — L'atmosphère de 60 km. d'épaisseur qui nous entoure exerce une pression qui, au niveau de la mer, correspond à 760 mm. de Hg; une « atmosphère » correspondant à peu près à i kg., le corps humain supporte à sa surface une pression de 20000 kg., qu'équilibre la tension de ses gaz constituants. La tension de TO de Fair représente le cinquième de la pression atmosphérique (20 p. 100).
La pression varie avec l'altitude (elle s'abaisse de 1 mm. par 10 à 16 m. d'élévation, soit de 1 cm. par 1U5 m.); elle varie avec les saisons (augmentant en hiver, baissant en été, dans notre hémisphère) et avec les autres conditions météorologiques.
Sur notre organisme, les effets de la diminution de pression sont surtout le fait de la diminution de la tension de TO. De faibles dépressions rendent la respiration plus rapide et plus ample, Tampliation thoracique plus considérable, et diminuent l'acide carbonique du sang : c'est le fait de la cure d'altitude dans les sanatoria existant à 1000 m. par exemple. De grandes dépressions sont supportées si elles se produisent lentement, comme le prouve la possibilité d'habiter de très hauts plateaux (villages à 4 390 m. dans l'Himalaya) : il y a adaptation, que Jourdaneta expliqué par lanoxhémie, abaissement de la faculté d'absorption de l'oxygène, avec création d'un type spécial. En réalité, les modifications sont multiples : polyglobuHe, augmentation de l'hémoglobine et de la plupart des échanges (Muntz, Regnault, Viault, A. Robin, Jacquet, etc.).
Au contraire de grandes dépressions trop rapides (P. Bert) peuvent produire : dypsnée, palpitations, vertiges et bourdonnements d'oreille, nausées et vomissements, somnolence, ht'^moptysies, asphyxie. C'est le mal des montagnes, le mal des ballons (et des aviateurs), qui se produirait environ à 3 500 ou 4000 m. pour les alpinistes (au niveau des neiges éternelles plus exactement), à 8 500 ou 9 000 m. en ballon, favorisé par le froid (Lortet) et surtout par la fatigue. Il s'expHque par la diminution
de ral)sorption d'O (P. Bert), et pour Mosso par le manque d'excitation par l'acide carbonique (acapnie).
Les augmentations trop considérables de pression agissent en dissolvant trop d'oxygène dans le plasma sanguin, ce qui détermine chez rhomnie des convulsions à partir de 5 atmosphères (P. Bert). Mais surtout, des accidents peuvent se produire ensuite au moment de la décompression, si celle-ci est trop brusque, à cause du dégagement dans les capillaires de bulles de gaz (Az) embolisantes (Pravaz, Jourdanet, P. Bert). Voir chap. 421 sur le travail dans Vair comprimé (scaphandriers, tubistes). A un degré moindre, la surpression rend simplement la respiration moins fréquente et moins ample, le pouls moins fort, les globules du sang moins nombreux (Doyon et Morel), l'urine et l'urée excrétées moins abondante (Pravaz, P. Bert), la fatigue plus rapide.
7° Électricité. — En général, le sol est chargé d'électricité négative, et l'air d'électricité positive. La tension électrique de l'atmosphère est d'autant plus forte que l'altitude est plus élevée (de Saussure), que la température est plus haute, et qu'on se trouve plus près de l'équateur (tonnerre continuel dans la zone dite des calmes). La fréquence des orages et de la grêle en été est bien connue, et nous avons étudié plus haut la question de l'ozone.
Les rapports de V électricité atmosphérique avec ta morbidité sont très discutables, bien que l'influence des courants électriques sur les microbes ait été démontrée expérimentalement (d'Arsonval et Gharrin). Les personnes nerveuses sont plus ou moins influencées avant et pendant les orages (migraines, etc.). Nous n'avons qu'à rappeler ici les accidents de la fulguration (brûlures, troubles nerveux, syncope), le choc en retour, le danger du voisinage des arbres, etc.
8° Luminosité. — Son intensité dépend de la quantité de rayons non absorbés par la vapeur d'eau atmosphérique. Elle est donc plus grande dans les climats secs (altitudes, Méditerranée), moins grande à l'équateur.
La lumière excite les échanges, l'excrétion d'acide carbonique (Molescholt*) ; les rayons chimiques surtout produisent la pigmentation, l'érythème solaire, l'érythème pellagreux (Bouchard) ; les rayons lumineux agissent plus profondément, ils produisent l'hydroa vacciniforme de Bazin; les rayons chimiques sont calmants, les rayons rouges sont excitants.
L'action sur les microorganismes (S. Arloing, Duclaux), due
surtout à l'influence oxydante et bactéricide des rayons chimiques (ultra-violet) sera étudiée plus loin.
h) Dédurtions prophylactiques. — Les précautions à prendre contre Faction pathogène des variations météorologiques consistent essentiellement dans une série de mesures appartenant surtout à l'hygiène générale et à Thygiène individuelle :
Port de vêtements chauds en hiver (flanelle chez les rhumalismants, les tuberculeux); légers, amples et protégeant du soleil en été. Alimentation riche en graisse et en sucre pour lutter contre le froid; usage fréquent mais modéré de boissons fraîches (sans alcool) pour lutter contre la chaleur; surtout entraînement par le sport et l'exercice, endurcissement du « terrain », pour accoutumer l'organisme aux variations de température, de pression, etc.
L'emploi de ballons d'oxygène (P. Bert) est précieux contre les accidents de dépression. Quant au travail dans l'air comprimé, il sera étudié à propos de l'hygiène industrielle.
2° L'air chimiquement impur. — Les impuretés chimiques de l'air sont surtout à redouter dans les atmosphères confinées. Elles peuvent toutefois exister aussi dans l'air libre, surtout auprès de certaines usines, ou de certains foyers de décompositions organiques.
a) Diverses causes de pollution; influences sanitaires. — Souvent Vair libre, en masse, contient des éléments accidentels, par exemple : de l'ammoniaque, des vapeurs nitreuses, à doses généralement faibles, mais pouvant augmenter sous l'influence des fermentations organiques qui se font à la surface du sol; de l'iode organique (et des chlorures), provenant des algues et diatomées en suspension dans l'air du bord de la mer, qui en contient treize fois plus que l'air de Paris.
Très dilués, très peu abondants, disséminés par les vents et abattus par la pluie, ces principes ne sont pas délétères; l'iode présente même une certaine utihté.
L'air, près des usines de produits cliimiques (superphosphates), des fabriques de colle, des mégisseries, peut contenir, en quantité variable, de l'anhydride sulfureux, du chlore, de l'hydrogène phosphore, etc. A* Paris, l'atmosphère contient deux fois plus de carbone qu'à la campagne (A. Gautier). Rarement, d'ailleurs, les gaz délétères sont assez abondants pour produire des intoxications à distance. Il n'en est pas de même, nous le verrons, à l'intérieur des ateliers industriels (intoxications professionnelles chroniques).
Enfin, prc's des foyers de décomposition organique (mares, égouts surtout
au moment des curages, fosses d'aisance, cimetières, champ d'épandage, etc.), il se dégage, en quantité variable, de l'hydrogène sulfuré, de l'hydrogène protocarboné (gaz des marais, grisou), des aminés, des acides gras volatils, des toxines volatiles (Gharrin) : l'air de Paris, d'après Gautier, contient des gaz combustibles.
Respires continuellement à petites doses, ces gaz peuvent produire de l'anémie, de l'ictère, du purpura, de la céphalée, des troubles gastriques, de la diarrhée; ils prédisposent aux infections (colibacillaires). Respires en masse, brusquement, ils peuvent parfois déterminer de façon brutale, par déglobulisation rapide, l'asphyxie et le coma et même la mort (plomb des vidangeurs, des égoutiers).
Vair confiné est plus souvent en cause dans les appartements et autres espaces clos habités. Qu'il s'agisse de pollution par Tacide carbonique exhalé, gaz inerte, ou par l'oxyde de carbone, gaz toxique (air oxycarboné), la cause des accidents est toujours en définitive le manque d'oxygène (P. Bert).
Les causes de pollution de cet ordre sont nombreuses : la respiration s'accompagne d'exhalaison d'acide carbonique, plus ou moins suivant l'âge, l'activité, etc. (20 1. par heure pour un homme moyen d'après Andral et Gavarret); par la peau s'exhalent de la vapeur d'eau (1 000 g. par vingt-quatre heures pour un homme), de l'acide carbonique et des acides gras, de l'ammoniaque (la sueur est toxique : S. Arloing); par le tube digestif, de l'hydrogène sulfuré; de même, les plantes vicient l'air pendant la nuit (GO^); les latrines, les ordures ménagères, dégagent des gaz de fermentation; le chauffage produit de l'acide carbonique, de l'oxyde de carbone (poêles de fonte portés au rouge, poêles mobiles, refoulements), parfois des produits sulfurés (charbon, anthracite, phares) ; l'éclairage (sauf électrique), de l'acide carbonique en plus ou moins grande quantité, et même (éclairage au gaz, gaz à l'eau surtout) de l'oxyde de carbone : les fuites de gaz peuvent être très dangereuses, soit la nuit, soit lorsque le gaz est filtré par le sol, ce qui le rend inodore; l'oxyde de carbone est particulièrement redoutable parce qu'il est inodore, diffusible, très toxique môme à faible dose (Gréhant, Desgrez, Nicloux), à cause de la fixité très grande de l'hémoglobine oxycarbonée, et à cause de la possibilité d'intoxications chroniques (Morel et Mouriquand) malgré une certaine accoutumance (Cl. Bernard). Le CO paraît d'ailleurs doué d'une toxicité propre (Lesieur et Rebattu). La désinfection par les vapeurs de formol rend l'air irrespirable pendant un jour.
Dans un espace confiné, l'air devient rapidement inutilisable : .un adulte rend irrespirable 45 cm^ d'air en vingt-quatre heures. L'air ainsi « animalisé » contient aussi de l'indol, du scatol, de l'acide carbonique (Rauer), de l'ammoniaque (Formanek) et des produits volatiles alcaloïdiques (zoo- ou anthropotoxines de Cl. Bernard et de d'Arsonval). Les altérations de l'air sont parfois très profondes dans les théâtres, les écoles (où Ton a constaté
9 p. 1000 de C0-), les mines, les tunnels' (Métropolitain, Gréhant).
Au-dessous de 1,5 p. 100 de GO, Feinpoisonnement se traduit par des malaises avec vertige; à jiarlir de 3 p. 100, c'est une asphyxie spéciale, caractérisée par la teinte rutilante du sang, et la constatation du spectre de Thémoglobine oxycarbonée au spectroscope.
b) Déductions prophi/lacliques. — Les mesures hygiéniques à prendre contre la viciation.de Tair consistent surtout dans la ventilation (p. 251) et la surveillance du chauffage (p. 260).
Il est possible de régénérer l'air confiné (sous-marins) par le bioxyde de soude attaqué par l'eau à froid : le Na fixe CÛ-, et il se dégage de rO (Desgrez et Balthazard).
L'oxygène en inhalation sert au traitement des accidents asphyxiques, ainsi que la traction de la langue (Laborde), de la respiration artificielle (Sylvester). Les atmosphères souillées de vapeurs de formol par la désinfection peuvent en être débarrassées par rAzH'^ et l'aération.
3'' Les impuretés corpusculaires non microbiennes de Tatmosphère. — Ce sont les fumées, poussières, insectes; nous en étudierons les influences sanitaires.
1° Fumées. — Elles contiennent des poussières résultant de la combustion (poussières de charbon, de soufre, de goudron). Voir p. 280.
2° Poussières. — Elles sont inorganiques pour les deux tiers, organiques pour un tiers. Inorganiques, elles sont formées de charbon, de silice, de fer, de sels terreux, prO/Venant de Fusure des roches, des chaussées, surtout du macadam et des pavés de bois (G. Roux), des matériaux de construction. L'étude des industries à poussière a été faite au chap. xxiv, p. 428.
Les poussières organiques sont formées de débris animaux (déchets de tissus) et de débris végétaux : duvet de platane (ophtalmie, rhinite, hémoptysie parfois), pollen de graminées au printemps chez nous et en automne en Amérique (fièvre des foins, rhume des foins, peut-être par action du bacillus subtilis : Helmoltz).
Les aéroscopes ont montré l'existence de 6 à 8 mg. de poussière par mètre cube en moyenne : à Paris, Miquel en a compté 6 mg., après la pluie, 23 parles temps de sécheresse; à Lyon, G. Roux a montré qu'elles étaient surtout abondantes de six à neuf heures du matin, de six à neuf heures du soir, dans les rues fréquentées.
Beaucoup de ces poussières sont indifférentes : certaines pous-
sières industrielles sont viilnérantes ou toxiques (plomb, cuivre) ; souvent elles sont septiques : 1 gr. de poussière peut contenir 1 ou 2 millions de microbes, et les particules de charbon peuvent ouvrir la voie au bacille de Koch (Tripier), que contiennent les poussières provenant de crachats desséchés (Cornet).
3° Insectes. — Répandus dans l'atmosphère, ils peuvent être incommodes ou dangereux. Voir p. 4-78.
•4° Mesures prophjlactiques. — a) Contre la fumée, on a proposé divers appareils d'usines (voir p. 284).
b) Pour supprimer les poussières, on a recommandé, dans les rues : l'arrosage fréquent, le goudronnage (p. 309) ; dans les usines à poussières (filatures, menuiseries), l'extraction mécanique des parlicules en suspension par des tubes actionnés par la vapeur (l'usage de masques est à conseiller aux ouvriers)^(p. 435); dans les appartements, hôpitaux, etc, le paraffiiiage des planchers, la suppression du balayage à sec et du plumeau (p. 154 et 413), des anfractuosités, tentures, tapis : l'essuyage, l'emploi du hnge humide, l'aspiration sont préférables.
c) Des Insectes, il faut se préserver comme il est dit p. 535.
4° L'air bactériologiquement impur. — La présence habituelle de microorganismes dans l'air que nous respirons est connue depuis que Pasteur a opposé victorieusement la théorie du panspermisme (1861) à celle de la génération spontanée de Pouchet.
Vanalyse quantitative des microbes de l'air se fait au moyen d'aéroscopes (Pouchet, Miquel, Hucppe, Slraus et Wurtz, Koch, Fodor, liesse, Pétri, Fol, Gautier) : une quantité donnée d'air harbote dans l'eau, ou bien est filtrée à travers une substance pulvérulente qu'on répartit ensuite dans de l'eau : finalement, on pratique une analyse bactériologique de l'eau employée. Les cultures, les inoculations permettent ensuite les déterminations qualitatives.
a) Les micro organismes de l'air; leurs variations ; leurs influences sanitaires.
1" A l'air libre, les microbes sont bien moins nombreux dans l'air que dans le sol (la proportion est de 1 p. 100 000); on y trouve assez souvent des moisissures.
Les numérations de Pasteur à Arbois, de Miquel à Paris ont montré que la contamination est i)lus forte en ville qu'à la campagne, plus forte dans les cours des maisons que sur les places et dans les parcs.
Le nombre des microorganismes diminue quand on s'élève dans l'atmos])hère : déjà plus faible au niveau des toits, il est de 0 à 1 par mètre cube au glacier d'Aletsch (3 000 m.) ou au Monlanvert (2 000 m.), près de la mer de Glace (de Freudenreich).
ATMOSPHÈRE 49a
En mer au large, loin des cotes, l'air est aussi pur que sur les hauts sommets : les microbes tombent dans la mer et sont entraînés par elle, mais non évaporés : à plus de 100 km. des côtes, il y a à peine 1 microbe pour 2 m3 d'air (Âliquel et Moreau).
Dans les atmosphères confinées, la proportion est très variable (Miquel).
Dans une chambre fermée, l'air qui circule est relativement pur; si quelqu'un y pénètre, en une demi-heure la contamination est appréciable; le balayage produit une augmentation énorme des microorganismes en suspension, ainsi que le chauflage brusque qui produit des tourbillons d'air (5 500 microbes par mètre cube dans une chambre, rue de Rivoli). Au bout d'une heure, après évacuation, les microbes sont de nouveau précipités sur le sol.
Dans les hôpitaux et même dans les cours des vieux hôpitaux (Hôtel- Dieu de Lyon, thèse de Rossi), les microbes sont plus nombreux, surtout en hiver (c'est le contraire dans les rues). Miquel. Strauss en ont compté 79 000 par mètre cube dans une salle de l'ancienne Pitié.
Dans les égouts, Miquel et Gambieren ont compté environ 6 000, deux fois moins que dans les rues de Paris (bactéries et moisissures); l'influence des saisons ne s'y fait pas sentir.
Les variations météorologiques sont appréciables : Le nombre des microbes de l'air augmente de février à fin juillet, diminue d'aoîit à janvier.
Leur nombre est plus ou moins considérable suivant la direction des vents, la pluie le fait diminuer dans l'air (mais augmenter dans les basfonds); la sécheresse l'augmente, à moins qu'elle ne soit très prononcée et très prolongée (influence bactéricide du soleil).
Les variations horaires sont surtout nettes dans les villes, avec 2 maxima (huit heures matin et huit heures soir) et 2 minima (deux heures matin et deux heures soir), avec des diiïérences de 1 à 120 par litre (à Paris), et de véritables marées bactériennes, sous l'influence des courants dus au chaud et au froid.
En somme, le nombre des microbes varie surtout avec l'agitation plus ou moins grande des poussières :
Avant une classe 1 600 microbes par mètre cube.
Après — 3 500 — —
Dans une chambrée de caserne. . . 32 000 — —
Au lever des hommes 320 000 — ^-
2° Au point de vue qualitatifs il existe aussi de grandes variations. On rencontre surtout des cocci (75 pour 25 bacilles), et des moisissures (plus nombreuses à la campagne et dans l'air des égouts). Les microbes sont surtout des saprophytes (b. aérophilus, subtilis, mesentericus, urea^), et même utiles, facteurs d'oxydases (Bouchard, Kijanizin). Quelques pathogènes peuvent êlre cependant rencontrés surtout dans la poussière (Manfredi, Maggiora : bacille tétanique, vibrion septique), et surtout dans Fair des hôpitaux urbains : staphylocoques (Weltz), bacille tuber-
culeux (Cornet), muguet (G. Roux), streptocoques (Thèse de Ghatin, Lyon), diphtérie, etc.
3° h^Jnfection par Vair était, autrefois, une des plus fréquemment invoquée. De fait, les recrudescences épidémiques coïncident souvent avec une augmentation du nombre ou de la virulence (pneumocoque) des microbes atmosphériques (Miquel, Netler).
Toutefois, les simples émanations provenant des cadavres, ou de liquides virulents, quoique prédisposant aux diverses infections (Trillat), ne suffisent pas à transmettre un virus spécifique (expériences de Charrin, de Cadéac et Malet, sur le charbon, la morve, la tuberculose) : Tair, le vent, peuvent agir, mais par les gouttelettes, les poussières, les insectes dont ils se chargent (Flùgge, Remlinger, etc.).
De même Vhaleine des malades (tuberculose), si longtemps crue dangereuse, a été démontrée optiquement pure (Tyndall), presque aseptique (Slraus et Dubreuilh), exemple de bacilles tuberculeux ou charbonneux, etc. (Grancher, Kœlzer).
Le principal rôle appartient aux particules liquides ou solides contenues dans Tair : gouttelettes bacillifères (projetées à 1 m. 50 par la toux, Téternuement, le cri : Flùgge), crachats et autres excréta desséchés (Cornet), etc. : d'où la pénétration possible, par les voies respiratoires, par les amygdales, par la peau (J. Courmaux et Lesieur), des microbes de la tuberculose, du charbon, de la peste, de la pneumonie, de la diphtérie (Klebs), de la grippe, des virus rubéolique, scarlatineux, varioleux, etc., sans parler des maladies transmises par les insectes, signalées plus haut.
b) Mesures prophylactiques. — Contre la contagion atmosphérique, nous sommes naturellement défendus par nos propres organes, lorsqu'ils sont sains (thèse de Claisse, Paris) : vibrisses et cils vibratiles, mucus de nos cavités (Wurlz et Lermoyez), leucocytes phagocytes, humeurs bactéricides et antitoxiques, réflexes expulseurs, etc. C'est pourquoi nous hébergeons même normalement, sans en être incommodés, non seulement des streptocoques (amygdales) ou staphylocoques (peau), mais parfois aussi des microbes aussi dangereux que le bacille de Koch, le bacille diphtérique, le bacille d'Eberth (porteurs de germes), etc. ; à l'ordinaire, d'ailleurs, les microbes pathogènes ne pénètrent pas très profondément (Saint Clair Thomson).
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De plus, nous sommes naturellement défendus par Vinfluence bactéricide de certains agents extérieurs (température, vents, pluies) dont les principaux sont la dessiccation, la lumière (S. Arloing, Duclaux), et notamment ses rayons chimiques : « là où entre la lumière n'entre pas le médecin ».
Quand ces agents naturels ne suffisent pas, il convient (Vépurer Tair bactériologiquement ; certains masques (p. 435) permettent de respirer un air contaminé, après filtration; la désinfection s'impose dans les locaux que la présence d'un malade contagieux a pu souiller (p. 532).
CouRMONT. — Précis d'Hygiène,