II— LA DÉSINFECTION DANS LES MALADIES TRANSMISSIBLES
On a vu (p. 56) quelles sont, en France, les maladies dans lesquelles la désinfection est obligatoire ou facultative.
1" Maladies transmises par les déjections [fièvre typhoïde^ dysenterie^ choléra^ maladies cho 1er i formes). — Dans ce groupe de maladies, la désinfection logiq,ue doit consister dans la destruction des germes infectieux, à leur sortie du corps, avant qu'ils aient eu la possibilité de contaminer le voisinage, les eaux ou les aliments. La désinfection portera donc, avant tout, sur les matières fécales et les urines, qui seront reçues dans des vases renfermant des solutions antiseptiques et qui devront être recouverts, pour mettre les matières à Tabri des mouches.
Elle doit atteindre, en outre, tous les objets qui ont été souillés par les excrétions, en particulier les draps de lit, les linges, etc.
D'autre part, la propreté du corps du malade, de ses orifices naturels, Fantisepsie des mains du médecin, des gardes-malades,
de toutes les personnes, qui entrent en contact avec le patient ou ses déjections, seront méticuleusement assurées. Les personnes qui préparent les aliments seront particulièrement surveillées.
C'est donc la désinfection, en cours de maladie, qui est, de beaucoup, la plus importante, celle qui fera l'objet de tous les soins du médecin et du désinfecteur. La désinfection, à la fin de la maladie^ moins importante, devra cependant être pratiquée.
2- Maladies dont le contage est contenu dans les produits bucco-pharyngés et naso-bronchiques. — Ces maladies peuvent être partagées en deux groupes, celles dont le germe est très résistant et vit longtemps dans le milieu extérieur : diphtérie, tuberculose, scarlatine; celles dont le germe est fragile, quoique souvent très ditlusible, et disparaît rapidement du milieu extérieur : rougeole, rubéole, grippe, pneumonie, peste pneumonique, coqueluche, méningite cérébro-spinale épidémique, oreillons.
Pour toutes ces maladies, la désinfection en cours de maladie devra être rigoureuse. On assurera une antisepsie complète des cavités et orifices du malade, en particulier des cavités bucco- et naso-pharyngées. Les crachats devront être reçus, à leur expulsion, dans des récipients, renfermant une solution antiseptique et ensuite détruits par la chaleur.
Les mouchoirs, linges divers, qui auront pu être souillés par les produits bucco-pharyngés et naso-bronchiques, seront désinfectés, au fur et à mesure de leur utilisation. Il en sera de même des ustensiles de table et autres objets, qui auront servi aux malades.
De plus, toutes les personsies, approchant ces malades, auront également soin de désinfecter soigneusement leur gorge, leurs cavités nasales, leurs mains, leur visage, leurs vêtements.
Quant à la désinfection finale, elle sera essentielle pour le premier groupe de ces maladies : diphtérie, tuberculose, scarlatine. Elle est absolument sans utilité pour les autres, le germe, très fragile, disparaissant aussitôt expulsé. Pour la rougeole et les oreillons, la désinfection est particulièrement illusoire. Les malades atteints de l'une de ces deux maladies ont déjà contaminé leurs voisins avant que le diagnostic soit posé.
3° Maladies dont le contage est contenu dans les produits cutanés et autres sécrétions {variole [liquide des vésicules et des pustules, croûtes, produits de desquammàtiouj, scarlatine [squames], pesle bubonique [matières issues des pustules ulcérées
et gangrenées et des bubons], infections puerpérales [sécrétions vaginales, pus, lochies], ophtalmie purulente des nouveau-nés [pus provenant des yeux de Tenfant], éri/sipèle [sérosités et parcelles d'épiderme, détachées des surfaces enû'àmmées], conjonctivite purulente et ophtalmie granuleuse [sécrétions oculaires], teigne [pellicules épidermiques du cuir chevelu]).
Toutes ces maladies ne présentent pas la même importance, au point de vue des mesures de désinfection à appliquer. Celle-ci doit être particulièrement rigoureuse dans la variole : désinfection de la peau et des orifices naturels des malades, des excréta et de la chambre entière avec son contenu ; arrosage au moins une fois par jour de toutes les surfaces de la chambre avec une solution antiseptique comme le sublimé à 1/1000'. Drap imbibé de solution de sublimé, tendu devant la porte, fenêtre grillagée pour empêcher Tintroduction des mouches. Désinfection minutieuse des personnes qui, en aussi petit nombre que possible, entreront dans la chambre du malade.
Pour la peste bubonique, la désinfection doit également être rigoureuse et on emploiera l'ensemble des mesures de désinfection, puisque la contagion peut se faire aussi bien par inhalation du bacille que par ingestion ou pénétration à travers les téguments. Quant à la destruction des puces et des rats, elle sera exposée à part.
Par contre, pour les autres maladies de cette catégorie, la prophylaxie est plus facile. En ce qui concerne Vinfection puerpérale, en plus de la désinfection des linges et de Tasepsie des personnes qui sont en contact avec les malades, il suffit d'une compresse, imbibée de sublimé, pour empêcher la propagation de l'infection. On n'en désinfectera pas moins soigneusement la chambre où a séjourné la malade.
4" Maladies dont le contage est contenu dans le milieu extérieur, dans le pus, mais dont la désinfection est particulièrement difficile à cause de l'existence des spores [tétanos, charbon). — Dans ces maladies, à agent pathogène sporulé, il faut de toute nécessité employer soit l'ébuUition, pendant deux heures, soit des désinfectants chimiques chauds, tels que le crésylol sodique, à 4 p. 100, pendant deux heures, soit, et mieux, la vapeur sous pression. Une exposition de vingt minutes à la vapeur sous pression à IIB*" détruit sûrement les spores.
Autant que possible, après toute désinfection, les objets ou appartements seront aérés et exposés au soleil.
5° Maladies dont le contage est contenu dans le sang et propagé par les animaux (Peste [rats et puces], suette miliaire [puces?], paludisme [anophèles], fièvre jaune [stégomyes], filariose [moustiques], dengue [phlébotomes], maladie du sommeil [glossines], fièvre récurrente [punaises, tiques], typhus exanthématique [poux] et, selon toute vraisemblance, lèpre [puces, poux, araignées?, etc.]).
Ces maladies relèvent de la désinsection et la dératisation dont il sera parlé plus loin.