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III. — LA DÉSINFECTION EN COURS DE MALADIE

La désinfection, en cours de maladie^ est de beaucoup la plus im})ortante.

On a, dans ces dernières années, formulé de violentes critiques contre la désinfection. Pour Lemoine, Gomby, la désinfection a fait faillite ; Ghauvel montre que la désinfection dans l'armée n'a pas eu la moindre influence sur les épidémies, qui déciment nos régiments; Jayle considère les mesures de désinfection comme vexatoires, onéreuses et sans utilité. La plupart des critiques, adressées à la désinfection, telle quon la jjratiquait souvent jusqu'à ces derniers temps, sont fondées. Pratiquer la désinfection finale, après transport ou guérison d'un malade, atteint de rougeole ou d'oreillons, est absurde. Se contenter de la désinfection finale pour un malade guéri ou mort de fièvre typhoïde ou de choléra, c'est faire une opération presque inutile. Dans ces deux dernières maladies, dit Gomby, ce sont les déjections qui sont dangereuses. Les objets souillés par ces déjections, les mains contaminées par elles, peuvent servir de véhicules aux microbes pathogènes et il est indispensable de désinfecter soigneusement ces mains et ces objets. Mais, nous savons depuis longtemps que les microbes ne voltigent pas, ne se transmettent pas à distance par l'atmosphère ; quand, par hasard, ils tombent sur un plancher ou sur un meuble, ils ne sauraient s'y conserver longtemps, vivaces et virulents ; les étoffes, le bois ne sont pas de bons milieux de culture pour les microbes; sortis de l'organisme où ils ont cultivé, ils ne peuvent vivre longtemps, à moins qu'ils ne rencontrent des conditions de

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chaleur et d'humidité favorables. C'est ainsi que le bacille d'P]berth et le vibrion de Koch peuvent se conserver longtemps dans l'eau des puits, des mares ou des rivières, dans la terre humide des jardins, dans les fosses d'aisances, etc., mais non dans les locaux.

Ces prémisses sont justes, mais les conclusions erronées. Ce n'est pas la désinfection, en général, mais son application défectueuse, « la manière illusoire dont se pratique la désinfection » (Jayle) qu'il faut critiquer. Le temps le plus important de la désinfection n'est pas, en effet, la désinfection des locaux et des meubles, après guérison, décès ou transport du malade (comme praliquement on semblait le croire, jusqu'à ces derniers temps], mais la désinfection, en cours de maladie, au moment de l'émission des germes par le malade. Le danger réside dans le malade lui-même et ses sécrétions et déjections. C'est donc sur la désinfection du malade lui-même, sur les produits contagieux qui en émanent et les objets souillés directement par eux, que devra porter tout l'effort du médecin. Sa tache essentielle sera de veiller à la désinfection, en cours de maladie, la seule véritablement utile dans un grand nombre d'affections contagieuses.

1« Préparation de la chambre. — Les rideaux, tentures, lapis seront retirés ; on laissera un minimum de meubles. Le lit sera placé au milieu de la chambre.

Les poussières du sol de la chambre seront enlevées, chaque jour, et brûlées; avant le balayage au torchon humide, on projettera sur le plancher de la sciure de bois, humectée d'une solution désinfectante.

2° Soins à prendre par le médecin et ses aides. — Les médecins, les infirmiers doivent, en entrant dans la chambre du malade, revêtir des habits de toile blanche, sur lesquels on aperçoit facilement les taches et qui peuvent être facilement désinfectés. L'infirmière ne prendra pas ses repas dans la chambre du malade et, avant de manger, elle se désinfectera soigneusement les mains et la figure.

Les aliments, ayant séjourné dans la chambre du malade, ne devront être consommés, qu'après une nouvelle cuisson.

Le médecin et toute personne, ayant été contact avec le malade, devront se désinfecter soigneusement les mains et même la figure, en cas de besoin.

3° Soins à prendre par l'entourage. — Toutes les personnes de l'entourage du malade (famille, domestiques, etc.) devront se

soumettre aux mêmes mesures. Il faudra exercer, à ce point de vue, une surveillance perpétuelle, veiller sur la femme de chambre, par exemple, pour qu'elle ne laisse pas traîner sa robe, ne promène pas dans tout Tappartement le balai ou les linges servant au nettoyage de la chambre du malade, ne revête pas la « blouse isolante », à Fenvers, appliquant ainsi contre ses vêtements la face externe infectée de ladite blouse, se lave les mains, etc. Une série de petites mesures, qui ont leur importance, devront ainsi être prises et souvent indiquées par le médecin.

4° Désinfection du malade lui-même. — Le malade devra être tenu très proprement : savonnage du corps, bains chauds, alcalins et savonneux, nettoyage des orifices naturels, à Teau bouillie chaude, lavages de la bouche et du pharynx avec solution boriquée ou eau oxygénée diluée.

La désinfection du pharynx, capitale dans certaines maladies, sera tentée par des gargarismes à Teau oxygénée diluée, par des pulvérisations et des fumigations. Vincent et Bellot conseillent la formule suivante :

Iode 20«'

Gaïacol 2°'

Thymol 0 ,2

Alcool à eO'' 200

On pourra encore faire des badigeonnages de la gorge, avec la glycérine iodée, à 1/80.

Pour les cavités nasales, on emploiera, de préférence, Thuile résorcinée ou goménolée à 1/30.

Dans les maladies, où il y a desquamation de Tépiderme, on oindra la peau du malade avec de Thuile ou une pommade à laquelle on aura joint un désinfectant (axonge benzoïnée, vaseline mentholée, huile phéniquée, etc.).

Tous les objets, tels que canules à lavages ou à lavements, thermomètres, seront conservés dans une solution antiseptique.

5° Désinfection des excréta. — Les selles, urines peuvent renfermer les germes de la fièvre typhoïde, de la dysenterie, de la diarrhée estivale, du choléra et des maladies cholériformes ; il importe donc de tuer tous ces germes, avant de se débarrasser de ces excréta.

Dans les hôpitaux modernes pour maladies contagieuses, on les

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incinère après les avoir mélangés à une quantité suffisante de sciure de bois.

Quand on n'a pas à sa disposition d'installation spéciale, il faut avant de les envoyer à Tégout ou dans les fosses d'aisances les mettre en contact prolongé avec des désinfectants chimiques.

En général, s'il s'agit de matières solides, l'immersion dans le désinfectant doit durer six heures au moins; pour les matières liquides, une heure suffira.

De quelque substance chimique que l'on se serve, il faut en mettre un peu dans le fond du récipient, qui doit recevoir les déjections, puis en ajouter après et bien mélanger le tout.

Le lait de chaux, à 20 p. 100, très bon marché, est très efficace pour la désinfection des excréta. On en ajoutera 1/5 à 1/10 de la totalité des matières à désinfecter. Richard et Chantemesse le recommandent particulièrement.

Le chlorure de chaux h 2 p. 100 est un excellent agent désinfectant pour les selles, en même temps qu'un puissant désodorisant. Ajouter aux matières la moitié de leur volume de cette solution. 11 est essentiel que le chlorure de chaux soit bien mélangé avec les matières fécales à désinfecter.

Le crésyl à la dose de 8 à 10 g. par litre de matières fécales fraîches, préféré par Vincent, agit en même temps comme désodorisant. Il faut se servir d'une solution de crésyl à 5 p. 100 et laisser en contact pendant vingt-quatre heures.

Le crésylol sodique du Codex sera avantageusement employé en solution forte à 4 p. 100.

Le sulfate de cuivre à 50 p. 100 est un excellent désinfectant dans la proportion du dixième du volume total.

La formaline, dans la proportion de 5 p. 100 par rapport à la masse totale et incorporée entièrement, pénètre profondément. Son action n'est pas gônée par la présence des matières albuminoïdes et assure une excellente désinfection.

11 n'en est pas de même du sublime corrosif, qui coagule les matières albuminoïdes, avec lesquelles il se combine, qui manque par conséquent de pénétration. Cette substance doit être rejetée en ce qui concerne la désinfection des excréta.

h'acide phénique devra aussi être rejeté.

Le sulfate de fer est encore très employé, mais son action germicide est trop faible, pour qu'on puisse le recommander. Si, par hasard, on n'avait pas d'autre désinfectant à sa disposition, il faudrait se servir de sa solution à 10 p. 100.

Lorsque les urines sont émises à part, on les désinfectera avec de l'eau de Javel, du sulfate de cuivre, du lait de chaux, dans les mêmes proportions que précédemment.

Les vomissements, enfin, seront désinfectés par les mêmes produits ou le crésylol sodique.

6° Désinfection des crachats. — Les crachats, nbn seulement de rhomme malade, mais de Tindividu sain, peuvent disséminer les germes de la tuberculose, de la pneumonie, de la grippe infectieuse, de la fièvre typhoïde, de la diphtérie, de la peste pneumonique et d'autres affections de l'appareil respiratoire.

Les crachats devront être recueillis dans des crachoirs, à moitié remplis d'eau, additionnée d'un antiseptique. Cet antiseptique sera de préférence une solution de lessive de soude à 10 p. 100, qui fluidifie les crachats et les désinfecte, de lysol ou de lusoforme à 2 p. 100. René Martin a mis eu évidence l'action désiufectante du crésylol sodique à 2 p. 100 sur les crachais. Ce produit a cependant l'inconvénient de ne pas dissoudre les crachats.

On doit user de ces substances largement, bien les incorporer avec les crachats et les laisser en contact, au moins pendant une heure ; en l'absence de toute solution antiseptique, on ne laissera pas les crachats se dessécber, mais on les couvrira avec un peu d'eau, en attendant qu'on puisse les brûler.

S'il s'agit d'une maladie chronique (tuberculose), le malade devra se munir d'un crachoir de poche, dont les modèles sont

nombreux, qui renfermera également une petite quantité des. solutions antiseptiques précitées. On pourra lui permettre de cracher dans des mouchoirs de papier mince (mouchoirs japonais), à la condition de jeter les papiers immédiatement dans un étui métallique portatif et de les incinérer le plus tôt possibie.

Dans la désinfection des crachats, on ne doit pas se servir de solutions de sublimé. Cet antiseptique coagule les matières albuminoïdes des crachats, ce qui empêche sa pénétration ; en se combinant avec ces matières albuminoïdes, il s'use et devient inerte. Tout au plus, pourra-t-on se servir de sublimé, additionné de chlorure de sodium.

L'acide phénique doit être également rejeté. Il coagule aussi, bien qu'à un moindre degré, les matières albuminoïdes.

De temps à autre, il sera nécessaire de faire bouillir les crachoirs, dans de feau carbonatée.

Fig. 140. — Seau à linge.

LA DESINIECTION

7° Désinfection des linges. — Les linges (draps, chemises, mouchoirs, serviettes, hlouses du personnel, etc. )j souillés parles excréta, les déjections et sécrétions de diverse nature, doivent, dans la chambre même du malade, être immédiatement placés soit dans des sacs à désinfection ou, à leur défaut, dans des draps mouillés avec une solution antiseptique, soit dans des récipients en métal, facilement stérilisaOles, pour les envoyer à la désinfection.

11 est beaucoup mieux de les plonger immédiatement dans un récipient (fig. 141) contenant de l'eau de Javel ou une solution à 4 p. 100 du mélange suivant :

Crésyline 50 parties.

Lessive de soude 30 —

Savon noir 20 —

Le tout est porté à Tétuve à la température de GO" ou laissé ù froid pendant une demi-journée dans la solution.

On peut encore traiter les Unges par Tun des procédés ci-après :

ÉbiillUion, pendant une heure au moins dans une lessive chaude au carbonate de soude ou à la cendre de bois (fig. 141).

Trempage prolongé (six heures au moins) dans le crésylol sodique à 4 p. 100 ou dans la solution de formol du commerce à 40 p. 1 000.

On peut ensuite faire passer ces linges dans une étuve à vapeur, pour achever la désinfection, mais, la plupart du temps, les opérations précédentes sont suffisantes.

8° Désinfection des vêtements. — Les vêtements ne pourront guère être placés dans des solutions désinfectantes; en général, d'ailleurs, ils sont, les vêtements intérieurs surtout, moins souillés que le linge. Aussi, la désinfection par la vapeur de formol leur est-elle parfaitement applicable. On fera séjourner les vêtements, dans le

Fipf. Ml. — Lessiveuse.

CouRMONT. — Précis d'Hygiène.

530 NOTIONS GÉNÉRALES D'ÉTIOLOGïE ET DE PROPHYLAXIE

local rempli de vapeurs de formol, pendant dix heures environ. On pourra les désinfecter également par les étuves à vapeur et à gaz combinés fétuves Gonin, Guasco. Fournier), etc.

9° Désinfection des vêtements profondément souillés. — Dans ce cas, il est nécessaire d'employer les dernières étuves qui permettent la pénétration suffisante des vapeurs antiseptiques. Il est possible d'ailleurs de réaliser, sans avoir besoin d'étuves spéciales, un espace clos (cuvier renversé, etc.), dans lequel la vapeur d'eau sera maintenue sous une faible pression et où Ton fera dégager en même temps, des vapeurs antiseptiques. En Tabsence de tout autre moyen de désinfection, les vêtements souillés seraient trempés dans une solution, comme pour les linges.

10° Désinfection des services de table. — Après chaque repas, il faut recueillir les objets de table, cuillères, fourchettes, couteaux, verres, assiettes et plonger le tout dans une solution désinfectante ou dans de Teau carbonatée, qu'on porte à Tébullition, puis soigneusement les nettoyer.

11° Désinfection de Feau des bains. — Avant d'envoyer l'eau du bain à l'égout, on aura soin de la désinfecter avec du lysol ou du formol, de façon à obtenir une solution au taux de 3 à 5 p. 100, ou avec du lait de chaux dans la proportion de 2 p. 100.

12° Cabinets d'aisances. — Les cabinets d'aisances seront Fobjets d'une propreté toute particulière. Ils devront être installés de telle façon, que l'aération soit complète, aucune odeur ne devant s'en dégager. Les murs et la cuvette seront largement, au moins deux fois par jour, nettoyés avec de l'eau bouillante, mêlée à un antiseptique, solution forte de sulfate de cuivre 50 p. 1000 ou bien du lait de chaux fraîchement préparé.

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