IV. — DÉSINFECTION FINALE (APR ES G U É R IS 0 N TRANSPORT OU DÉCÈS
C'est surtout après les maladies dont l'agent est résistant et persiste longtemps dans le milieu extérieur, dans les poussières, les interstices des planchers et des murs, sur les objets, les meubles {tuberculose, variole, fièvre typhoïde, diphtérie, scarlatine, etc.) que la désinfection, après guérison, décès ou trans-
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port du malade à riiôpital, présentera son maximum d'utilité. Par contre, dans les maladies à germe généralement très diffusible, mais très fragile (rougeole, grippe, coqueluche, oreillons, etc.), la désinfection finale est absolument illusoire. La désinfection finale s'adressera à tous les objets, qui auront pu être contaminés par le malade et aux appartements.
1° Désinfection des objets de literie. — Tous (matelas, traversins, oreillers, couvertures), devront être désinfectés.
L'étuve sous pression est néfaste pour la laine. Aussi emploiet-on maintenant les étuves à formol ou à formacétone qui peuvent être portées à 75°-80° et qui permettent de désinfecter la profondeur des matelas sans les détériorer (p. 518). Dans le plus grand nombre de cas, les souillures n'atteignent guère que la surface ou ne pénètrent qu'à une faible profondeur, mais pour avoir une sécurité absolue, il vaut mieux découdre les enveloppes et décomprimer, en le brossant légèrement, Tintérieur du matelas.
Les lits eux-mêmes seront désinfectés par un nettoyage avec une solution forte de sublimé, d'acide phénique, etc., ou par des pulvérisations avec les mêmes solutions. Les paillasses seront brûlées.
2" Désinfection des livres et des lettres. — Il est démontré depuis longtemps que les livres et les lettres peuvent conserver, pendant des mois et même des années, des germes virulents, en particulier ceux de la variole, de la scarlatine, de la tuberculose (Sarmé, Knopf, Lion, Du Gagal et Gatrin). La désinfection complète des livres présente certaines difficultés et elle a fait l'objet de nombreuses recherches.
Lehmann, Miquel et Lion recommandent l'usage de la formaldéhyde, qui a l'avantage de ne pas détoriorer les livres. Knopf a imaginé un appareil en fil de fer, destiné à tenir ouverts les feuillets du livre soumis aux vapeurs de formol. Il a trouvé ce procédé de désinfection très efficace. Barbe a également proposé un appareil ingénieux pour l'utilisation de la formaldéhyde.
Du Gazai et Gatrin, par contre, trouvent l'action de ce gaz insuffisante. A leur avis, seule la vapeur d'eau est capable de réaliser la désinfection complète des livres. Abba a fait des expériences en grand, avec l'étuve Geneste-Herscher. La désinfection est parfaite, mais les couvertures des livres, reliés en cuir ou en parchemin, étaient complètement détériorées. Il en résulte que la
vapeur d'eau sous pression ne peut être appliquée qu'à la désinfection des livres brochés.
Geneste-Herscher, Gonin, Berlioz ont construit récemment des appareils à formol, fonctionnant à une certaine température (environ 60°), qui paraissent donner de bons résultats.
En somme, les appareils où Ton utilise Faction simultanée de la formaldéhyde et de la chaleur, permettent la désinfection des livres même fermés.
Si Ton n'a que peu de livres à désinfecter et si Ton ne dispose pas d'appareil spécial, on les désinfectera, en laissant tomber deux ou trois gouttes d'une solution de formaline, toutes les pages ou toutes les deux pages, en ayant soin de bien distribuer les gouttes. Le livre est placé ensuite dans une boite fermant hermétiquement et préalablement humectée de formaldéhyde. On tient cette boite fermée vingt-quatre heures, dans un endroit chaud.
Les livres sont néanmoins difficiles à désinfecter et, s'ils ne possèdent pas de valeur spéciale, le mieux est de les brûler.
Les lettres peuvent être désinfectées par la formaldéhyde de diverses manières. On pourra les placer dans une étuve à vapeur d'eau et à formol combinés, en ayant soin de ne pas les mettre en tas, mais de les ranger debout et séparées les unes des autres. Si Ton ne possède pas d'étuve, on se servira d'une armoire ou d'une caisse pouvant être hermétiquement close, dans laquelle on fera dégager une quantité convenable de formol, après avoir disposé les lettres, comme nous l'avons indiqué. On pourra enfin pulvériser les lettres, après les avoir percées de trous, au moyen d'une épingle, avec une solution forte de formaldéhyde sur toute leur surface. Les lettres, ainsi traitées, seront introduites dans des sacs, imprégnés à l'intérieur du même antiseptique et on les y laissera séjourner au moins sept ou huit heures.
3° Désinfection des locaux. — Quand le malade aura quitté la chambre (on ne peut désinfecter réellement une chambre qui est occupée), on laissera les fenêtres ouvertes, puis on désinfectera. Pour cela, on enlèvera la literie, les tapis, les couvertures, les meubles rembourrés et tous les objets profondément souillés ou dont la désinfection est difficile et qui seront traités à part.
Les petits objets à usage personnel des malades, jouets, crayons, fournitures de bureau, porte-monnaie, etc., seront brûlés toutes les fois que cela sera possible.
Puis, on lavera le parquet, les soubassemeiils, avec de Teau de Javel à 1 p. 50 ou avec une solution de sublimé à 1 p. 1000.
Pour tout ce qui est literie en fer, tables de nuit en métal, on peut savonner d'abord, puis utiliser les solutions de lysol, lysoforme, de crésol ou celle de sublimé à 1 p. 100. On fera bouillir les urinais, vases de nuit, crachoirs dans une solution sodique.
On désinfectera ensuite la pièce proprement dite. Pour cela, on fermera hermétiquement toutes les ouvertures et on bouchera soigneusement avec des bandes de papier toutes les fentes. Les meubles seront éloignés des murs. Les tiroirs et les portes des armoires, commodes, etc., seront ouverts. Les meubles, non munis de pieds, devront être soulevés à Taide d'un coin, le sommier des lits dressé, les tapis, les édredons, les couvertures, suspendus à des cordes et les rideaux étendus pour faire disparaître les plis au niveau des embrasses. Les tableaux, les glaces, les vitrines pourront être laissés en place. On fera alors agir un désinfectant gazeux, le formol ou Tanhydride sulfureux.
Le formol sera employé au moyen d'un des nombreux procédés que nous avons signalés. Ce gaz est doué d'un pouvoir bactéricide très énergique, tout en présentant une innocuité absolue pour les objets à désinfecter. Malheureusement, il n'a qu'une action antiseptique superficielle : une mince couche de poussière, un linge suffisent à intercepter l'aldéhyde formique. Le gaz exige, en effet, comme nous l'avons vu, des conditions d'humidité, de température et de pression qu'on ne peut guère réaliser dans les conditions ordinaires où se pratique la désinfection des locaux.
On ne peut guère désinfecter par févaporation directe d'une solution de formol, car aussitôt que la concentration s'élève, il se produit une polymérisation de la formaldéhyde, donnant naissance à du trioxyméthylène, qui, en se volatilisant, redonne de la formaldéhyde.
En tout cas, la désinfection des locaux est d'autant plus parfaite que le nombre des foyers de production d'aldéhyde formique est plus considérable. Un foyer unique ne peut guère désinfecter une pièce, cubant plus de 70 à 80 m^
Au lieu d'utiliser le formol sous forme de gaz, on peut pulvériser sa solution sur les parois et les objets. Cette opération peut suffire à elle seule, à condition d'être faite très soigneusement. L'action irritante du formol sur les muqueuses pituitaire et conjonctivale rend cette opération pénible.
On pourrait encore pulvériser par mètre cube 10 g. de formol sur des draps suspendus en ligne, à travers la pièce. Un drap de 1 m. 50 à 2 m. retient environ 150 g. de solution, sans dégoutter. On laisse le formol s'évaporer. La chambre doit être maintenue close pendant au moins vingt-quatre heures. Ces méthodes sont limitées à des pièces ou à des appartements, ne dépassant pas 100 m^ au maximum. La dose à employer doit toujours correspondre à 4 g. d'aldéhyde formique par mètre cube.
Le désinfection terminée, l'appartement est ouvert et aéré avec soin, on peut préalablement neutraliser l'excès de formol par l'ammoniaque, en pulvérisant cette substance ou en la faisant évaporer dans des plats ou des cuvettes, répartis à travers les chambres, à raison de 1 litre par 100 m^ Il se forme de l'hexaméthylène-tétramine.
Signalons en passant que le formol, germicide puissant, n'a aucune action insecticide.
Vajihydride sulfureux a joui autrefois d'une grande vogue, mais on y renonce de plus en plus, depuis que l'expérimentation a montré que son pouvoir bactéricide était insuffisant.
On l'obtient, en faisant brûler, après avoir pris les mêmes précautions que pour la désinfection par les vapeurs de formol, de la fleur de soufre, à la dose de 70 g. par mètre cube. Il faut avoir soin d'isoler le foyer du plancher par des lames de tôle.
L'anhydride sulfureux exige, pour agir, la présence de l'humidité. On devra donc faire évaporer, auparavant ou en même temps, de l'eau, dans la proportion de 100 g. d'eau pour 300 g. de soufre brûlé.
Malheureusement, à la faveur de l'oxygène et de l'humidité, il donne naissance à de l'acide sulfurique, qui attaque les métaux, si l'on n'a pas eu soin de les préserver par une couche de vaseline. De plus, l'anhydride sulfureux blanchit toutes les couleurs d'origine végétale et beaucoup de couleurs d'anihne. Il agit sur les tissus de coton et de laine, en diminuant sérieusement leur sohdité.
Par contre, la propriété qu'il possède de tuer les insectes et les rats en fait un bon agent de désinsection et de dératisation.
4° Désinfection des wagons et des voitures. — La désinfection des wagons et des voitures se fait, comme celle de? locaux, en insistant sur le parquet, les banquettes et les coussins. Dans les wagons de chemin de fer, tous les objets mobiles (rideaux, tapis, coussins, etc.) seront enlevés et désinfectés à l'étuve ou
dans la chambre à formol. Les cabinets de toilettes, water-closets et les crachoirs devront retenir d'une façon toute particulière Fattention des désinfecte urs.
5° Désinfection des navires. — Après évacuation du bâtiment, le fond de cale est nettoyé au sublimé, puis lavé à Feau de mer; après dessiccation, les parois sont badigeonnées à la chaux. La destruction des rats et des insectes nécessitera la sulfuration.
En résumé, la désinfection finale est moins importante que la désinfection en cours de maladie. Elle n'a de véritable utilité, comme nous l'avons déjà dit, que dans les maladies à germe résistant et vivant longtemps dans le milieu extérieur (scarlatine, diphtérie, variole, tuberculose). Elle ne constitue, en somme, qu'un « simple coup de balai final ».