V. — DÉSINSECTION ET DÉRATISATION
Nous avons précédemment indiqué les maladies contre lesquelles la désinsection et la dératisation constituent le moyen prophylactique essentiel. Mais les insectes peuvent jouer un rôle dans la propagation d'autres maladies. Les mouches communes sont capables de disséminer la tuberculose (J. Courmont et André), le choléra (Chantemesse et Borrel), la fièvre typhoïde, la dysenterie, l'ophtalmie purulente. Les punaises des lits, constamment en contact avec les crachats et les linges, contribuent également à la dissémination de divers microbes, en particulier des bacilles de la peste et de la tuberculose, etc. Dans un certain nombre de cas, la désinsection doit être le complément nécessaire de toute désinfection.
1° Désinsection. — Les moyens diffèrent :
a) Destruction des insectes adultes. — On peut faire appel aux gaz et procédés insecticides ou aux lampes spéciales, construites dans ce but.
1° Gaz et poudres insecticides. — La plupart des agents germicides sont aussi des insecticides. H y a cependant des exceptions : la formaldéhyde, qui est un de nos plus puissants germicides n'a que très peu d'action sur les insectes.
Le soufre peut être employé à l'état pulvérulent, sur les surfaces où l'on trouve des insectes. C'est là un procédé peu efficace, il est ordinairement utiUsé sous forme d'anhydride sulfureux.
n36 NOTIONS GÉNÉRALES D'ÉTIOLOGIE ET DE PROPHYLAXIE
La combustion du soufre est à la lois lo plus facile, le moins coûteux el le plus efficace des procédés de désinsectiou. Il suffit d'un pot de fer qu'on remplira de soufre pulvérisé el qu'on placera dans les locaux à désinfecter. On allumera le soufre, au moyen de charbons ardents, d'un feu de bois, mais le meilleur procédé est Vallumage à Valcool. On creuse un petit trou dans le soufre, on imbibe largement d'alcool et on allume. Si le soufre est disposé dans le pot, en forme de butte, la flamme peut s'éteindre.
Il suffit de 80 g. de soufre par m^ pour obtenir une désinsectiou complète, au bout d'une heure.
Au point de vue qui nous occupe, l'anhydride sulfureux est aussi efficace à l'état sec qu'à l'état humide, alors qu'à l'état humide, il n'a aucune action sur les bactéries.
D'autres appareils (Glaylon, etc.) seront décrits à propos de la dératisation.
On peut employer également des solutions d'anhydride sulfureux. Elles ont l'avantage de produire un grand volume de gaz en peu de temps, d'où diffusion de ce gaz dans tous les coins d'une pièce, beaucoup plus rapidement que cela n'est possible par les méthodes plus lentes de combustion du soufre; c'est un avantage considérable, mais le procédé est beaucoup plus coûteux.
500 g. de soufre (S = 32) produisant environ 1 kg. d'anhydride sulfureux (S0- = 64), il faudra donc dans la pratique employer un poids double d'anhydride sulfureux liquide.
L'utilisation des solutions est très simple : si le liquide est renfermé dans de petits bidons en étam, il suffit de couper à la fois sur un nombre de bidons suffisant le petit tuyau de plomb qui se trouve au sommet et de renverser le contenu dans une cuvette ordinaire ou dans un pot en fer où le liquide se volatilisera rapidement. L'opérateur doit faire vite et être prêt à quitter immédiatement la chambre et à fermer la porte.
Si Ton a affaire, au contraire, à des siphons de verre ou de métal, la quantité d'acide sulfureux liquide sera projetée de dehors, au moyen d'un petit tuyau passé à travers le trou de la serrure ou
Fig. 142. — Siphon de S02.
toute autre ouverture convenable. La pression, qui est à Tintérieur du siphon, suffit pour chasser le liquide (fig. 142).
D'autres appareils permettent la sulfuration en grand (Marot, etc.), au itioyende l'anhydride sulfureux liquide; nous les décrirons dans le paragraphe de la dératisation.
Lackle cyanhydrique est un insecticide très actif, mais sa nature extrêmement toxique nécessite les plus grands soins dans son emploi. On doit le proscrire pour la désinsection des locaux ordinaires; mais pour les greniers, les hangars, les cales de navire et tous les autres lieux inhabités, il pourra rendre des services.
Son meilleur mode d'obtention est de faire agir Facide sulfurique dilué sur le cyanure de potassium. Les proportions sont les suivantes :
Cyanure de potassium 1,00
Acide sulfurique 1,50
Eau 2,25
La quantité de gaz nécessaire, exprimée en cyanure, est de 20 g. pour 3 m^
Le procédé à l'acide cyanhydrique n'a qu'un emploi très limité. La moindre imprudence peut coûter une vie.
Le pyrèthre est un insecticide très populaire, sans danger, mais sans grande efficacité. On l'emploie sous forme de poudre sèche ou on le fait brûler. En Italie, on utilise beaucoup des cônes, constitués par un mélange de poudre de pyrèthre et de chrysanthème, et connus sous le nom de fidibus, de zanzolina, etc.
Signalons que les règlements de l'armée, aux États-Unis, exigent que Ton brûle 1 kg. de poudre de pyrèthre par 14 m'^ d'air, pour la destruction des moustiques dans un espace clos.
Les fumées sont utilisées dans quelques pays. Elles ne font qu'éloigner les insectes, sans les tuer.
2° Lampes spéciales. — On peut également détruire les moustiques, au moyen de lampes spéciales qui les attirent et les brûlent.
En Amérique, on a conseillé de placer, dans le voisinage des maisons de campagne, des lampes pourvues, en dessous, d'un plateau contenant du pétrole : les moustiques, au lieu de pénétrer dans les chambres, se portent vers ces lampes et tombent en grand nombre dans le pétrole.
Laveran propose de remplacer ces lampes par les lampes à acé-
tylène, qui sont employées dans les pays à vignobles pour la destruction de la pyrale (fig. 143).
Ces procédés n'ont pas une très grande valeur.
Préférables sont les lampes qui permettent de rechercher les moustiques sur les parois et de les y brûler. La plus connue et la plus pratique est la Swatowlampe (fig. 144). Le foyer est enfermé dans une enveloppe métallique à deux ouvertures, une ouverture supérieure et une large ouverture latérale à auvent qu'on place
Fig. 143. — Lampe à acétylène pour destruction des moustiques Phare Méduse Vermorel).
Fig. 144. — Swatowlamp.
sur les moustiques fixés sur une paroi. Ils pénètrent dans l'enveloppe, passent sur la flamme et sont de la sorte brûlés.
3° Moyens mécaniques. — Les moustiquaires de lit, les voilettes, les gants, les grillages métalliques, qu'on place aux ouvertures des habitations, sont des moyens très importants de détense contre les moustiques, mais ce ne sont pas véritablement des moyens de destruction des insectes. On trouvera leur description dans la partie consacrée à la prophylaxie du paludisme et de la fièvre jaune.
b) Destruction des œufs, larves et nymphes. — La plupart des moyens employés sont hors du cadre de ce chapitre. Ce sont des mesures générales qui, en supprimant les eaux stagnantes, font disparaître du même coup les œufs et les larves des insectes. On
LA DKSINFECTION
les trouvera également avec l'étude prophylactique du paludisme et de la fièvre jaune (p. 624 et 691).
2° Dératisation. — Les moyens de détruire les rats sont nombreux, nous n'insisterons pas sur les pièges, les poisons, les animaux destructeurs de rats qui ne donnent que des résultats insuffisants ou incertains. Les brigades de chasseurs de rats peuvent être très utiles. Dans Tlnde et au Brésil, ces Ratskillers qui acquièrent une habileté surprenante, ont rendu les plus grands
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Fig. 145. — Appareil Clayton.
services pour la défense contre la peste. Le virus Danitz est un microbe, dont Tingestion provoque chez beaucoup de muridés, une maladie mortelle. Il appartient au groupe des paratyphiques et ne paraît pas essentiellement différent du Bacillus tijphi murium^ décrit par Loffler. Ce microbe, cultivé en bouillon ou sur gélose, est offert aux rats, mélangé à des appâts, tels que le pain ou d'autres substances comestibles dont ils sont friands. Mais le procédé véritablement efficace est la sulfuration .
a) Dératisation par sulfuration. — Une concentration de 10 à 12 p. 100 d'anhydride sulfureux, dans un local, détruit les rats et les gros parasites.
Trois appareils de dératisation sont actuellement autorisés en France ^ : l'appareil Clayton, l'appareil Marot et l'appareil Gauthier et Deglos.
1. On trouvera, dans le chapitre de la Prophylaxie internationale, p. dispositions législatives relatives à la dératisation.
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Dans Vappareil Clayton (fig-. 145), le soufre est brûlé sur une grille, en vase clos. L'anhydride sulfureux produit est entraîné dans des tubes refroidis extérieurement par un courant d'eau et propulsé dans l'enceinte à désinfecter par un ventilateur, qui produit en même temps l'aspiration de l'air du local. Grâce au refroidissement du gaz et à l'absence d'humidité dans les locaux, il ne se produit pas d'altération des objets exposés à son action : étoffes, mélaux, substances alimentaires.
Le procédé Marot (fig. 140) utilise Tacide sulfureux liquide, qui est détendu et projeté dans le local à dératiser, au moveu d'un ventilateur.
Fig. 146. — Appareil Marot dératisant un navire.
Cet appareil lancerait à la minute 25 m^ de gaz, contenant 25 à 30 p. 100 d'acide sulfureux, ce qui permet de pratiquer, en deux heures, la désinfection d'un navire.
Dans le procédé Gautider et Deglos, le produit, dont on se sert, est un mélange de 75 p. 100 de fleur de soufre et de 25 p. 100 de charbon de bois pulvérisé, employé dans la proportion de 32 g. par m^ de l'espace à dératiser. Cette poudre est enflammée avec de l'alcool et la combustion, entretenue au moyen de brûleurs, genre Primus. On avait cru attribuer à l'emploi du charbon la formation d'oxyde de carbone qui viendrait ajouter son action à celle de l'anhydride sulfureux. Les expériences (analyse chimique, examen speclroscopique du sang des animaux détruits, etc.) ont montré que l'action toxique du gaz obtenu est uniquement due à l'acide sulfureux.
b) Dératisation par CO. — Les autres procédés (appareil Nocht à l'oxyde de carbone, etc.) sont insuffisants ou dangereux.