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EN FRANCE

L'organisation générale de la désinfection publique en France ne date véritablement que de la loi du 10 février 1905, sur la protection de la santé publique (p. 37).

Avant cette époque, quelques villes, appliquant V article 97 àe la loi municipale du 5 avril 1 884, avaient bien organisé des services de désinfection, mais, la désinfection des maladies contagieuses n'étant pas obligatoire, ces services ne pouvaient donner les résultats qu'on est en droit d'en attendre.

La désinfection obligatoire, comme corollaire de la déclaration obligatoire, est prescrite par Yarticle 7 de la loi de i 902 (p. 38).

Le décret du iO juillet 1906^ et la circulaire du 28 du même mois, ont indiqué les bases de l'organisation des services départementaux et municipaux.

A. — Désinfection départementale.

1° Législation. — Le décret du 10 juillet 1906 établit que le conseil général délibère, après avis du conseil départemental d'hygiène, sur la création des postes de désinfection, la composition et la rétribution du personnel, vote les crédits nécessaires à l'organisation et au fonctionnement du service et fixe le tarif des taxes de remboursement des opérations de désinfection.

Le service départemental est placé sous l'autorité du Préfet, qui en confie la direction et le contrôle à V Inspecteur départemental d'Hygiène, ou, à son défaut, à un membre du Conseil d'Hygiène. Le Préfet désigne, dans chaque circonscription, le délégué de la commission sanitaire qui a la surveillance et le contrôle de tout ce qui a trait à ce service, et nomme les agents chargés de l'exécution des mesures de désinfection. Le décret prévoit, par circonscription sanitaire, au moins un poste de désinfection, dont le siège ne doit pas être, à plus de 6 heures, des différentes communes qu'il est appelé à desservir.

D'après Yarticle 26 de la loi du 10 février i 902, les dépenses d'organisation du service départemental de la désinfection sont supportées exclusivement par les départements et l'État (frais de construction et d'aménagement des locaux nécessaires au service

54â NOTIONS GÉNÉRALES D ÉTIOLOGIK ET DE PROPHYLAXIE

et acquisition du matériel de désinfection, étuves, appareils, désinfectants, sacs, vêtements et accessoires divers).

Quant aux dépenses de fonctionnement {article 26 de la loi de 1 902 et article unique de la loi du 22 juin / 906)^ elles sont à la charge collective des communes, du département et de TÉtat, suivant les règles fixées par la loi du 1 0 juillet J 893 sur l'assistance médicale gratuite (traitement des agents de contrôle et d'exécution, frais de déplacement du personnel et transport du matériel, etc.).

Voici comment le ministre de Tlntérieur a fixé, dans sa circulaire du i 8 mars / 907, la procédure relative à l'organisation des services départementaux de désinfection.

1" Élaboration, par le Conseil départemental d'hygiène, d'un projet d'ensemble, visant les dispositions applicables.

2^ Délibération du Conseil général.

3° Transmission au Ministre de l'Intérieur.

4° Communication éventuelle au Conseil supérieur d'hygiène.

5° En cas d'insuflisance, décret de sursis motivé.

6" Délai accordé jusqu'à la session suivante.

7° Nouvelle transmission au ministre.

8° En cas d'insuffisance persistante, décret au Conseil d'État pour organisation d'office.

9° Établissement des taxes. Tarif arrêté par le Conseil général :

a) Pour, les opérations payantes, dans les limitefe fixées par les articles 22 et 26 du décret du 10 juillet 1906;

b) Pour les établissements charitables ou scolaires;

c) Pour les opérations, autres que celles qu'entraîne l'obligation légale.

Lorsque ces formalités sont remplies, le Préfet prend un arrêté réglementant le fonctionnement du service de la désinfection et fixant les taxes de remboursement.

"2° Comment on doit comprendre le rôle des services publics de désinfection. — Comme nous Tavons vu (p. 524), les germes sont surtout dangereux sur le malade ou au moment de leur émission ; ils le sont déjà moins sur les linges et la literie ; ils le sont encore moins (sauf pour quelques maladies, la tuberculose en particulier) sur les planchers ou les meubles. Aussi, comme l'a écrit l'un de nous^, le service de la désinfection a-t-il trois fonctions différentes et successives, qui sont par ordre d'importance :

1. J. Courniont. I^a désinfection, au point de vue prophylactique. Presse médicale, 23 juin 1909.

1° Accourir aussi vite que possible, en cours de maladie^ dès la déclaration parvenue, pour ouganiser la prophylaxie, autour du malade^ apporter sacs, lessiveuses, antiseptiques, etc., protéger les puits en cas de fièvre typhoïde rurale, etc. ; les désinfecteurs du service départemental sont, à ce moment, les auxiliaires les plus précieux du médecin, en rendant matériellement applicables les prescriptions prophylactiques de celui-ci, avec lequel ils doivent se mettre en rapport dans la mesure du possible ; voilà le premier et le plus grand rôle du service de la désinfection.

2'' Lorsque la maladie est terminée : étuver les linges et la literie contaminés, dans une étuve mobile.

3" Désinfecter, dans la mesure du possible, la pièce où a séjourné le malade (lavage du parquet, très rarement pulvérisation).

La désinfection publique, ainsi comprise, ne peut être réalisée que si l'on a su choisir le personnel désinfecteur, organiser les postes de désinfection, et les doter de moyens de locomotion rapide.

3° PersonneL — Le choix du personnel désinfecteur, et particulièrement des chefs de poste, a une importance capitale, en raison de la mission complexe et délicate, qui leur est confiée. Du choix de ce personnel, dépend la bonne marche du service.

Différentes combinaisons ont été préconisées par les conseils généraux et par les Conseils départementaux d'hygiène. Les uns ont proposé le concours des pharmaciens, du personnel hospitalier, d'entreprises privées; d'autres ont eu recours au personnel du service vicinal ; d'autres, enfin, ont estimé qu'il était préférable de recruter un personnel spécial : non seulement nous sommes de ce dernier avis, mais nous estimons qu'un personnel spécial est le seul capable d'assurer la désinfection, telle que nous l'avons indiquée.

Un chef de poste spécialisé, intelligent et instruit*, doté de moyens de transport rapide, peut se rendre, à toute heure de la journée et en temps voulu, auprès du contagieux que le médecin vient de signaler et établir autour de lui la barrière sanitaire nécessaire. Lui seul aura le temps et les connaissances techniques

1. 11 serait à souhaiter qu'on créât en France des Écoles de désinfection, pour la formation des futurs chefs de poste, comme il en existe en Allemagne (cf., A. Rochaix, La lutte contre les maladies contagieuses en Allemagne, p. 230-243). En tout cas, les Inspecteurs départementaux devraient suivre Texemple de celui du Rhône, qui a pris soin d'éduquer soigneusement ses désinfecteurs. par des conférences et des démonstrations simples et pratiques, avant de les installer dans leurs fonctions.

suffisantes pour faire des visites fréquentes et renseigner Tinspecteur sur Fétat hygiénique des lieuj.

Le chef de poste ne constitue pas un rouage simplement technique. Il a aussi un rôle social à remplir. Sous la direction des délégués sanitaires, il est appelé à être le véritable initiateur et propagateur des pratiques de désinfection et des mesures d'hygiène. Il doit être un véritable moniteur d'hygiène. Suivant son caractère, son activité physique, son intelligence, il se rendra plus ou moins sympathique à la population et cette sympathie rejaillira sur les mesures légales qu'il vient appliquer.

Des agents improvisés, non désinfecteurs de métier, si dévoués soient-ils, ne nous semblent pas pouvoir assurer la désinfection, avec toute la sécurité voulue; insuffisamment éduqués, ils pourraient même devenir les propagateurs inconscients des germes qu'ils ont mission de détruire.

Les départements ne doivent donc pas hésiter à voter les crédits, permettant de nommer un personnel spécial, absolument indispensable au bon fonctionnement d'un service.

La loi {décret du JO juillet 1 906^ art. 17) autorise le fonctionnement des services privés de désinfection, mais sous la surveillance des chefs de poste. Tout désinfecteur privé doit prévenir, douze heures à l'avance, le chef de poste du moment où les opérations doivent avoir lieu et il doit se soumettre au contrôle de l'agent du service pubhc. Les industriels doivent procéder aux opérations de désinfection, dans les conditions qui leur sont imposées, soit au point de vue de l'usage et du fonctionnement des appareils, l'étanchéité des sacs qui doivent servir au transport des objets contaminés, etc.

4° Moyens de transport. — Le nombre des postes de désinfection, dans chaque département, n'est pas déterminé par la loi. Elle exige simplement {art. 5 du décret du iO juillet i 906)i\\xç: le siège de chaque poste soit fixé de telle sorte qu'il ne faille pas plus de six heures pour se rendre du poste dans les diverses communes qu'il est appelé à desservir. Sur cette base, le nombre des postes d'un département dépendra des moyens de locomotion. Si l'on adopte Vautomobile, ce nombre pourra être réduit au minimum et le service fonctionnera d'autant mieux. « Le chef de poste, tel que nous l'avons compris, est difficile à rencontrer, à éduquer et doit être étroitement surveillé. On peut découvrir, dans un département, trois ou quatre bons chefs de poste et arriver à

les surveiller. On ne peut pas en avoir (juinze ou vingt, satisfaisant aux conditions requises. On ne peut pas surveiller quinze ou vingt postes. J'estime donc qu'il faut avoir peu de postes, peu de chefs de poste. Mais il faut alors lui fournir les moyens de desservir un grand rayon. Le seul moyen est Tautomobile. » (J. Gourmont.)

L automobile a donc un premier avantage^ c'est la réduction et, par suite^ le meilleur fonctionnement des postes.

11 permet, en outre, d'arriver aussitôt le diagnostic posé^ et

Fig. 147. — Automobile Berliet du poste de désinfection de l'arrondissement de Lyon (rural). Étuve Gonin.

de faire prendre, autour du malade, les précautions de tous les instants, qui empêcheront la propagation de la maladie. Nous avons suffisamment insisté sur ce point capital.

Il y a encore une autre raison pour aller vite. Le malade, le médecin, doivent se rendre compte que le service départemental arrive sur les lieux, aussitôt prévenu. Du jour où cette constatation est faite, les familles ne protestent plus contre la déclaration, les médecins n'ont plus aucune raison de s'abstenir d 'obéir à la loi.

<c II y a plus% les visites en cours de maladie doivent être

1. J. Courmont, L'automobile et les postes départementaux de désinfection. Revue pratique d'hygiène municipale^ septembre 1910.

Courmont. — Précis d'Hygiène. 35

aussi fréquentes que possible; le chef de poste doit aller souvent se rendre compte de la façon dont son matériel (lessiveuses, sarraux, sacs, désinfectants) est utilisé, de la façon dont les instructions sont suivies. Gomment multiplier ces visites par le train ou la voiture publique? Avec Tautomobile, le chef de poste déploie chaque matin sa carte départementale où sont pointés tous les cas « en cours ». Se rendant dans telle commune du département, pour une première visite, ou pour une désinfection finale, il note tous les malades qui se trouvent sur son parcours, ou à proximité, et, sans frais, par le simple arrêt du moteur, en quelques minutes, il visite et tient en haleine les familles contaminées. C'est ainsi qu'un chef de poste, doté d'une automobile, fait parfois en un jour deux ou trois .désinfections et sept ou huit visites, en cours de maladie.

« Il y a plus encore. Le chef de posle doit être connu dans sa circonscription. Plus son automobile et lui-même seront en vedette, plus son rôle sera facile. » Dans le Rhône, le chef de poste de l'arrondissement de Lyon, pourvu d'une automobile (fig. 147), s'arrête même dans les villages où aucune déclaration n'a été faite, rend visite au médecin, au pharmacien, au maire, au secrétaire de mairie, pour se faire connaître, et faire connaître le poste. Seule, l'automobile permet cela sans frais.

Enfin Vautomobile est économique, quel que soit le point de vue auquel on se place : nombre de postes, prix global d'un poste, prix du kilomètre, prix de la désinfection, etc. Voici, à titre d'exemple, les prix de revient comparés, pour les trois postes du département du Rhône, dont un seul est pourvu d'automobile :

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