‹ Précis d'hygiène (volume 2)Chapitre 180 sur 267 · CHAPITRE XLI LA LÈPRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI LA LÈPRE

La lèpre est une maladie contagieuse, dont les foyers sont disséminés sur toutes les régions du globe. Elle est due au bacille de Ilansen (acido-résistant, très voisin de celui de la tuberculose, mais non cultivable et non inoculable, découvert en 1873).

1° Distribution géographique et fréquence. — La lèpre, qui a terrorisé le moyen âge, a pres([ue disparu de l'Europe occidentale. Elle persiste dans un certain nombre d'autres régions, surtout dans le voisinage des eûtes. L'ln,de anglaise est actuellement le plus grand foyer de lèpre. On y comptait, en 1901, 97 340 lépreux. Ce chiffre est très audessous de la vérité, les instructions officielles recommandant de n'inscrire (jue les formes ulcéreuses; un grand nombre de femmes et d'enfants ont aussi échappé au recensement. Le second foyer, par l'importance numérique, est le Japo,n, où la statistique de 1905 compte 40 000 lépreux; puis viennent l'IndonChine française (environ 15 000), les Indes néerlandaises (11000), Madagascar (8 à 9 000). Le nombre des lépreux de la Colombie a été considérablement exagéré (27 600, d'après l'évaluation de 1898); il ne dépasse pas le chiffre de 4 300, d'après la statistique officielle de 1909.

En France, il subsiste quelques foyers de lèpre autochtone, en Bretagne, en Béarn, en Languedoc, sur la cùte méditerranéenne et aux frontières de l'Est, mais ils sont peu importants. Par contre, nous assistons à une véritable invasion de lèpre hétérochtone, surtout manifeste dans les grands ports de mer. A Paris, le nombre des hospitalisés pour lèpre, à rhôpital Saint-Louis, de 1860 à 1871, était de un par an. En 1887, il était de vingt. Le nombre s'accroissant toujours, le Conseil municipal de Paris étudiait, en 1902, un projet de création, à Saint-Louis, d'un pavillon spécial, destiné à l'isolement des lépreux. A Lyon, 7 cas ont été signalés dans ces vingt dernières années. A Bordeaux, Pitres apportait, en 1902, une statisli(|ue de 30 cas de lèpre. « Cette maladie devient donc, en France même, un véritable danger » (Hallopeau).

2° Voies d'émission et de dissémination du bacille. — Les lépreux présentent des variations très grandes, en ce qui concerne les dangers de contagion. Il n'y a aucune comparaison a établir, à ce point de vue, enlre un neuro-lépreux, qui présente seulement des lésions atrophiques et un léonin, affecté de coryza intense et d'ul- ,

céralions suppurantes. Le premier ne présente aucun danger; le second projette des quantités énormes de bacilles autour de lui. Les tubercules cutanés ulcérés laissent échapper de véritables émulsions de bacilles. La muqueuse nasale est également une voie de dissémination très importante, en raison de la fréquence et de la précocité des lésions. Le sang desépistaxis initiales, comme le muco-pus du coryza chronique, contient un nombre colossal de

bacilles (fig. 168). Les tubercules ulcérés de la muqueuse bucco-pharyngée contaminent souvent la salive, mais les crachats, d'origine bronchique ou pulmonaire, renferment rarement des bacilles et seulement à une période avancée. Le lait, les sécrétions du vagin et de Yw^èfre, peuvent aussi entraîner le bacille au dehors.

Le terme de lèpre ouverte ne doit pas s'appliquer seulement aux cas où le malade est couvert de tubercules suppurants. Alors même qu'il ne présente aucune ulcération, il peut par la toux, par la parole, par les sécrétions nasales et autres, par sa desquamation cutanée, répandre autour de lui des germes dangereux.

On ignore Y habitat du bacille de la lèpre, en dehors de l'organisme. On Ta cherché en vain dans le sol, même dans la terre des cimetières de lépreux, et dans les aliments (poisson et porc salé, pois d'Angole), qui passent pour favoriser le développement de la maladie.

3° Modes de contagion. — La contagiosité de la lèpre fut universellement admise, jusqu'à la première moitié du xix'' siècle. Puis, cette notion s'obscurcit. Danilssen et Bœck, Yirchow, plus tard Zambaco Pacha, considèrent r//ere(/i7e comme l'unique mode de transmission. La découverte de l'agent pathogène, les recherches modernes sur l'étiologie des maladies infectieuses, les épidémies (jui ont éclaté à l'époque contemporaine, ont ramené, à la doctrine

(^JV Fig. 168. — Bacilles de Ilansen. Frottis de sérosité nasale. Rhinite purulente (J. Courmont).

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