LA LÈPRE
de la contagion, la plupart des léprologues. La conférence de Berlin (1897) nous a fait assister au triomjthe définitif de cette idée.
Si on est d'accord sur sa nature contagieuse, la plus grande incertitude règne touchant le mécanisme (jui préside à Tinoculation de la lèpre. La contamination s'opère t-elle directement \ d'homme à homme ou se fait-elle par V Intermédiaire d'un insecte suceur ou d^un acarieni Cette question n'est pas élucidée. La durée de Tincubation, qui se prolonge pendant des années, dix, douze ans et même plus, rend bien difficile Tenquête rétrospective sur le mode d'inoculation.
Les localisations sur la pituilaire, en raison de leur fréquence, de leur importance et de leur précocité, ont donné naissance à une théorie nasale^ mais il faudrait se garder de généraliser.
La pénétration des bacilles, par la surface cutanée^ est Tliypo- Ihèse la plus plausible. Arning fait observer que, dans les régions tropicales, où les indigènes marchent pieds nus, les premières manifestations s'observent souvent aux membres inférieurs. Il existe, d'autre part, une série de faits où l'inoculation du virus semble s'être faite par blessures par des instruments sepliques, ou par des plaies mises en contact avec des produits lépreux. / Certains léprologues ont pensé que le bacille de Hansen est transporté par un hôte intermédiaire. Déjà, Leloir, en 1886, considère les moustiques comme des agents possibles de transmission du virus. Arning, en 1891, fait la remarque que la lèpre et les moustiques ont envahi les îles Hawaï, à peu près à la même époque. R. Blanchaud constate que les pays à lèpre sont aussi les pays à moustiques. Noc (1903) a constaté dans le tube digestif des moustiques, nourris sur des lépreux, la présence de bacilles acido-résistants. Goodhue (1906) a trouvé le bacille de la lèpre dans le moustique femelle, Cutex jjungens^ et dans la punaise, Cimex lectularius. Rihner (1906) accuse une sorte d'araignée, Solfuga arachnoïdes. Borrel (1909) sujtpose que le Demodex folliculorum^ en passant d'un sujet à l'autre, peut véhiculer le bacille de la lèpre. Les membres de la mission, envoyée aux Antilles danoises (1909), Ehlers, Wilh, Bourret et Verdier, n'ont pu déterminer le rôle que pourraient jouer certains arthropodes suceurs de sang (punaises, puces, poux de tête, moustiques, argas) comme agents de transmission de la lèpre.
En somme, malgré ces nombreuses recherches, ce mode de transmission n'a pu être établi.
La voie génitale a été souvent incriminée. D'assez nombreux exemples en sont connus, mais ils sont dune fréquence moindre qu'on Ta affirmé.
4° La lèpre est-elle héréditaire? — En publiant leurs célèbres arbres généalogiques des lépreux, Danielssen et Bœck avaient cru établir dédnitivement Thérédité de la lèpre. En réalité, ils avaient confondu la maladie familiale et la maladie héréditaire. Ils ne s'étaient pas rendu compte que la vie en commun réalise toutes les conditions de la contagion. De nombreux auteurs ont montré que les enfants de lépreux, soustraits dès leur naissance au foyer infectieux, restent indemnes. Pour la lèpre, comme pour la tuberculose, rhérédité de graine est négligeable; si l'hérédité joue un rùle, ce n'est qu'au point de vue de la prédisposition.
0° Prophylaxie et lutte antilépreuses. — Dans rantiquilé et au moyen âge, on pratiqua Y isolement systématique du lépreux : on le retrancha véritablement de la société.
a) C'est en yorvège^oxi la lèpre persistait assez abondante, que naquit la prophylaxie moderne de cette maladie. Cette prophylaxie consiste dons Y isolement mitigé du lépreux. En voici les points essentiels.
1° Ln déclaration de la lèpre est obligatoire. — Les médecins de district surveillent les lépreux de leur circonscription et en tiennent registre. Ces malades sont astreints à certaines précautions : bains et lotions antiseptiques, désinfection fréquente des vêtements, du linge et des objets qui pourraient contaminer Tentourage. S'ils ne peuvent s'y soumettre, ils sont placés d'office à l'hôpital spécial.
:2° Les commissions sanitaires et les autorités communales ont le droit d'obliger les lépreux à s'isoler dans leur demeure. — S'ils refusent ou s'ils sont dans l'impossibilité de le faire, les autorités peuvent les contraindre à entrer dans un asile spécial. C'est donc l'administration qui décide si les lépreux iloivent rester libres ou non, sur le territoire.
3° Hôpitaux pour lépreux. — A Bergen, la léproserie comprend deux quartiers, celui des hommes et celui des femmes. Les malades des deux sexes peuvent se promener ensemble dans les jardins.
Les malades ne peuvent sortir, sans une permission spéciale du directeur. On naccorde que des permissions de courte durée (deux ou trois jours) et pour des motifs graves.