RAGE
C'est une maladie viiuleiile, Iransmissible par inociilalion, et produite chez l'homme par la morsure d'animaux enragés.
1° Agent pathogène. — On n'a pas encore isolé l'agent pathogène de la rage; on connaît néanmoins ses localisations et la voie qu'il emprunte pour envahir l'organisme.
La salive est la sécrétion la plus constamment et la plus précocement virulente : trois jours (Nocard et Roux) ou même huit jours (Nicolas, 190G) avant l'apparition des premiers symptômes. En dehors des glandes salivaires, on peut obtenir des inoculations positives avec les glandes lacrymales, le pancréas (Ch. Nicolle et Challiel), les capsules surrénales (Bombici), les glandes mammaires et leurs sécrétions.
La localisation, la plus caractéristique, du virus rabique est le système nerveux; le bulbe, la moelle, le cerveau sont constamment capables de communiquer l'infection. La virulence des nerfs, toujours prédominante du côté mordu, quand elle existe, a montré la voie de propagation de l'agent infectieux dans l'organisme.
La sensibilité du virus rabique aux agents de destruction est très grande. Une exposition un peu prolongée à une température de 40° à 50", suffit à annihiler la virulence, qui disparaît, avec une égale rapidité, sous l'influence de la lumière.
Le rôle de la dessiccation a été le mieux étudié; sur son action se trouve basé le principe de la préparation du vaccin antirabique.
2° Rage des animaux. — Presque tous les animaux à sang chaud sont susceptibles de contracter la rage. La rage du chien est la plus fréquente; cet animal est l'agent le plus actif de propagation. Signalons ensuite : le chat, le bœuf, le mouton, la chèvre, le chevat, le mulet et ïâne. Le loup, le renard, le chacal semblent, parmi les animaux sauvages, les plus fréquemment atteints.
3° Transmission à l'homme. — La fréquence de la rage chez l'homme est fonction de la fréquence de la rage chez les animaux. Aussi, la distribution géogra|)hique de la maladie subit-elle l'influence des mesures prophvlacticiues, mises en œuvre, contre la propagation de la rage du chien.
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La France et la Behjique à l'ouest, la Ihissie à l'est, conslituent les deux principaux foyers (rinfection, européens. Chez nous, la maladie sévit principalement dans les départements du sud-ouest et du sud-est; elle est exceptionnellement fréquente en Algérie et Tunisie.
C'est par la morsure du chien que la rage est le plus souvent transmise à Thomme (92 p. 100 des cas de morsures). Puis, viennent, en proportion décroissante, le chai (6 p. 100), les bovidés, Tàne et le mulet, le loup, le renard, le chacal, l'homme, le mouton et le porc.
Le siège des morsures joue un rôle important, quant aux dangers de l'infection. Il faut placer les morsures du visage, puis celles de la main, du tronc, du membre supérieur, du membre inférieur, par ordre décroissant de gravité.
A côté du danger des morsures, les autres modes d'infection sont bien peu de chose. Néanmoins, il y a lieu de tenir comple des cas où la rage a pu se développer par le simple contact du virus avec une surface ulcérée ou même une muqueuse saine.
L'incubation de la rage est loin d'avoir la fixité qu'on observe dans la plupart des maladies infectieuses. D'une façon générale, la maladie éclate lorsque le virus, s'étant propagé de proche en proche dans les cordons nerveux, atteint les centres. L'incubation sera donc très courte, après les morsures à la face, un peu plus longue après les morsures aux membres supérieurs, beaucoup plus longue si les morsures siègent aux membres inférieurs. On peut donner, comme chiffres extrêmes, quinze jours d'une part et de l'autre deux à trois années (?). Des incubations plus longues encore ont été signalées, mais elles sont sujettes à caution. Dans l'immense majorité des cas, c'est au cours du deuxième mois, soit du trentième au soixantième jour après la morsure, que la rage fait son apparition.
4° Prophylaxie. — La rage est une maladie individuellement évitable, depuis la découverte de Pasteur, et, au premier chef, socialement évitable.
a) Vaccination antirabique. — Elle repose sur l'inoculation progressive d'un virus dont l'incubation, constante, est aussi courte que possible (virus fixe), c'est-à-dire d'un virus capable de gagner très rapidement les centres nerveux et de les vacciner, avant leur imprégnation parle virus des rues, reçu par morsure.
Pour cela, on emploie les injections de moelles progressivement
virulentes, provenant de lapins, inoculés avec du virus fixe. Pour raffaiblissement du virus des premières injections, on dessèche, dans la méthode pastorienne, les moelles, dans un flacon stérihsé, en présence de fragments de potasse caustique
Le traitement pastorien est, en général, de quinze à dix-huit jours, pendant lesquels on injecte, une ou deux fois par jour, de 2 à 5 cm^ dune émulsion de moelle desséchée. On commence par la moelle desséchée depuis 14 jours ; on arrive, le cinquième jour, à la moelle desséchée depuis 5 jours, et l'on poursuit les injections, sans dépasser la moelle de trois jours, qui est encore extrêmement virulente.
On admet, sans qu'on puisse être précis, que la durée de rimmunité, conférée par le traitement, dure un an environ.
Les résultats sont remarquables; en ne tenant compte que des chiffres récents, on peut évaluer à 15 p. 100 environ le nombre des décès par rage chez les personnes mordues et non traitées. D'autre part, le chiffre des décès chez les individus traités est d'environ 0,30 à 0,50 p. 100 au maximum. A l'Institut de Lyon, de 1900 à 1911, soit une période de douze ans, la mortalité a été, pour 7 725 personnes traitées, de 0,071 p. 100.
b) Législation antirabique. — Les mesures sanitaires rigoureuses, contre la propagation de la rage du ctiien, ont fait disparaître cette affection dans beaucoup de pays.
La Grande-Bretagne ( Rabes Ordnerdu 23 mai 1897) a vu les cas de rage du chien tomber de 672 en 1895 à 1 en 1901. La rage a presque complètement disparu de la Suède (loi du 23 septembre 1881), de la Hollande (loi du 5 juin 1875, pour combattre la rage), du Danemark (loi du 14 avril i893), de \q. Prusse (loi de 1835), etc. V Australie est actuellement indemne.
En France, la loi du 21 juillet 1881, sur la police sanitaire des animaux, prescrit Tabatage des animaux enragés ou suspects et une série de mesures suffisantes pour faire disparaître le fléau. Malheureusement, on constate trop souvent, par suite du caractère trop étroitement communal des règlements, des périodes de relâchement dans leur application, qui coïncident toujours avec des recrudescences de la maladie.