III. — LE BACILLE DE KOCH
1° Le Bacille. — Découvert par Koch, en 1882. Se colore par les méthodes spéciales (Ehrlich, etc.); est un acido-résistant, c'est-à-dire, après coloration, résiste mieux que les autres microbes à la décoloration par les acides, grâce à une substance grasse qui lui constitue une enveloppe protectrice. Ce caractère de coloration, qui permet un diagnostic facile sur préparation, ne lui est pas abso-
CouRMONT. — Précis d'Hygiène. "*"»'
liiment propre. Le bacille de la lèpre (p. 605) jouit des mêmes propriétés; de même, toute une série de bacilles dits acido-résistants décrit par Lustgarteu, Alvarez et Tavel, Koch et Pétri, Rabinowitsch, Potet, etc., dans les poussières, les excréments, le cérumen, le beurre, etc., et qui ne sont nullement des bacilles tuberculeux.
La forme est bien connue (fig. 216). Les cultures sont assez
Fig. -216. — Bacilles de Koch dans un crachat de phtisique; coloration au Ziehl (d'après Rubner. Griiber et Ficker).
difficiles à obtenir, même sur sérum gélifié et en partant de lésions pures comme les ganglions du cobaye; une fois isolé, le bacille finit par pousser assez abondamment après quelques générations. Les animaux les plus employés dans les laboratoires pour l'inoculation sont le cobaye et le lapin.
On a vu plus haut (p. 723) que le bacille de Koch constitue une espèce unique^ avec des variétés : humaine., bovine^ aviaire, et même pisciaire (tuberculose des poissons, très éloignée du type humain).
La tuberçuline de Koch (1890) qui sert à faire le diagnostic de
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la tuberculose (espèce bovine) est un concentré des toxines sécrétées par le bacille dans ses cultures.
Le diagnostic scientifique de la tuberculose se fait : 1° par Texamen direct des pus ou crachats; 2^ par Tinoculation au cobaye; 3° par Tinjection de tuberculine (p. IM); 4° parle sérodiagnostic de S. Arloing et P. Courmont (agglutination des cultures homogènes par le sérum ou les liquides pathologiques).
Le bacille de Koch périt après un chauffage d'une demi-heure à 70° ou de 5 minutes à 80°. // est donc facilement tué par Vébullition (pas de spores).
La congélation est presque sans action sur lui. La putréfaction le détruit assez lentement (il reste virulent dans des poumons enfouis pendant des années : Schottelius) ; il peut vivre pendant quelques semaines dans l'eau (Gallier, Guinard); la lumière du soleil de l'été met plusieurs heures à le tuer.
Reste la question très controversée de la dessiccation; les crachats desséchés sont-ils virulents? Oui, les poussières chargées de crachats desséchés sont virulentes. Pendant combien de temps? Gela dépend de l'ensoleillement, de la température, des alternatives d'humidité et de dessiccation, etc. Il est certain que les crachats desséchés restent assez longtemps virulents pour constituer un danger des plus sérieux.
Le suc gastrique ne détruit pas le bacille de Koch; les bacilles des crachats avalés se retrouvent dans les matières; l'intestin peut se contaminer au passage.
Les antiseptiques ont peu d'action. Koch avait préconisé le cyanure d'or à tji 000 000. h' acide phénique agit mieux que le bichlorure de mercure, ce dernier transformant les albumines des crachats en albuminates qui protègent le bacille; le lijsol à 2 p. 1 00, le crésglol sodique peuvent être recommandés. En somme, le bacille de Koch résiste bien aux antiseptiques, à cause de sa gangue acido-résistante, et cest à la chaleur quil faut s'adresser pour le détruire.
2° Émission des bacilles. — Voici un tableau qui la résume :
[ i Frais (très dangereux).
Cracliats < Dessécliés (moins dangereux).
' Avalés (réinfection par voie intestinale). Graine humaine. ■( Gouttelettes de Fliigge (très dangereuses). Plaies chirurgicales.
Matières fécales.
Urines.
Graine animale.
Lait de vache (très dangereux).
C Bœuf.
Viande... < Porc,
( Foie gras aviaire.
Chien (léchage).
Perroquet (cohabitation).
Au point de vue de la tuberculose bovine, le lait (p. 121) contient 1res fréquemment une grande quantité de bacilles; c'est le vrai danger; la viande en contient beaucoup plus rarement, elle est moins contagieuse.
3*^ Portes d'entrée des bacilles. — Gomment les bacilles, ainsi émis, pénètrent-ils pour tuberculiser? On a beaucoup discuté.
a) Inhalation. — A priori, il semble que Finhalation des poussières tuberculeuses doit être la voie la plus habituelle; on inspire des bacilles et on contracte la tuberculose pulmonaire. Cependant, si on réfléchit que, d'une part, les crachats desséchés sont moins virulents que les crachats frais, que, d'autre part, de nombreux moyens naturels de défense rendent difficile la pénétration des bacilles jusqu'aux poumons (cils vibratils, propriétés bactéricides du mucus, phagocytose dans les alvéoles pulmonaires, etc.); qu'enfin la localisation pulmonaire ne prouve nullement que le poumon soit la porte d'entrée (le lapin est atteint de tuberculose pulmonaire primitive, quel que soit le point d'inoculation), on doit se demander si finhalalion est bien la voie naturelle de la contagion. De très nombreuses expériences, depuis Yillemin, ont été conduites en vue de démontrer cette inoculation de la tuberculose par inhalation (Tappeiner, Schottelius, Weichselbaum, Koch, Fliigge, Kuss, etc.); la plupart ne sont pas rigoureuses : les bacilles inhalés sont en même temps avalés ou tout au moins peuvent pénétrer par les muqueuses de la bouche ou du phaiynx. Nous ne les croyons nullement probantes. Du moins, ne doiventelles pas influer sur des considérations suivantes.
b) Ingestion. — La tuberculisation pas ingestion est classique depuis les expériences de Ghauveau (1869). 11 est certain que les bacilles de Koch, contenus dans les aliments, peuvent traverser l'intestin, même sain, sans produire de lésion locale intestinale primitive. Nicolas et Descos, entre autres, ont vu qu'en faisant ingérer des bacilles de Koch au chien, on les retrouvait au bout de quelques heures dans les lymphatiques de l'abdomen ; c'est d'ailleurs une loi admise en pathologie générale. Dès lors, l'ingestion
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ne serait-elle pas la principale voie d'inUoduction de la tuberculose? Von Behring a même soutenu, en 1903, que c'était la seule voie d'entrée, que la tuberculose était toujours d'origine intestinale et qu'elle se contractait uniquement ])endant le jeune âge, toute tuberculose de l'adulte n'étant qu'une suite à longue échéance d'une contamination datant du jeune âge. Cette opinion est exagérée, mais contient une part de vérité.
Calmette et Guérin (1905) ont soutenu énergiquement l'origine intestinale de la tuberculose même pulmonaire, à la suite d'expériences réalisées sur la chèvre et sur le bœuf. Leur théorie a pour point de départ le fait que les bacilles traversent facilement la muqueuse intestinale et pénètrent dans les lymphatiques. Si l'animal est jeune, les bacilles s'arrêtent dans les ganglions mésentériques qui se tuberculisent; la tuberculose pulmonaire n'arrive que plus tard. Si l'animal est adulte, les ganglions arrêtent moins les bacilles et la tuberculose pulmonaire est plus rapide. En somme, plus l'animal est jeune, plus la défense ganglionnaire abdominale est active (carreau des enfants).
Cette théorie a été vivement combattue. Elle est très séduisante.
Disons que la tuberculose par inhalation est possible; mais que la tuberculose par ingestion doit être infiniment plus fréquente. Dangereuses sont les poussières qui souillent les aUments ou sont avalées directement: dangereux est le pain du boulanger tuberculeux; dangereuses sont toutes les gouttelettes de Fliigge qui, tombées sur les lèvres, sont ensuite ingérées ; dangereux est le lait de vache tuberculeuse. On comprend mieux la fréquence de la tuberculose humaine.
La tuberculose par inhalation engendre probablement des formes rapides de broncho-pneumonie caséeuse, tandis que l'ingestion donne plutôt les tuberculoses abdominales de l'enfant et la phtisie pulmonaire chronique de l'adulte. Cela revient à dire en principe que presque tous les tuberculeux pulmonaires chroniques (phtisiques) se sont contagionnés par l'intestin.
La granulie est une forme de généralisation d'origine sanguine.
c) Inoculation génitale. — Elle n'est pas très fréquente.
d) Inoculation cutanée. — Elle est classique, mais rare; on connaît les cas des bouchers, des garçons d'abattoirs, des infirmiers, des chirurgiens, qui, s'étant blessés avec un instrument contaminé, ont fait des tuberculoses locales. C'est probablement ainsi que se contractent les tuberculoses cutanées (lupus, etc.).
e) Inoculation transcuianée. — J. Courmont et Lesieur (1905) onl montré que le bacille de Koch traversait, })lus facilement qu'on n'aurait pu le croire, la peau intacte, les muqueuses supérieures et les régions de transition entre la peau et les muqueuses. Par de nombreuses expériences, ils ont démontré qu'il suffisait de frotter la peau, même saine, du lapin, du cobaye ou du veau, pour produire une tuberculose généralisée sans aucune lésion locale. Le bacille traverse la peau, pénètre, chez le cobaye par exemple, dans les lymphatiques et les ganglions; chez le lapin il va droit aux poumons, sans qu'on puisse deviner quelle a été la porte d'entrée.
Les applications de ces expériences sont très importantes pour l'homme. Elles démontrent non seulement que la tuberculose peut s'inoculer à travers la peau, par exemple sous le feu du rasoir; mais aussi que nombreux sont les points chez l'enfant, notamment sur la figure, dans la bouche, sur le cuir chevelu, qui permettent l'introduction facile des bacilles. Des bacilles contenus dans les gouttelettes de Flùgge, des bacilles contenus dans les aliments pénétreront à travers les muqueuses de la bouche ou du pharynx. Ces bacilles, transportés 'par les mouches^ pénétreront par les petites érosions de la commissure des lèvres, de la commissure des paupières, surtout chez l'enfant qui se défend mal des mouches; il en sera de même pour les lésions du cuir chevelu.
En résumé, il est infiniment probable que, chez Venfant, la porte d'entrée est très fréquemment transmuqueuse ou transcutanée. Il en résulte les lésions ganglionnaires si fréquentes chez l'enfant (cou, médiastin), toutes ces adénopalhies de la scrofule infantile, qui ne sont que trop souvent le prélude d'une tuberculose future.