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IV. — PROPHYLAXIE DE LA TUBERCULOSE

Il faut considérer la graine et le terrain.

A. — Lutte contre le bacille (la graine).

1° Destruction des bacilles de provenance humaine. — Les lésions tuberculeuses humaines sonl ouvertes ou fermées. Les dernières ne nécessitent aucune prophylaxie spéciale. Les lésions

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ouvertes émettent au contraire des bacilles qu'il faut détruire. En fait, cette destruction s'adresse à peu près aux seuls bacilles d'origine pulmonaire, c'est-à-dire à ceux des crachats ou des gouttelettes de Fliigge.

Pour faire la prophylaxie de la tuberculose, il faut donc de toute nécessité faire le diagnostic bactériologique (p. 729). Seul le laboratoire peut dire si une tuberculose est ouverte ou fermée, si le tuberculeux est contagieux ou non.

a) Destruction des crachais à Vémission. — Ils est plus facile de détruire les crachats dès leur émission, qu'après leur dessiccation, lorsqu'ils se sont répandus en poussières ; il faut donc chercher à les atteindre aussitôt émis. Pour cela :

a) Interdire à tout le monde de cracher à terre. — Cette interdiction figure dans une série de règlements sanitaires; elle devrait être assurée. Il faut détendre à tout le monde de cracher à terre pour l'obtenir des tuberculeux.

b) Les crachoirs. — Les tuberculeux doivent cracher dans des crachoirs, pour que ces crachats collectés ne souillent pas le sol ou les linges et soient facilement détruits. La question des crachoirs est très complexe. On en a préconisé des centaines. Le seul pratique est le crachoir en verre (autant que possible en verre bleu, qui n'est pas transparent). Les uns seront assez grands, en forme de sabher et scellés aux murs dans les lieux publics : gares, hôpitaux, etc. D'autres auront la même forme, mais, plus petits, seront les crachoirs des malades alités, à poser à côté du lit. Ils devront avoir un couvercle pour

i empêchef les mouches de venir se nourrir

! de crachats. Le meilleur couvercle est en pj,^ 317 — crachoir carton ; bon marché, il peut être brûlé. Enfin, de poche.

pour les tuberculeux encore valides, c'est le crachoir de poche du modèle recommandé dans les sanatoriums (fig. 217), crachoir en verre, fermé par un couvercle à ressort qui permet de le transporter étanche dans la poche.

/ Tous ces crachoirs doivent être journellement stérilisés par la

(chaleur., c'est-à-dire i)ar fébullition dans l'eau.

Les crachoirs des collectivités contiendront un peu de liquide, pour que les crachats ne soient jamais secs; on peut employer du sublimé salé (sublimé 2 g., chlorure de sodium 20 g., eau

1 litre), de Tacide phénique à o p. 100; de Feau de Javel à 1/10; du formol à 5 p. 100, du grésylol sodique.

h) Empêcher la dkséminaiwn. — Il faut, autant que possible, empêcher la dissémination dans les poussières des bacilles non détruits à l'émission. Enumérons les mesures à prendre. Le balayage à sec doit être remplacé, partout où cela est possible, par le balayage humide. On évite ainsi de faire voltiger les poussières qui, avalées ou respirées, sont dangereuses. On a inventé une série de substances dites anti-poussières (résinate de pin, etc.) destinées, dans les écoles, dans les hôpitaux, à coller pour ainsi dire les bacilles à terre; elles peuvent rendre quelques services. Enfin, on recommande dans les chambres d'hôtel, dans les chambres de malade, de supprimer les rideaux, les tapis; la chambre Touring-club a réalisé à ce point de vue un grand progrès.

c) Stérilisation des objets souillés. — Il importe de stériliser avec grand soin les objets souillés par les tuberculeux contagieux. C'est surtout la chaleur qui doit être recommandée comme agent destructeur des bacilles (p. 505). On ne s'adressera pas aux désinfectants gazeux (acide sulfureux, aldéhyde formique), qui peuvent évidemment opérer la désinfection, mais très lentement. On fera le buandage des linges (mouchoirs, etc.). Chez les particuliers, il suffira de les ébouillanter. Dans les dispensaires, dans les hôpitaux, on installera une buanderie complète. Les linges ne doivent pas être conservés secs; il faut les laisser tremper, avant le buandage, dans une solution de lysol à 2 p. 100. Il faut au moins 10 minutes d'ébullition pour détruire les bacilles de Koch (p. 505).

La literie, les vêlements seront désinfectés à l'étuve.

La désinfection de Tapparlement se fera d'après les règles qui ont été formulées au chapitre de la désinfection (p. 530); on se souviendra toutefois que les bacilles de Koch sont plus résistants que les autres; pour le lavage des planchers et des surfaces, il faudra toujours additionner le sublimé de chlorure de sodium (p. 526), le sublimé jnir formant des albuminates qui nuisent à l'action des antiseptiques sur les bacilles.

Pendant la vie du malade, il est recommandé de faire de temps à autre des nettoyages, de blanchir les murs, au lait de chaux par exemple, de laver les parquets ainsi que le pratiquent les vrais dispensaires (p. 735).

On remarquera la grande utilité de détruire les mouches (p. 533)

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et de s'en préserver tlans les locaux habités i)ar des tuberculeux contagieux.

2° Hospitalisation des tuberculeux. Isolement. — 1. isolement des tuberculeux contagieux dans les hôpitaux est indispensable. Mélanger les tuberculeux et les autres malades, c'est incontestablement conlagionner un grand nombre de convalescents voisins du contagieux, qui deviendront plus tard tuberculeux. Il suffit de se rappeler que le phtisique, en toussant, projette à 1 m. et 1 m. 50, des gouttelettes de Fliigge, chargées de bacilles (p. 720), pour comprendre que les voisins sont ainsi aspergés de bacilles virulents. L'isolement s'impose donc. 11 est d'ailleurs ordonné par une circulaire ministérielle (1904) qui prescrit aux administrations hospitalières de ne pas mélanger les tuberculeux contagieux aux autres malades, et de les placer, soit dans un hôpital spécial, soit dans un pavillon spécial, soit, au moins, dans des salles spéciales. 11 est inutile d'insister sur cette nécessité qui commence enfin à être comprise chez nous. On trouve des hôpiiaux de tuberculeux en Angleterre, en Allemagne, en Danemark, en Italie (Rome), etc.

Ces hôpitaux de tuberculeux peuvent être organisés de différentes façons. La meilleure est de créer à la campagne, bien qu'à proximité de la ville, sur une hauteur si possible, des bâtiments pour toutes les variétés de malades tuberculeux (curables et non contagieux ; incurables), tout en séparant les premiers des seconds. Cela éviterait de donner à un hôpital de tuberculeux la réputation d'un obitorium d'incurables.

Le personnel doit être soigneusement sélectionné; soigner les tuberculeux représente un danger professionnel. On n'utilisera donc que des infirmiers ou des infirmières d'excellente santé, d'un certain âge et surtout parfaitement éduqués sur la façon dont on se préserve vis-à-vis de la tuberculose.

La question des sanatoriums n'est pas à proprement parler une question d'hospitalisation des tuberculeux contagieux; les sanatoriums sont plutôt des instruments de cure ou de préservation; nous en parlerons plus loin (p. 745).

L'isolement relatif des tuberculeux doit être aussi de règle dans la famille.

S'' Dispensaires anti-tuberculeux. — Le Dispensaire, tel que l'a conçu Calmette, est le véritable instrument, en France tout au moins, de la prophylaxie anti-tuberculeuse. C'est un préventorium.

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Le principe esl le suivant. Gréer une consultation spéciale pour les lui)erculeux d'une ville. Les dépister, les attirer. Dès que ces tuberculeux sont inscrits, examiner leurs crachats, pour distinguer ceux qui sont contagieux et ceux qui ne le sont pas.

Pour les non-contagieux, faire le traitement et l'assistance, comme dans tout autre établissement. Y ajouter l'éducation antituberculeuse. Entourer ceux qui sont contagieux (bacilles dans les crachats) d'une véritable barrière sanitaire, pour empêcher la

propagation de leur tuberculose. On le voit, c'est en somme une œuvre d'hygiène, de préservation, d'éducation bien plus que de cure. Les résultats olUenus par ces dispensaires « genre Calmette » sont remarquables. A titre d'exemple, voici ce qui se fait à Lyon. Le dispensaire anti-tuberculeux de Lyon reçoit tous les indigents tuberculeux qui se présentent au bureau de bienfaisance, c'est-à-dire tous les tuberculeux indigents d'une ville de 525 000 habitants. Le dispensaire reçoit pour cela des subventions de la ville et du Bureau de bienfaisance.

L'étabhssement (fig. 218) se compose d'une salle d'attente, de salles de consultations, d'un laboratoire pour Fexamen des crachats, d'une salle pour l'enquêteur, et au sous-sol d'une buanderie et d'une satle d'hydrothérapie (douches, bains-douches et bains). Le personnel se compose de : 3 médecins, 2 enquêteurs, 2 désinfecteurs à domicile, un concierge buandier et de 2 femmes s'occupant du linge. Tout tuberculeux, reconnu contagieux, est tenu de prendre les précautions suivantes : obéir à l'enquêteur, cracher dans un crachoir en verre bleu et l'ébouillanter journellement, apporter régulièrement son linge au dispensaire dans des sacs, laisser nettoyer et désinfecter son appartement, au moins une fois par mois, soumettre toute sa famille à la plus grande propreté : bains, bains-douches, etc., accepter l'éloignement des enfants à la campagne. Il reçoit aide pécuniaire, bons de viande, d'œufs, etc.

Fig. -218. — Dispensaire antituberculeux de Lyon.

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Les enquêteurs sont, comme chez Calmette, la cheville ouvrière de Fœuvre; ce sont des ouvriers très éduqués, connaissant hien la question anti-tuberculeuse et passant leurs journées à visiter les familles des tuberculeux dont ils font Téducation. Le médecin tient à jour son cahier d'observations médicales; l'enquêteur tient de même son cahier d'enquêtes ouvrières.

Une consultation de nourrissons est annexée; lorsque la mère est tuberculeuse, elle doit sevrer, on lui fournit gratuitement des biberons de lait stérilisé. Consultations du soir pour les tuberculeux qui travaillent encore.

Le dispensaire de Lyon a commencé à fonctionner en 1905. On peut déjà en apprécier les résultats, aucun autre effort sérieux n'ayant été fait à Lyon en vue de la lutte anti-tuberculeuse.

Avant le dispensaire, on comptait à Lyon (459 099 habitants) 1 545 décès par tuberculose. En 1911 (523 796 habitants), ce chiffre était tombé à 1 344, soit une diminution de 201 avec une augmentation de 64 697 habitants. La mortalité est passée de 35,4 p. 10000 à 26,1 p. 10 OOO habitants, soit une diminution de 9,3 p. 10 000 habitants,

soit un gain, pour 1911, de 9,3, soit une diminution d'qn quart. Cette diminution est surtout nette dans les quartiers ouvriers (III'' et VP arrondissements, fig. 219). La baisse de la tuberculose se manifeste quatre ans après l'installation du dispensaire.

Toute ville peut arriver^ sans aucune dépense supplémentaire, à un pareil résultat. Il suffit de prélever sur les frais généraux d' assistayice la somme quon dépense pour les tuberculeux et de l'employer comme il a été dit plus haut. C'est une simple question d'utilisation de l'argent. A Lyon, pour 525 000 habitants, la dépense annuelle (médicaments et enfants à la campagne non compris) est seulement de 35 000 francs.

L'Allemagne, l'Angleterre ont adopté ce modèle de dispensaires; ceux-ci y sont déjà très nombreux.

COLRMONT. — Précis d'Hygiène. *7

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