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S 2. — CAUSES DE LA MORTALITÉ INFANTILE

On peut les classer en deux catégories :

1° Causes d'ordre général et social.

Elles tendent à diminuer la résistance physique des enfants.

1° Age des parents. — Ni trop jeunes, ni trop vieux; vingt à vingt-cinq ans pour la mère, vingt-cinq à trente ans pour le père.

2° Consanguinité des parents. — La consanguinité cause souvent des déformations physiques ou des dégénérescences psychiques graves. D'où la rapide disparition de certaines familles.

3° Hérédité. — Les maladies nerveuses ou de la nutrition n'ont pas une très grande influence sur la mortalité infantile.

Pour la syphilis et Valcoolisme, voir pages 753 et 766.

4° Santé de la mère pendant la grossesse. Pauvreté, Tuberculose. — L'enfant est naturellement très influencé par la santé de la mère pendant la grossesse. Il faut soigner la femme enceinte pour avoir des enfants vigoureux.

Deux grandes causes de la débilité de l'enfant sont : la pauvreté des parents, la tuberculose de la mère.

Dans un ménage pauvre, la nourriture et le repos sont insuffisants, le logement est insalubre ; toutes conditions qui ne sont pas favorables à la procréation d'un enfant normal. Ensuite, ces mêmes causes empêchent la mère de soigner son enfant, de l'allaiter, de le mettre dans des conditions hygiéniques de logement. La pauvreté est un grand faiseur de mortalité infantile.

La tuberculose n'est presque jamais héréditaire (p. 743), mais la mère phtisique met au monde des enfants débiles et prédisposés.

5° Accouchement. — La débilité de l'enfant, ainsi que certaines affections, tiennent souvent à un accouchement prématuré ou difficile. Les accoucheurs et les sages-femmes doivent être parfaitement éduqués et d'une conscience à toute épreuve.

6° Illégitimité. — En France, les enfants illégitimes succombent deux fois plus que les enfants légitimes (p. 74). Au Congrès des Gouttes-de-lait (Bruxelles, 1897), les rapporteurs ont vivement insisté sur cette cause de mortalité infantile.

7° Manque de surveillance maternelle. — Cause sociale primordiale. L'enfant est un être délicat qui a besoin de soins spé-

ciaux et de tous les instants que seule sa mère peut lui donner. L'abandon de l'enfant par sa mère peut être complet : enfants trouvés, qui mourraient tous, si Tassistance publique ou la bienfaisance privée, ne venaient à leur secours ; enfants abandonnés, remis par leur mère à l'assistance publique. Il est incomplet, si la mère délègue son rôle à une personne étrangère.

a) La mère garde son enfant chez elle, continue à le nourrir, mais en confie la surveillance à une garde : c'est le minimum d'abandon, presque inévitable dans les conditions ordinaires de la vie et qui ne présente que de légers désavantages.

b) La mère, tout en gardant son enfant chez elle, le fait nourrir par une nouîTice mercenaire, et ne s'en occupe que peu ou point. L'enfant, ainsi élevé, court déjà plus de chances de mortalité que l'enfant nourri par sa mère. En outre, l'enfant de la nourrice, abandonné par sa mère, meurt trop souvent de ce fait.

c) La mère envoie son enfant en nourrice, le plus souvent à la. campagne. Les risques de mortalité sont alors considérables.

En somme, les enfants nourris par leur mère meurent très peu, ceux qui sont allaités chez la mère par une nourrice mercenaire meurent davantage, ceux qui sont envoyés chez la nourrice meurent plus encore; ceux des nourrices qui vont se placer sont encore plus exposés.

2° Causes immédiates.

Balestre et Gilletta de Saint-Joseph, ont fait, en 1900, une statistique des maladies qui causent la mortalité infantile :

Gastro- entérite 38,5 sur 100

Débilité congénitale 17.1 —

Alïections pulmonaires 14,7 —

Maladies contagieuses 5,0 —

Tuberculose 2,5 —

Causes diverses 22,2 —

La gastro-entérite est essentiellement évitable, les affections pulmonaires et contagieuses le sont presque toujours, la débilité congénitale l'est souvent. On voit quel gain on peut escompter.

1° Diarrhée infantile. — La diarrhée infantile cause donc en France plus de 38 décès. A Paris la proportion est de 25 p. 100,

à Lvon, de 27 p. 100. Elle est, en outre, la cause indirecte de beaucoup d'autres maladies : les enfants affaiblis par des troubles digestifs, offrent moins de résistance. Au total, ces troubles digestifs, sont pour moitié dans la mortalité infantile. Deux facteurs influencent la mortalité par diarrhée.

a) La température ambiante. — Sur 100 décès par diarrhée infantile, on en compte 20 à 25 de janvier à mai; plus de 60 en juillet et août; 20 à 25 en octobre, novembre et décembre. La marche est parallèle à la température. Les étés chauds sont plus meurtriers que les autres (iig. 12). En 1911 la mortalité infantile a surpassé de 25000 celle de 1910.

La gastro-entérite est une maladie d'été. La température agit en causant une suralimentation relative, due à la diminution des dépenses de l'organisme. Elle agit surtout dans le cas d'allaitement artificiel, en favorisant la pullullation des microbes du lait.

b) Le mode d^ alimentation.

— Monod, en 1898, montre

dans son rapport, que la mor- Fier. l-2. — Mortalité par gastro-entérite.

talité par gastro-entérite est de

47 p. 100 parmi les enfants élevés artificiellement; elle n'est que

de 23 p. 100 chez ceux allaités au sein.

Variot, rapporte que, sur les 2 500 enfants, morts de gastro-entérite à Paris, en 1900, 500 étaient nourris au sein, tandis que les 2 000 autres étaient élevés artificiellement au biberon.

Lallaitement artificiel donne aux enfants un lait qui n'est ni chimiquement ni biologiquement identique à celui que la nature leur destinait, un lait souvent impur, falsifié, infecté. Il entraîne la suralimentation qui crée le terrain sur lequel les microbes exogènes apportés par le lait, ou saprophytes de Tintestin, vont pulluler et amener la gastro-entérite.

L'allaitement au sein peut aussi provoquer la diarrhée. Des

tétées mal réglées, trop fréquentes, trop copieuses, amènent des indigestions d'abord, puis de la gastro-entérite.

L'infection peut aussi avoir lieu (seins mal tenus, enfants malpropres suçant leurs doigts ou des jouets, etc).

L'alimentation est capitale dans Télevage du nourrisson.

2° Débilité congénitale. — Plus de 17 p. 100 des morts de nourrissons sont imputables à la débilité congénitale. Ces enfants sont plus fragiles que les autres, nous avons déjà vu (p. 75) que la débilité congénitale peut être combattue par l'hygiène de la grossesse. En outre, beaucoup de décès de ces débiles pourraient être évités par une surveillance rationnelle

Trois causes de mort guettent le débile : le refroidissement, une alimentation mal dirigée et les maladies contagieuses.

Chez ces enfants, la respiration est faible, le tube digestif insuffisant, la température au-dessous de 37°. Le moindre écart d'hygiène peut entraîner des conséquences graves.

Le débile doit être nourri au sein; il ne peut supporter un lait animal. Plusieurs difficultés peuvent surgir. Tout d'abord, il peut ne pas avoir la force de téter, et le lait de la mère ne monte pas dans les seins; ou bien, il peut téter, mais pas assez activement pour exciter la glande et la mère voit disparaître son lait; ou bien enfin il tette suffisamment mais digère mal par insuffisance de sucs digestifs. Ce sont là autant de difficultés qui amènent bien des femmes à abandonner Tallaitement au sein pour recourir à fallaitement artificiel. C'est dans ce cas surtout que la nécessité d'une direction médicale se fait impérieusement sentir.

3° Affections pulmonaires (plus de 14 p. 100). — Elles sont plus fréquemment mortelles pendant les mois d'hiver; elles sont dues à l'abaissement de la température, aux imprudences commises à ce moment. Elles ont donc une origine qu'il sera facile d'annihiler par l'observation des règles de l'hygiène générale. En outre, elles sont souvent contagieuses (broncho-pneumonie).

4° Maladies contagieuses (5 p. 100). — On les évitera par une surveillance étroite, l'isolement et la vaccination.

5° Tuberculose (:2,o p. 100). — L'hérédité est très rare. Il faut incriminer la contagion (parents malades, lait de vache tuberculeuse).

3" Conclusions.

En résumé^ si la mortalité des enfants de zéro à un an dépasse de beaucoup la mortalité moyenne de tous les autres âges de la vie, même celle des nonagénaires, les causes en sont surtout :

1° Dans rinsuffisance des soins maternels et dans Toubli de cette maxime, que rien ne vaut f allaitement maternel.

2° Dans Tinobservance, par négligence ou par ignorance, des règles de Thygiène générale et principalement de ralimentation.

La mortalité infantile est essentiellement évitahle.

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