B. — PROTECTION INFANTILE
Comment la mère doit-elle élever son nourrisson? Quel aide lui fournit notre état social?
l*' PRINCIPES DE l'hygiène DU NOUVEAU-NÉ
1° Premiers soins. — Nous ne ferons qu'énumérer les premiers soins : mucosités de la bouche, ligature du cordon (attendre que les battements aient cessé, ce qui donne à l'enfant 90 grammes de sang), toilette de la peau, pansement du cordon, etc.
Insistons sur la nécessité du lavage antiseptique des yeux
(solution de Ditrate d'argent à 1 p. 100). On sait (jue Vophlhalmie purulente drs nouveau-nés est la cause de 30 |». 100 des cas de cécité, sans compter les borgnes. L'ophtalmie purulente est causée par le gonocoque ; ce microbe existe fréquemment dans les leucorrhées d'apparence banale : les paupières de Fenfant s'infectent pendant le passage par la filière génitale infectée.
L'ophtalmie purulente, très grave et très contagieuse, est soumise par la loi de 1902 à la déclaration obligatoire (})0ur la sage-femme, comme pour le médecin). Gomme elle apparaît rapidement, dès le second jour, sa recherche est dans les altributions du médecin de l'état civil,
2° Habillement. — Le maillot ne doit pas être trop serré. 11 est nuisible d'intercaler dans les différentes pièces de vêtement, une toile imperméable. Au sixième mois, on remplace le maillot par une culotte de flanelle et une robe dépassant les pieds, ceux-ci étant d'ailleurs protégés contre le refroidissement par des bas et des chaussures de laine. Dans l'appartement, la coiffure est inutile.
3° Berceau. — Il sera plus volontiers en fer : le bois, l'osier pouvant abriter des parasites. Les parois latérales auront des mailles étroites : Pinard cite le cas de mort d'un enfant dont la tête s'était engagée entre les barreaux du lit. L'enfant sera placé alternativement sur le côté droit et sur le côté gauche, jamais sur le dos pour éviter les dangers parfois très graves, d'une régurgitation. On protégera les yeux de l'enfant contre une lumière trop vive, et on maintiendra la température de la chambre, à 20° environ.
4° Propreté. — Condition importante de la santé de l'enfant; chaque jour, on lui fera un savonnage dans un bain tiède de quelques minutes; bien maintenir l'enfant dans sa baignoire, sous les bras, pour lui épargner toute sensation d'angoisse ou de frayeur, qui lui ferait prendre la balnéation en horreur.
5° Alimentation. — L'alimentation est le point capital de l'élevage du nourrisson. Nous avons vu (p. 76) quelle part considérable revient, parmi les causes de la mortalité infantile, aux troubles digestifs, à la diarrhée infaritile, consécutive aux vices de l'alimentation. 11 faut bien connaître les règles de l'alimentation des nourrissons.
1. Allaitement maternel. — L'allaitement maternel est^ en général^ le seul que doive recevoir le nourisson. La mère ne renoncera à nourrir que si elle est dans l'impossibilité physique de le faire, et sur l'avis du médecin. L allaitement maternel 'est la
meilleure sauvegarde de la vie, dans le premier âge. Comme Ta dit Pinard : « Le lait de la mère appartient à son enfant, à son enfant seul. » Elle n'a pas le droit de Ten frustrer. On ne saurait faire trop d'eiïorts de propagande pour inculquer ce principe d'hygiène infantile, dans l'esprit des jeunes filles et des jeunes femmes. Voir, p. 74, les statistiques de mortalité des enfants mis en nourrice ou allaités artificiellement.
a) Nécessité de donner le sein pendant les premiers mois. — L'élevage artificiel est d'autant plus difficile et a d'autant moins
(le chance de réussir que l'enfant est plus près de la naissance. Le nouveau-né s'accommode beaucoup moins bien du lait de vache que le nourrisson âgé de trois ou quatre mois, dont les fonctions gastro- intestinales sont déjà établies en quelque sorte. A ce point de vue, toutes' les institutions qui permettent aux mères de donner le sein pendant les deux ou trois premiers mois, contribueront largement à faire baisser la mortalité infantile. Les mutualités maternelles, la loi de 1913, qui assurent quelques ressources aux femmes nécessiteuses, un mois avant et un mois après l'accouchement, rendront des services inappréciables.
b) Ration alimentaire du nourrisson. — Le seul moyen de savoir si le nourrisson s'alimente suffisamment et rationnellement, est la pesée journalière. La fig. 13 montre la courbe de l'augmentation normale du poids de l'enfant. Cette courbe doit être régulière, sinon, il y a insuffisance ou excès de l'ahmentation. C'est un véritable contrôle de l'état de santé.
Si nous mettons en parallèle, avec les moyennes de poids (fig. 13) les moyennes d'alimentation quotidienne, fournies par les pesées, avant et après chaque tétée, nous avons (Marfan) :
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nourrisson
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Grammes
Fig. 13. — Courbe de raugmentation normale du poids du nourrisson.
1®' jour : 10 gr (2 tétées de 5 gr.)
2" — : 50 gr (5 — 8 gr.)
3*= — : 100 à 140 gr.
4" — : 140 à 210 gr (S — 20 gr.)
5^ — : 250 gr.
Puis chaque jour :
1" mois : 8 tétées de 30 à 75 : 240 à 600 gr.
2" et 3« mois : 8 — 75 à 100 : 600 à 800 gr.
4c et 5" — : 8 — 100 à 120 : 800 à 960 gr. 6e et 9" — : 7 — 140 à 160 : 980 à 1 120 gr.
c) Technique de V allaitement maternel. — De l'accouchement à la montée do lait (troisième au quatrième jour), le sein secrète le colostrum, seule nourriture convenant à l'enfant au début (propriétés laxatives, expulsion du méconium).
La première tétée se fait, douze heures après Taccouchement; on peut, sans inconvénient, la retarder jusqu'à la vingt-quatrième heure. Dans cet intervalle, ne rien donner à l'enfant; tout au plus calmera-t-on ses cris par une cuiller à café d'eau bouillie.
Les tétées suivantes se feront, toutes les quatre heures, pendant deux jours, avec un repos nocturne de onze à douze heures. Le troisième jour, une tétée toutes les trois heures; à partir du cinquième jour, et on continuera ainsi pendant quatre mois, une tétée toutes les deux heures et demie, soit huit en vingt-quatre heures, la première à cinq heures, et la dernière à onze heures, pour laisser reposer l'estomac de l'enfant et la mère elle-même. A partir du cinquième mois, on mettra trois heures d'intervalle entre les tétées, soit sept en vingt-quatre heures. On ne donnera jamais le sein la nuit (Pinard, Marfan), même si l'enfant crie; on vérifie dans ce cas, si rien ne le gêne, si sa position est bonne, s'il n'est pas sali, et on le laisse crier, car il ne risque rien : il finit par s'endormir et il perd l'habitude de crier, sans raison valable. Pendant le jour, si l'enfant dort trop, il faut le réveiller pour sa tétée, sinon, il ne dormirait pas la nuit. Après chaque tétée, l'enfant est mis au berceau. Au début, on donne successivement les deux seins dans la même tétée, plus tard un seul et on atténue régulièrement. La durée de la tétée est en moyenne d'un quart d'heure; mais certains nourrissons prennent leur ration en huit minutes ; d'autres, moins actifs, exigent vingt minutes. Le sein sera toujours maintenu d'une propreté absolue (lavage à l'eau bouillie), avant et après la tétée.
d) Alim£ntation de la mère. — La santé de l'enfant exige une
certaine discipline dans ralimentation de la nourrice. La ration (ilimen taire doit être augmentée surtout en albumine (150 p;r. au lieu de 85 gr.) et en graisse (100 gr. au lieu de 40 gr.), supplément facile à réaliser par Tabsorption de lait qui a d'ailleurs des propriétés galactogènes. Seront interdits : les aliments riches en toxines (gibier, conserves de viandes, crustacés) ou malodorants (ail, oignon) susceptibles d'influencer la qualité du lait. Chez la femme qui allaite, la soif est toujours très vive; on la calmera par le lait et les décoctions de céréales; on proscrira les liqueurs et le vin. Inutile d'insister sur la nécessité d'une vie calme, sans fatigue physique, sans émotions violentes, causes fréquentes d'altération du lait.
e) Accidents de r allaitement au sein. — Ils sont dus à la suralimentation. Si on s'en remet aux besoins manifestés par l'enfant, on risque de graves mécomptes par insuffisance, mais surtout par excès d'alimentation; on ne saurait, sur ce point, trop protester contre le préjugé populaire qui interprète comme une preuve de prospérité la régurgitation des enfants gloutons : c'est une surcharge gastrique qui est souvent le prélude de troubles digestifs et de gastro-entérite. Lorsque la digestion est bonne, l'enfant a deux ou trois selles par jour, d'un jaune d'or, rappelant les œufs brouillés, bien liées et sans grumeaux (indice d'une digestion complète).
Veczéma se rencontre surtout chez les enfants nourris au sein et suralimentés. Les modifications survenues dans la composition chimique normale du lait produisent aussi quelquefois des accidents. Elles sont presque toujours liées à l'excès ou à la pauvreté de beurre.
Les émotions violentes, la menstruation, les maladies chroniques, surtout la tuberculose, changent la composition du lait. La surveillance médicale permet d'instituer à temps le sevrage rapide qui concilie à la fois les intérêts de la mère et ceux de l'enfant.
f) Obstacles à V allaitement maternel. — Les obstacles d'ordre médical sont feu nombreux : maladies aiguës contagieuses, névroses, maladies cachectisantes, surtout la tuberculose (voir p. 720). Les affections cardiaques bien compensées, de même que le mal de Bright modéré et soigné ne s'opposent pas à la lactation.
Pinard nie Vagalactie. Si des femmes n'ont pas de lail, c'est qu'elles ne nourrissent pas assez; les glandes finissent par s'atrophier. Environ 9 à p. 100 des femmes peuvent nourrir.
Ce sont surtout des causes d'ordre social qui empêchent rallaitement maternel : la bourgeoise ne veut pas allaiter, C ouvrière ne le peut pas. En ce qui concerne la première, c'est en luttant contre la paresse, les préjugés, etc., qu'on obtiendra des résultats. Quant à l'ouvrière, nous avons déjà vu en partie et nous verrons encore comment on peut lui fournir le moyen d'allaiter son enfant.
La mère a Vobligation absolue de nourrir son enfant. 2. Allaitement mercenaire. — C'est l'allaitement par une autre femme que la mère, par une nourrice. 11 y a deux catégories de nourrices : les nourrices à distance qui emportent le nourrisson chez elles, et les nourrices sur lieu.
Les enfants emportés par les nourrices à distance subissent une mortalité effroyable (50 p. 100; voir p. 73).
En principe (p. lOt)), la nourrice doit avoir un enfant âgé de plusieurs mois, et qu'il est possible de nourrir, en partie, avec du lait de vache, en partie avec des bouilHes; et elle doit réserver le sein au nourrisson étranger. En réalité, elle fait le contraire et donne à l'étranger soupes et bouillies incompatibles avec son âge ; ou bien, distraite par les travaux aux champs, elle ne lui donne pas assez de tétées par jour. On voit à quels dangers on expose le nourrisson, sans parler de ceux du voyage.
La nourrice sur lieu est sans doute avantageuse pour le nourrisson qu'elle allaite, mais que devient son enfant? Confié aux parents de la nourrice ou à des étrangers, et habituellement mal soigné, il meurt souvent. Là encore, le voyage de l'enfant de la nourrice (qu'elle amène souvent jusqu'au moment où elle trouve une place) est meurtrier.
L'allaitement mercenaire est donc anti-social. 3. Allaitement artificiel. — Si l'allaitement au sein n'est pas possible, on alimentera le nouveau-né avec le lait d^un animal. a) Choix du lait. — Le lait d'dnesse est celui qui, par sa composition, se rapproche le plus du lait de la femme; mais, son asepsie difficile, son altération facile, son prix élevé (5 à 6 fr. le litre) en rendent l'emploi peu pratique.
Le lait de chèvre présente beaucoup d'avantages : sa stériHsation facile, son prix modéré, la possibilité pour l'enfant de le prendre à même le pis, et l'immunité de la chèvre vis-à-vis de la tuberculose; mais en ville son usage est peu commode.
C'est au lait de vache qu'on a recours, en raison de sa produc-
tioii permanente et de son abondance qui met son prix à la portée de tous. La diiïérence de composition quïl offre avec le lait de femme et qui consiste surtout dans un excès de caséine, n'apporte pas une grande difficulté à son emploi. Le procédé de correction le plus simple et le plus emplo) é est le coupage du lait, avec addition de sucre (10 p. 100 de Teau du coupage pour rendre au lait sa valeur calorigène). Ce coupage doit se faire dès la réception du lait et avant la stérilisation. Voir chap. vu.
b) Technique de l'allaitement artificiel. — Par suite de la dilution du lait, il en faut des quantités plus grandes que dans Tallaitement au sein ; et comme la digestibilité du lait de vache est inférieure à celle du lait maternel, il est préférable de mettre entre les repas un intervalle plus grand, trois heures au lieu de deux heures et demie, au début.
Première semaine : parties égales de lait et eau bouillie. Trois premiers mois : deux parties de lait pour une partie d'eau. Quatrième mois : trois parties de lait et une partie d'eau. A partir du cinquième mois, si le dernier mélange est bien toléré, on essaye le lait pur.
L'enfant prend ainsi, chaque jour, sept repas de 90 gr. de lait coupé au tiers, pendant le premier mois (630 gr.); de 100 gr. pendant le deuxième mois (700 gr.) ; de 120 gr., le troisième mois (840 gr.); pendant le quatrième mois, 120 gr. de lait coupé au quart (840 gr.); et pendant le cinquième, 125 gr. de lait pur (875 gr.). Du sixième au neuvième mois, six repas de 175 gr. de lait pur : 1 050 gr. par jour.
Ce ne sont là que des moyennes, établies d'ailleurs pour un enfant pesant 3 kgr. à la naissance. Comme tous les enfants n'ont pas la même aptitude digestive et la même régularité d'accroissement, il serait utile de disposer d'une règle générale pouvant déterminer ce qui convient à chacun d'eux. C'est le poids qui sert ici de guide et on admet que la ration alimentaire du nourrisson exige un peu plus de 100 gr. de lait par kilogramme de poids corporel (Maurel, Mery, d'après Macaigne).
Quant à l'emploi des laits écrémé, humanisé, maternisé, digéré, etc., se reporter page 131.
c) Biberon et tétine. — L'allaitement direct au pis des animaux est complètement délaissé aujourd'hui.
Pour Fallaitement artiliciel, le biberon est l'instrument indispensable et de beaucoup le plus commode. On ne recourt guère au
petit pot et à la cuillère que pour les eufants très débiles ou poulies malades.
Plus un biberon, plus uue tétine seront simples, plus il sera facile de les nettoyer, de les débarrasser des grumeaux de lait qui, s'ils y séjournent, ne manqueront })as de fermenter.
V asepsie des biberons est absolument indispensable. Tout biberon doit être stérilisé par la chaleur ; cette stérilisation sobtient en même temps que celle du lait, quand on stérilise celui-ci dans les biberons, ce qui doit être la règle générale. On devra rejeter tous les appareils plus ou moins ingénieux, ordinairement compliqués, difficilement stérilisables.
Le biberon à long tnbe (fig. 14) est interdit par la loi du i 6 avril 19/0.
Le mieux est d'adapter au col d'un flacon de Tappareil de Soxhlet ou de Budin- Gentile, renfermant la valeur d'une tétée, une simple tétine en caoutchouc, stérilisée (fig. 13).
En somme, dans Vallaitement artificiel, l'asepsie
du biberon, de la tétine (en même temps que celle du lait) constitue la condition indispensable de la prophylaxie contre la gastro-entérite.
d) Stérilisation du lait. — Voir p. 123.
e) Surveillance de Venfant. — Il faut surveiller avec soin son aspect, son poids, ses ga^de-robes. Laliaitemeut artificiel expose d'avantage aux troubles digestifs. Il réussira d'autant jnieux qu'il aura été institué plus tard.
4. Allaitement mixte. — L'association de l'allaitement artificiel à l'allaitement maternel, bien dirigée, est infiniment supérieure à Fallaitement artificiel pur. Elle permet de suppléer, par deux ou trois tétées artificielles à l'insuffisance du lait maternel.
L'allaitement mixte a réhabilité l'allaitement maternel, dans les classes aisées. Il ]»ermet aussi à l'ouvrière de travailler hors de chez elle, en utilisant les crèches et les garderies.
Fig. 14. — Biberon à long tube, interdit.
Fig. 15. — Tétine simple en caoutchouc.
5. Résumé. — Le secret de l'élevage des nourrissons réside dans la façon dont sera dirigée et surveillée son alimentation. 6° Vaccination. — Obligatoire. Voir p. 586.
2" Protection sociale du nourrisson.
Pour que l'ouvrière mette en pratique les principes d'hygiène infantile que nous venons d'exposer, il faut Finstruire et l'aider. La première de toutes nos préoccupations doit être d'encourager \ allaitement maternel. « C'est le fonds et le tréfonds de la protection salutaire des enfants du premier âge. » (Strauss.)
1° Protection et encouragements sociaux à rallaitement maternel. — a) Mutualités maternelles. — Ces institutions (page 86) permettent à la mère de se reposer après l'accouchement, de se consacrer à son enfanl ; elles encouragent l'allaitement maternel par des primes, distribuées jusqu'après le sixième mois.
b) Secours d'allaitement. — A Paris, et dans la plupart des villes, ils sont distribués par les bureaux de bienfaisance. Ces secours sont très variables, en général peu élevés.
Notons les œuvres privées : Société protectrice de r enfance. Ligue contre la mortalité infantile^ Œuvre de layettes, etc.
c) Consultations de nourrissons et Gouttes-de-lait. — Les consultations de nourrissons sont l'œuvre de Budin. Il créa, en 1892, à la Maternité de la Charité, une consultation spéciale, primitivement réservée aux seuls enfants, nés dans ce service, et avant pour objet « de diriger les mères, de les engager à continuer l'allaitement au sein, et en cas d'allaitement insuffisant, de les aider en leur donnant du lait de vache de bonne qualité et stérilisé ».
Deux ans plus tard, le D'" Dufour, de Fécamp, qui ignorait la tentative de Budin, fonda dans cette ville, une Goufte-de-lait destinée « à lutter contre l'excessive mortalité des enfants de la ville, élevés artificiellement, surtout dans la classe pauvre ».
Ces deux œuvres visent donc un même but, et ont un programme identique : 1° et surtout, encourager l'allaitement maternel, "1" conseiller les mères, 3" distribuer du lait, seulement lorsque l'allaitement au sein est impossible ou insuffisant. Le terme de consultation de nourrissons vaut mieux.
Depuis 1894, les consultations de nourrissons et Gouttes-de-lait ont pris une extension considérable. Elles sont avant tout des
centres d'élevage au sein. Jusqu'à 95 p. 100 (Budiu, Maygrier), 93 p. 100 (Boissard) 90 p. 100 (Charles, de Liège) des femmes, suivant ces consultations, nourrissent au sein.
V éducation des mères, renseignement de la puériculture ont aussi une grosse importance; on se figure mal l'ignorance générale des femmes sur ce point. L'émulation entre les femmes qui se rencontrent à la consultation a d'excellents effets.
Enfin, lorsque l'allaitement au sein est insuffisant ou impossible, les consultations de nourrissons et Gouttes-de-lait distribuent du lait stérilisé. Cette distribution est réglée par le médecin, et strictement surveillée par lui.
A l'œuvre lyonnaise des consultations Budin (1905), le lait n'est pas donné, il est vendu, tout prêt dans le biberon et au prix du lait ordinaire de la ville. Les fondateurs (P"" Fabre) insistent beaucoup sur la veiite du lait, estimant que la collectivité doit donner les secours nécessaires à la mère, mais que ce n'est pas à une œuvre privée de donner autre chose que les conseils et la qualité du lait. C'est également un moyen de favoriser l'allaitement au sein.
Les heureux résultats des consultations de nourrissons et Gouttesde-lait ne se sont pas fait attendre. Dans les consultations dirigées par Budin, la mortalité par diarrhée, la plus importante à considérer, a toujours été nulle, alors que chez les enfants ne fréquentant pas Tœuvre, elle était de 6,9 p. 100. Partout les résultats sont remarquables. A Lyon, du 2 mai 1905 au 30 septembre 1908, 1051 enfants avaient fréquenté les consultations; la mortalité n'a été que de 4 p. 100 (au lieu du chiffre moyen 15). L'allaitement au sein a passé de 14 p. 100 (1905-1906) à 45 p. 100 (1907-1908).
// faudrait créer des consultations de nourrissons dans tous les centres urbains. Ce sont des œuvres peu coûteuses, qu'on pourrait installer dans les mairii^s. Elles devraient être combinées avec les mutualités maternelles. « La consultation de nourrissons est l instrument le mieux adapté d'éducation maternelle et de contrôle médical des enfants du premier âge. Nulle institution ne donne de résultats plus importants pour enrayer et prévenir la gastro-entérite. » (Strauss.)
d) Cantines maternelles. — Les cantines maternelles, ou mieux restaurants gratuits pour mères-nourrices , ont pour but d'assurer à celles-ci une nourriture appropriée à leur état. Toute femme, pouvant démontrer qu'elle est nourrice, trouve deux fois
CoiRMONT. — Précis d'IIygièno. 7
par jour, un repas suffisant, sans même avoir à dire son nom. La femme acquitte sa dette en allaitant son enfant ; elle est la nourrice payée de son enfant. Il existe des cantines maternelles dans un grand nombre de villes (Paris, Lyon, Nice, Remiremont, etc.). Œuvres excellentes que les municipalités devraient multiplier. :2" Surveillance et protection des enfants soumis à l'allaitement maternel. — Nombre de femmes obligées de vivre de leur travail (4 000 000 environ) sont dans Timpossibilité de s'adonner exclusivement aux devoirs de la maternité et de pratiquer les conseils donnés à la consultation de nourrissons.
a) Crèches. — La première crèche fut fondée, en 1844, à Paris par Marbeau. Elle était destinée « à soigner, pendant les jours et heures de travail, certains enfants trop jeunes ou trop faibles pour suivre les exercices de la salle d'asile ». Le but final de l'œuvre était « de faciliter rallaitement maternel et de conserver les liens de famille dans les classes nécessiteuses ». La crèche devait « cesser de garder les enfants que leurs mères négligeraient de venir allaiter ».
La fondation de Marbeau eut un légitime succès. En 1846, fut fondée la Société des Crèches. Actuellement, les municipalités et les œuvres privées en possèdent un grand nombre.
Les crèches remplacent avantageusement la gardeuse ignare ou indolente et évitent une séparation totale entre la mère et l'enfant. Mais elles doivent être étroitement surveillées. « On doit considérer la crèche, comme un service hospitalier qui a besoin de recevoir une visite médicale quotidienne. » (Variot.) On éviterait ainsi ces terribles épidémies qui ont décimé des crèches entières, et surtout ces fautes d'alimentation, causes de gastro-entérites, (]ui ont pu faire considérer, avec quelque exagération il est vrai, les crèches comme des « pépinières d'enfants atrophiques ».
Les crèches sont soumises à une réglementation spéciale (décret du 2 mai 1897, arrêté ministériel du 20 décembre d897, circulaire du ministre de Fintérieur du 6 novembre 1898).
En résumé., la crèche peut rendre des services, mais à la condition que le médecin ait un rôle prépondérant.
b) Garderies industrielles. Chambres d'allaitement. — Elles assurent la garde de Tenfant pendant le travail de la mère ; celleci vient, à intervalles réguliers, donner le sein à son enfant.
Des dispositions législatives existent sur ce point en Italie, en Espagne, en Portugal, en République Argentine rendant obliga-
toire rinstallation d'une chamhre d'allaitement dans Loiiles les manufactures où il y a au moins cinquante ouvrières.
En France, des propositions de loi relative aux facilités à accorder aux femmes occupées dans Tindustrie pour Tallaitement des nourrissons ont été déposées à la Chambre des députés par le D'' Durand et par MM. Eugerand, Laniel, Bonnevay et Flandin.
De généreuses initiatives patronales ont surgi à Lille, dans les Vosges, à Nancy, à Elbœuf, à Angoulême, à Paris, à Troyes, cà Roubaix, etc. L'État a suivi l'exemple donné par les industriels. Les ministres des Finances et de la Marine, le sous-secrétaire d'État aux Postes et Télégraphes, ont pris des mesures pour faciliter le rôle maternel et nourricier de leurs employées ou ouvrières.
c. Pouponnières . — Elles sont destinées aux nourrissons de mères n'ayant pas de domicile particulier (domestiques, etc.) et qui n'auraient d'autre ressource que d'envoyer leur enfant en nourrice. Les pouponnières permettent à ces femmes de ne pas se séparer de leur enfant et de l'élever au sein, en se plaçant comme nourrices dans ces établissements. En outre, elles assurent le bénéfice du sein à d'autres enfants éloiguf's de leurs mères. La pouponnière de Porchefontaine, près de Versailles, est le modèle du genre.
Ces institutions sont très onéreuses (chaque berceau revient à 1 500 francs par an, d'après Bertillon) et un certain nombre d'entre elles (Crépy-en-Valois, Passy) ont cessé de fonctionner.
3" Surveillance du lait. — Voir chap. vu, p. 135.
4° Dispositions législatives d'assistance et de protection de l'enfance.
a) Loi Roussel (23 décembre 1874). — Le grand philanthrope, le D'' Théophile Roussel, en fut l'instigateur.
Cette loi est toute entière dans l'article 1*"' ainsi conçu :
« Tout enfant âgé de moins de deux ans qui est placé, moyennant salaire, en nourrice, en sevrage ou en garde, hors du domicile de ses parents, devient par ce fait, l'objet d'une surveillance de l'autorité publique, ayant pour but de protéger sa vie et sa santé. »
Les dispositions complémentaires les plus importantes sont les suivantes :
Art. 6. — Sont soumis à la surveillance instituée par la présente loi : toute personne ayant un nourrisson, ou un ou plusieurs enfants en
sevrag-e ou en garde, placés chez elle, moyennant salaire : les bureaux (le placement et tous les intermédiaires qui s'emploient au placement des enfants en nourrice, en sevrage ou en garde...
Art. 7. — Toute personne, qui place un enfant en nourrice, en sevrage ou en garde, moyennant salaire, est tenue, sous les peines portées par l'article 346 du Gode pénal, d'en faire la déclaration à la mairie de la commune où a été faite la déclaration de naissance de l'enfant, ou à la mairie de la résidence actuelle du déclarant, en indiquant, dans ce cas, le lieu de la naissance de l'enfant, et de remettre à la nourrice ou à la gardeuse, un bulletin contenant un extrait de l'acte de naissance de l'enfant, qui lui est confié.
Art. 8. — Toute personne (|ui veut se procurer un nourrisson ou un ou plusieurs enfants en sevrage ou en garde est tenue de se munir préalablement des certificats exigés par les règlements pour indiquer son état civil, et justifier de son aptitude à nourrir ou à recevoir des enfants en sevrage ou en garde. Toute personne qui veut se placer comme nourrice sur lieu est tenue de se munir d'un certificat du maire de sa résidence, indiquant si son dernier enfant est vivant et constatant qu'il est âgé de sept mois révolus, ou, s'i7 n'a pas atteint cet âge, quil est allaité par une autre femme remplissant les conditions qui seront déterminées par le règlement d'administration publique...
Art. 9. — Toute personne, qui a reçu chez elle, moyennant salaire, un nourrisson ou un enfant en sevrage ou en garde, est tenue sous les peines portées à l'article 346 du Code pénal :
1° d'en faire la déclaration à la mairie de la commune de son domicile, dans les trois jours de l'arrivée de l'enfant, et de remettre le bulletin mentionné à l'article 7;
2° de faire, en cas de changement de résidence, la même déclaration à la mairie de sa nouvelle résidence;
3" de déclarer, dans le même délai, le retrait de l'enfant par ses parents ou la remise de cet enfant à une autre personne, pour quelque cause que cette remise ait lieu ;
4° en cas de décès de l'enfant, de déclarer ce décès dans les vingtquatre heures...
La loi Roussel est la reconnaissance officielle de celte idée, que le lait de la mère appartient non à elle, mais à son enfant, qu'elle n'a pas le droit d'en trafiquer à sa guise; que si elle peut être admise à le céder à un enfant étranger, c'est seulement lorsqu'il est légitime de présumer qu'il n'est plus indispensable à la vie et à la santé du sien. C'est rallaitement maternel forcé jusqu'à sept mois.
Les bons effets de la loi sont certains. Les décès des enfants assistés, qui sont prolégés, atteignaient, en 1860, 60 p. 100 de l'effectif et, en 1901. 21 p. 100 (Porak). La mortalité des nourrissons, placés sous la tutelle de la loi de 1874, est très inférieure à la mortalité infantile générale (Seine : 5,73 p. 100 en 1906; Nièvre, pays nourricier par excellence, 4,90 p. 100 en 1902, etc.).
Un autre mérite de la loi Roussel a été de diminuer le nombre des nourrices sur lieu. « L'application stricte de Tarticle de la loi qui interdit à une femme de priver de son lait, avant sept mois, son propre enfant, pour le donner à un enfant étranger, éloigne de la profession de nourrice au sein, un certain nombre de femmes. » (Hennocque.) La diminution a été surtout sensible à partir de 1900, date de la plus stricte exécution de la loi (en 1900 : 4 255 nourrices inscrites; en 1906 : 2 660).
Malgré ses bons résultats, la loi Roussel n'est pas parfaite et pourrait donner un meilleur rendement. Fréquemment, les déclarations prévues aux articles 1 et 9 ne sont pas faites, et Tarticle 8 reste souvent lettre morte, sans qu'une sanction intervienne, par suite de la complaisance des maires, des secrétaires de mairie et aussi de certains médecins qui délivrent de faux certificats.
La loi renferme des lacunes. L'expression « moyennant salaire» répétée dans les articles 6, 7 et 9, qui exclut les enfants qui sont confiés gratuitement à des nourrices ou gardes, parentes ou soidisant, jusqu'à une limite de parenté très éloignée, est toujours invoquée, pour éviter la surveillance administrative, sans compter les cas où un salaire étant payé, la déclaration n'en est pas faite.
Il faudrait également retrancher le paragraphe qui autorise, si l'enfant de la nourrice n'a pas 7 mois révolus, l'allaitement par une autre femme. Il y a là une échappatoire.
Enfin, les médecins inspecteurs, qui devraient constituer le rouage le plus important de la loi, n'ont, en réalité, qu'une autorité très limitée. Qu'on élargisse le rôle des médecins inspecteurs, qu'on leur donne une autorité plus effective, qu'on écoute dans une plus grande mesure leurs avis, qu'on satisfasse à leurs réclamations.
b) Loi du 21 juin 1904 sur les enfants assistés. — Cette loi a eu pour objet principal d'étendre à la France entière, lemode d'admission à bureau secret, qu'avait inauguré en 1871, le Conseil général de la Seine, sur l'initiative de Strauss.
Lors du débat mémorable de l'Académie de Médecine, en 1891, sur la dépopulation, un vœu avait été émis en faveur du rétablissement des tours ^ et de leur coexistence avec le bureau ouvert. Le
1. Les tours étaient des demi-cylindres de bois, convexes d'un côté, concaves de l'autre, qui tournaient sur eux-mêmes dans le sens vertical avec une grande facilité. Le côté concave était ouvert sur une rue, la côté convexe faisait saillie à l'intérieur de l'hospice ; l'enfant abandonné était placé dans le tour et il suffisait
tour modeine, n'est autre que le bureau secret, auquel tous les enfants âgés de moins de sept mois peuvent être apportés incognito. L'Académie de Médecine affirmait également la nécessité de l'allocation de secours aux femmes ne pouvant, faute de ressources suffisantes, élever leur enfant. A Lyon, on alloue 25 frs aux filles-mères allaitant au sein, 20 frs seulement en cas d'allaitemtent au biberon.
L'application intégrale de la loi de 1904, avec un redoublement de surveillance médicale et le caractère obligatoire des dépenses, ne tardera pas à donner les meilleurs résultats.
Le relèvement des salaires de nourrices, tel (juil a été fixé par zones et par minima depuis le \^'' janvier 1910 améliorera également les conditions d'élevage et de placement familial.
c) Loi du 16 avril 1910. — Cette loi a heureusement supprimé le meurtrier biberon à long tube (fig. 14).
d) Loi du 15 février 1902. — Article 9 (p. 39).
e) Loi de 1908 contre les assurances sur décès d'enfants, — Ces pratiques immorales et néfastes ne sont plus tolérées en France, Elles persistent dans quelques pays.
5° Enseignement et vulgarisation de la puériculture. — L'ignorance et les préjugés des mères sont, sans contredit, les facteurs les plus puissants, qui font monter le taux de la mortalité infantile. Aussi, le premier Congres international des Gouttes-delait, réuni à Paris, en 1905, a émis le vœu : Que les pouvoirs publics facilitent par tous les moyens la vulgarisation de V hygiène infantile. Ce vœu a été réitéré dans des termes peu différents par le deuxième congrès des Gouttes-de-lait, à Bruxelles, en 1907, et parla Commission de la dépopulation (1913).
a) Consultations de nourrissons et Gouttes-de-lait. — Ces œuvres, ces écoles des mères, devraient être de véritables Instituts de puériculture, analogues à celui qui vient d'être inauguré, en juin 1912, à la Pouponnière de Porchefontaine. Les élèves des écoles normales y ont commencé des stages; les écoles d'infirmières de Paris lui envoient leurs étudiantes et les jeunes filles du monde, adeptes de la Croix-Blanche, commencent à briguer ses diplômes. C'est un bel exemple à imiter.
d'un coup de sonnette pour avertir à l'intérieur et pour que, dans sa révolution, le tour amenât l'enfant à l'iiospice et le séparât de la i>ersonne qui l'abandonnait. Les tours qui existaient depuis longtemps en France avaient été institués officiellement en 1811. Ils disparurent successivement de 1816 à ISTO.
b) Enseignement de la puériculture à i école. — Au Congrès rhygiène de Bruxelles (1903), on a exprimé le vœu « que poulies jeunes filles, depuis Técole moyenne jusqu'à Técole normale et spécialement dans les écoles ménagères, il soit institué des leçons d'hygiène infantile ». Dans les pays du Nord, dans les pays Scandinaves surtout, cette éducation de la jeune fille, en vue des futures maternités, est poussée très loin. Ne les fait-on pas assister à des accouchements, pour que, le cas échéant, elles puissent porter un secours intelligent? Les cours de puériculture doivent faire partie de Técole ménagère.
c) Conférences populaires d' hygiène infantile. — Le médecin peut encore être un vulgarisateur, écouté par les femmes du peuple. Les conférences de Budin, Pinard, Yariot, etc., ont montré, par leur succès, Futilité de ce moyen.
A) Affiches et brochures. — Depuis quelques années, la préfecture de la Seine fait afficher, au moment des grandes chaleurs, les principales prescriptions de Thygiène alimentaire du nourrisson. Des instructions imprimées pourraient être délivrées au moment du mariage et de la déclaration de naissance, comme dans certaines contrées (Ile de Jersey).
6° Conclusions. — Les principes qui doivent nous guider dans la lutte contre la mortalité infantile sont les suivants : 1° favoriser V allaitement materne f et donner à la femme du peuple tous les moyens nécessaires (dispositions législatives, mutualités maternelles, consultations de nourrissons, crèches d'usines) pour le pratiquer; 2° dans le cas d'impossibilité d'allaiter au sein, donner du lait irréprochable'^ 3° enfin, instruire la femme et vulgariser les méthodes de p)uériculture.
11 ne suffit pas de faire des enfants, il faut les faire vigoureux et les élever en santé.
4« Résultats.
Bien que récente, la lutte contre la mortalité infantile a déjà donné en France des résultats a})])réciahles.
A Paris (Bertillon) :
De 1881 à 1885, la mortalité infantile est de . . . 16,15 p. 100
A Lyon (Lesieur) :
1900 la morlalité infantile est de
Ces chiffres sont évidemment relatifs, un grand nombre de nouveau-nés étant envoyés en nourrice, hors de ces grandes villes, mais ils sont comparables. D'ailleurs, le nombre des enfants envoyés en nourrice tend à diminuer sensiblement d'une façon générale ^ La différence de mortalité entre les années extrêmes est donc encore plus grande que ne Tindiquent les chiffres.
Mais, la preuve la plus évidente des bienfaits de la puériculture rationnelle réside dans les chiffres (p. 97) fournis par les consultations de nourrissons. La mortalité infantile y est devenue presque un accident; c'est la bonne santé qui est la règle, même pendant les étés chauds.
D'une façon générale, h nourrisson ne doit pas mourir.
l. A Paris, par exemple, le nombre des enfants, mis en nourrice, hors Paris, a été de H 961 en 1890, de 17 782 en 1900 et de 15 454 en 1909.