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MALADIES CONTAGIEUSES TRANSMISES

Le lait constitue un excellent milieu de culture pour les microbes qui s'y multiplient rapidement. D'après Miquel, un lait, trait à six heures du matin, contenait :

Après 2 heures de traite. .... 9000 bactéries par cm'^.

— 3 — 21 7oO —

La chaleur a une grosse influence. D'après Miquel, un lait, examiné quinze heures après la traite, renferme :

100 000 bactéries au cm'^ s'il a été conservé à + 1^°-

Nous verrons p. 124 la conclusion pratique à tirer de ce fait.

Les microbes trouvés dans le lait peuvent être saprophytes ou pathogènes. Les saprophytes ne sont pas dangereux par euxmêmes, mais peuvent le devenir secondairement, en provoquant des altérations, plus ou moins nocives, du lait. Les pathogènes modifient peu la composition du lait, mais, par là même, sont beaucoup plus dangereux; ils peuvent transmettre directement des maladies infectieuses, sans que rien, dans Faspect du lait, ne révèle leur présence

1° Microbes saprophytes. — Ils proviennent d'une souillure accidentelle du lait, pendant ou après la traite.

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Fig. 26. — Ferments lactiques.

a) Ferments lactiques (fig. 25). — Ces ferments agissent les premiers pour modifier le lait. Leur action porte sur le lactose qu'ils transforment en acide lactique, d'où coagulation de la caséine. Les plus connus sont le Bacterium acidi lactis, le Bactërium coli commune, son proche parent le Bactërium lactis aerogenes, le Streptococcus -acidi lactis, le Bacillus prodigiosus, etc.

b) Ferments de la caséine.

— Les Tyrothrix de Duclaux, le Bacillus sublilis, le Mesentericus vulgatus, le Bacillus butyricus de Hueppe sont capables de produire la coagulation de la caséine puis la redissolution du coagulum. Il y

à, d'après Duclaux, peptonisation ou transformation en peptones spéciales ou caséones.

c) Ferments du lait visqueux ou filant. — Aclinobacter (Duclaux), Bacillus lactis viscosi (Adametz), Bactérium Hessii, Bacillus lactis pituitosi (Lœffler).

d) Ferments du lait amer. — Bacille de Weigmann, Microcoque de Conn, Tyrothrix geniculatus de Duclaux.

e) Ferments des laits colorés. — Bacillus cyanogènes (lait bleu) ; Bacillus prodigiosus, Sarcina rosea, Bacillus lactis erythrogenes, Saccharomyces ruber (lait rouge) ; Bacillus synxanthiis (lait jaune).

Toutes les modifications du lait, produites par ces microorganismes, sont très apparentes et permettent de le rejeter d'emblée.

5° Microbes pathogènes. — Transmission des maladies contagieuses par le lait. — Le lait peut servir de véhicule aux agents des maladies contagieuses.

A. GoNTAGES DE POLLUTION. — La contamination des laits a Heu par les nourrisseurs, les marchands, au cours des manipulations : traite, mise en bouteille, rinçage des vases, etc.

1° Fièvre ti/plioide. — Cette maladie emprunte fréquemment cette voie de diffusion. Jaccoud, dès 1877, évalue à 17 sur 106 cas la fréquence de la contamination par le lait. Scheider estime que sur 638 épidémies observées en divers pays de 1870 à 1899, 110, soit 17 p. 100 sont occasionnées par des laits virulents. D'après Hart, on compte de 1857 à 1881, 51 épidémies ayant atteint

3 500 personnes et déterminé 350 décès. A Copenhague sur 90 épidémies (de 1878 à 1896), 5 au moins sont dues à Fusage du lait. En France, Goyon, Bouchereau et Fourmiol rapportent qu'à Glermont-Ferrand, en décembre 1891 et janvier 1892, sur 23 cas de lièvre typhoïde, 18 sont dus à Tinfection par le lait. Même constation en 1900 (Congrès d'hygiène) par M. Fleury de Saint-Etienne, etc. Dans tous les pays, les exemples sont nombreux. La pollution se fait soit par addition d'eau contaminée ou par des vachers porteurs de germes typhiques (voir p. 557).

2° Diphtérie. — Les observations de diphtérie sont également nombreuses. En 1878, PoAver à Londres, constate 264 cas avec 38 décès dans 118 familles. En 1879, à Addlestone, 14 personnes contractent la diphtérie pour avoir bu de la crème contaminée. De 1878 à 1899, Swithinbank et Newmann rapportent 18 épidémies. Klein, Dean et Tood trouvent le bacille de Loffler dans des laits consommés à Londres.

3° Scarlatine. — C'est pendant la mulsion que des squames se détachent des mains de l'opérateur et viennent tomber dans le lait. Taylor, en 1870, Power en 1882, Swithinbank et Newmann de 1876 à 1903 relatent 40 cas d'épidémie. En 1904, une grave épidémie éclate en Suède, occasionnée par le lait d'une ferme dont le personnel était infecté. On sait que certains hygiénistes anglais croient à l'origine bovine de la scarlatine.

4° Choléra asiatique. — La contamination du lait dans ce cas se fait comme pour la fièvre typhoïde. D'après Haffkine, les mouches jouent peut-être aussi un rôle.

5° Colibacille. — Il se rencontre très souvent dans le lait (étables mal tenues). Il peut occasionner des entérites.

6° Microbes de la gastro-entérite des enfants. — On sait (p. 76) que la moitié environ de la mortahté des nourissons est due à la gastro-entérite, surtout les années chaudes. Les microbes, d'ailleurs divers, de la gastro-entérite proviennent du lait, des biberons, des télerelles, d'où la nécessité de ne donner aux nourrisons que du lait stérilisé, dans des récipients stérihsés.

Ces microbes de la gastro-entérite constituent le plus gros fadeur de mortalité par des laits contaminés après la traite.

B. CoNTAGES d'origine MAMMAIRE. — L'infcction du lait des animaux malades se fait le plus souvent dans la glande même, comme cela s'observe dans les septicémies et les mammites.

1° Fièvre aphteuse. — L'organisme humain présente une faible

réceptivité pour le virus aphteux (Nocard et Leclainclie, Thorne). Malgré cela, la contamination par le lait est toujours à craindre. Les observations de Ghauveau à Lyon, Hulin à Louvain, Viseur à Arras, etc., les expériences d'Herwig, Mann et Yillain, etc., montrent que des précautions sanitaires doivent être prises.

2° Charbon. — La Bactéridie charbonneuse passe dans le lait.

3° Rage. — Le lait est rarement assez virulent pour donner la rage (Bardach, Nocard, Pasteur et Boux), mais, dans quelques cas (des expériences Font prouvé expérimentalement), la transmission pourrait avoir lieu. Aussi, en Allemagne, en Italie, la vente du lait des femelles rabiques est interdite.

4° Microbes pyogènes. — On peut rencontrer des Streptocoques pyogènes, des Staphylocoques., qui deviennent, dans le lait, très rapidement nombreux. Aussi, doit-on éliminer tous les animaux atteints de mastites à Streptocoques et à Staphylocoques.

D'ailleurs, révolution de tout processus pathologique chronique (entérite., gastrite avec tympanisme) ou aigu (entérite hémorragique, métrite, urétropéritonile) retentit sur la sécrétion lactée et en modifie les caractères organoleptiques, physiques et chimiques. On a signalé des troubles intestinaux graves consécutifs à l'absorption de lait provenant d'animaux malades.

5° Melitococcie. — La transmission du Éicrococcus ntelitensis à l'homme se fait ordinairement par le lait des animaux, en particulier de la chèvre. L'exportation des chèvres maltaises a diffusé la maladie dans tout le bassin de la Méditerranée.

6° Tuberculose. — C'est la transmission de la tuberculose par le lait, qui constitue, au point de vue sanitaire, le point le plus important de la question du lait., originellement infectieux.

La tuberculose bovine peut se transmettre à l'homme. On trouvera, p. 723, la discussion sur l'identité de la tuberculose bovine et de la tuberculose humaine.

La contagion de l'homme par le lait est indiscutable, quelle qu'en soit sa fréquence. Or, le rapport de Martel en 1904 indique qu'à Paris et dans le département de la Seine, plus de 40 p. 100 des vaches laitières sont tuberculeuses. En Hollande, de Jong trouve tuberculeuses 33,45 p. 100 des vaches abattues à Leyde. D'après Begner en Suède, 29,40 p. 100 des vaches réagissent à la tuberculine. En Angleterre, Mac Fadyean, Lloyd, Delépine évaluent à 30 p. 100 la proportion des infectées. Bang, à

Copenhague, obtient des chiffres aussi élevés. Le lait de ces animaux n'est, il est vrai, pas toujours contaminé.

Lorsqu'on recherche le bacille de Koch dans le lait, il faut éviter avec soin les causes d'erreur résultant de la présence dans ce liquide des bacilles acido-résistants, qui possèdent les mêmes réactions colorantes que le bacille de Koch. On ne doit plus maintenant se contenter de rechercher la bacille de Koch par Texamen direct; il est indispensable de recourir aux inoculations. La connaissance des acido-résistants explique vraisemblablement la divergence des résultats enregistrés par les auteurs qui ont étudié le lait au point de vue de sa teneur en bacilles tuberculeux.

C'est surtout lorsqu'il existe des localisations mammaires que le lait est contaminé. Nocard a montré que la mamelle en activité est un excellent miUeu de culture pour le bacille de Koch. Or leslocalisations mammaires sont nombreuses. Aux abattoirs de la Villette, on trouve en 1903, 35 cas de mammite sur 853 vaches tuberculeuses (4, 1 p. 100); en 1904, 47 sur 780 (6,02 p. 100); en 1905, 69 sur 1416 (4 p. 100) (Martel). En Danemark : 407 cas de mammite tuberculeuse, en 1898-99: 592 en 1899-1900: 610 en 1900-1901 et 584 en 1901-1902 (0,55 p. 100).

Mais, le danger peut exister même lorsque la mamelle parait intacte^ des lésions discrètes échappent facilement à l'examen, toujours délicat, de l'organe et de ses ganglions. Les travaux de Bang, Lydia Rabinowitsch, Kempener, Ravenel, Gehermann et Evans, Moussu, Martel, etc., ont établi que, dans ces cas, le lait peut entraîner avec lui des bacilles. L'infection des jeunes veaux nourris avec ces laits est presque fatale (Moussu).

En somme, les statistiques montrent la proportion considérable des laits virulents. Marcone (1900) trouve à Naples 50 p. 100 des laits renfermant des bacilles tuberculeux vrais; Beck (1901) à Berlin : 30 p. 100; Délépine et Nivers (1901) à Manchester : 18,5 p. 100; Piazza (1902) à La Plata : 17,64 p. 100.

Il ne faut pas oublier que, dans les grandes laiteries, on mélange les laits de nombreuses vaches; une seule vache infectée dans une étable suffit donc à contaminer des hectolitres de lait. La dilution ne compense pas l'inconvénient du mélange.

A côté du bacille, le lait contient des substances nuisibles que la chaleur ne détruit pas. Pasquale de Michèle, ayant rendu des femelles tuberculeuses après le part, constate que leur lait ne renferme pas de bacilles, cependant les petits meurent de cachexie,

due aux toxines éliminées par la mamelle. Jemma observe (|ue de jeunes lapins alimentés avec du lait sliM-ile, additionné de bacilles, tués au préalable par la chaleur, maigrissent et meurent cachectiques. Galmette et Breton ont insisté sur le danger de Fingestion de bacilles tuberculeux, même tués par la chaleur; elle favorise Textension des lésions tuberculeuses préexistantes.

Le lait de chèvre^ le lait d'ânesse ne sont presque jamais suspects de tuberculose.

En résumé : le lait de vache est très fréquemment tuberculeux ; le mélange des laits augmente encore dans les laiteries le pourcentage des laits infectieux, livrés à la consommation. Si on réfléchit qu'une vache peut continuer, pendant des mois et des années, à fournir du lait chargé de bacilles, en quantité normale et de qualité en apparence excellente, on se rend compte du danger d'une seule vache tuberculeuse dans une étable.

Voir p. 731, cette question de la tuberculose infantile, d'origine bovine.

Donc, toutes les mesures de prophylaxie contre la tuberculose bovine sont justifiées, non seulement par le souci de la défense bovine, mais par celui de la défense humaine.

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