VI. — L'ÉCOLIER
1° Hygiène physique. — a) Examen physique. — Les règles en sont basées sur les données relatives à la croissance normale de Venfant (fig. 36).
Vâgc scolaire lég:al est de six à treize ans au plus (loi de 1882) pour les écoles primaires (sans parler des écoles maternelles ou supérieures).
Les enfants de cet âge augmentent surtout de poids en hiver (filles principalement) et de taille en été (garçons jiriiicipale-
HVGIKNE GENERALE
ment). Outre le poids et la taille, il convient de mesurer le péi'imètre thoracique (tuberculose, scoliose, etc.) (fig. 37).
Le périmètre thoracique sous-pectoral doit être pris successivement en inspiration et en expiration, à 4 cm. au-dessous des mamelons, en
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Fig. 36. — Courbe de croissance de l'enfant de trois à seize ans.
passant sous la pointe des omoplates. L'enfant doit être droit, pieds nus, avec seulement une chemise et un pantalon ou un jupon. Pour cela, des instruments plus ou moins compliciués ont été proposés et peuvent être très utiles : toise de Dufestel, toise Féraud, toise Bertillon; cyrtomètre de Woillez, conformateur de G. Roux et Musy, de Dulestel , etc. Plus simplement une bascule, une toise à curseur
(analogne à celle employée dans l'armée), un ruban métrique gradué en centimètres peuvent parfaitement suffire.
b) Hijgirne individuelle. Propreté. — La propreté est la première condition de la santé des élèves et de la salubrité des classes. FJle laisse trop souvent à désirer cbez les enfants des écoles primaires, les familles étant elles-mêmes malpropres.
Fig. 37. — Périmètre thoracique avant (en noir) et après (en rouge) le séjour à l'école de plein air du Vernay (Lyon). Enfant de 11 ans. Côté suspect.
Raison de plus pour que les maîtres et les médecins scolaires s'efforcent de Tobtenir, d'inculquer à Tenfant de meilleures habitudes, et de faire par son intermédiaire l'éducation des parents.
Les règlements prévoient l'exclusion de l'école des enfants malpropres et couverts de poux ou de lentes (p. 665). Le règlement des écoles primaires de la Seine, comme celui de la plupart des écoles, stipule (art. 7) : « Les enfants se présenteront à l'école dans un état de propreté convenable ». La visite de propreté sera faite par V instituteur (qui doit donner lui-même l'exemple de la propreté) avant l'entrée en classe. Les enfants sales pourraient être reconduits dans leurs familles. Dans les internats (où les élèves doivent avoir tous les objets et toutes les facilités nécessaires), on doit même surveiller les soins de toilette. Dans les externats, l'instituteur peut être utilement secondé par les femmes de service des écoles maternelles, ou mieux par des assistantes d'hygiène, nurses ou infirmières scolaires (Angleterre, États-Unis, le Havre, Bordeaux, Lyon) qui peuvent au besoin débarbouiller, peigner, etc.
C'est aussi au médecin à exiger, lors de chacune de ses visites, que les enfants soient tenus propres.
L'enfant doit se laver le visage à l'eau et au savon, ainsi que les
CouRMONT. — Précis d'Hvgiène.
mains, dont les ongles doivent être coupés et nettoyés. Le lavage des mains sera pratiqué non seulement matin et soir, mais avant chaque repas, après usage des VV.-cl., etc.; des lavabos doivent être installés à cet effet (p. 149). Cliaque enfant aura sa brosse à dents et s'en servira au moins deux fois par jour. La tête sera peignée; les parasites et leurs œufs détruits * ; les garçons doivent porteries cheveux ras, les tilles avoir les cheveux nattés. Les bains de pied, la toilette intime devraient être également des habitudes quotidiennes. L'ablution générale et le savonnage de tout le corps (bains ou douches) devraient être assurés au moins une fois par semaine en hiver et plus souvent en été.
Règlement lyonnais des bains-douches.
Les douches seront données au moins une fois par semaine, et plus souvent pendant la saison chaude. — On consacrera un jour spécial aux douches des garçons, et un jour différent aux douches des tilles. — L'heure la plus convenable paraît être de 9 h. 1/2 à 11 heures du matin, pour les petites classes, et de 3 h. 1/2 à 5 heures (avant le goûter) pour les grands élèves.
La personne chargée de donner les douches doit avoir reçu une éducation spéciale dans ce but. Le soin de doucher sera avantageusement confié à des personnes spécialement adaptées à ce soin, qui passeront successivement dans les différents groupes. — Le bon ordre sera assuré par le personnel enseignant. — Les enfants passeront par séries de trente : dix s'habillant, dix se déshabillant, dix sous la douche. — Ils auront à leur disposition du savon, des baquets pour le lavage des pieds, une large serviette propre et chauffée, et les filles, un bonnet de caoutchouc pour protéger les cheveux. — L'eau sera d'abord donnée à 35 degrés environ pendant une minute; puis, une interruption d'une minute permettra le lavage des pieds et le savonnage du corps; l'eau sera donnée ensuite, pour le rinçage, pendant une minute, et sa tem-
L Voici la notice des écoles de Lyon :
La présence habituelle des poux dans la chevelure n'est pas seulement un signe de malpropreté : elle constitue un véritable danger pour la santé des enfants qui en sont porteurs, et pour leur entourage. H est du devoir des parents de détruire les poux et leurs lentes (petits œufs, qui adhèrent aux cheveux) et d'en éviter la propagation.
Pour éviter la propagation des poux. — Peigner et brosser les cheveux matin et soir: laver et savonner la tête chaque semaine; interdire l'échange des coiffures entre enfants; au moins pour les garçons, porter les cheveux ras.
Pour détruire les poux. — Faire sur les cheveux, à trois jours d'intervalle, deux applications d'un mélange d'huile et de pétrole à parties égales; trois jours après, laver la tête à l'eau chaude et au savon noir.
Pour faire tomber les lentes. — Peigner soigneusement les cheveux, à plusieurs reprises, avec un peigne fin trempé fréquemment dans du vinaigre chaud.
En cas de pluie du cuir chevelu, prendre d'abord l'avis d'un médecin.
Les enfants porteurs de poux et de lentes doivent être exclus de l'école comme atteints d'une véritable maladie transmissible.
HYGIKNE SCOLAIRE 163
pératnre sera abaissée progressivement jusqu'à 30 degrés; les deux dernières minutes seront consacrées à l'essuyage cl à l'iinhillage sommaire (chemise, jupe ou pantalon). — La température atmosphérique ambiante sera maintenue au moins à 20 degrés.
Il ne sera donné de douches qu'aux enfants dont les parents en auront formulé expressément la demande, et après avis favorable du médecin scolaire.
c) Vêlements, — Ils doivent être propres, simples, amples et souples, peu serrés (blouses), de tissus en rapport avec la saison. Les galoches ou les sabots seront souvent utiles en cas de neige, de pluie, de boue. Les casquettes ou chapeaux ne doivent pas être échangés; ils seront laissés au vestiaire, à un portemanteau individuel toujours le même; les cache-nez, les foulards sont généralement inutiles. Veiller à la propreté des vêtements de dessous.
d) Alimentation. — L'alimentation des écoliers trouve place dans rhygiène des internats, mais aussi parfois dans l'hygiène des externats. L'institution des cantines scolaires peut rendre de grands services, spécialement à la campagne pour les enfants des hameaux éloignés, et dans les villes pour les enfants d'ouvriers, etc. Il est désirable qu'elle soit généralisée.
La nourriture doit être saine et abondante, proportionnée à l'âge de l'enfant, convenablement variée : purée de légumes secs dans les écoles maternelles, avec du lait, du beurre et des œufs; au-dessus de cinq ou six ans, on y ajoutera du pain en plus grande quantité, de la viande. On évitera l'excès de sucreries, les épices, et surtout les boissons alcooliques (visiter les paniers); l'eau de bonne qualité est la meilleure des boissons pour l'enfant.
L'enfant fait en général 4 repas par jour. Les 2 principaux doivent se prendre assis, dans une salle spéciale très propre et très aérée (en plein air si possible). Leur durée doit permettre une bonne mastication et ne jamais être inférieure à trente ou quarante minutes. Les travaux intellectuels seront interrompus pendant une heure et demie au moins au milieu du jour, après le déjeuner. Les études ne doivent être autorisées après le repas du soir que pour les grands élèves et seulement après la rentrée de Pâques.
e) Sommeil. — L'enfant a besoin de sommeil. Durée :
De 16 heures . . « de 2 à 3 ans.
— 9 ou 10 — — 9 à 14 —
Ces chiffres peuvent être diminués en été (d'une demi-heure).
CouRMONT. — Précis d'Hygiène. 11.
164 HYGIÈNE GIÎNÉRALE
En somme : dix heures avant douze ans, neuf heures ensuite.
Un lit en fer un peu dur est préférable, avec un sommier élastique et un matelas, de crin ou de varech, la tête peu élevée, le corps peu couvert, la tête découverte, le col et les poignets peu serrés, la chambre ou le dortoir vaste ou bien aéré.
La sieste est profitable aux enfants des écoles maternelles.
f) Éducation -physique. — L'école manquerait gravement à la partie peut-être la plus importante de sa tâche, si elle continuait à négliger le développement physique derenfant(chap. x,p. 187).
Les Chinois, les Grecs, les Romains donnaient à leurs enfants, dans les écoles, le goût des jeux, des sports, des travaux agricoles. Il est regrettable (jue, sous l'inlluence de cette idée funeste que le corps est méprisable, on se soit ensuite préoccupé seulement de cultiver l'esprit. Heureusement, suivant l'exemple donné depuis plus d'un siècle par la Suède, puis par l'Allemagne et l'Angleterre, l'éducation physique tend enfin à reprendre en France la place qu'elle aurait dû toujours occuper.
a. Les jeux. Sports. — Ils constituent la méthode d'exercices la mieux appropriée aux goûts ou à Thygiène du jeune âge. Ils répondent aux deux besoins essentiels de Fenfant, s'amuser et s'exercer; l'enfant a un besoin continuel de mouvement, celui-ci est chez lui une condition de croissance. « Un enfant qui joue est un enfant bien portant. » Les Anglais ont fait des jeux le but de l'éducation physique.
On peut en rapprocher le chant^ dont l'enseignement est un moyen d'éducation générale « d'une puissance étonnante ». Les 7'écréaiions doivent être consacrées aux jeux; les jeux de plein air seront quotidiens et dureront au moins deux heures, répartis à divers moments de la journée. Des terrains de jeux (dans les écoles, comme dans les Pays Scandinaves, et aussi municipaux) devraient être mis à la disposition des enfants. La marche, la natation, Vescrime devraient être conseillées, encouragées, dirigées. Les sports seront favorisés, dans l'enseignement secondaire surtout : football, tennis, etc. L'institution des boy -scouts, qui nous vient d'Angleterre, commence à se développer chez nous.
ù. La gymnastique. — Elle est formée par un ensemble d'exercices méthodiques scientifiquement classés et étudiés, et destinés à favoriser le développement harmonieux de diverses parties du corps. Ces exercices ne peuvent être les mêmes pourles enfants bien portants et pour les enfants malingres. A ce point de vue, les enfants seront classés par le médecin scolaire selon le
(Jéveloppemenl de leurs forces physiques. De même, à partir de dix ou onze ans, les filles ne doiveiil plus et ne peuvent pas exécuter les mêmes exercices que les garçons. Lorsque les enfants en auront besoin, comme il arrive souvent dans les villes, ils seront soumis à une rééducation des organes de la respiration (Rosenthal). A l'école primaire, il ne sera employé que des exercices de développement (gymnastique suédoise), tendant à éduquer les mouvements ou à favoriser la croissance; les exercices préconisés, qui seront avantageusement courts et répétés (exercices d'assouplissement de quelques minutes à la fin des classes, par exemple), seroni à la portée de tous et ne devront pas être l'apanage de quelques privilégiés : les faibles (préscoliotiques, etc.) devront en tirer un bénéfice plus considérable que les forts. Les exercices d'application (avec agrès, etc.) seront réservés à des jeunes gens plus âgés (œuvres post-scolaires, régiment, etc.). La leçon de gymnastique doit être donnée régulièrement chaque jour; elle sera au maximum d'une demi-heure pour les petits et de trois quarts d'heure à une heure pour les grands; elle ne sera jamais placée dans l'heure qui suit le repas, et ne sera pas suivie d'un travail intellectuel intensif; elle sera rendue agréable en même temps qu'utile.
c. Les travaux manuels, — Ils ont pour but d'habituer l'enfant à se servir habilement de ses mains, et non de lui apprendre un métier déterminé; par le développement de l'adresse et de la sûreté du coup d'œil, ils concourent, avec les autres exercices physiques rationnels et scientifiques, à apprendre à l'enfant à coordonner ses mouvements, à ut.liser ses membres et ses muscles en obtenant le maximum de résultat. Ils sont obligatoires dans les écoles Scandinaves (manuels pour des garçons : bois ou fer; ménagers pour les filles). Les travaux manuels ne peuvent guère êli'e utilement faits que par des enfants de onze à quatorze ans; ils peuvent n'avoir lieu que deux fois par semaine, chaque séance durant une heure. Ils varieront avec les conditions de pays, de sexe, de disposition, etc. : travail du bois et du fer, jardinage, couture, etc.
d. Direction. — Les instituteurs doivent être aptes à diriger les exercices physiques, aidés ou non de professeurs spéciaux. Ces exercices seront sanctionnés par un examen ou par une note.
Au médecin scolaire appartient le classement des élèves à la rentrée, en distinguant ceux qui peuvent suivre les cours normaux et complets de gymnastique, ceux qui doivent être exempts de
i66 HYGIÈNE GENERALE
certains exercices, ceux qui doivent en èlre dispensés, ceux qui ont besoin d'exercices orthopédiques (scoliose). A lui de diriger ces derniers exercices, de contrôler les résultats (fiche de santé).
2° Hygiène intellectuelle. — La surchage des programmes officiels d'enseignement dans les écoles, le système des examens à époque fixe avec le travail intensif qui les précède, sont pour les enfants des causes de surmenage intellectuel dont leur santé se ressent trop souvent. L'hygiéniste, le médecin scolaire devraient être consultés dans l'élaboration des programmes. Du moins doiventils rechercher avec le pédagogue les meilleures conditions de travail de Fécolier pour « le maximum de rendement avec un minimum d'effort ». Pour y parvenir, V éducation intellectuelle et l'éducation physique doivent être deux éléments non point opposés, mais complémentaires. 11 faut que l'éducation intellectuelle de l'écolier soit en rapport avec son développement physique. Le travail cérébral, surtout prolongé, produit une usure considérable de l'organisme, qui doit èlre réparée et compensée assez vite.
C'est d'après ces principes que sera établi Yemploi du temps.
L'expérience a prouvé que le travail du matin, surtout après une courte période de mise en train, est beaucoup plus facile et plus productif: l'attention est plus éveillée, la fatigue plus rapide et les fautes plus nombreuses l'après-midi; la morbidité est moindre dans les écoles où les classes n'ont pas lieu l'après-midi. En Allemagne, en Angleterre, et même dans quelques nouveaux collèg-es français, on réunit toutes les classes le matin, pour laisser l'après-midi au repos intellectuel.
On a remarqué aussi que la quantité totale de travail fourni en un temps donné augmente régulièrement pendant les cinq heures successives que peuvent durer les classes (avec interruption de cinq à quinze minutes toutes les heures); mais la qualité du travail diminue. Aussi faut-il tenir compte de la difflculté des matières enseignées, et placer par exemple à la première heure le travail le plus ardu (mathématiques, puis latin-grec), pour terminer par celui qui demande le minimum d'efforts (littérature ou histoire et géographie, puis dessin).
Chabot propose trois classes le matin (deux classes abstraites et une leçon concrète), et deux le soir (une leçon concrète et un exercice), avec un travail quotidien de six heures entre sept et douze ans, de sept entre douze et quinze, de huit au-dessus.
En France actuellement, les classes sont divisées d'heure en heure par dix à quinze minutes de repos. Il semble que, dans les classes supérieures (après quatorze ans, ou à partir de la seconde), des interruptions moins fréquentes, des classes d'une heure et demie à deux heures, soient }tréférables.
Quant aux sujets traités suivant Tâge, on ne devrait pas apprendre à lire et écrire aux enfants avant six ou sept ans (classes enfantines) ; à Técole maternelle (classes peu nombreuses), on devrait surtout instruire en amusant, n'apprendre (jue des choses simples (Mme Kergomard) d'ordre journalier (leçons de choses, avec repos fréquents, siestes, jeux, etc.).
A Técole primaire en France, les élèves ont six heures de classe par jour, trois le matin et trois le soir (sauf le jeudi et le dimanche, où il n'y a pas de classe). Ce travail est excessif chez les jeunes enfants, surtout s'ils ont en plus des devoirs à faire en famille. Aucun travail ne devrait être donné aux enfants en dehors des heures de classe avant dix ans.
Dans les écoles supérieures et les écoles normales, le surmenage est plus intense encore. Dans les lycées et collèges, il sévit surtout dans les classes d'examens ou de concours (Féré).
Or le surmenage peut avoir les plus funestes influences (Mathieu) sur le système nerveux (céphalée, neurasthénie, méningites), sur le développement (infantilisme), sur la santé en général (dyspepsie, palpitations, chloro-anémie, tuberculose), sur le caractère. Il convient de l'éviter par tous les moyens possibles.
Le surmenage peut être mesuré', on l'a mesuré scientifiquement par plusieurs méthodes dans les laboratoires médico-pédagogiques : méthode ergographique de Mosso (la force musculaire faiblit parallèlement avec le fléchissement de l'effort cérébral), méthode esthésiométrique de Griesbach (la sensibilité, mesurée avec les 2 pointes d'un compas plus ou moins écartées, diminue sur la peau de la face et des doigts), méthodes pédagogiques (dictées, calculs, combinaisons, tests divers, de Bénet et Simon, etc.). Mais les résultats de ces mensurations, même les plus sensibles et les plus exactes (esthésiomètre), ne sont pas toujours applicables à tous les enfants : les conditions individuelles exercent, à ce point de vue, une influence considérable (Malapert).
Pour éviter le surmenage et le « malmenage » scolaires, en dehors des principes sur l'emploi du temps, les récréations, les vacances, les exercices physiques, etc., il convient de savoir éveiller et soutenir l'attention des élèves, varier les exercices ou les leçons (une seule ne devrait pas durer plus d'une demi-heure à trois quarts d'heures); les devoirs de vacances devraient être supprimés, etc.
3'' Hygiène morale. — Il appartient aux délégués cantonaux (choisis par le préfet) de veiller sur l'éducation morale des enfants, aussi bien que sur leur instruction et leur bien-être physique. A
CouRMONT. — Précis d'Hygiène. 11..
ce poinl de vue, les maîtres et maîtresses doivent donner constamment le bon exemple. C'est à eux d'inculquer aux enfants, outre le sentiment de la responsabilité et de la dignité, le respect de celles d'autrui, la discipline et l'obéissance aux lois, particulièreiiieni aux lois ayant jjour objet la protection de la santé publique.
La tempérance doit être apprise à l'école : montrer les méfaits de l'alcoolisme, les avantages de l'économie domestique; aux grandes élèves, on donnera avec fruit des principes d'enseignement ménager (cuisine, couture, puériculture, etc.); à tous on tâchera de donner le goût des distractions saines et profitables (beaux-arts, lecture, promenades, voyages, culture, etc.). En préparant avec soin de futures mères de famille, on pourrait contribuer à la solution du problème de la dépopulation.
L'hygiène génitale devrait être non seulement surveillée à l'école, mais bien enseignée dans les grandes classes, à l'époque de la puberté.
L'éducation sexuelle doit être délibérée, lente, progressive et mesurée : l'enseignement de la botanique et de la zoologie pourrait servir d'auxiliaire. Les jeunes gens et les jeunes filles qui vont quitter l'école ou le collège doivent être prévenus contre le péril vénérien.
Les élèves doivent être surveillés non seulement pendant la classe, mais encore pendant la récréation et surtout au point de vue de l'onanisme; les masturbateurs rebelles doivent être exclus et soignés. Avec une surveillance bien comprise, rien ne semble devoir empêcher les écoles mixtes, lorsque des raisons de commodité les rendent utiles.
En France, toute punition corporelle est abolie; toute peine humiliante, dégradante, devrait l'être également. Aucune punition ne doit être contraire aux lois de l'hygiène physique; le plus souvent les punitions morales sont plus efficaces que les punitions matérielles. Avant de punir, le maître doit toujours s'assurer que l'enfant est pleinement responsable de sa faute; la paresse est souvent non pas un vice, mais la résultante de tares plus ou moins manifestes (végétations adénoïdes, troubles de la vision ou de l'audition, anémie, lymphatisme, neurasthénie).
Quant aux récompenses, elles devraient être décernées en tenant compte surtout de l'elfort fourni, de la bonne volonté de chaque enfant. C'est à tort que l'on classe les élèves, en les comparant les uns aux autres; tous ne sont pas capables, à égalité d'elîort, d'obtenir les mêmes résultats dans toutes les branches. Mieux vaudrait comparer les notes obtenues par chaque élève aux notes moyennes de la classe; mieux encore., comme à l'école alsacienne, comparer chaque élève à lui-même, à son travail actuel, à son travail antérieur.
En un mot, Téducation morale doit avoir i)our base l'éducation de la volonté et le développement de l'idéal. 4° Enfants anormaux — On peut les classer en :
a) Anormaux physiologiques, c'est-à-dire par la vision, l'audition;
b) Anormaux organiques, c'est-à-dire par débilité générale, rachitisme, tuberculose menaçante ou confirmée;
c) Anormaux psychiques, c'est-à-dire instables, déséquilibrés, arriérés
(névropathes, épileptiques, dégénérés empreints d'hérédité syphilitique, alcoolique, tuberculeuse).
Régis les subdivise en :
a) Anormaux non arriérés, c'est-à-dire non ; inférieurs au niveau mental commun (an } ^^^"^^^ (^u instables amoraux, etc.). ) «" agités.
a) légers S ^^
( ag
calmes.
ités.
6) Anormaux arriérés < B) moyens \ calmes.
^ ' ' "^ ( agiles.
calmes.
agités.
y) profonds \
Cette classification permettra au médecin scolaire de diriger avec fruit l'éducation physique et intellectuelle de Técolier.
Aux anormaux physiologiques, il assignera des places convenables en classe, donnant en outre les conseils nécessaires à leurs parents pour Tenvoi aux consultations spéciales (yeux, oreilles, nez). Quant aux anormaux organiques, il exemptera de gymnastique et de jeux trop violents les pottiques et coxalgiques, ainsi que les cardiaques auxquels il pourra interdire les bains-douches; ceux atteints de malformations ou de déformations (scoliose) seront placés dans les meilleures conditions hygiéniques, suivront des exercices orthopédiques, etc. ; les malingres, les candidats à la tuberculose pourront être désignés pour les classes de plein air, les colonies de vacances, un régime spécial (suralimentation), etc.
Pour les anormaux psychiques, le médecin scolaire doit indiquer à Tautorilé administrative et aux parents la meilleure situation qui convient à chacun d'eux.
Les anormaux non arriérés, qui comprennent surtout les anormaux amoraux, ne peuvent recevoir d'éducation utile que dans un internat. La création d'écoles autonomes de perfectionnement est désirable pour eux, afin qu'ils puissent y recevoir une instruction analogue à celle des écoles ordinaires et une éducation spéciale ayant pour but de corriger leurs anomalies morales. Les corrigibles pourraient ainsi, dans la suite, regagner les classes communes; les incorrigibles pourraient être dirigés vers les asiles de dégénérés et les colonies agricoles qui y sont annexées. Le système est préférable, à tous points de vue, aux institutions pénitentiaires.
Les arriérés moyens et légers pourront être désignés pour les
classes de perfectionnement, comme il en existe à Paris, à Bordeaux, à Lyon (7), à Montpellier, à Tours.
Les arriérés jorofonds seront, autant que possible, hospitalisés dans des établissements spéciaux où on pourrait les sélectionner en sections perfectibles, section d'écolage, sections d'ateliers et de colonies agricoles. Pour tous les anormaux psychiques, le séjour à la campagne doit être conseillé.
L'idée d'un Internat pour anormaux est préférable au système de l'externat, à cause surtout des mauvais exemples que trop souvent les enfants amoraux ou arriérés reçoivent dans leur famille (alcoolisme, immoralité, coups, etc.). Cette idée a déjà été réalisée eu partie. L'Internat pour anormaux psychiques doit être surtout un établissement d'assistance, et non un établissement exclusivement scolaire. L'éducation, Tassistance, le traitement des anormaux psychiques ne seront réalisés que par une série de mesures qu'il convient de signaler :
1° Recrutement des anormaux sur des bases scientifiques (commission prévue par la loi du 15 avril 1909); 2" Mise en observation de tous les présumés anormaux dans les classes de perfectionnement, qui ne conserveraient que les arriérés légers ; 3" Création d'un internat (école-hospice) à deux sections (arriérés profonds éducables, déséquilibrés du caractère), les inéducables étant dirigés sur des asiles, les vicieux sur des maisons de réforme; 4° Enseignement pratique et professionnel préparant l'enfant à gagner librement sa vie, prolongation de la durée des études jusqu'à l'achèvement complet de lenfant; 5° Patronages pour le placement ultérieur et la surveillance des enfants.