CHAPITRE XVI
Une des caractéristiques les plus remarquables de l'époque actuelle est le développement et la multiplication des grandes villes. Depuis la guerre de 1914-1918, le mouvement qui porte les populations rurales vers les agglomérations urbaines, ne fait que s’intensifier.
En dix ans, de 1922 à 1932, New-York a passé de 5 630 000 habitants à 6 930 000 (19 p. 100); Tokio, de 3 670 000 à 4 970 000 (44 p. 100); Berlin, de 3 906 000 à 4 236 000 (8 p. 100) ; Shangaï, de 1 459 000 à 3 259 000 (55 p. 100) ; Buenos-Aires, de 1 855 000 à 2 195 000 (17 p. 100); etc. Si Paris et Londres sont restés à peu près stationnaires, ce n’est qu’une apparence, car les quartiers suburbains, non compris dans la statistique urbaine, tant à Londres qu’à Paris, ont pris une grande extension, dont il est impossible de tracer les limites, et qui sont, d’ailleurs, changeantes.
i La vie en agglomération présente des avantages sérieux pour la satisfaction de certains besoins (eau, éclairage, chauffage, force motrice, vie sociale, etc.). Par contre, il en résulte une foule d’inconvénients, en particulier au point de vue de la santé humaine. La vie agglomérée a un retentissement parfois grave sur la santé des habitants. Il existe une véritable pathologie urbaine.
1° Densité des habitants . — Elle imprime aux maladies infectieuses et aux épidémies une allure particulière. La transmission des maladies se fait beaucoup plus facilement et plus rapidement, surtout dans les quartiers populaires, le plus souvent à logements insalubres, à « taudis ». Les maladies de l’enfance, en particulier, rougeole, oreillons, varicelle, grippe, diphtérie, etc., se propagent, de façon intense, dans les locaux scolaires, les salles publiques, les
théâtres, les cinémas, les fêtes foraines, les transports en commun, tramways, autobus, métropolitain, les salles de consultations hospitalières, etc. Et souvent même, elles y prennent une gravité, comme pour la rougeole, par exemple, qu’elles n’ont pas à la campagne. Les maladies vénériennes s’y propagent aussi plus facilement. Le cancer, par contre, n’y apparaît pas plus fréquent. Pour la tuberculose, voir chap. lxxi.
2° Atmosphère urbaine. — La composition de l’atmosphère des villes a depuis longtemps attiré l’attention. L’exhalaison humaine y déverse les produits les plus divers, et, les combustions, une masse de gaz, dont certains sont toxiques. L’atmosphère des villes est presque toujours réductrice, alors que celle des campagnes est oxydante et, par suite du mécanisme des condensations, les produits réducteurs sont dans l’atmosphère urbaine, presque toujours ramenées dans les couches inférieures.
a) Les gaz que l’on trouve dans l’atmosphère sont nombreux : hydrogène, méthane, carbures non saturés éthyléniques, benzéniques, acétyléniques, acide formique et formaldéhyde, ammoniaque, composés aldéhydiques, etc. Mais deux surtout présentent une grande importance : le gaz carbonique (CO2) et Yoxyde de carbone (CO).
Kohn-Abrest a montré la différence de la teneur en gaz carbonique entre l’atmosphère des villes et celle des campagnes. Et dans les villes même, l’écart est de 4 à 5 cent millièmes entre les rues et les parcs, le taux de ces derniers se rapprochant de celui des campagnes voisines.
Quant à l’oxyde de carbone, il en existe fatalement une certaine proportion. Le fait devient d’autant plus important que la traction automobile en produit une grande quantité, les moteurs à essence, du type courant, en rejetant des proportions considérables, surtout au ralenti.
L 'indice de toxicité , c’est-à-dire le rapport entre l’oxyde de carbone et le
gaz carbonique,
CO