‹ Précis d'hygièneChapitre 147 sur 447 · ATMOSPHÈRE URBAINE · texte numérisé non relu

ATMOSPHÈRE URBAINE

dans les rues les plus fréquentées, la teneur de l’air en CO, prélevée à 1 m. 50 au-dessus du niveau des trottoirs, ne dépasse guère 3 à 4 cent millièmes. Dans les rues moins fréquentées, cette teneur reste souvent inférieure à 1 cent millième.

Le balayage des gaz nocifs par les vents régionaux dominants, les différences de température au niveau du sol et à la hauteur des étages inférieurs, même le simple déplacement des véhicules, expliquent la faible teneur de l’atmosphère, malgré la quantité, relativement considérable, de gaz produits. A la longue, cependant, leurs effets, s’ajoutent à ceux de l’oxyde de carbone et autres gaz des habitations (voir chap. xvm, p. 321).

On s’est beaucoup préoccupé, ces temps derniers, du plomb qui pourrait se dégager des tuyaux d’échappement des automobiles, par l’emploi du plomb tétra-éthyle, ajouté à l’essence comme antidétonant. Le danger a été exagéré; actuellement, il ne paraît pas exister.

b) Les fumées, constituées par toutes les particules, dérivant de la combustion, constituent une grave pollution de l’atmosphère des villes. Elles proviennent, soit des foyers domestiques ou des établissements publics, soit des foyers industriels.

Les foyers domestiques jouent un rôle important dans cette cause de pollution de l’atmosphère, autant sinon plus que les foyers industriels, à Paris et dans les grandes villes, tout au moins. D’Arsonval et Bordas, en se servant de la jauge de Oven, ont montré qu’en février 1926, sur la terrasse du Palais- Royal à Paris, il était tombé près de 13 grammes de suie, par mètre carré, renfermant, en dehors du charbon et du brai, 2 à 3 grammes d’acide sulfurique, 0 gr. 253 de chlore, etc. Il s’agit cependant d’un quartier, qui n’est pas industriel.

Les recherches de Kohn-Abrest ont montré que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’air peut n’être pas plus chargé au voisinage du sol que dans les parties élevées. Dans les expériences qu’il a réalisées au Champ de Mars et sur la tour Eiffel, la viciation générale de l’atmosphère augmente avec la hauteur, soit par apparition dans les couches supérieures de petites quantités d’oxyde de carbone, soit par l’augmentation très nette de l’acide carbonique (à 288 mètres). 11 existe encore une véritable « voûte de fumées », saisissable à 300 mètres.

Les fumées pénètrent dans l’arbre respiratoire, y introduisent des particules de charbon et de suie et des gaz délétères (SO2, GO, etc.). Ces produits toxiques arrivés dans les alvéoles pulmonaires passent dans la circulation et peuvent exercer leur action nocive sur l’organisme tout entier.

Elles exercent aussi des ravages sérieux sur les monuments (Kling et Florentin).

rochaix. — Précis d’hygiène.

c ) Les brouillards, dans la formation desquels les fumées et les poussières jouent un rôle important, peuvent être chargés de gaz, plus ou moins délétères, provenant des foyers de combustion (voir brouillards toxiques , p. 451).

d) Les poussières provenant des fumées, de l’usure des chaussées, des déchets divers, etc., peuvent se trouver en quantités considérables, et mettre en suspension dans l’air un nombre de microbes, d’autant plus grand que la circulation est plus considérable. Voici en plus de celui cité page 278, un autre exemple :

Place de la Concorde :

7 heures du matin . 640 bactéries au centimètre carré

Midi. . 23 000

16 heures . î . . . . 75 000 — - —

19 heures . 88 000 — —

(Sartory et Langlais.)

Les poussières des villes sont donc nocives, non seulement parce qu’elles irritent et même provoquent l’inflammation des voies respiratoires supérieures, mais parce qu’elles véhiculent des microbes, qui peuvent être infectieux.

La présence et le passage de nombreuses personnes dans les rues, places et voitures publiques, engendrent des dangers de contagion soit directe et par contact, soit indirecte par l’intermédiaire des produits pathologiques ou encore de certains insectes ou parasites (puces, moustiques, etc.), allant d’un homme à l’autre. Ces contages ne diffèrent pas, en principe, de ceux qui se produisent en tout autre lieu.

La rue reçoit forcément les urines et les matières des animaux (chevaux, chiens1, etc.), qui la fréquentent, mais elle ne devrait recevoir aucune déjection humaine. Il n’en est pas toujours ainsi. Même dans les villes les plus civilisées, on en trouve dans certains recoins, où s’arrêtent les individus malpropres (ivrognes, enfants). Les matières gagnent les chaussées, grâce à l’eau de pluie ou d’arrosage et se mêlent à la boue et à la poussière. Le transport des vidanges par la non-étanchéité des tonneaux, est fréquemment une cause de contamination.

Les germes dè origine buccale et pulmonaire (tuberculose, pneumonie, grippe,

1. Voir M. Clerc. La souillure des villes par les chiens. Annales d' Hygiène publique, industrielle et sociale, mai 1938.

Page 1