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III. — PROCÉDÉS D’ÉVACUATION DES IMMONDICES LIQUIDES

Au point de vue hygiénique, comme d’ailleurs au point de vue économique, on doit, dans les villes, condamner le système ^évacuation individuelle , qui est plutôt l’absence de tout système; on ne peut laisser à chaque maison le soin de se débarrasser de ses immondices; non seulement elle s’infecterait elle-même, mais elle infecterait les immeubles voisins, le quartier, la ville entière.

C’est donc à l’autorité municipale de présider à l’installation et au fonctionnement d’un système d 'évacuation générale , c’est-à-dire desservant un groupe entier.

A. — Procédés statiques .

Cette conservation des matières peut être à long ou à court délai. Elle ne devrait être tolérée que pour les maisons isolées ou les petites agglomérations.

1° Conservation à long délai. — a) Puits absorbants, puits perdus, puisards. — Ce système, applicable seulement dans les régions où le sous-sol est perméable, permet d’évacuer les eaux vannes, sans avoir à en faire l’extraction. Cette évacuation souterraine peut être commode pour celui qui la pratique; elle a le grave défaut d’infecter la nappe souterraine (puits et sources du voisinage), d’où une cause fréquente de contamination des eaux potables.

Les inconvénients sont considérables et souvent interdits par les règlements sanitaires.

b) Fosses fixes à vidange ordinaire. — La fosse fixe est une excavation à parois maçonnées, pratiquée dans le sol au niveau des fondations de la maison et recevant le tuyau de chute des cabinets d’aisances. La fosse fixe sera placée un peu en dehors de faire de la maison et comme la conduite de chute doit être aussi directe que possible, le cabinet d’aisances sera avancé en conséquence. La distance, entre la fosse et le puits, sera aussi grande que possible, pour éviter les infiltrations que l’on sait si fréquentes. Elle devra être munie d’un tuyau d'évent , débouchant sur le toit, pour donner issue aux gaz qui se produisent en quantité énorme, pendant la fermentation et qu’Erismann estime à 1 200 mètres cubes en vingtquatre heures. Les tuyaux d’évent doivent être couronnés de chapiteaux grillagés, pour empêcher les moustiques de déposer leurs œufs à la surface des matières et ainsi de se multiplier.

Il est nécessaire de la construire avec toute l’étanchéité possible et d’arrondir les angles des parois et du fond pour le curage.

Les inconvénients des fosses fixes sont multiples. Le principal est de laisser la fermentation se faire dans la maison même et y dégager les gaz infects, qui, après avoir rempli la fosse, gagnent les cabinets d’aisances et les appartements, en même temps que l’atmosphère, par le tuyau d’évent. Les émanations sont à leur comble le jour où il faut ouvrir la fosse pour la vidanger.

Un autre reproche à faire à la fosse fixe, c’est qu’elle prohibe, vu sa faible contenance et le coût élevé de l’extraction, l’usage de l’eau dans les cabinets. On s’abstient de laver ce qui en a le plus besoin ! De plus, on ne peut se servir des obturateurs hydrauliques, là où ils seraient si utiles, pour empêcher le passage des gaz montant de la fosse.

D’autres inconvénients se font encore sentir. En premier lieu, l’étanchéité est le plus souvent illusoire, le béton et la maçonnerie comportant d’ordinaire (au moins après un certain temps) des fissures par lesquelles les liquides septiques gagnent le sol, en sorte que la fosse devient un simple puits perdu (résultat cherché par les propriétaires pour diminuer les frais de vidange) et qu’il faut abandonner tous les puits aux environs. L’imperméabilité, même avec la double paroi, est une utopie.

D’autre part, la ventilation, malgré la présence du tuyau d’évent s’élevant au-dessus du toit, est toujours bien imparfaite, et chacun sait que, dans certaines conditions atmosphériques (grosses chaleurs, approche d’un orage), le sens des courants d’air peut se renverser. Sander, d’Arcet et d’autres ont indiqué de faire déboucher le tuyau d’évent dans une cheminée et de préférence dans celle de la cuisine, afin de profiter du tirage; Pettenkofer a recommandé

l’installation d’un bec de gaz brûlant à la partie supérieure du tuyau; Page a imaginé un brûleur plus perfectionné (trois cloches en fonte superposées et munies de trous) pour brûler les gaz à leur passage, etc. Tous ces appareils ne sont que des palliatifs et le mal subsiste.

Malgré tout, la fosse fixe reste encore employée dans bien des cas et on doit rechercher, quand on est obligé d’y recourir, à atténuer dans la mesure du possibles ses inconvénients. On y arrive : 1° en assurant à la fosse une bonne construction, de bons enduits et des dimensions assez grandes, pour permettre de jeter de l’eau dans les cabinets; 2° en employant de bons procédés de vidange; 3° en appliquant des moyens d’épuration et de désinfection aux matières.

La vidange doit se faire par aspiration, à l’aide d’une pompe à bras ou à vapeur. Le prix élevé de cette opération force souvent d’avoir recours au procédé de l’évacuation au seau, dangereux pour l’opérateur et gênant pour tous par la dissémination des matières et la diffusion des odeurs. Les ouvriers chargés de cette évacuation sont exposés à des accidents de gravité variable : conjonctivite ou coryza, provoqués par l’action irritante des produits ammoniacaux, intoxication, parfois mortelle, causée par l’hydrogène sulfuré et le sulfhydrate d’ammoniaque, se dégageant en masse. Ces accidents, désignés sous le nom de plomb , se produisent, à l’ouverture de la fosse, au moment du brassage ou au moment où l’ouvrier descend dans la fosse pour achever le curage : d’où cette indication de désinfecter la fosse avant de procéder à la vidange.

La désinfection des matières a donné lieu à de nombreuses tentatives. Les corps essayés se groupent en deux catégories : les absorbants (terre, humus, tourbe, poudre de charbon, cendres, menue paille, etc.) et les stérilisants et décomposants (chaux, sulfate de cuivre, zinc ou plomb, crésol, lysol, etc.), Vincent conseille, pour 1 kilogramme de matière : soit 10 grammes de sulfate de cuivre, acidifiés par 10 grammes d’acide sulfurique, soit 8 grammes de chlorure de chaux additionné d’acide chlorhydrique. Mais la désinfection complète n’est guère réalisable. La difficulté est de pratiquer un brassage convenable des matières avec le désinfectant; les microbes à tuer sont enrobés dans des masses au milieu desquelles l’agent bactéricide ne pénètre pas, et il est reconnu qu’il ne faudrait pas de flocons en suspension d’un diamètre de plus de 1 millimètre.

Ces moyens ont cependant une action désodorisante , non négligeable. Le sulfate de fer, en particulier, qui se combine avec l’ammoniaque (sulfate d’ammoniaque) et avec l’hydrogène sulfuré (sulfure de fer), diminue l’odeur et la quantité de gaz. On l’emploie, dans ce but, à la dose de 9 kilogrammes par mètre cube de fosse et dilué à 3 p. 100.

C. Fosses fixes à vidange automatique. — Pour pouvoir admettre l’eau dans les cabinets, éviter les inconvénients de la vidange, on a songé à mettre les fosses fixes en communication avec l’égout. D’autre part, on n’évacuerait, après fermentation des matières, que la partie liquide, surnageant, ce qui éviterait l’engorgement et l’obstruction des égouts, surtout dans les villes anciennes où le réseau ne possède que des canalisations de section et de pente insuffisantes.

C’est Deplanque d’abord, puis Mouras, qui vers 1860, ont proposé les premiers, des fosses de ce genre.

La fosse à siphon Deplanque, cherchait à désinfecter en même temps les matières au moyen de la chaux. Mais il est clair que la désinfection par la chaux est à peu près illusoire, parce que, peu à peu, et surtout si l’on jette de grandes quantités de liquides, l’eau de chaux est diluée ou disparaît.

Les fosses et vidangeuses automatiques Mouras, appelées improprement « fosses septiques » (voir Épuration biologique des eaux d'égouts, p. 394) sont des fosses à double compartiment, hermétiquement fermées. Le premier compartiment reçoit les matières et l’eau par le tuyau de chute, qui plonge à mi-hauteur dans le liquide et les orifices pratiqués dans la cloison qui sépare les deux Compartiments laissent passer le liquide, mais non les solides dans le second compartiment (voir fig. 69 et 70). Le niveau du liquide étant constant, lorsque le tuyau de chute apporte un volume quelconque de matières, le tuyau de sortie qui plonge dans le liquide du second compartiment en laisse sortir un volume égal; les produits gazeux qui montent à la surface sont évacués par un petit branchement, placé sur le coude de ce tuyau.

Un grand nombre de fosses analogues (Goldner, Schmidt, Friedrich, etc.) ont été construites.

Pour être liquéfié, le contenu de ces fosses n’est nullement purifié, il reste chargé de microbes, de matières organiques, et il est très putrescible.

Aussi, le Conseil supérieur d’hygiène de France, dans son instruc-

tion du 1er mai 1933, les a condamnés en ces termes : « Il y a lieu de condamner l’établissement de réseaux définitivement réservés à l’évacuation des effluents d’appareils dits « fosses septiques », de fosses « compartimentées » et de tous systèmes analogues, s’interposant entre les branchements des immeubles particuliers et les ouvrages publics d’évacuation. »

d) Fosses à action chimique. — - Ces fosses fonctionnent sans eau avec vidange automatique ou périodique à volonté. Les matières sont liquéfiées, désodori-

Fig. 70. — Fosse compartimentée.

sées et stérilisées par de la soude caustique, utilisée en solution concentrée. Les doses à employer sont relativement faibles : 12 grammes de soude caustique suffisent pour réaliser la désinfection de 1 litre de matières fécales, après un contact de vingt-quatre heures (H. Vincent). Les essais pratiques de réalisation, effectués, d’abord, en Amérique, ont été confirmés en France par Kling (1926), Bruère (1931),

La fosse chimique est munie d’un agitateur rotatif qui assure la division des matières dans le liquide et évite les projections.

L’expérience a montré que les résidus du contact : déchets organiques + alcali caustique pouvaient être répandus sur le sol. Il serait cependant préférable d’utiliser une installation de récupération de l’azote ammoniacal et organique.

Cette fosse peut rendre des services par « son caractère économique et ses conditions simples d’utilisation en l’absence complète d’eau et de tout-àl’égout » (Bruère).

2° Conservation à court délai. — Récipients mobiles.

a) Seaux. — Les seaux ordinaires, en bois, avec couvercle simple (fig. 71) ou hermétique (fig. 72), sont souvent employés dans les maisons isolées. Le contenu en est enfoui tous les jours et recouvert de terre.

b) Tinettes ou fosses mobiles. - — Ces appareils sont des récipients en tôle galvanisée d’assez faible capacité (100 1.) pour être facilement transportables. Le tuyau de chute est étroitement uni au couvercle par une pièce mobile; et, pour empêcher le retour des gaz, un tuyau d’évent part de la tinette pour remonter au toit.

L’avantage du système des tinettes est le court séjour des matières dans la

Fig. 71.

Seau avec couvercle simple.

Fig. 72.

Seau avec couvercle hermétique.

maison; de plus, la vidange ne s’exécute pas sur place. Mais les inconvénients sont multiples : la manipulation et le charroi de ces récipients entraînent généralement des souillures du local qui devient plus fétide qu’une fosse fixe. Par suite de l’impossibilité de jeter de l’eau, sous peine de remplir trop vite la tinette, le tuyau de chute, de même que le cabinet, ne sont pas nettoyés, et les locaux habités sont envahis par les mauvaises odeurs. Enfin, les fosses mobiles permettent l’accès aux insectes et particulièrement aux mouches qui peuvent ainsi disséminer des germes nocifs.

On a essayé de parer à ces inconvénients en garnissant la tinette de poudre absorbante. L’idée est venue d’Angleterre et la plupart des systèmes dérivent de l’earth-cfoseï de Moule , encore très employé dans ce pays. La substance absorbante était primitivement la terre sèche (earth-closet de Moule), employée dans la proportion de 3 kilogrammes par jour et par personne. La poussière sèche des routes, très avide d’eau, peut être utilisée dans les pays méridionaux surtout. La poudre de tourbe est extrêmement absorbante, elle peut absorber six à dix fois son poids de liquide et elle fixe des quantités importantes d’ammoniaque et de gaz malodorants.

Des appareils plus perfectionnés ont été préconisés, tel le cabinet automa-

tique à la tourbe de Dumay (fig. 73) : en s’asseyant sur le siège, le visiteur détermine le chargement d’un petit réservoir qui projette son contenu de tourbe dans le récipient, dès que le visiteur quitte le siège.

La tinette à poudre absorbante est certainement supérieure à la fosse fixe, mais elle ne devra être utilisée que dans les campagnes.

c ) Tinettes filtrantes (ou système diviseur proprement dit). — Ces appareils présentent une disposition destinée à permettre l’évacuation immédiate de la

Fig. 73. — Cabinet automatique de Dumay.

partie liquide dans la conduite des eaux ménagères et à garder la partie solide, qu’il suffirait d’emporter de temps à autre.

Le plus ancien de ces systèmes est le type Dugléré (fig. 74), qui date de 1850 et eut le succès le plus durable, malgré les efforts de divers inventeurs subséquents. Il a été très répandu à Paris. Dans cet appareil, la division s’opère à l’aide de deux récipients emboîtés : l’interne, percé de trous, retient les solides et laisse passer les liquides dans le cylindre externe qui les déverse dans l’égout.

Comme, en réalité, les matières fécales, retenues dans la tinette, se diluent et se liquéfient peu à peu, elles sont finalement entraînées avec les parties liquides

dans la canalisation, et la tinette filtrante peut rester des années sans nécessiter sa vidange. C’est en somme la réalisation du tout à l’égout avec l’inconvénient. de maintenir un dépôt fécal permanent dans la maison. C’est « l’hypocrisie du tout-à-l’égout ».

Ces appareils ou les appareils analogues sont interdits par l’instruction du Conseil supérieur de l’hygiène du 1er mai 1933.

3° Conclusions. — Tous ces procédés doivent être interdits , dans les agglomérations urbaines. Mais, il est des cas (villages, maisons isolées, etc), où ils pourront rendre des services et le meilleur système à proposer est encore, et malgré ses inconvénients, la tinette à poudre absorbante. Les matières y sont désodorisées, sinon complètement désinfectées et du mélange, exposé à l’air pendant un mois, résulte une sorte de terreau, qui peut servir à l’agriculture. Il restera, malgré tout, les inconvénients d’un voisinage et d’un charroi désagréables.

B. — Procédés dynamiques (tout=à=V égout) .

Le tout-à-V égout est le procédé universellement recommandé et reconnu aujourd’hui, comme le plus capable d’assurer l’évacuation rapide et hygiénique des matières fécales et des eaux usées. C’est le seul moyen d’assurer leur évacuation immédiate , qui devrait être la règle absolue.

Certains hygiénistes vont même jusqu’à vouloir charger le toutà-l’égout de l’enlèvement des déchets solides et proposent de jeter les ordures ménagères dans les égouts (comme Paris y jette déjà les boues de ses chaussées) : c’est là le tout-à-l’égout complet. On verra page 383, qu’il peut être réalisé.

1° Tout=à=V égout , système unitaire . — On fait passer par les mêmes égouts, formant alors un unique réseau, l’ensemble des immondices liquides.

a) Réseaux d’égouts. — La disposition générale des canalisations dépend surtout de la topographie et du relief de la ville.

1° Système perpendiculaire. — C’est le plus simple, puisque chaque collecteur va le plus directement possible se jeter dans le cours d’eau. Mais on infecte le fleuve dans l’intérieur même de la ville.

2° Système de détournement latéral ou d’interception. — Pour protéger la traversée du fleuve, on construit sur les deux rives et parallèlement à elles, deux collecteurs, qui recueillent les apports des égouts perpendiculaires et les conduisent hors de la ville : si on jette alors leur effluent dans le cours d’eau, on

a bien protégé la ville ellemême, mais on continue à infecter l’aval.

3° Système en éventail. — C’est le type du réseau ramifié que forment les canalisations d’un même groupe, en partant du tronc commun pour remonter vers les branches. Karlsruhe a adopté ce genre de réseau.

4° Système parallèle, ou par étages. — Si la ville est bâtie sur un plan faiblement incliné, mais continu, on est amené à créer deux ou plusieurs collecteurs parallèles, mais situés à des niveaux différents (avec des communications entre les étages). C’est le cas de Reims.

5° Système par bassin ou système naturel. ■ — • C’est le système qui, adapté à la topographie du territoire, le subdivise en zones correspondant aux vallons secondaires. Suivant les cas, les collecteurs de chaque bassin se réunissent entre eux ou bien marchent isolément vers le lieu de destination. Milan a ses quatre bassins, Marseille a ses vingt bassins.

La ville de Paris est divisée en quatre bassins, desservis par les collecteurs du Nord, de Clichy, d’Asnières et Marceau. Le premier répand les eaux sur la presqu’île de Gennevilliers, tandis que les trois derniers se réunissent à l’usine de Clichy pour envoyer leurs eaux aux champs d’épuration d’Achères (fig. 75).

6° Système radial ou sectionne l. — On peut aussi diviser la ville en sections, ayant chacune leur réseau, leur émissaire et, s’il y a lieu, leur usine élévatoire. C’est le système de Berlin avec ses douze radial System et ses douze stations de pompage. On a l’avantage de pouvoir se contenter de canaux de moindre section et de faciliter la répartition des eaux d’égout entre plusieurs régions d’épandage, tout autour de la ville. En revanche on multiplie le nombre des émissaires. Ce système est obligatoire pour une ville absolument plate.

CoHect.d Asnières Co 1 1 ect . M a rcea u ^ ^

K Colleci.de Clichy Collet, du Nord

Fig. 75. — Division de Paris en 4 bassins principaux.

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