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I. — GÉNÉRALITÉS

1° Usage de Peau. — Une collectivité a besoin d’eau pour les usages : 1° privés (boisson, propreté, évacuation des matières usées, boisson des animaux); 2° urbains (lavage des rues, fontaines, tout-à-l’égout); 3° industriels.

2° Quantité d’eau nécessaire. — ■ L’eau devrait pouvoir être gaspillée et fournie gratuitement. La salubrité d’une ville est proportionnelle à la quantité d’eau qu’elle distribue. Les chiffres ne peuvent donc être que des indications minirna qui devraient, autant que possible, toujours être dépassées.

On sait avec quel soin les Romains approvisionnaient leurs villes en eau; Rome avait 22 aqueducs. On en trouve d’imposants vestiges à Lyon, à Vienne (Isère), au pont du Gard, etc. Peu à peu, ce souci de fournir aux villes de l’eau saine et abondante disparut. En 1789, Paris n’avait que 13 litres par tête d’habitant et par jour. On a, enfin, compris que Veau était une nécessité sociale. Voici quelques chiffres :

Grenoble . 1 000 litres par tête et par jour.

Rome . 1 000 — —

Saint-Claude . 800

Dieppe . 600

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Paris . 650 litres par tête et par jour.

Lyon . 700 — —

Bordeaux . 450 — -

Nice . 500 — - —

Lille . 400

En principe, une ville de plus de 50 000 habitants doit fournir 250 litres d’eau par tête et par jour (50 pour la boisson et la cuisine, 200 pour le lavage et les besoins urbains). Les villes de moins de 50 000 habitants peuvent se contenter de 100 à 150 litres. Une circulaire du ministre de l’Agriculture, de 1934 a fixé le minimum à 125 litres pour les projets d’adduction d’eau.

3° Maladies d’origine hydrique . — L’eau peut être le véhicule d’un certain nombre de maladies, pouvant se manifester sous la forme épidémique. Les grandes épidémies de fièvre typhoïde ou paratyphoïde sont d’origine hydrique. Il en est de même pour le choléra. Les dysenteries peuvent être transmises par l’eau. La spirochétose ictéro hémorragique se transmet par l’eau, souillée par les urines spirochétifères des rats, réservoirs de virus. Les souillures banales peuvent déterminer des gastro-entérites, des diarrhées , surtout chez les enfants. Les helminthiases banales de nos pays (lombrics, etc.), ont parfois la même origine, mais dans les pays tropicaux, de nombreuses infestations parasitaires proviennent de l’eau. Cette dernière, souillée par les cercaires de Schistosomum haematobium , transmet la bilharziose vésicale, par les cercaires de Schistosomum Mansoni , la bilharziose intestinale. Il en est de même pour l’origine de la bilharziose du Japon. L’homme contracte la Dracunculose en buvant l’eau renfermant des cyclops, parasités par des embryons de Dracunculus medinensis. Il en est de même pour les Distomatoses , la ladrerie bothriocéphalique , etc. L’eau joue certainement un rôle dans l’origine du goitre endémique et probablement dans d’autres maladies (voir Piscines , p. 204).

Outre les affections d’origine hydrique, la qualité de l’eau influe sur la morbidité et la mortalité générales d’une ville. Tout le monde connaît le phénomène d’Allen Hazen, suivant lequel le gain de 1 décès par fièvre typhoïde entraîne celui de 2 ou 3 décès pour l’ensemble des autres maladies. La morbidité et la mortalité, dans une ville, même en dehors des maladies nettement hydriques, s’améliorent notablement à mesure que la quantité et la qualité de l’eau s’améliorent elles-mêmes.

L’EAU POTABLE

4° Intoxications d'origine hydrique. — L’eau peut rente, mer accidentellement des substances toxiques, et provoquer des intoxications (voir p. 366), mais il en est une que l’on rencontre assez fréquemment dans certaines régions : c’est le saturnisme d'origine hydrique. Connu depuis fort longtemps, cette intoxication est devenue relativement fréquente. Ces dernières années, on en a signalé de nombreux cas en Bretagne, en Vendée, en Anjou, dans le Limousin, dans les Vosges, ainsi qu’à Saïgon, en Allemagne. Cette forme de saturnisme est souvent méconnue car elle est fruste et lente. Ses manifestations à bas bruit peuvent simuler beaucoup d’affections du tube digestif, du système nerveux ou du sang. La cause de l’intoxication saturnine est l’absorption d’une eau dont la teneur en plomb (3 à 5 mgr. par litre, en général), est suffisante pour provoquer à la longue une accumulation du métal dans l’organisme. A la base des accidents, on trouve des eaux peu calcaires, faiblement minéralisées, provenant de terrains granitiques ou schisteux, acides (pH= 6 à 6,7), qui attaquent les conduites de plomb. La stagnation de l’eau dans les conduites permet la dissolution et l’accumulation des quantités de plomb signalées, suffisantes pour produire les accidents à la longue.

5° Cycle de Veau dans la nature . — A la suite de l’évaporation sur les mers, les nuages se forment; ils retombent en pluie, qui devient l’eau de surface. Une partie de cette eau pénètre dans l’écorce terrestre (nappes souterraines et sources). Les fleuves ramènent à la mer les eaux de surface et les eaux de sources. On peut recueillir l’eau à chacune de ses étapes.

a) Eaux météoriques. — L’eau de pluie est, en principe, très pure au point de vue bactériologique. Sauf les souillures qu’elle recueille en traversant les parties basses de l’atmosphère. Elle est récoltée dans les citernes. L’eau des citernes a un résidu sec faible (2 à 50 mgr. par litre) ; elle est très ox}7génée, renferme un peu de CO2 (0,50 environ); elle contient des nitrates (carbonate d’ammoniaque de l’eau de mer, transformé par l’électricité), de 2 à 3 milligrammes, d’azote total, un peu d’acide nitreux et des matières organiques (0,1 à 0,5).

L’eau de neige est très médiocre (particules terreuses, saveur désagréable, mais pure au point de vue bactériologique.

b) Eaux superficielles. - — - Elles couvrent les trois quarts de la surface terrestre.

1° Eau de mer. — - Elle n’est ni potable, ni propre au lavage, en raison de sa

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richesse en chlorure de sodium; elle ne peut être utilisée qu’après distillation. Les microbes vivent longtemps dans l’eau de mer.

2° Eau des cours d'eau. — Elle contient de l’air dissous au maximum (16 à 50 cm3 par litre), des matières minérales en dissolution (quantité très variable de carbonate de chaux et de magnésie, de chlorure de sodium, d’ammoniaque et de nitrates) ou en suspension, au point d’être parfois trouble (fleuves bleus, jaunes, ardoisés (l’Isère, etc.). La température est naturellement très variable, dépendant de la température extérieure. Les matières organiques sont abondantes, provenant des eaux ménagères, des matières fécales et urines humaines et animales, des poissons morts, des cadavres d’animaux, des végétaux pourris, des eaux industrielles (tannerie, distillerie, rouissage). Le résultat est l’oxydation de ces matières; l’oxygène diminue, l’ammoniaque et les nitrates augmentent, les eaux deviennent vertes. Cette diminution de l’oxygène asphyxie les poissons, les batraciens, les mollusques; les plantes disparaissent, tandis qu’augmentent les infusoires, les algues, les bactéries. Plus de pêche, plus cte canotage, plus de bains. Le fond de la rivière s’envase.

Il est donc indispensable de protéger légalement les cours d’eau (p. 438).

3° Eaux des lacs , des étangs. — Elles sont parfois très pures. Par contre, les eaux de marais ne le sont jamais.

4° Epuration spontanée des fleuves et des lacs. — Notion importante : les fleuves et les lacs s'épurent spontanément et très rapidement. Un fleuve , ayant un débit suffisant, à régime un peu tumultueux, même s’il reçoit par des égouts tous les déchets d’une grande ville, revient assez rapidement à sa pureté primitive. En quelques kilomètres, parfois moins, l’eau est débarrassée de la plupart des substances en suspension et des microbes (voir p. 414). Il en est de même pour les lacs , qui constituent une réserve très appréciable d’eau pure. La ville de Genève a bu pendant longtemps l’eau non épurée du lac, dans lequel cependant les villes riveraines font le tout-à-l’égout. Massol a fait à ce sujet des recherches remarquables. Nous avons constaté que l’eau du lac d’Annecy, près du bord, à 30 mètres de profondeur et à 10 mètres du fond, était une eau fraîche, très pure chimiquement et presque privée de microbes.

c) Eaux souterraines. — L’eau qui a traversé la couche superficielle du sol se collecte en nappes souterraines, d’où émergent les sources. Ces nappes souterraines sont superficielles ou profondes, suivant qu’une couche imperméable arrête l’eau près de la surface ou que l’eau pénètre plus profondément.

En traversant le sol, l’eau se purifie (filtration) et se minéralisé (dissolution des matières minérales contenues dans le sol).

Le plus souvent plusieurs nappes sont superposées. Près du sol existe une nappe superficielle, sans pression, toujours contaminée; sous une première couche imperméable : une nappe profonde, parfois sous pression, et souvent pure.

U EAU POTABLE

1° Sources. — Les sources sont constituées par le déversement à la surface des nappes souterraines; elles sont extrêmement variables comme quantité et comme qualité. Après les premières recherches de Pasteur, on croyait que toute source était pure; il n’en est rien, la plupart des sources sont très impures , en raison de la fissuration des couches superficielles, qui font très souvent communiquer la surface avec la nappe souterraine. Aussi, toute une science est née : V Hydrogéologie, qui a pour but de connaître l’origine des nappes souterraines et des sources. Belgrand, en. 1872, a été le promoteur de ces enquêtes géologiques. Le nom de Martel est attaché à l’étude des cours d’eau souterrains. Actuellement, on ne capte plus une source sans faire l’étude géologique du terrain d’où elle provient. Le rapport du géologue est indispensable pour l’autorisation d’un captage de source, depuis 1904 (voir Législation , p. 438).

On distingue les sources filoniennes : thermo -minérales (jaillissantes); de déversement (sources d’affleurement); d'émergence (la nappe d’eau émerge du sol). En réalité, les sources sont vraies (provenant d’une véritable nappe souterraine), ou apparentes (sortant simplement d’éboulis argileux, de couches calcaires, ne donnant que de l’eau superficielle contaminée).

La géologie nous a appris qu’il y avait une différence profonde entre les sources véritables et les sources apparentes. La source véritable est en général peu abondante; l’eau ne contient pas de microbes (Pasteur), pas de matières organiques; elle contient en dissolution de l’oxygène, de l’acide carbonique et de l’azote; sa composition minérale est variable suivant les terrains (peu d’éléments minéraux dans l’eau de roche; chaux et magnésie dans l’eau des terres argileuses; craie, carbonate de chaux et magnésie dans les eaux des terres calcaires; silicate, chlorure de sodium dans certaines). L’acide carbonique dissout les carbonates : chaux, magnésie, fer. La conductibilité électrique varie peu. Les substances versées sur les terres au-dessus de la nappe n’y pénètrent pas. Malheureusement ces qualités théoriques des eaux de source n’existent presque jamais pour les sources d’un certain volume , c’est-à-dire pour celles qui sont nécessaires aux collectivités ; le meilleur exemple est celui de Paris. Paris a capté au loin un gros volume d’eaux de sources les croyant pures. On s’est aperçu ensuite que ces grandes sources n’étaient en réalité que des eaux de surface; la stérilisation de cette eau, a été reconnue indispensable. Pour les grosses sources,

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la vérité est la suivante, c’est que des cassures , des failles , des fissures, les font presque toujours communiquer avec la surface ; de grandes étendues de territoire communiquent ainsi facilement et directement avec les sources. Parfois, de larges gouffres (mardelles, bétoires) qui sont le réceptable habituel de cadavres d’animaux

Tour de

Fig. 86. — Contamination du captage de Saine (Gard) par une écurie (Martel).

O 50 10B mêîres

Fig. 87. — Abîme de la Berrie et source de Graudenc (Lot) (Martel).

(l’infection de l’eau souterraine par les cadavres persiste plus d’une année) ( Martel , 1915), de détritus de toute sorte, sont les véritables origines de ces sources (Martel); une source en apparence excellente n’est quelquefois que l’aboutissant d’un fleuve souterrain, qui communique très largement avec la surface, c’est-à-dire avec toutes les souiflures du sol et des agglomérations. Il peut même arriver, sans qu’on s’en doute, que des agglomérations fassent ainsi le toutà-l’égout dans des sources. En réalité, ce ne sont pas des sources véritables mais des résurgences. Les deux figures 86 et 87, empruntées à Martel, sont démonstratives.

L’EAU POTABLE

Cela est vrai surtout pour les terrains calcaires , si fréquents aux environs de Paris {terrain perméable en grand ; calcaires gréseux, etc.). Le terrain calcaire est une véritable éponge qui ne filtre pas l’eau. Toute source provenant d'un terrain calcaire doit en général être considérée comme suspecte.

En somme, n 'est pure que l’eau de source qui a traversé des terrains sablonneux (le sable constitue le filtre idéal), ou des terrains suffisamment concassés pour constituer un filtre {terrains perméables en petit). La source est alors de faible débit; rares sont les sources pures capables d’alimenter des agglomérations un peu importantes.

2° Nappes souterraines. — On a voulu, en Allemagne surtout, puiser directement dans les nappes profondes, le plus souvent sous pression, et qui ont le plus de chances d’être pures, ayant un véritable toit imperméable qui les sépare des terrains de surface; plusieurs villes allemandes sont ainsi alimentées. Le système est bon, mais a un inconvénient. Il est arrivé très souvent que l’eau, potable à l’origine, est devenue, à la suite des pompages intensifs, très ferrugineuse , au point de n’être plus potable (voir p. 413).

5° Étude hydrogéologique . — Quand on voudra capter une eau souterraine, en vue de l’alimentation d’une agglomération, qu’il s’agisse de sources ou de résurgences émergeant spontanément du sol ou de forage, il sera nécessaire d’abord de procéder à une enquête hydrogéologique (obligatoire depuis 1904)T. Le géologue précisera la nature des roches qui constituent le sous-sol, le type des sources (d’affleurement, de déversement, d’émergeance, filoniennes) ou des résurgences, le type des nappes (phréatiques, d’alluvions, profondes, homogènes des terrains perméables en petit, des terrains perméables en grand avec leurs diaclases, gouffres, etc.). Il établira la profondeur des nappes ou des réseaux aquifères ainsi que leur périmètre d’alimentation s’il s’agit de territoires fissurés. Il ne manquera pas, à ce dernier point de vue d’établir la matérialité des relations d’une source avec son périmètre d’alimentation, au moyen de l’épreuve à la fluorescéine. La fluorescéine a un pouvoir colorant énorme. L’œil nu décèle une dilution au dix-millionième, avec les fluoroscopes (Trillat, Diénert, etc.) jusqu’à un milliardième. Il fera l’étude des débits, à diverses époques de l’année.

Il sera nécessaire, en outre, d’étudier le pouvoir épurateur du terrain. La fluorescéine passe à travers des terrains qui arrêtent les germes microbiens. On fera donc une nouvelle recherche, dans les mêmes conditions, avec des microbes qu’on ne trouve pas spontanément dans les eaux naturelles. On peut utili-

1. Voir A. Guii.lerd. Notions d’hydro géologie appliquée à V hygiène, Paris, Béranger,

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ser dans ce but la levure de bière , mais c’est un élément un peu gros. On donnera la préférence au colibacille arséno-résistant, que son entraînement à vivre en milieu arsénié permet de différencier facilement du colibacille habituel des eaux (Diénert et Guillerd).

Enfin cette enquête hydrogéologique sera complétée par une enquête épidémiologique. , qui permettra de savoir si, sur le périmètre d’alimentation du captage, il n’y a pas d’épidémies de fièvres typho-parathyphoïdiques, de diarrhées saisonnières, etc.

6° Caractères de Veau potable. — On peut définir une eau

potable, celle qui est limpide , fraîche , incolore , inodore et d’une pureté suffisante pour être consommée avec agrément et sans aucun risque pour la santé.

A. — Caractères physiques1. — 1° Température. La température de l’eau est conditionnée par la géothermie. Lorsqu’il s’agit de nappes profondes, elle se montre stable. Jusqu’à 10 mètres de profondeur, la température de l’eau est au contraire conditionnée par celle de l’atmosphère et en suit les variations. En répétant les mesures périodiquement, on peut dresser des graphiques et en tirer d’utiles indications. Si le graphique est une ligne droite, la couche acquifère est profonde. Si la courbe suit celle de la température atmosphérique, la nappe est peu profonde; l’eau est suspecte, puisqu’elle est mal protégée. Si la courbe suit également la courbe atmosphérique, mais avec un décalage, il s’agit d’un terrain de conductibilité thermique très faible. Une variation thermique brutale d’une eau, de température habituellement constante, fait soupçonner l’invasion soudaine d’eaux pluviales ou d’eaux d’engouffrement.

2° Turbidité. — - Les eaux de surface se troublent après les grandes pluies. Il peut en être de même pour certaines eaux profondes, mal épurées par le sol. On mesure la transparence de l’eau au moyen de turbidimètres ou en gouttes de mastic , à 1 p. 100 dans l’alcool. La turbidité doit être inférieure à celle, que donnent 10 gouttes de mastic dans 100 centimètres cubes d’eau distillée.

3° Saveur , odeur, couleur. ■ — - Les caractéristiques sont faciles à apprécier et leur appréciation peut mettre sur la voie de pollutions diverses.

4° Acidité et agressivité. - — - Les eaux pauvres en chaux, présentant un degré hydrotimétrique (voir plus loin), inférieur à 7 degrés, contiennent de l’acide carbonique libre et sont acides. On détermine le degré d 'acidité ionique, en pH, par le potentiomètre ou la méthode colorimétrique (comparateur Hellige, par exemple). Quand l’eau a un pH inférieur à 7, l’eau est agressive, attaque

1. Pour la recherche des caractères physiques et chimiques de l’eau potable, voir les Traités d’analyses chimiques et plus spécialement A. Guillerd, loco citato. P. Molliex, Analyse chimique des eaux potables, Paris, Le François, 1924. — Dienert, Guillerd, Etrillard et Wandenbulke, Alimentation des eaux des villes, livre II; Procédés d'analyse et de contrôle des eaux d’alimentation et des eaux usées, Paris, Eyrolles, 1935,

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les tuyaux de plomb, de métal, de ciment, etc., et doit être adoucie (calcaire, permutite, etc.).

5° Conductibilité électrique. — • Elle mesure le nombre des électrolytes dissous. Elle permet donc d’apprécier les variations de la minéralisation de l’eau. Des appareils assez simples (Kohlrausch et Ostwald) permettent ainsi, comme l’ont montré Dienert et Guillerd, la surveillance des eaux. Des variations très minimes de la teneur de l’eau en sels minéraux provoquent des variations considérables de la conductibilité.

B. - — • Caractères chimiques. — 1° Dureté de Veau. — Elle s’apprécie par Vhydrotimétrie. La méthode hydrotimétrique repose sur la propriété que possède le savon de donner une mousse avec l’eau pure après agitation. Si l’eau contient des sels calcaires et magnésiens qui précipitent le savon, il ne se produira une mousse persistante que lorsque tous ces sels seront précipités et que le savon sera en excès. La quantité de liqueur de savon, employée jusqu’à l’apparition de la mousse, correspond donc à la quantité de sels calcaires et magnésiens contenue dans l’eau. Elle est appréciée en degrés hydrotimétriques.

Au-delà de 30 degrés hydrotimétriques, l’eau incruste les tuyaux des chaudières, cuit mal les légumes, est un obstacle au savonnage, devient impropre à certaines industries (fabrication de la bière, industrie de la soie artificielle, etc.). Ces eaux doivent être corrigées (p. 429).

2° Minéralisation totale. — On estime qu’une eau, dont la minéralisation dépasse 500 milligrammes par litre, en poids de résidu sec, est caractéristique d’une forte contamination.

3° Gaz dissous. — Les eaux de surface renferment environ 12 centimètres cubes d’oxygène par litre. La diminution ou l’absence de ce gaz prouve des oxydations qui indiquent une eau médiocre. Les eaux profondes sont moins riches en oxygène (6 à 8 cm3), elles renferment 15 à 20 centimètres cubes de gaz carbonique.

4° Matières organiques. — On admet qu’on peut tolérer 2 milligrammes de matières organiques par litre, exprimés en O emprunté au permanganate de potasse. Dans les eaux acides, elles sont ordinairement d’origine végétale (humus végétal) et leur présence n’a pas grande signification. Dans les eaux alcalines : elles sont ordinairement d’origine animale (substances animales en putréfaction, matières fécales, etc.) et peuvent indiquer une pollution dangereuse, surtout si elles se trouvent en abondance dans l’eau.

5° Chlore et chlorures. — Les chlorures peuvent provenir du sol, mais le fait est assez rare. Dans la majorité des cas, ils indiquent la pollution de l’eau par des matières fécales ou des urines humaines ou animales. Ils y persistent longtemps. Pour que leur présence prenne une signification de contamination, il faut que le taux atteigne ou dépasse, 50 à 60 milligrammes. L’association d’un taux élevé de chlorures avec de l’ammoniaque et des nitrites doit faire rejeter l’eau de la consommation.

6° Acide sulfurique et sulfates. — Les sulfates peuvent également et plus fréquemment que les chlorures avoir une origine géologique (terrains gypseux).

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Dans le cas contraire, ils sont le témoin d’une pollution par des excréments. Les résultats du dosage doivent donc être interprétés.

7° Sulfures. — Certaines eaux profondes renferment de l’hydrogène sulfuré ou des sulfures, sans être contaminées. Mais dans certains cas (puits en particulier) des sulfures existent qui témoignent de la réduction des sulfates et possèdent une signification de contamination.

8° Acide nitrique et nitrates. — Ils peuvent provenir aussi de certains terrains ainsi que de l’atmosphère, s’il s’agit d’eaux météoriques. En dehors de ces cas, ils représentent l’aboutissant de la minéralisation de la matière organique (nitrification), par conséquent une contamination passée. Leur présence, en proportion notable, a surtout de l’intérêt, si elle est associée à celle des nitrites et de l’ammoniaque, et prend alors une signification péjorative.

9° Acide nitreux et nitrites. — Comme l’a montré Diénert, la présence de nitrites seuls ne constitue pas un élément d’appréciation, car elle est compatible avec l’absence de toute contamination. Elle ne prend de signification qu’associée à l’ammoniaque, aux nitrates ou aux chlorures.

10° Ammoniaque libre et albuminoïde. — On peut en trouver de petites quantités dans des eaux non contaminées. Imbeaux indique comme limites : 1 milligramme d’ammoniaque libre et 0 mgr. 1 d’ammoniaque albuminoïde. Mais comme nous l’avons vu, l’ammoniaque associée aux nitrites, aux chlorures, à un taux élevé de résidu sec, permet d’affirmer une contamination par des urines, des matières fécales, des purins, etc.

11° Acide phosphorique et phosphates. — La présence dans l’eau de plus de 0 mmgr. 5 d’acide phosphorique par litre, indique une contamination.

12° Fer. — Dans certaines régions, les nappes souterraines renferment du fer, à l’état de sel ferreux, dissous par un excès de gaz carbonique ou encore à l’état de phosphate. La présence d’un milligramme et même moins d’oxyde de fer par litre donne à l’eau une coloration jaune ou brunâtre, un goût peu agréable, tache le linge blanchi, etc. Sans être nuisible à la santé, une telle eau présente de nombreux inconvénients. Il faut la déferriser (p. 430). Le fer doit toujours être recherché avec soin, même si l’expertise géologique n’en indique pas la présence dans le terrain. On évitera bien des mécomptes, comme ceux dont nous avons été témoin à plusieurs reprises. Assez souvent même, au moment où on décide le captage, l’analyse ne révèle pas de fer et l’eau dans la suite (après des pompages intensifs, par exemple), devient ferrugineuse.

G. - — Caractères biologiques. — Ces caractères sont les plus importants de tous.

1° Parasites. — L’eau ne doit renfermer aucun parasite : amibes, ascaris, tricocéphale, oxyure, douve, ankylostome, etc., ou leurs œufs. Un examen microscopique du culot, après centrifugation d’une certaine quantité d’eau, pourra les faire reconnaître.

2° Microbes. — La question des microbes est capitale, étant donné

L'EAU POTABLE

les épidémies que peuvent provoquer les eaux contaminées (p. 405). A côté des nombreux saprophytes, on peut rencontrer des microbes pathogènes et des microbes ayant une signification de contamination par des matières fécales ou des urines, comme le colibacille. Aussi, l’expertise bactériologique prend-elle une importance particulière.

a) Puisage. Transport. - — - Le puisage doit être fait aseptiquement (c’est-à-

dire sans souiller l’eau à analyser par les doigts, la boue, la vase, etc.), dans des flacons stérilisés qu’on rebouche (émeri) et qu’on cachète à la cire. Ces flacons doivent être transportés dans la glace (caisse avec morceaux de glace et sciure de bois). Si l’eau se réchauffe pendant le voyage, il y a un extraordinaire développement de certains microbes (aquatiles) et la disparition de certains autres; l’analyse est alors sans signification au point de vue qualitatif ou quantitatif. Refuser tout flacon qui arrive au laboratoire sans être entouré de glace. Même pour l’analyse chimique, il est important que l’eau ne se réchauffe pas (modifications dues au développement des microbes). Plusieurs flacons en cas de bris.

En somme : flacons de 50 centimètres cubes bouchés à l’émeri, stérilisés; cire; étiquettes, boîte avec glace et sciure de bois; envoi au laboratoire par les voies les plus rapides.

Différents appareils (fig. 88) permettent le puisage profond (couches inférieures d’un fleuve, d’un lac ou eau de puits).

Fig. 88. — Appareil de puisage profond (G.

Roux). Lorsque l’appareil est à la profondeur voulue on débouche la bouteille A en tirant sur h.

b) Analyse quantitative1 . — On fera la numération des germes aérobies , sur plaques de gélatine, qui contrairement à la gélose, mise à -f 37 degrés, préférée par les bactériologistes américains (les résultats sont plus rapidement obtenus) donnent des chiffres plus élevés. C’est la méthode suivie parla plupart des laboratoires de France.

1. Pour les techniques de l’analyse bactériologique, soit quantitative, soit qualitative, voir H. Vincent. La détermination bactériologique et le dosage du Bacillus Coli dans l’eau de boisson. L'Hygiène générale et appliquée, t. IV, p. 79, 1909. Dopter et Sacquepée. Précis de bactériologie , Paris, Baillière, édit. 4e édit., 1933. — Molliex, Analyse bactériologique des eaux potables, Paris, Le François, édit., 1925. — Dienert, Guillerd, Étrillard et Wandenbulke, loco citato. — A. Rochaix, Standardisation des méthodes d’analyse bactériologique des eaux, Revue d’ Hygiène et de Médecine préventive, t. XLVII, déc. 1925, p. 1148 et Essai sur l’établissement d’une formule d’Analyse bactériologique des eaux, Le Mouvement sanitaire, mars 1936, p. 111.

GÉNÉRALITÉS

On utilise habituellement l’échelle de Miquel :

0 à 10 germes au centimètre cube eau excessivement pure.

10 à 100 — — eau très pure.

100 à 1 000 — — eau pure.

1 000 à 10 000 — — eau médiocre.

10 000 à 100 000 — - — eau impure.

100 000 et au-delà — — - eau très impure.

Le nombre des microbes trouvés n’a qu’une signification relative et n’est qu’un élément d’appréciation, d’importance, d’ailleurs secondaire, de la qualité bactériologique d’une eau. On peut dire d’une façon générale, que plus le nombre des microbes d’une eau est élevé, plus cette eau a des chances d’être polluée, mais cette règle souffre d’assez nombreuses exceptions.

On doit tenir compte de la présence, en proportions considérables, des microbes liquéfiant la gélatine. D’autre part, certaines espèces saprophytes, bien connues quant à leurs caractères d’identification, ne se rencontrent guère que dans les eaux impures. Ce sont les divers Proteus , B . fhiorescens liquefaciens , B. fiuorescens putri ficus, B. cloacoe , agents habituels de putréfaction ainsi que Micrococcus prodigiosus , B. janthinus et B. violaceus. La présence de ces espèces dans l’eau n’a pas non plus de signification absolue.

D. — Analyse qualitative. — Le pivot de l’analyse bactériologique des eaux est constitué par la recherche des espèces qui ont une signification de contamination fécale, c’est-à-dire des espèces qui existent normalement dans l’intestin de l’homme ou des animaux. Leur découverte dans les eaux indique qu’elles sont souillées plus ou moins abondamment par des matières excrémentitielles et que, par conséquent, elles peuvent l’être éventuellement par des microbes spécifiques pouvant provenir de l’intestin d’un malade ou de porteurs de germes (bacilles d’Eberth, paratyphiques, vibrion cholérique, etc.). Si ces hôtes normaux et pour certains absolument constants, de l’intestin, comme le colibacille, n’existent pas dans l’eau, il paraît difficile d’admettre qu’au même moment, les microbes pathogènes, de même origine, puissent s’y rencontrer.

1° On fera donc la recherche du Colibacille qualitativement et quantitativement (colimétrie), par l’emploi des méthodes en bouillon phéniqué, à 42°5, avec détection de l’indol dans les cultures obtenues. Une longue pratique a montré

L’EAU POTABLE

l’excellence de ces méthodes. Le Colibacille est le témoin de la souillure fécale, il doit faire condamner une eau destinée à la boisson.

2° La méthode au rouge neutre , utilisée avec la technique et l’interprétation que nous en avons précisée1, permettra, exécutée en même temps que la méthode en milieux phéniqués, de déceler la contamination globale de l’eau, la réduction du rouge neutre (virage au jaune canari avec fluorescence verte) étant l’apanage de microbes puissamment réducteurs, issus des matières fécales, des purins et des fumiers.

3° On recherchera les bactéries putrides , pouvant appartenir aux espèces les plus variées mais qui présentent des réactions biologiques communes, en particulier dégagent aux dépens des matières albuminoïdes de l’hydrogène sulfuré et du sulfhydrate d’ammoniaque. Leur présence dans l’eau constitue un élément très significatif de pollution. Leur recherche est d’autant plus utile qu’il paraît y avoir un antagonisme entre les bactéries putrides et le colibacille (A. Rochaix et MUe Urtinette).

4° L 'entérocoque, hôte très fréquent de l’intestin et qui survit dans l’eau assez longtemps, plus longtemps que le colibacille, sera recherché au moyen des milieux à V esculine (A. Rochaix) seul ou additionné d’acide phénique à 1 gr. 8 d’acide phénique par litre (Diénert et Etrillard). Ce microbe ne se rencontre généralement pas dans l’eau, quand la contamination est accidentelle et due à une faute de prélèvement.

Ces recherches sont celles qu’on fait en vue du captage d’une source, de l’eau d’une nappe souterraine, etc., en vue de son adduction et de sa distribution, mais quand il s’agit de remonter à la cause précise d’une épidémie d’origine hydrique, on recherche les microbes qui peuvent être en cause : bacille d’Eberth, bacilles paratyphiques A et B, vibrion cholérique, spirochète ictéro-hémorragique, etc.

E. — Appréciation de la potabilité de l’eau. — Il faut d’abord rappeler qu’il est absolument indispensable de multiplier les analyses, à différentes époques de l’année, pour se faire une juste idée de la qualité d’une eau. Une analyse isolée, si complète fût-elle, ne présente qu’un intérêt relatif.

D’autre part, c’est l’analyse bactériologique qui, au point de vue de la détection des contaminations, a la primauté. Elle est infiniment plus sensible que l’analyse chimique. Un seul exemple le démontrera : Guillerd a calculé qu’une émergence, débitant 20 litres par seconde, devrait recevoir par vingt-quatre heures les urines de

1. A. Rochaix, Recherche rapide de la contamination des eaux de boisson, Revue d’ Hygiène, t. XXXIX, juillet-août 1917, p. 472.

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