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1° Mesures contre les fumées et les gaz, — Le 20 avril

1932 a été promulguée la loi Morizet tendant à la suppression des fumées industrielles. Elle est ainsi conçue :

« Il est interdit aux établissements industriels, commerciaux ou administratifs d’émettre soit des fumées, soit des suies, soit des poussières, soit des gaz toxiques ou corrosifs, susceptibles d’incommoder le voisinage ou de polluer l’atmosphère ou de nuire à la santé ou à la sécurité publiques, à la production agricole, à la bonne conservation des monuments ou à la beauté des sites. »

Des arrêtés préfectoraux réglementent cette interdiction.

a ) Fumivorité. — - Le problème de la suppression des fumées comporte, d’abord, l’application des moyens de fumivorité , qui permettent la combustion aussi complète que possible du charbon , en faisant d’abord arriver une plus grande quantité d’air dans le foyer (fig. 104) ou en brûlant à nouveau les produits déjà formés, par introduction d’air supplémentaire : l’abondance de l’air, le mélange intime entre le combustible et le comburant, l’éloignement du foyer

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de toute cause de refroidissement, sont les moyens à employer pour tâcher de brûler tout jusqu’au dernier terme de la combustion.

Le choix du combustible employé est important : les charbons maigres ou lavés et le coke, le bois, donnent peu d’hydrocarbures par combustion incomplète, et, par conséquent, peu de fumées, tandis que les houilles grasses (remorqueurs) sont très fumeuses.

Il existe de nombreux moyens de fumivorité. Citons les appareils gazogènes (du système Siemens, par exemple), préconisés pour les fours à chaux, à plâtre, à ciment, pour les fabriques de poterie, de briques, de porcelaine, de verre, de cristaux; pour les fours à puddler, pour les usines à gaz, etc. Le combustible est employé à l’état gazeiix, après distillation ou demi-combustion préalable. On peut en rapprocher le four Price (arsenal de Woodwich), le gazogène à gaz pauvre de Latombe et les foyers à flamme renversée : l’air arrive par le haut, la fumée par le bas, et les gaz produits goudronnés passent à travers la couche incandescente où ils sont oxydés.

D’autres appareils cherchent à réaliser la fumivorité par des grilles mobiles , actionnées par une chaîne sans fin et se chargeant automatiquement grâce à une trémie, pour éviter la formation d’une trop grande quantité de gaz froids due aux irrégularités de charge. On peut obliger les gaz fuligineux qui succèdent au chargement à passer sur des charbons incandescents où ils se brûlent (grilles inclinées, à gradins, à étages, à flamme renversée) et introduire en même temps de l’air supplémentaire dans la zone de combustion.

Un moyen excellent consiste à projeter un jet de vapeur dans le foyer car, par suite de la décomposition de la vapeur, du battage de l’air et des gaz combustibles ainsi provoqués, la flamme s’éclaircit et la fumée disparaît. Dans le système Heiser, l’air destiné à la combustion est préalablementchauffé dans des carneaux (chambres) et des cornues (en briques) réfractaires.

Le jumivore Kowitzke (Bruxelles) consiste en une circulation d’air chaud réglable à la partie postérieure de la grille où se produit le dégagement de

Fig. 104. — Foyer à injection d’air. — ■ F, ouverture d’arrivée de l’air. — G, registre pour doser l’air à l’aide de la tige K (L. Poincaré, Hygiène industrielle).

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fumée. lise compose (fig. 105 et 106) d’un corps creux muni de tuyères, placé à l’extrémité de la grille. L’air supplémentaire chauffé s’échappe par les orifices des corps creux, commandés automatiquement par un dispositif simple placé

à l’avant de la chaudière et manœuvré par la porte du foyer. La suppression de la fumée procure une économie notable sur le charbon.

Les inventeurs n’ont pas, du reste, la prétention de brûler la fumée déjà produite. En pratique, ce qu’il faut brûler aussi complètement que possible, de façon à ne pas produire de fumée, c’est le combustible :

donc le choix de ce combustible, la régularité de sa division (morceaux de charbon de grosseur moyenne de préférence) et la régularité de son chargement ont une importance primordiale, supérieure au choix d’un fumivore tant qu’un appareil parfait n’aura

Fig. 105. — ■ Fumivore Kowitzke. — Chaudière multi tubulaire à foyer horizontal.

Fig. 106. — Fumivore Kowitzke. ■ — Chaudière à deux tubes foyers (de face à droite,

en coupe à gauche).

pas été trouvé. Un bon chauffeur a souvent plus d’action qu’un fumivore.

b) Conduire les fumées, gaz et vapeurs dans les couches élevées de l’atmosphère. — On emploie pour cela de hautes cheminées , qui assurent la dilution et la raréfaction des fumées et des

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gaz dans l’atmosphère. Les plus hautes ont, en France, 105 mètres (Groix près de Lille) et 108 mètres (Etaing près de Rive-de-Gier), en Angleterre, celles de Glasgow (132 mètres). La haute cheminée est une excellente solution pour une usine très isolée. Mais si à peu de distance, se trouvent d’autres cheminées de grande hauteur, la quantité totale des fumées et des gaz reste du même ordre qu’avec des cheminées plus basses.

c) Condensation et neutralisation des gaz résiduaires. — Cela peut être nécessaire malgré l’existence de hautes cheminées. Si les dégagements gazeux sont très abondants et très nocifs, il faut les soumettre à un assainissement préalable.

On obtient cet assainissement dans les appareils condensateurs des gaz résiduaires , et l’on peut opérer de trois façons : soit en faisant déboucher et barboter les gaz dans l’eau, soit en mettant les gaz en contact avec des surfaces humides (batteries de bonbonnes et tours à cascades), soit en injectant de l’eau sous forme de pluie fine, au sein de la masse gazeuse.

On emploie les condensateurs à barbotage, moins encombrants, notamment quand les gaz ont peu d’affinité pour l’eau; dans les condensateurs à surfaces humides, la circulation des gaz peut être horizontale, sur surfaces planes qu’ils rasent en passant (auges en pierre ou batteries de bonbonnes, au nombre de 50 et plus, communiquant par des siphons : l’eau circule de la dernière à la première, le gaz inversement) ; elle peut être verticale (tours d’absorption, tours à cascade, sortes de cheminées plus ou moins hautes pour assurer le tirage des

gaz, remplies de coke ou de fragments de brique qu’arrose une pluie d’eau froide (fig. 107), parfois combinée avec les auges ou bonbonnes) ; dans les conden-

Fig. 107. - — Bonbonnes et tour d’absorption (Poincaré, Hygiène industrielle).

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sateurs à injection d’eau, la pluie est produite en sens inverse des dégagements gazeux. On opère, en même temps, de cette façon, un dépoussiérage utile dans beaucoup de cas.

La neutralisation de vapeurs acides ou ammoniacales se fait quelquefois avant la condensation (produits chimiques utilisables).

d) Destruction par le feu des produits gazeux résiduaires. —

Elle s’obtient en les dirigeant à nouveau vers le foyer au-dessus ou au-dessous de la grille, suivant qu’ils sont plus ou moins combustibles. Pour assurer cette combustion il faut : de l’air en excès, la rencontre à angle droit de l’air et des gaz, leur mélange intime en proportion convenable, leur division extrême. Les gaz pauvres en oxygène arriveront au-dessus des grilles, en pleine zone incandescente (AzH3, CO2, H2S); les gaz riches en O, au-dessous (dégagements fétides par matières animales); s’ils sont très inflammables, ils passeront par une toile métallique ou une cuve à eau.

2° Mesures contre les eaux résiduaires industrielles.

— a) Emmagasinement provisoire. — Il peut se faire dans des réservoirs mobiles ou fixes, qui doivent être absolument étanches. C’est la première étape vers l’utilisation agricole ou l’épuration par le sol;

b) Ecoulement dans les puits profonds ou puisards. — Ils doivent conduire les eaux résiduaires au-dessous de la nappe souterraine alimentant le pays. C’est un mauvais système, à cause de la difficulté d’obtenir une étanchéité parfaite, et de la facilité des contaminations de l’eau. Les puits perdus sont, en principe, interdits.

c) Ecoulement aux égouts. — Il peut être toléré, si les égouts fonctionnent bien (pente suffisante, chasses fréquentes et abondantes, aération assurée, sans inconvénients, clapets ou siphons aux bouches voisines des habitations, etc.), s’il n’y a pas de danger de ce fait pour les égoutiers (gaz méphitiques ou explosifs), s’il n’y a pas stagnation au débouché de l’égout (qui devra se prolonger suffisamment dans l’eau) ; ces eaux devront être refroidies à 30 degrés au moins , neutralisées , exemptes de principes infectieux ou nocifs (voir chap. xxi, p. 388).

d) Déversement dans les rivières , les fleuves , les lacs ou la mer. — Il doit être interdit sans traitement préalable avant le déversement.

e) Epuration mécanique. — C’est la clarification par décantation et filtration avant l’arrivée à la rivière ou l’utilisation agricole. Elle peut être suffisante dans certains cas.

N U IS AN CE S IND US T RI ELLE S

/') Epuration chimique. — Elle a pour but de neutraliser les substances minérales et surtout acides, et même de désinfecter les liquides, en y produisant des combinaisons insolubles et en provoquant leur précipitation. Pour cela, on emploie surtout la chaux grasse, aussi pure que possible et de fabrication récente (lait de chaux à 1 p. 6 d’eau), et en proportion déterminée pour chaque cas particulier) (et non au hasard). On emploie aussi les sels de fer (sulfate), de manganèse, d’alumine, seuls ou avec la chaux. C’est souvent une question d’espèce.

g) Epuration par le sol , utilisation agricole , épandage. — L’épuration agricole a donné de bons résultats (Angleterre). Elle doit être surtout préconisée pour les résidus d’origine animale (abattoirs, lavage et peignage des laines), ou végétale (distilleries, féculeries, sucreries).

h) Epuration biologique artificielle. — Voir chapitre xxi, page 394. Les indications sont variables suivant la provenance des effluents : les eaux ne doivent pas être trop chargées en résidus. Cette méthode donne de bons résultats, par exemple à Manchester; mais, elle exige de fréquents nettoyages, pour prévenir le colmatage; de plus, les microbes ne sont pas détruits (Müntz), et les produits malodorants, tels que l’indol et le scatol, échappent à la transformation.

i) Utilisation industrielle. — Elle est parfois possible après ou sans les transformations préalables. On peut régénérer et exploiter avec profit plusieurs des substances tenues en dissolution dans les eaux résiduaires : le chlorure acide de manganèse, dans les eaux résiduaires des fabriques de chlorure de chaux et de soude; le soufre, dans les eaux d’égouttage et de lixiviation des marcs de soude; l’ammoniaque, dans les eaux alcalines des usines à gaz; des matières grasses, du carbonate de potasse, des savons, dans les eaux de suintage et de peignage des laines.

Il ne faudrait pas fonder sur cette utilisation des espérances trop belles : « En général, a dit un Anglais, les résidus industriels ne sont pas plus précieux que l’or au fond de la mer. »

3° Mesures contre les résidus industriels solides. —

Il est souvent difficile de se débarrasser dans des conditions hygiéniques des résidus solides, notamment dans l’industrie. Pour éviter l’encombrement et la souillure du sol, plusieurs méthodes :

a) Amoncellement. - — C’est la mise en dépôts provisoires , dans les cours des usines. Il a l’inconvénient de dégager parfois de mau-

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vaises odeurs ou des poussières. De plus, la pluie peut dissoudre les substances toxiques qu’ils contiennent et les entraîner dans les puits et les cours d’eau. Ces dépôts doivent donc être établis sur aire imperméable, abrités sous des hangars, isolés du vent par des murs d’au moins deux mètres de hauteur.

b) Dépôts permanents en rase campagne. — On les emploie pour les résidus de masses considérables. Il ne présentent guère d’inconvénients s’il s’agit de détritus insolubles et inoffensifs (scories de fonderies de fer). Il convient cependant d’éviter la rétention d’eau sur leurs flancs en les protégeant et en ménageant des écoulements à travers leur base.

c) Enfouissement. — L’enfouissement, pour la culture, de détritus inorganiques ne les modifie en rien : mieux vaut, par exemple pour les marcs ou charrées de soude (fabriques de produits chimiques), les étalements en couches minces, pour faciliter l’oxydation et éviter la production de l’hydrogène sulfuré, qui empoisonne l’air et jaunit l’eau.

d) Revêtement des terrassements à l’aide d’une couche imperméable. — Il peut atténuer, mais seulement en partie, les inconvénients : c’est le cas des corrois d’argile isolant les dépôts de charrées de soude employés comme remblais.

e) Utilisation. ■ — C’est la meilleure solution lorsqu’elle est possible : la valeur de ces résidus varie beaucoup.

f) Neutralisation ou dénaturation. — Lorsque l’utilisation est trop coûteuse (soufre des charrées de soude) ou impossible.

g) Destruction. ■ — Procédé idéal, qui permet parfois de tirer quelque profit de certains déchets : traitement par la vapeur et utilisation de la poudre comme engrais, incinération (four ILorsfall, etc.) et utilisation du résidu pour fabriquer des dalles, des briquettes, des engrais. La combustion peut permettre d’actionner des machines à vapeur, une usine électrique, etc.

4° Mesures contre les dangers d’incendie et d’explo= sion. — Les mesures à prendre contre l’insécurité ne sont qu’indirectement du ressort de l’hygiène. Cependant les commissions d’hygiène sont appelées à formuler leur avis à ce sujet.

a) Nous indiquerons sommairement les précautions à prescrire, d’abord contre les dangers d’incendie : isolement des foyers (enceinte spéciale, chemins de ronde) des substances inflammables (récipients métalliques clos, pompes étanches pour le transvasement); dispo-

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sit.ions particulières des ateliers exposés (ouvertures larges, nombreuses, donnant directement sur le dehors, escaliers extérieurs, éclairage électrique ou lampes isolées par des verres dormants, interdiction de fumer (affichée et observée); surveillance constante des étuves, séchoirs, courts-circuits; emploi de matériaux ignifuges pour la construction (briques réfractaires, ciment armé, substances chimiques dégageant des gaz incombustibles, cartons incombustibles ou crocidolithes, bois rendus ignifuges par injection siliceuse à l’aide d’un procédé électrique; extincteurs, etc., pompe à incendie, jet de vapeur, surabondance d’eau, tas de sable fin avec pelles, extincteurs Grinnebls fermés par des ficelles, boules ignifuges, avertisseurs, lampes de sûreté, etc.).

b) Contre les dangers d'explosion , outre l’examen préalable, et la surveillance des chaudières (inspecteurs), il existe des soupapes de sûreté (à poids, à plaques d’alliages, etc.), des avertisseurs pour éviter l’abaissement du niveau de l’eau au-dessous de la surface de chauffe (niveau d’eau en siphon, flotteurs d’alarme à sifflet).

c) Pour éviter les incrustations croûteuses, qui peuvent se fissurer brusquement et permettre le contact trop brusque de l’eau avec la paroi portée au rouge, nettoyages fréquents et périodiques. Pour éviter les actions corrosives (sulfates, chlorures, etc.), qui peuvent amincir les parois des chaudières, exiger la distillation de l’eau.

d) Dans les dépôts de substances explosibles (fulminate, dynamite, poudre, etc.), prendre, en outre, des mesures contre les chocs, les frottements, contre réchauffement et l’humidification de la poudre (explosion du léna , du Liberté , etc.).

Avoir à sa disposition les dispositifs signalés plus haut contre l’incendie (tas de sable, eau, extincteurs, etc.).

5° Mesures contre les incommodités. — Ce sont les odeurs, bruits, éboulements. En ce qui concerne les odeurs gênantes, nous renverrons à notre étude des dégagements résiduaires.

Quant au bruit , à la trépidation , on pourra prescrire la cessation du travail pendant la nuit. Parfois, on devra exiger l’éloignement des ateliers à distance des habitations.

Certaines mesures peuvent atténuer notablement ces inconvénients; atelier fermé à doubles parois, n’ayant aucun appareil trépidant (enclume, marteau) fixé à un mur contigu avec l’habitation voisine; sous les marteaux-pilons et les enclumes, fosse étanche

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remplie de matériaux élastiques (travées de bois entrecroisées, rondelles de caoutchouc, ressorts d’acier, etc.), constituant un sol élastique : un marteau-pilon bien construit et très sûr peut être arrêté instantanément et n’ébranle pas l’eau d’un verre placé à 4 mètres de distance.

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