CHAPITRE XXVII
SURVEILLANCE DU TRAVAIL
1° Le travail à haute température . — La fusion des métaux (fondeurs, forgerons, puddleurs, lamineurs, hauts fourneaux), le travail du verre, le métier de boulanger, celui de chauffeur -mécanicien exposent d’autant plus à l’action de la chaleur, que ces professions occasionnent de grands efforts musculaires et que l’inhalation des gaz dégagés est fatale.
a) Symptômes. Étiologie. — Outre la fièvre des fondeurs (fièvre de surmenage), on connaît les troubles oculaires (cataracte) des fondeurs et verriers, les lésions broncho-pulmonaires des boulangers, le coup de chaleur, etc., sans parler des lésions traumatiques (dilatation du canal de Sténon des souffleurs de verres : Poncet).
b) Prophylaxie. — Elle consiste dans la ventilation (hottes, ventilateurs, appareils clos), l’humidification (arrosages fréquents devant le feu), l’usage de vêtements de cuir, de galoches à guêtre, d’écrans, de lunettes de mica. La substitution du soufflage mécanique au soufflage par la bouche (pistons Robinet, air comprimé) facilite le travail des verriers.
La figure 109 représente le système d’aération-réfrigération des halls des verreries de Givors, considéré comme un modèle du genre. Il comprend : 1° des ventilateurs-agitateurs à palettes D placés au-dessus de la tête de l’ouvrier; 2° des ventilateurs propulseurs d’air F; 3° des bouches d’air ménagées sur une canalisation H qui circule autour du four et qui aboutit à un fort ventilateur propulseur; 4° une circulation d’air frais contre la paroi même du four constituée par les petites cheminées d’appel CAB.
Pour les boulangers, si souvent tuberculeux, J. Godart a fait voter par le Parlement la loi du 28 mars 1919 interdisant le travail de nuit.
SURVEILLANCE DU TRAVAIL
c) Législation. — Le décret du 9 janvier 1934 exige une « aération suffisante pour empêcher une élévation exagérée de la température ».
2° Le travail à l’humidité. ■ — Dans certaines industries ( filature , tissage ), l’humidité est nécessaire, et même provoquée. Dans d’autres ( buanderies du type ancien, teintureries ), elle n’est que nuisible; les buées doivent être évacuées.
En dehors du travail dans une atmosphère humide, nous pouvons étudier ici l’influence du contact de l’eau sur une partie du
corps dans certaines industries. L’humidité agit différemment suivant qu’elle est froide ou chaude. L’état hygrométrique peut être mesuré et enregistré (hygromètres, psychroinètres).
a) Symptômes. Étiologie. — D’une façon générale l’humidité prédispose à la scrofule, aux affections catarrhales et rhumatismales. L’action plus fâcheuse de l’humidité chaude s’explique par l’entrave qu’elle apporte à l’évaporation, à la respiration et à tous les actes nutritifs (expériences de Hubner). Elle est bien observée dans les ateliers de filage au mouillé du coton ou du lin, de moulinage de la soie.
Souvent s’y ajoutent l’action locale de substances organiques, animales ou végétales, décomposées et microbifères ( boyaudiers , peaussiers, chapeliers , fileurs de soie , débourreurs de cocons, nacriers ; raffineurs, rouisseurs, fileurs de chanvre, amidonniers , papetiers, blanchisseur de tissus), l’action irritante de substances minérales ( teinturiers et apprêteurs d'étoffes, décapeurs de métaux ).
L’eau trop chaude ou trop froide produit depuis l’engourdissement jusqu’à la nécrose des doigts : laveurs de vaisselle, blanchisseurs, boyaudiers, dégraisseurs, teinturiers, décapeurs, fabricants de produits chimiques.
Différentes dermatites professionnelles peuvent être déterminées par le travail à Yhumide simple, chez les débardeurs, déchireurs de bateaux en rivière, lavandières, pêcheurs à Vépervier : ce sont les « grenouilles » de Parent-Duchâtelet, par macération de la peau des extrémités.
D’autres sont dues au contact de liquides irritants : dermatites (hyperhidroses) des décapeurs, dégraisseurs, fabricants ou manipulateurs de produits chimiques (soude, chlorure de chaux, hydrocarbures liquides), photographes,
Fig. 109. — Ventilateurs réfrigérants dans
les verreries de Givors.