TRAVAIL DANS L’AIR COMPRIMÉ
Les accidents les plus fréquents, parmi ceux d’origine centrale, sont les accidents médullaires (hématomyélie), qui apparaissent parfois immédiatement, parfois après quelques minutes ou quelques heures : parésie ou paralysie des membres inférieurs avec ou sans fourmillements, anesthésie, quelquefois avec paralysie momentanée d’un membre supérieur; très fréquemment, rétention passagère d’urine et même des matières. La guérison est la règle, mais peut laisser des contractures chez les scaphandriers, soumis à de plus hautes pressions que les tubistes.
Les accidents d’origine périphérique sont de très vives douleurs, musculaires, articulaires (moutons) ou superficielles (puces), souvent avec démangeaisons, petites tuméfactions gazeuses (bosses ou bouffioles) ; des troubles labyrinthiques (sorte de vertige de Ménière) assez longs à guérir; des troubles fonctionnels (par refoulement gazeux) de l’estomac, des poumons et du cœur (refoulement du diaphragme) ; formes nauséeuse , dyspnéique, angoissante , assez fréquentes.
Tous ces accidents sont désignés sous le nom de coup de pression (coup de dépression serait plus exact) par les ouvriers : ils disent avoir « la pression » dans les jambes, les genoux, la tête, l’estomac, etc.
h) Étiologie. Pathogénie. — En 1854, Pol et Wattelle attribuaient les accidents qu’ils observaient dans le Nord, sur des ouvriers travaillant dans les caissons Triger, à la compression de l’air refoulant le sang des parties périphériques vers les organes internes, et amenant la congestion de ces organes : pourtant, il était déjà connu que les véritables accidents se produisent non pendant la compression, mais au moment de la décompression. Plus tard, Bauer constate le ramollissement hémorragique de la moelle et du cerveau (confirmé par Le Roy de Méricourt) chez les ouvriers construisant les piles du pont Saint-Louis sur le Mississipi (1869); Gatsaras étudie les hématomyélies des pêcheurs d’éponges de l’Archipel (1888).
La seule explication plausible de ce fait paradoxal, que les accidents se produisent à la sortie, fut que les accidents sont dus au dégagement de gaz tenus en dissolution dans les liquides de l’organisme, et surtout à l’accumulation de bulles gazeuses dans le réseau capillaire qui baigne les tissus. Cette théorie, entrevue et vérifiée expérimentalement dès 1670 par Robert Bayle, fut démontrée parfaitement exacte par les expériences de Paul Bert; il constata que les accidents étaient bien dus au dégagement de gaz, tant dans le liquide sanguin que dans les tissus. Mais, des gaz dissous dans le sang, celui qu’il faut incriminer n’est ni l’O, qui entre en combinaison avec les tissus aussitôt qu’il est mis en liberté, ni le CO2, dont la production est ralentie par la compression de l’air : c’est l’azote seul, qui, dissous en excès dans le sang et divers liquides de l’organisme pendant la compression, repasse à l’état libre au moment de la décompression, distendant les capillaires et les traversant pour se répandre dans les mailles du tissu cellulaire, en formant dans le réseau capillaire de la moelle épinière des obstructions par embolie gazeuse, qui produisent des paralysies plus ou moins graves, par ischémie passagère ou ramollissement de la moelle.
SURVEILLANCE DU TRAVAIL
D’après P. Bert, ce serait dans les extrémités des artères que se produisent les obstructions. D’après d’autres (Merget), au contraire, les bulles gazeuses se dégagent de tous les liquides interstitiels au sein même des tissus. En effet, Merget admet qu’il existe dans nos tissus des atmosphères gazeuses alimentées par les gaz du sang, et servant de milieu de diffusion pour les échanges respiratoires, de la même façon que le milieu atmosphérique se comporte vis-à-vis de la respiration pulmonaire.
Les accidents de décompression d’origine centrale sont la conséquence de troubles fonctionnels ou de lésions organiques, provoqués dans les centres nerveux par accumulation de bulles de gaz oblitérant les capillaires par le mécanisme de l’embolie, ou produisant des extravations sanguines : congestion ou apoplexie cérébrales bulbaires, médullaires, par ischémie, avec ou sans ramollissement, avec ou sans lésions pulmonaires, avec paralysie ou paraplégie, transitoires ou définitives, suivant que l’irrigation sanguine des territoires frappés d’embolie reprend plus ou moins vite son cours.
Les accidents d’origine périphérique sont dus, soit aux changements de volume des masses gazeuses contenues dans certaines cavités communiquant avec l’extérieur (oreille moyenne, tube digestif), soit au dégagement des gaz dissous dans les liquides renfermés au sein de nos tissus, avec extravasation ou expansion secondaire de ces gaz au milieu des mailles du tissu cellulaire, dans les interstices du tissu musculaire et des systèmes articulaires. Les gaz faisant irruption dans les mailles du tissu cellulaire, déchirant ces mailles, les filets nerveux, les fibres musculaires, expliquent les douleurs superficielles et profondes. La rupture d’équilibre entre l’air de la caisse et celui du conduit auditif, refoulant le tympan au dehors, et comprimant par le trou ovale les liquides de l’oreille interne, explique les troubles labyrinthiques vertigineux. La pression excentrique exercée par les gaz intestinaux (en cas de décompression brusque) sur les viscères abdominaux, les parois viscérales, le diaphragme, les poumons et le cœur, explique certaines autres formes (nausées, dyspnée, angoisse).
Après celles de P. Bert, les expériences de Haldan et Boycott ont montré que l’oxygène trop comprimé (12 kg., 5 atmosphères) devenait toxique (convulsion).
Les facteurs de gravité sont dus au degré de pression, à sa durée et surtout à la rapidité de décompression.
La pression de l’air, dans les différents travaux à l’air comprimé, varie entre 2 et 4 atmosphères : une pression de 5 atmosphères commence à devenir dangereuse (P. Bert); une pression de 3 atmosphères est déjà dangereuse, si la décompression est trop rapide (il faut la prolonger de douze à quinze minutes par atmosphère).
Si les accidents sont plus graves chez les scaphandriers, c’est qu’ils plongent quelquefois à 50 ou 55 mètres (72 m. dans un cas de Rondet et Piéry) tandis que les tubistes ne travaillent guère à plus de 25 mètres de profondeur (fonçage des piles de pont). Une campagne de pêche d’éponges, par exemple,