‹ Précis d'hygièneChapitre 242 sur 447 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

LE TRAVAIL DANS LES POUSSIERES

(NOSOCONJ OSES)

Les industries à poussières sont très nombreuses. La quantité de poussière capable de rester en suspension dans l’air (un quart d’heure et plus : Cornet, Flügge, Küss), ou d’être disséminée parfois très loin, varie naturellement beaucoup.

Un ouvrier absorbe, en dix heures de travail, en particules minérales ou végétales, 10 centigrammes dans une scierie, 12 dans une fonderie de fer, 1 gr. 08 dans un atelier de broyage des phosphates, 1 gr. 12 dans une fabrique de ciment où un mètre cube d’air contient 224 milligrammes de poussière. Le dépoussiérage peut réduire au moins de 1/4 les poussières organisées (38 millions de germes dans un atelier d’épuration de duvets et plumes).

Outre les inconvénients des poussières dans la fabrication industrielle (usure des machines « puces » dans l’argenture des glaces, etc.), les poussières sont dangereuses par leur inflammabilité (Courrières, Liévin) : portés à une certaine température, les grains fins constituent un véritable explosif (Berthelot, Tafîanel).

Surtout, elles peuvent pénétrer dans l’organisme par les diverses voies d’absorption (inhalation, mains sales, etc.), agir superficiellement ou profondément de façon mécanique, chimique, biologique.

NOSOCONIOSES

On appelle nosoconioses (Layet) les maladies (vocroç) produites par l’action des poussières (xcmç) qui peuvent être d’origine minérale, végétale ou animale.

NOSÔCONIOSËS

1° Nosoconioses. — -Les poussières industrielles peuvent nuire à l’organisme en se déposant ou se fixant sur les téguments ( der matoconioses ), ou en pénétrant dans les voies broncho-pulmonaires ( pneumoconioses ), ou en étant entraînées dans les voies digestives (■ entéroconioses ).

A. — Dermatoconioses. — - Les dermatites professionnelles se divisent en deux groupes, suivant qu’elles se produisent pendant le « travail au sec » ou pendant le « travail à l’humide ». Les premières seules sont dues aux poussières proprement dites (dermatoconioses), à côté desquelles on doit aussi placer les altérations des muqueuses tapissant l’orifice des cavités naturelles (ophtalmoconioses, rhino, otoconioses).

Les poussières se déposent surtout sur les parties découvertes, et de préférence au niveau des saillies, des plis articulaires, des poils qui les retiennent, mais parfois aussi sur les parties couvertes chez les gens malpropres, où elles se mélangent avec les produits de sécrétion et de desquamation cutanées (crasse) dans les régions irrégulières, anfractueuses, pourvues de poils, etc. : ceinture, plis de l’aine, parties génitales, ombilic chez l’homme; jarretières, corset, cavités naturelles chez la femme.

Dans la peau, les poussières peuvent agir par simple effet mécanique, obstruant les conduits glandulaires, et même les pénétrant ou les irritant, ou bien par pénétration sous forme de petites aiguilles, ou, enfin, par effet caustique (véritables ulcérations).

Les dermatoconioses peuvent affecter toutes les formes connues d’éruption ou d’altération cutanées : forme érythémateuse , par action superficielle purement mécanique de poussières inertes, insolubles, sans propriétés irritantes spéciales : forme papuleuse (la plus commune), par simple irritation superficielle du derme ou par pénétration de fines particules plus ou moins acérées, produisant de vives démangeaisons, d’où cuisson et excoriation; forme vésiculeuse ou eczémateuse, due ordinairement à des poussières souvent solubles, plus ou moins friables, ou humides et imprégnées de produits irritants s’accumulant dans les plis et sillons de la peau; forme furonculeuse, par pénétration dans les orifices des glandes sébacées de corpuscules irritants ou imprégnés de produits empyreumatiques (acné ou ecthyma du dos ou des épaules, abcès tubéreux du creux axillaire, blépharite glandulociliaire, otite furonculeuse) ; forme pustuleuse, due le plus souvent à l’action infectieuse de certaines pous-

TRAVAIL DANS LES POUSSIÈRES

sières d’origine animale (parfois spécifique : charbon) ou à faction destructive d’autres poussières salines ou chargées de principes âcres; forme ulcéreuse , occasionnée par les poussières caustiques (rhinite chronique perforante, avec ulcération et parfois perforation de la cloison). Dans l’énumération qui précède, on trouvera ainsi les exemples les plus fréquents de rhinoconioses , d ’otoconioses, d ’ophtalmoconioses.

Parmi les professions qui exposent aux dermatoconioses, citons :

1 es tailleurs de pierre, les fondeurs, les cimentiers (eczéma dit gale des cimentiers), les verriers, les chromateurs (dermatites ulcéropustuleuses), les houilleurs (érythème furonculeux), les fabricants d’étoupes (lichen des), les brossiers, criniers, etc., etc.).

B. — Pneumoconioses. — Ainsi dénommées par Zenker.

Malgré la présence d’obstacles naturels de toutes sortes (vibrisses, sinuosités, mucus agglutinant et bactéricide, mouvements de l’épiglotte et des cils vibratils de l’épithélium, leucocytes migrateurs, etc.) ; les poussières finissent, à la longue, par envahir de petites bronches et le parenchyme pulmonaire, surtout par la voie lymphatique où elles sont véhiculées par les phagocytes jusque dans les points les plus reculés (Ruppert, Charcot, etc.). Pour Calmette, des poussières pénétrant par la voie intestinale, pourraient engendrer des pneumoconioses.

Il existe un grand nombre de pneumoconioses, suivant les professions et la nature des poussières. Les principales sont la silicose et ses variantes, les silicatoses (talc, amiante, etc.).

a) silicose. — La silice ou anhydride silicique (SiO2) est très répandu dans la nature. La silicose pourra s’observer chez tous les sujets exposés à des poussières de pierres. Mais une série de circonstances fait varier l’intensité du danger : richesse en silice de la roche considérée, concentration des poussières dans l’atmosphère, dimensions des particules (les particules fines restent seules en suspension dans l’atmosphère et peuvent être inhalées), le temps d’exposition de l’ouvrier aux poussières, etc.

L’action purement mécanique des poussières est abandonnée. Pour les uns, la silicose est la résultante exclusive de faction toxique de la silice dissoute. Pour d’autres, la silice n’intervient que sur un terrain préalablement tuberculeux; pour d’autres, enfin, le module silicotique ne serait qu’un module tuberculeux modifié.

NOSOCONIOSES

La silicose exige pour apparaître quelques années de travail dans une atmosphère dangereuse. Elle n’est pas fatale et certains ouvriers seulement, sur la masse de travailleurs, peuvent être atteints. Elle peut se produire aussi chez des sujets éloignés, semble-t-il, par leur profession de l’atteinte nocive des poussières. Groizier, Martin et Policard en citent des exemples dans leur livre.

L’évolution comprend trois périodes : une période, d’abord, de tolérance absolue qui est généralement longue et se répartit sur des années. La seconde période également longue, mais moins que la précédente, se manifeste par deux signes fonctionnels essentiels : la dyspnée et la tachycardie. Enfin le silicotique, arrivé à la troisième phase d’intolérance, va évoluer comme un cardiaque et surtout comme un tuberculeux. La tuberculose est le gros danger qui menace le silicotique. Au début d’une silicose, on observe surtout des signes d’imprégnation (instabilité thermique, sueurs, amaigrissement, etc.). Lorsque la silicose a pris une individualité plus tranchée, la tuberculose évolue, de façon générale, assez rapidement, mais avec une insidiosité toute particulière, que le médecin chargé de la surveillance des mineurs silicotiques doit bien connaître. La thérapeutique se montre rarement opérante.

b) silicatoses. — Les silicates produisent des pneumoconioses analogues à celles qui sont dues à la silice, mais elles s’en différencient par une plus grande latence et une plus grande torpeur.

Citons l 'asbestose, due aux poussières d’amiante, qui est un silicate de magnésium et de calcium; la schistose , due à l’ardoise (silicates alumineux). Les poussières d’argile , additionnées de sable quartzeux, de talc (silicate de magnésium hydraté), de séricite (silicate d’alumine et de potasse), etc., peuvent donner des silicatoses.

c) sidérose. ■ — Elle est due à l’inhalation de poussières de fer. Tantôt le fer est seul en cause, chez les ouvriers se servant de rouge anglais (oxyde de fer) : miroitiers, batteurs d’or, polisseurs déglacé; tantôt la sidérose est associée à la silicose (aiguiseurs, mineurs, etc.).

d) pneumoconiose saturnine. — Quelques cas ont été rapportés (Paviot, Moreno Cobos, Sayé, etc.).

e ) anthracose. — Tout le monde est actuellement d’accord pour ne pas considérer les poussières de charbon comme nocives. Elles sont bien tolérées par les poumons. L’anthracose n’est qu’un simple tatouage physiologique. On ne rencontrerait de lésions que chez

rochaix. — ■ Précis d’hygiène.

TRAVAIL DANS LES POUSSIÈRES

les mineurs travaillant dans les zones où le charbon traverse des couches de roches siliceuses.

f) pneumoconioses végétales. — On a décrit le byssicosis , catarrhe chronique, pneumonie cotonneuse, dû aux poussières de coton. L’existence du tabacosis, dû aux poussières de tabac , ne paraît pas démontré. Les poussières de lin et de chanvre ne paraissent dangereuses que par les particules siliceuses , qui s’échappent lors du peignage, surtout du chanvre. Les poussières de bois peuvent provoquer des troubles des voies respiratoires supérieures, des bronches et même des poumons. Nous attirons l’attention sur les poussières des bois toxiques, importées des régions tropicales ou subtropicales, pour l’ébénisterie.

g) pneumoconioses d’origine animale. — Dans l’industrie de la laine, de la soie, des poils, des os, de la nacre, il se produirait des pneumoconioses. Mais la question est mal connue.

C. — - Entéroconioses. — Elles sont dues à l’altération des muqueuses digestives par pénétation et incrustration des poussières ingérées.

On distingue les entéroconioses vraies , dues à l’action purement mécanique des poussières (gastrite, parfois hémorragique, des porcelainiers, etc.), mixtes ; favorisées, en plus, par de mauvaises conditions de terrain ou de travail ; infectieuses , dues à des poussières virulentes (charbon, etc.).

2° Préservation . — Il faut diminuer la production des poussières et empêcher leur pénétration dans l’organisme.

a) Ventilation générale (p. 481). — Elle est toujours nécessaire, et facilite l’évacuation des poussières. Elle peut être suffisante, dans les ateliers peu importants, pour les poussières légères et fines. Il est souvent utile d’humecter les matières à travailler. Le dispositif général de Geneste et Herscher peut être indiqué comme réalisant une bonne ventilation des ateliers à poussières.

b) Isolement des poussières. — Il peut être obtenu par des appareils clos (hottes, châssis, cages vitrées, avec ouvertures pour le passage des mains et des avant-bras, etc.), permettant de réaliser sans danger certaines opérations ( blutage , embarillage , etc.), et d’entraîner poussières et vapeurs dans des cheminées d’aspiration (fig. 112).

NOSOCONIOSES

Des appareils d’aspiration et d’évacuation*des poussières permettent une ventilation spéciale’ per ascensum ( sciures de bois) ; fabrication

de chaussures ), ou per descensum ( époussetage de porcelaine , meules).

Les collecteurs de poussières sont (en principe) des caisses 4,, ^ ou des chambres en tôle, communiquant à leur partie supérieure avec l’atmosphère par un tuyau élevé (fig. 113).

Il en existe des types nombreux; recueille-poussières de Jouany, de Maniguet, cyclone Ransome, Sturtevant,etc. Les poussières recueillies peuvent parfois être utilisées comme combustibles, ou comme engrais, ou pour la fabrication du papier, des étoffes, etc.

Les filtres à poussières sont Fig. 113. — Séparateur cyclone Sturtevant. constitués par des manches en

flanelle dans lesquelles l’air poussiéreux est envoyé à l’aide de ventilateurs; l’air dépoussiéré s’échappe par les interstices du tissu; les poussières se collent au tissu; elles sont secouées automatiquement et tombent dans un réservoir inférieur. Ces filtres rendent de grands services en minoterie; ils

TRAVAIL DANS LES POUSSIÈRES

assainissent le milieu, diminuant les dangers d’incendie par les poussières folles, évitent une perte de marchandise (fig. 114).

c) Protection individuelle de l’ouvrier. — Elle est réalisée par

les : gants , lunettes , masques, etc.

Le masque en toile métallique à mailles étroites, simple treillis protecteur maintenu sur le front par la coiffure, comme l’emploient les cantonniers et les casseurs de cailloux, agit à la façon des lunettes et sert surtout à protéger les yeux.

Les Respirateurs ou masques Préservateurs des poussières (fig. 115), seront employés dans les cas où l’humectation de la matière la déprécierait ou empêcherait le travail ou si la ventilation est impossible.

Fier.

Page 1