II. — PHOSPHORISME
Le mal chimique, la nécrose phosphorée, dont on a signalé autrefois de si nombreux cas, chez les fabricants d’allumettes (Magitot), a presque disparu.
1° Symptômes. Étiologie. — Le phosphore ordinaire ou phosphore blanc est un corps très inflammable, violemment toxique (mortel pour l’homme à. 0 gr. 20 ou 0 gr. 50). Le phosphore rouge ou amorphe, variété allotropique du précédent, beaucoup moins volatil, n’est pas toxique.
Aussi, pour la fabrication des allumettes chimiques, le phosphore blanc dont on se servait autrefois pour préparer la pâte inflammable, n’est employé aujourd’hui que dans les fabriques clandestines. La loi de 1898 a prescrit de substituer au phosphore une composition de sesquisulfure de phosphore et de chlorate de potasse.
Les seuls travaux industriels susceptibles de provoquer l’intoxication phosphorique sont la fabrication des bandes à pâtes de phosphore blanc pour le rallumage des lampes des mineurs et des jouets à détonation avec emploi de phosphore blanc.
Les accidents du phosphorisme professionnel , tel qu’on l’observait autrefois, étaient surtout subaigus et chroniques : signes d’irritation broncho-pulmonaire, dyspepsie avec maigreur et teinte jaune des téguments, déminéralisation, albuminurie, troubles nerveux, avortements, mortalité infantile, etc.
La lésion la plus caractéristique était la nécrose des maxillaires (fig. 118), débutant par une ostéo-périostite du maxillaire inférieur, le plus souvent au niveau de dents atteintes de carie péné-
Fig. 118. — Maxillaire inférieur atteint de nécrose phosphorée (d’après Tillaux). — A, E, os nouveau. — B, D, ostéophytes nécrosés. — C, os ancien nécrosé.
IN TON ICA T ION S PROFESS ION N ELLES
trante, puis s’étendant en surface et surtout en profondeur, donnant lieu à la formation d’ostéophytes, de séquestres, de fistules souvent compliquées (érysipèle) et à un empoisonnement et à une dénutrition générale, mortels, d’après Magitot, dans 20 à 30 p. 100 des cas.
2° Prophylaxie . — Les fabriques de phosphore doivent être énergiquement ventilées : outre la ventilation générale, des hottes de ventilation spéciales, des cheminées d’appel, des cages vitrées aspireront directement les vapeurs phosphorées au fur et à mesure de leur formation.
Les ouvriers admis dans ces fabriques doivent être exempts de carie dentaire , leurs dents doivent être fréquemment surveillées ; ils doivent prendre très fréquemment des soins extrêmes de propreté : lavage des mains , gargarisme, brossage des dents, bains, avoir une bonne hygiène générale, ne pas être alcooliques.
Toutes ces opérations doivent se faire en vase clos, ou sous l’eau, sans dégagement de vapeurs : la mise en bâtons par le moulage en tubes doit se faire à froid à l’aide de presses hydrauliques (usine Coignet), et non, comme autrefois, par aspiration buccale, manœuvre exposant le plus à la nécrose grave (Magitot).
3° Législation, — - Convention internationale de Berne (1906) sur l’interdiction du phosphore blanc dans l’industrie.