CONDITIONS DES ÉPIDÉMIES
Outre la contagiosité qui est extrêmement variable suivant les maladies et parfois même, pour la même maladie, intervient un nouveau facteur : l’ épidémicité, la « vis epidemica » dont les éléments et les causes nous échappent encore. Nous sommes souvent encore obligés d’utiliser l’expression des anciens, de parler de « génie épidémique », pour masquer notre ignorance.
1° Certains facteurs, comme la promiscuité, V encombrement, la fatigue collective , la misère physiologique , etc., nous rendent compte de la diffusion des maladies épidémiques, mais dans une mesure très limitée et, à coup sûr, insuffisante.
L’épidémicité paraît tenir à des facteurs plus^généraux, dont les travaux de ces dernières années ont commencé à^dégager l’importance.
2° Facteurs cosmo=météorologiques. — On a repris sur des
bases scientifiques l’étude de ces influences cosmiques et météorologiques qui paraissaient, aux yeux de nos ancêtres, comme les facteurs exclusifs des épidémies (Voir. p. 273).
A. — Les saisons impriment leur marque en épidémiologie. Dans tous les pays, on a établi des statistiques établissant la courbe de fréquence des maladies épidémiques suivant les saisons.
Actuellement, tout au moins pour la France et les pays tempérés, on adopte généralement la classification de Woringer, qui ramène les maladies épidémiques à quatre types saisonniers.
a) Le type à sommet hiberno-vernal , de beaucoup le plus fréquent. Son sommet est en mars et son point le plus bas en septembre.
Se ramènent à ce type : la rougeole, la varicelle, la variole, les oreillons, la méningococcie, l’encéphalite léthargique, les catarrhes saisonniers, la pneumococcie, la tuberculose.
b) Le type hivernal a comme principal représentant la diphtérie, qui a son sommet en décembre.
c) Le type estivo-automnal a un sommet qui se place en août ou septembre, un minimum en mars. Ce sont les infections à point de départ intestinal, dont les représentants présentent une amplitude considérable de leurs oscillations : infections typho-paratyphoïdiques, dysenteries, choléra, l’ensemble des troubles digestifs du nourrisson. Il semble qu’on puisse y ajouter la poliomyélite.
d) Le type estival , de beaucoup le moins important : gastro-entérites, pellagre, etc.
ÉPIDÉMIOLOGIE GÉNÉRALE
Les variations saisonnières de ces maladies sont incontestablement liées aux variations des facteurs cosmo-météorologiques, qui se font sentir au cours des saisons et surtout aux changements de saisons (chaleur, froid, humidité atmosphérique, pression, vents, électricité atmosphérique, ionisation de l’air, radioactivité, etc.).
Comment ces variations agissent-elles?
1° Germe infectieux. — Pendant une certaine période, c’est l’influence sur le germe infectieux qui a eu la faveur des épidémiologistes. Netter, un des premiers, a incriminé l’exaltation saisonnière de la virulence microbienne (pneumococcie, poliomyélite). Trillat a établi l’existence, dans certaines conditions d’humidité de l’atmosphère, de gouttelettes microbiennes très virulentes (p. 569). L’étude des phénomènes de dissociation microbienne (en microbes donnant des colonies « rough » ou R et des colonies « smooth » ou S) a permis de constater qu’ils peuvent être sous la dépendance des variations saisonnières. Or, les souches pathogènes et épidémiques sont du type S, qui apparaît à certaines saisons (Topley, Dresel, Vogelsang, etc.). Levaditi et Hormis ont obtenu par dissociation, entrecoupée d’incidents, deux souches de virus poliomyélitique, qui rappelait d’assez près l’arrêt et la reprise d’épidémies de poliomyélite concomitantes.
2° Mode de transmission. — Les maladies d’origine digestive sont à prédominance estivo-autonmale, les maladies d’origine respiratoire à prédominance hivernale et printanière.
Les saisons ont une influence marquée sur les affections propagées par les insectes.
3° Terrain. — L’influence des saisons est considérable sur l’organisme et il semble bien que c’est surtout aux variations du fonctionnement physiologique de l'organisme, qu'il faut rapporter la périodicité saisonnière des épidémies.
Suivant les saisons, on observe des variations du cycle œstral (l’hyperfonctionnement ou l’hypofonctionnement des glandes génitales influe fortement sur la perméabilité des muqueuses aux agents pathogènes, comme l’a montré Aycock pour la poliomyélite); des combustions respiratoires-, du glycogène musculaire (Maignon) ; des éléments figurés du sang ; de sa teneur en hémoglobine ; du pH sanguin-, etc. Moro de Heidelberg a insisté sur la crise hormonale printanière, phase d’hyperexcitabilité du système nerveux et de suractivité des glandes endocrines.
Ces variations physiologiques et épidémiques, rythmées par les saisons, sont parallèles. Ce parallélisme ne suffit pas pour établir la relation entre les deux ordres de faits. Mais le rapprochement s’impose.
Quant aux causes, influençant ces cycles saisonniers, ce sont certainement les facteurs cosmo-météorologiques, mais il est difficile de les dissocier : ils s’associent, s’enchevêtrent, se conjuguent, s’influencent réciproquement pour