CHAPITRE LUI
LA LÈPRE
La lèpre est une maladie contagieuse, dont les foyers sont disséminés sur toutes les régions du globe ; il en existe au moins 500 000 cas dans les cinq parties du monde. Elle est due au bacille de Hansen (acido-résistant, très voisin de celui de la tuberculose, mais non cultivable et non inoculable, découvert en 1873).
D’allure lente et paroxystique, elle est caractérisée par des poussées de macules et de tubercules, par des troubles sensitifs, des amyotropliies et des mutilations.
La lèpre a donné lieu aux conférences de Bergen (1909), Strasbourg (1923), Bangkok (1930), Manille (1931). Elle est actuellement l’objet d’études, entreprises dans toutes les parties du monde, sous la direction du Comité d’hygiène de la Société des Nations.
1° Distribution géographique et fréquence. — La lèpre
qui a terrorisé le- Moyen Age, a presque disparu de l’Europe occidentale. Cependant, en raison des communications faciles et rapides qui l’unissent aux contrées exotiques où la lèpre est endémique, l’importation de cette maladie, en France, est plus fréquente qu’on ne le croit communément. Elle règne dans presque toutes les colonies françaises où l’on estime le nombre des lépreux, à plus de 100 000. En Extrême-Orient, elle constitue un foyer considérable qui occupe les Indes Anglaises, l'Indochine, les Indes néerlandaises, les Philippines, la Chine, le Japon. On l’observe dans la plupart des États de l’Amérique centrale, aux Antilles, dans les trois Guyanes, au Venezuela, en Colombie, au Brésil et dans le nord de la République argentine. Elle est répandue partout en Afrique et sévit même avec violence en Afrique équatoriale, au Congo, dans les possessions anglaises, à Madagascar, à la Réunion, etc.
LA LÈPRE
En Europe, il ne reste plus guère que les trois foyers endémiques Scandinave (Norvège et Islande), finlandais et balkanique, ainsi que de petits foyers autochtones en Sicile, en Espagne et en France (Bretagne, Landes et Alpes-Maritimes).
Signalons qu’à Paris, on a dépisté ces dernières années un certain nombre de lépreux. En 1935, Flandin et Ragut ont soigné au service spécial de l’hôpital Saint-Louis, 26 malades et en ont observé 69, vivant librement dans Paris. Ils ont même signalé six cas survenus chez des sujets n’ayant jamais séjourné aux colonies et contaminés très sûrement à Paris même. La lèpre constitue donctouj ours un danger dont il faut se préoccuper, bien que le fléau ait rétrocédé, de façon considérable.
Oo tïciii 1 fi ri té s
Fig. 157. — - Lèpre mixte. Chute des sourcils, raréfica Lion cliniques. La pé- de Ja barbe; ectropion paralytique, surtout accusé à
riode d’incubation est gauche, nez busqué; nappes lépromateuses doublant
fort longue Elle est les i°ues au-dessus des sillons naso-geniens.
en moyenne de cinq à
dix ans, parfois même de plus grande durée. Il s’agit, d’ailleurs, plutôt d’une période latente de la maladie que d’une période d’incubation propre¬
ment dite.
Tantôt les manifestations prédominent sur la peau et les muqueuses, avec
nappes d’infiltration, tubercules cuboïdes, donnant avec la rhinite, un aspect spécial au visage : le faciès léonin (voir fig. 157).
Tantôt les manifestations se portent à peu près exclusivement sur les nerfs périphériques. C’est la forme anesthésique. Tantôt, enfin, et c’est le cas le plus fréquent, on observe la forme mixte ou complète.
— Précis d’hygiène.