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LA LEPRE
Cette maladie essentiellement chronique procède par bonds et par à-coups. Les trêves , parfois très longues, peuvent durer des mois et même des années.
3° Voies d’émission et de dissémination du bacille .
— Les lépreux présentent des variations très grandes, en ce qui concerne les dangers de contagion. Il n’y a aucune comparaison à établir, à ce point de vue, entre un neuro-lépreux, qui présente seulement des lésions atrophiques, et un léonin, affecté de coryza intense et d’ulcérations suppurantes. Le premier ne présente aucun
danger; le second projette des quantités énormes de bacilles autour de lui.
Les tubercules cutanés ulcérés laissent échapper de véritables émulsions de bacilles. La muqueuse nasale est également une voie de dissémination très importante, en raison de la fréquence et de la précocité des lésions. Le sang des épistaxis initiales, comme le muco-pus du coryza chronique, con-
Fig. 158. - Bacilles Ce Hansein. Frottis de tient ™ "Ombre CoIoSSal de sérosité nasale. Rhinite purulente (J. Cour- bacilles (fig. 158). Les tuber-
™onif cules ulcérés de la muqueuse
bucco-pharyngée contaminent souvent la salive, mais les crachats, d’origine bronchique ou pulmonaire, renferment rarement des bacilles et seulement à une période avancée. Le sperme contient, au début de l’infection, un grand nombre de bacilles. Le lait d’une femme qui est atteinte de mammite lépreuse ou qui porte des tubercules sur les mamelons peut être contaminé. 11 est tout à fait exceptionnel que le bacille de Hansen sorte de l’organisme par l’urine ou les matières fécales.
Le terme de lèpre ouverte ne doit pas s’appliquer seulement aux cas où le malade est couvert de tubercules suppurants. Alors, même qu’il ne présente aucune ulcération, il peut par la toux, par la parole, par les sécrétions nasales et autres, par sa desquamation cutanée, répandre autour de lui des germes dangereux.
Marchoux soutient qu’il existe des porteurs sains, sujets atteints
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d’une infection latente, qui ne se manifesterait jamais et qui ne pourrait être décelée en l’absence de tests biologiques.
On ignore l 'habitat du bacille de la lèpre, en dehors de l’organisme. On l’a cherché en vain dans le sol, même dans la terre des cimetières de lépreux, et dans les aliments (poisson et porc salé, pois d’Angola), qui passent pour favoriser le développement de la maladie. L’homme malade paraît constituer le réservoir de virus exclusif.
La pénétration, chez l’individu sain, se fait par la peau et les muqueuses nasales, bucco-pharyngées, oculaire, génitale.
4° Modes de contagion . — La contagiosité de la lèpre fut universellement admise jusqu’à la première moitié du XIXe siècle. Puis, cette notion s’obscurcit. Danilssen et Bœck, Wirchow, plus tard Zambacco Pacha, considèrent l’hérédité comme l’unique mode de transmission. La découverte de l’agent pathogène, les recherches modernes sur l’étiologie des maladies infectieuses, les épidémies qui ont éclaté à l’époque contemporaine, ont ramené à la doctrine de la contagion la plupart des léprologues. Mais il semble qu’il ne faille nier de façon absolue l’hérédité de la lèpre.
La contagion directe d’homme à homme paraît le mode de transmission de beaucoup le plus fréquent. Ce sont les contacts intimes et répétés qui diffusent la maladie (Marchoux). On conçoit ainsi le rôle que jouent le taudis avec son surpeuplement et la misère, génératrice de malpropreté. « Pour que la lèpre se transmette, il faut beaucoup de malpropreté » (LIansen).
La contagion indirecte est vraisemblablement réalisée par l’intermédiaire des objets abondamment souillés par les sécrétions lépreuses, le mucus nasal, en particulier. Les mouches jouent probablement un rôle dans la dissémination du bacille. Quant à l’inoculation par un insecte piqueur ou un acarien, elle n’a jamais été démontrée.
Il est possible que l’infection puisse se faire par la voie digestive. Souvent chez les indigènes, on utilise aux repas un plat commun à tous les convives. Ceux-ci, en y puisant les aliments avec les doigts, souillés de mucus nasal ou d’autres sécrétions lépreuses riches en bacilles, peuvent ensemencer tout le contenu du plat. Les aliments ainsi contaminés seraient susceptibles d’infecter des sujets sains, par ingestion.
5° Lèpre des rats. — Ces rongeurs peuvent être atteints d’une maladie tout à fait comparable à la lèpre humaine, due à un bacille acido-résistant
rochaix. — Précis d'hygiène.
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très voisin du bacille de Hansen, le bacille de Stefansky (1003). La lèpre des rats a été bien étudiée par Marchoux et Sorel, qui ont montré la grande simi-litude anatomo-pathologique, de son évolution, avec la lèpre humaine. On ignore les rapports qui peuvent exister entre la lèpre murine et celle de l’homme.
6 0 Diagnostic bactériologique. — Il est nécessaire pour la lutte antilépreuse, en raison du grand nombre d’individus atteints de lèpre latente (incubation, périodes de trêve, porteurs sains). Il se fera par la recherche du bacille de Hansen :
a) dans le suc ganglionnaire , par ponction d’un ganglion sous-cutané : ganglions inguinaux, axillaires, épitrochléens, cervicaux, étalement sur lames et recherche directe ;
b) par examen du mucus nasal : les bacilles de Hansen y sont très abondants ;
c) par recherche dans le sang (procédé de la goutte épaisse) recueilli par piqûre au niveau d’une macule, d’un tubercule ou d’une infdtration cutanée;
d) par biopsie au niveau des macules, nodules, etc. pour la mise en évidence du bacille et l’histo-diagnostic ;
e) par bacilloscopie du pus uréthral ou du sperme.
7° Prophylaxie. — Dans l’Antiquité et au Moyen Age, le lépreux était rigoureusement séquestré. Il était véritablement retranché de la société.
Actuellement, les mesures sont moins draconiennes et ont cependant permis d’obtenir un recul considérable du fléau, dans les pays où elles ont été appliquées.
a) Déclaration. — Elle est obligatoire en France depuis le 21 juillet 1929, (n° 17);
b) les lépreux ne présentant aucune lésion contagieuse doivent être surveillés et tenus de prendre les plus grands soins de propreté corporelle , en particulier de se désinfecter chaque jour les fosses nasales et les cavités bucco-pharyngées ;
c) les lépreux contagieux doivent faire l’objet d'une série de mesures. Comme dans le cas précédent, désinfection quotidienne des fosses nasales et des cavités bucco-pharyngées. Leurs ustensiles de toilette et de table doivent leur appartenir en propre. Leurs vêtements seront périodiquement passés à l’étuve et les pièces de pansement, détruites par le feu.
Les personnes, vivant en contact habituel avec un lépreux, doivent occlure sur le champ, les moindres érosions qui pourraient servir de porte d’entrée à l’infection. La cohabitation est dangereuse (tubercules ulcérés du gland et du prépuce, uréthrite lépreuse). Tout
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lépreux doit faire lit à part, et, si possible, avoir une chambre et un cabinet de toilette personnels.
IL isolement des lépreux dans un hôpital ordinaire ne peut être envisagé. La maladie dure trop longtemps. Cette hospitalisation coûterait trop cher et condamnerait les malades à une existence trop triste qui les inciterait à se soustraire à toute surveillance.
Mais on peut envisager la ségrégation des malades dans des léproseries, sous forme de colonies agricoles, en particulier, où les lépreux peuvent trouver un milieu social avec une vie active. Il en existe une en France, celle de la Chartreuse de Valbonne, dans le Gard et de nombreuses dans nos colonies.
JLes unions entre lépreux sont permises à condition que les enfants soient dès leur naissance, soustraits à la contagion familiale et soumis à l’alimentation artificielle. Cette règle devient particulièrement impérieuse si la mère est en forme ouverte, si elle porte des tubercules du mamelon ou si son lait est bacillifère. En aucun cas, l’enfant né d’une lépreuse ne sera confié à une nourrice, car il peut avoir été contaminé au passage, pendant l’accouchement ou même infecté par la voie transplacentaire, pendant la vie intra-utérine.
Le traitement des lépreux (huile de chaulmoogra, etc.) pouvant aider à la cicatrisation des lésions ouvertes aidera à la prophylaxie.
La surveillance des lépreux doit être resserrée depuis qu’on signale en France, à Paris, comme nous l’avons signalé, des lépreux avec même des cas d’infection autochtone. Dans nos colonies, c’est surtout l’hygiène générale, la suppression des taudis et les habitudes de propreté qui contribueront — on en a déjà éprouvé l’efficacité — à faire reculer le fléau.