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PALUDISME

Connu depuis la plus haute antiquité, le paludisme a porté les noms de fièvre intermittente , de fièvre à quinquina, de fièvre palustre , des marais, tellurique , de fièvre malariale ou simplement de malaria suivant que l’on a incriminé comme cause de maladie l’eau stagnante, le sol ou l’air.

Le paludisme est un des plus grands fléaux qui aient accablé l’humanité. Sa gravité est, en effet, considérable, au point de vue social. Dans les régions paludéennes, il entraîne une véritable déchéance physique et morale de la race, il a causé des désastres terribles dans les armées. En 1809, à Walcheren, les Anglais envoient sur l’Escaut 44 000 hommes et 470 voiles. Napoléon se contente de les maintenir dans les régions marécageuses, sans combattre : 27 000 hommes sont atteints du paludisme. Au cours de la conquête de Madagascar, 7 000 hommes sur 10 000 furent décimés par ce fléau.

D’après le Comité d’hygiène de la Société des Nations, on a observé 693 millions de cas de paludisme en un an à la surface du globe.

1° Distribution géographique. De toutes les maladies infectieuses, le paludisme est celle qui occupe le plus vaste domaine; on le rencontre dans les cinq parties du monde, tantôt sous forme endémique, tantôt sous forme épidémique; sa gravité augmente à mesure qu’on se rapproche des contrées tropicales (fîg. 159).

La zone intertropicale est totalement envahie, à l’exception toutefois de quelques îles, comme la Nouvelle-Calédonie, Tahiti et diverses îles océaniennes.

Dans l’hémisphère Sud, le paludisme ne dépasse guère le tropique du Capricorne, si ce n’est au sud du Brésil et au nord de l’Argentine,

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où il atteint le 30° parallèle. Le sud de Madagascar, situé en dehors de la zone tropicale, est aussi envahi. En Australie, au contraire, le paludisme ne sévit pas dans toute la zone tropicale et n’atteint pas le 20° parallèle.

Dans l’hémisphère Nord, le paludisme ne dépasse pas beaucoup le tropique du Cancer : il sévit à l’état endémique en Afrique, en Asie, et en Amérique jusqu’au 35° parallèle et dépasse même le 40° en Amérique, en Asie et en Europe.

En Europe, le paludisme s’étend au delà du 60° parallèle. Les

Fig. 159. — Carte du paludisme.

principaux foyers sont situés sur les rives de la Méditerranée, de la mer Noire, et de la mer Baltique. A l’intérieur des terres, le paludisme existe dans la Prusse orientale et occidentale, le Brandebourg, en Galicie, en Russie, dans 1a. région de Nijni-Novgorod et à l’est de la mer Caspienne.

En France, il existait de nombreux foyers palustres, dans les Charentes, la plaine d’Argentat, le marais vendéen, la Double, la Dombe, la plaine du Forez, la Sologne, etc. Ils sont actuellement presque éteints. Il n’existe guère actuellement que deux régions où l’endémie paludéenne persiste, la Camargue et la Corse.

2° Formes cliniques. — La fièvre est tantôt continue , tantôt rémittente (continue avec des paroxysmes), tantôt et le plus souvent intermittente (série d’accès se présentant toujours avec le même aspect et revenant à intervalles réguliers). Si l’accès revient tous les jours, on a la fièvre quotidienne ; quand il revient tous les deux jours, on a la fièvre quarte (ainsi nommée parce

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que l’accès s’étant produit le 1er jour, se reproduit le 4e). Chaque accès présente : 1° un stade de frisson; 2° un stade de chaleur; 3° un stade de sueur. La température peut s’élever jusqu’à 40 degrés et plus, puis la fièvre disparaît et tout rentre dans l’ordre, jusqu’à l’arrivée d’un nouvel accès.

La fièvre peut être larvée ou pernicieuse.

Le paludisme a aussi une forme chronique (malade ayant supporté, pendant longtemps, de nombreuses attaques). 11 se produit alors des troubles organiques divers, tels que la tuméfaction du foie et de la rate, l’anémie et la cachexie palustre.

Donc, trois périodes dans le paludisme chronique : i° la période des accès causés par le parasite; 2° la période d’engorgement des organes, en particulier du foie et de la rate; 3° la période cachectique.

3° Les Hématozoaires . — Le paludisme est causé par la présence dans le sang d’un sporozoaire , découvert par Laveran en 1880. L'introduction du parasite dans la circulation se fait par la piqûre d’un moustique , qui, lui-même, s’est infecté en piquant un sujet en puissance de malaria et dont le sang est peuplé d'hématozoaires.

L’hématozoaire du paludisme comprend trois espèces : Plasmodium malariae, PL vivats , PL prœcox (Travaux de Marchoux, Roubaud, Mathis, Léger etc.),

a) Plasmodium malariæ. Cycle évolutif (fig. 160). — Le cycle évolutif du parasite de la lièvre quarte est double : une phase s’effectue dans le sang du malade, l’autre dans le corps du moustique. La durée du cycle évolutif est de soixante-douze heures.

La connaissance de ce cycle évolutif a eu pour point de départ les travaux de Ross sur Hœmanœba relicla du moineau des Indes, hématozoaire très voisin de celui de l’homme. Depuis, de nombreux savants, en particulier les Italiens Grassi, Bignami, Bastianelli, ont démontré que l’évolution de Plasmodium malariæ était identique à celle de Y Hæmamœba relicta.

Dans la phase évolutive se passant chez l 'homme, la multiplication du parasite est asexuée. Introduit dans le sang, l’hématozoaire se fixe sur le globule rouge et se développe à ses dépens. Après avoir acquis un certain développement, il se segmente, prenant alors la forme en rosace. Les segments résultant de cette division, véritables cellules filles, appelées mérozoïtes, se mettent en liberté pour parasiter les globules rouges et engendrer à leur tour une nouvelle génération d’hématozoaires (fig. 160).

Les formes asexuées de Plasmodium malariæ sont souvent disposées

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transversalement en écharpe, dans les globules de taille- normale, possèdent des limites très nettes et un pigment très apparent. Les mérozoïtes sont en petit nombre.

A cette reproduction asexuée, dite Schizogonie, s’oppose la reproduction sexuée , dite Sporogonie, qui s’effectue dans le corps du moustique. Les éléments sexués existent toutefois dans le sang humain mais dans un état inapte à la conjugaison. Ces formes sexuées, appelées gamètes, sont représentées par l’hématozoaire adulte sous deux

modalités : la forme femelle, dite macrogamétocyte à noyau compact, régulier, et à protoplasma facilement colorable; la forme mâle, dite microgamétocyte , dont le noyau est diffus et le protoplasma peu colorable. Ces corps sexués sont sphériques et occupent à peu près tout le globule qui garde ses dimensions normales.

Les divers stades évolutifs sont visibles dans le sang périphérique.

En piquant le paludique, le moustique absorbe, avec le sang, l’hématozoaire sous deux états; d’une part, les mérozoïtes ou schizontes, qui, incapables de se développer hors du sang, vont disparaître aussitôt; d’autre part, les formes adultes sexuées. Celles-ci, après quelques modifications, se conjuguent par pénétration dans l’élément femelle (macrogamète) de filaments, ou flagella , issus des

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éléments mâles, ayant les attributs des spermatozoïdes, et appelés microgamètes. Fécondé, le macrogamète (alors appelé zygote) va se fixer entre les cellules de la paroi stomacale; son volume augmente, et il se remplit de nombreux corps fusiformes qui se mettent en liberté dans la cavité du cœlome de l’insecte. Ces corps libres, appelés sporozoïtes, vont enfin se loger dans les glandes salivaires du moustique; et lorsque celui-ci piquera un sujet sain, il lui inoculera ces sporozoïtes qui, dans le sang, vont devenir les hématozoaires.

Le double cycle est ainsi terminé. Le développement du parasite n’est possible qu’à partir de 16 degrés et sa température optima est entre 25 degrés et 30 degrés. Selon la température ambiante, son évolution dans le moustique est de sept à dix jours; de sorte qu’un moustique, qui s’est infecté en suçant le sang d’un malade, n’est infectant qu’au bout de huit à dix jours.

b) Plasmodium vivax. — L’évolution de cette espèce, agent de la fièvre tierce , est la même que celle de la précédente, mais les formes sexuées apparaissent de bonne heure sous la forme de parasites amiboïdes, volumineux, dans un globule hypertrophié. On observe dans certains cas des granulations rondes particulières (grains de Schufîner). La durée du cycle évolutif est de quarante-huit heures.

c) Plasmodium prœcox ou falciparum, agent des fièvres irrégulières est représenté dans la circulation périphérique par de petits anneaux protoplasmiques et des gamétocytes en forme de croissants. Souvent le globule présente de grosses granulations, dites de Maurer. La durée du cycle évolutif est de vingt-quatre à quarante-huit heures.

4) Moustiques inoculateurs : anophèles. — C’est à Ross que l’on doit la mise en évidence du rôle du moustique inoculateur, V Anophèle, qui appartient aux Anophélines, sous-famille des Culicides (vulgairement moustiques). L’anophèle femelle est seule hématophage.

Il est important de savoir différencier les Anophèles des Gulex , ces derniers insectes ne transmettant pas la malaria.

1° La tête des mâles porte des appendices de même longueur aussi bien chez les Gulex que chez les Anophèles', ces appendices sont en allant de l’extérieur vers la ligne médiane : les deux antennes très plumeuses, les deux palpes et la trompe. Chez les femelles d’Anophèles, les palpes ont encore même longueur que la trompe; mais

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chez les femelles de Culex, les palpes sont très courts. Le caractère des palpes des femelles sert donc à distinguer les Culex des Anophèles (fig. 161).

2° Un caractère tout à fait général qui permet de distinguer les

Fig. lui. — Tètes d’ Anophèles et de Culex mâles et femelles (Sergent).

Culex des Anophèles, est tiré de la disposition des larves aquatiques quand elles sont à la surface de Veau. Tous les moustiques pondent leurs œufs à la surface des eaux tranquilles, ils donnent naissance

Culex, Anophèles.

Fig. 1G2. — Larves d’ Anophèles et de Culex (Sergent).

à des larves à vie aquatique, bien que la respiration ne puisse se faire que dans l’air. Les larves doivent donc venir respirer à la surface de l’eau. Tout leur appareil respiratoire

converge à un tube qui s’ouvre à l’extrémité postérieure du corps. Chez les larves d’Anophèles, ce tube est très court, et, pour respirer, la larve doit venir affleurer à la surface de Veau où elle 'prend une position horizontale. Chez les Culex, le tube a une certaine

Fig.

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