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CHAPITRE LXVII

TYPHUS EXANTHÉMATIQUE

On a vu que le typhus exanthématique est un rickettsiose (voir p. 742). Mais son étude doit être faite avec les maladies nécessitant des mesures internationales.

Le Typhus exanthématique ( Typhus 'pétéchial historique , des armées , des prisons , mal irlandais , etc.) est une maladie fébrile, à invasion brusque, caractérisée par une éruption polymorphe généralisée, ecchymotique, respectant la face, avec fuliginosités. Troubles nerveux, constipation, délire violent, puis prostration. Chute brusque de la température. Durée très fixe de douze à quinze jours. Convalescence longue. Récidives rares. Pas de lésions des plaques de Peyer.

1° Particularités cliniques. — Gravité. — Incubation variable (huit à douze jours en moyenne). Récidives rares. Formes frustes surtout chez les enfants très importantes pour la propagation des épidémies.

Mortalité : 15 à 50 p. 100 suivant les épidémies.

2° Étiologie. Épidémiologie. — a) Histoire et Géographie. — Le typhus, très anciennement connu, fut répandu en Europe du xve au xixe siècle, surtout à la remorque des armées (Guerre de trente ans) ou dans les périodes de famine (Irlande, sièges, etc.).

Actuellement , son importance est bien moindre, mais il persiste des foyers dé endémo-épidémie : Russie, Allemagne orientale, Irlande, Abyssinie, Algérie et Maroc (quartiers misérables des villes, recrudescences tous les quatre ou cinq ans : Sergent, Herzen), Tunisie et Tripolitaine, Perse, Chine et Japon (guerre russo-japonaise), etc.

En France, la Bretagne constitue un foyer, avec une poussée au Havre et jusqu’à Paris en 1892-1893 (Thoinot, Netter).

Pendant la grande guerre, le typhus a fait des ravages considérables en

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Europe orientale, en Serbie, Russie, Roumanie; en Allemagne dans les camps de prisonniers. Les troupes alliées du front français n’ont pas eu d’épidémie de typhus grâce à l’épouillage, l’hygiène générale, mais surtout à la surveillance sanitaire qui empêchait l’arrivée des cas de contagion. Au contraire, nos corps expéditionnaires de Serbie, Roumanie, ont été atteints, souvent gravement par la maladie. Les médecins ont payé un lourd tribut.

En Serbie, le typhus de 1916 a décimé la population civile et militaire. En 1918, il s’étend encore de ce pays aux bords de la mer Noire (Russie méridionale, Roumanie). Ce fut un des plus grands fléaux de cette guerre (après la grippe).

Ce fut un fléau effroyable pour la Russie, avec la famine et le choléra.

En Russie, avant la guerre de 1914, on comptait en moyenne 80 000 cas annuels. Pendant la guerre on compte déjà 100 000 cas en 1915; et près de 6 millions, en deux ans (1919 et 1920) ; en quatre ans il y aurait eu 20 millions de cas et plus d’un million de morts. Des régions relativement riches et épargnées par la guerre civile ont été très durement frappées, par suite du développement du réseau de chemins de fer dans lesquels (fuite, exode par la famine...) se faisait la contagion.

En Pologne, en 1919, il y eut 230 000 cas, 19 900 morts (soit 8,7 p. 100 de mortalité).

Les médecins sont très souvent atteints.

b) Causes favorisantes. Contagion. — Favorisé par l’encombrement, le froid, la misère et la famine (Murchison) ; se montre chez les armées en déroute.

Le typhus n’apparaît pas spontanément, mais par contagion (Netter). L’agent de dissémination le plus habituel en temps de paix (dissémination en filière et non massive) est le vagabond , qui chemine d’asile en asile, en passant aussi parfois par la prison ou l’hôpital. La contagion est directe en apparence (médecins, infirmiers) ou indirecte (vêtements, literie, prisons, asiles et dépôts de mendicité, voitures publiques, etc.). En réalité, elle est toujours indirecte (par le pou).

c) Le virus. — Le typhus exanthématique est dû à Rickettsia Prowazecki (voir p. 743) qui ne produit, par inoculation intrapéritonéale du cobaye, qu’une réaction fébrile , sans orchite. L’infection réalisée chez le rat reste toujours inapparente. Le sérum des malades atteints du typhus historique agglutine exclusivement le Proteus XI9.

Il n’existe que dans le sang, déjà deux jours avant le début de la fièvre et encore deux jours après la défervescence ainsi que le montre le résultat des inoculations au cobaye (voir plus loin).

d) Transmission par le pou. — Nicolle, Comte et Conseil ont prouvé que ce virus se transmet par le pou de corps (psdiculus vestimenti). Le pou de tête peut aussi le transmettre (Anderson et Goldberger). Un malade n’est dange-

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reux ni par ses crachats, ni par ses rares squames, ni par son urine, ni par ses matières fécales, mais seulement par les poux qu’il porte; débarrassé de ses poux et mis dans des conditions telles qu’il ne puisse être piqué par d’autres poux, il n’est pas contagieux; de même son linge, ses vêtements ne sont dangereux que s’ils hébergent encore des poux : de même aussi sa literie et les locaux qu’il a habités ou celui dans lequel il est soigné ne sont dangereux que s’il s’y trouve des poux.

Le sang est infectant déjà deux jours avant les premiers symptômes (fin de la période d’incubation).

Mais les meilleures conditions pour que les poux soient infectants, c’est qu’ils aient piqué un malade arrivé au cinquième ou septième jour de l’évolution de son typhus; le douzième jour, ils ne s’infectent que dans la proportion de 4 à 5 p. 100; deux jours après la chute de température, le sang du malade n’est plus virulent.

C’est à partir du huitième jour, après leur repas infectant, que les poux peuvent transmettre la maladie par piqûre.

Ces huit jours d’incubation dans le corps du pou doivent toujours être envisagés dans le calcul de la date de la contamination par l’insecte (causes d’erreur possible).

Les crottes des poux sont infectantes et par le grattage le sujet s’inocule lui-même le virus.

e) Diagnostic bactériologique et expérimental. — - L’hémoculture négative, le séro-diagnostic négatif avec les bacilles typhiques et paratyphiques permettront d’écarter les diagnostics de fièvre typhoïde ou paratyphoïde; l’absence de spirilles dans le sang élimine l’idée de typhus récurrent; l’absence d’hématozoaires écarte la pensée de fièvre palustre.

L’injection dans le péritoine du cobaye de 2 à 3 centimètres cubes, dose optima, de sang de typhique à la période fébrile détermine chez l’animal, après sept à seize jours d’incubation, une fièvre élevée qui dure de quatre à onze jours sans autre phénomène qu’un léger amaigrissement : ce typhus expérimental est transmissible en série.

C’est actuellement la méthode vraiment spécifique, mais elle fournit une réponse tardive; de plus le cobaye peut présenter une réaction retardée ou inapparente (surtout avec le virus d’un cas bénin, typhus de l’enfant par exemple) ou une absence individuelle de sensibilité (d’où nécessité d’inoculer plusieurs cobayes).

Le sérodiagnostic de Weil et Félix doit être pratiqué avec le type Proteux Jf19 et à des taux allant de 1 p. 100 à 1 p. 10 000. Il n’est pas spécifique, mais possède une valeur indicative importante (80 à 100 p. 100 de résultats positifs dans le typhus). Les agglutinines apparaissent dans le sérum des typhiques entre le quatrième et huitième jour de la poussée fébrile, atteignent le maximum vers le onzième jour et diminuent à partir du vingtième; on peut encore les déceler dans le sérum des convalescents pendant deux mois (intérêt prophylactique).

ROCHAIX.

Précis d’hygiène.

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3° Prophylaxie . — Les mesures à prendre contre le typhus exanthématique sont multiples :

a) Déclaration obligatoire (maladie n° 2 p. 580).

b) Isolement des malades. — Il doit être pratiqué, si possible, à l’hôpital. Point n’est besoin, d’ailleurs, de pavillons spéciaux : des box improvisés réalisent un isolement de fortune, suffisant, à condition que tout contact soit interdit entre les autres malades et les exanthématiques, et que ceux-ci soient confiés à un personnel spécial (de préférence infirmiers peu nombreux, ayant eu déjà le typhus), du moins jusqu'à ce qu'ils soient exempts de poux.

Le personnel médical ou hospitalier ne portera pas de barbe, mettra des vêtements serrés au cou et aux poignets, des coiffures de toile enserrant les cheveux, se munira de gants ou mieux aura les mains et avant-bras enduits d’huile d’eucalyptus ou de pétrole, dont l’odeur éloigne les poux, multipliera les bains, les lavages, etc. IJ devra être vacciné.

c) Surveillance des personnes de l'entourage du malade. — Elle sera exercée (pendant une vingtaine de jours) surtout au point de vue de la propreté, de la présence de poux, etc. : les enfants sont particulièrement suspects, à cause de la fréquence chez eux de cas frustes (Nicolle et Conseil).

d) Recherches des locaux parcourus par les vagabonds. — Elle s’impose d’urgence dès que des cas de typhus sont signalés (Netter), en raison des poux infectés qu’ils peuvent contenir. On opérera la désinsectisation. En attendant, ces locaux doivent être condamnés.

e) Épouillage. — La destruction des poux est le temps le plus important de la lutte contre le typhus. Ch. Nicolle a vu des malades demeurer contagieux tant qu’ils n’avaient pas été lavés et dépouillés de leurs vêtements et devenir inofîensifs aussitôt après que ces mesures étaient prises. L’épouillage doit porter non seulement' sur les malades mais sur leur entourage et sur tous les vagabonds.

Pour la façon dont l’épouillage doit être pratiqué, voir chapitre xxxix, page 615.

f) Prophylaxie générale. — Des mesures générales contre le typhus et ses causes prédisposantes s’imposent particulièrement dans les « terres d’endémie », mais devraient être prises partout et toujours, spécialement dans les asiles de nuit , postes de police , prisons (prisons arabes : Herzen), hôpitaux , casernes , quartiers pauvres et sales , etc.

C’est la lutte contre l’insalubrité du logement, contre la malpropreté (poux) et l’ignorance, contre la misère et la famine.

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Les vieux vêtements et objets de literie devraient être désinfectés avant d’être mis en vente; il y a danger à abriter un inconnu, à approcher un malade avant qu’il soit épouillé, etc.

L 'hygiène militaire doit se préoccuper de préserver à ce point de vue la santé des troupes : devant Sébastopol, les Anglais, grâce à l’hygiène, n’ont eu que 6 typhiques sur 10 000 hommes, tandis que les Français, faute d’hygiène, étaient décimés. En 1914-1918, au contraire, l’armée en France n’a pas eu de cas de typhus.

g) Sérothérapie préventive. — Nicolle et ses collaborateurs ont prouvé Y action préventive du sérum des malades convalescents et guéris ( sérum filtré de malades guéris depuis dix ou douze jours au plus).

h) Vaccination préventive. — On recourt actuellement de plus en plus à la vaccination antityphique. On a vacciné d’abord avec le vaccin de Weigf préparé avec l’intestin de poux infecté par voie anale avec le virus typhique. Actuellement, grâce à l’immunité croisée pouvant s’obtenir contre le typhus historique au moyen du virus du typhus murin (voir p. 743), on utilise ce dernier, vivant. G. Blanc broie finement les vaginales, la rate, les surrénales de cobayes infectés de typhus murin, émulsionne la pulpe obtenue, l’additionne de bile stérilisée et l’inocule à la dose de 1 centimètre cube chez l’adulte, à plus faible dose (1/4 à 1/2 cm3) chez l’enfant. Plus de 160 000 vaccinations pratiquées jusqu’ici au Maroc attestent la valeur de la méthode.

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