CHAPITRE LX VIII
LA VARIOLE
Autrefois la variole était la plus redoutable des maladies aiguës; ses victimes étaient légion; c’était la préoccupation et le tourment de toute la vie, tant qu’on ne l’avait pas eue; on allait, par peur, jusqu’à la variolisation (voir p. 809). La variole était le plus grand des fléaux.
Aujourd'hui la maladie a presque disparu. Cependant, elle fait encore de temps à autre, des retours offensifs, en raison de l’application imparfaite de l’obligation de la vaccination. En France, la variole en 1925, à causé 456 cas; en 1926, 554 (à Paris, 44 cas); en 1927, 410; on 1930, 217; en 1932, 129; etc. C'est cependant la plus évitable des maladies. Il suffit pour s'en préserver de se faire vacciner (voir p. 815).
1° Particularités. — Incubation de dix à quatorze jours (9 jours pour la variolisation). Invasion brusque (2 jours). Desquamation lente (croûtes) (fig. 191).
Complications redoutables (suppurations secondaires par les pyogènes : phlegmon, fonte des yeux, etc., etc.; complications pulmonaires).
Formes malignes (hémorragiques surtout).
Diagnostic quelquefois difficile au début (diagnostic certain par la formule sanguine : J. Courmont et Montagard).
Réceptivité considérable de l’homme : la variolisation échouait une fois sur mille. Toutes les races. Tous les âges. Il existe même une variole fœtale (enfant naît en incubation, ou en pleine variole, ou avec des croûtes ou simplement réfractaire).
Immunité acquise par une première atteinte, mais parfois seulement pour quelques années, comme pour la vaccine (voir p. 810).
2° Germe. — Inconnu, probablement, virus filtrant. Existe dans le sang, dans les vésicules, les pustules, les croûtes; le pus des pustules, sauf infection secondaire, ne contient pas de pyogènes, c’est un pus spécifique (J. Courmont et Montagard). Très peu dilTu-
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sible comme les croûtes. Extrêmement résistant. Peu ou pas inoculable aux animaux, sauf aux singes. Les cadavres des varioliques contiennent des streptocoques très virulents.
3° Contagion. — La période contagieuse est très précoce et très longue (toute la maladie) (fig. 191).
La moindre érosion peut servir de porte d’entrée : la voie habituelle est probablement pulmonaire (septicémie d’emblée).
La contagion est directe et indirecte.
Elle ne se fait qu’à très petites distances, sauf si les croûtes sont transportées par des linges, des lettres. En somme : contagion indirecte très dangereuse.
4° Épidémies. — La variole existe depuis la haute antiquité. Elle pénétra dans la Gaule au vie siècle. Le premier traité de la variole (Rhazès) date du ixe siècle. Au xve siècle, elle se répand partout. Christophe Colomb la transporte en Amérique. La période scientifique de son histoire commence au xvne siècle avec Sydenham. Le xvme siècle voit la variolisation (1721) et la vaccination (1798). En France, la lutte sociale contre la variole date surtout de l’épidémie de 1870.
Toutes les races, tous les pays, tous les climats. Cependant, épidémies plus fréquentes en hiver (air confiné des appartements). Grande influence de la malpropreté, des mauvaises conditions hygiéniques.
Épidémies apparaissant tous les quatre ou cinq ans, si on se relâche dans la pratique de la vaccination.
La marche d'une épidémie est la suivante. Un cas importé contagionne son entourage; l’inva- sion est lente„ se manifestant pen-
Fig. 191. — Périodes contagieuses de la variole.
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dant un mois ou deux par quelques cas dans le voisinage; puis, brusquement une véritable épidémie se déclare. Après deux ou trois mois la disparition est assez brusque. La figure 192 montre la marche de l’épidémie lyonnaise de 1900.
5° Gravité . — La gravité de la variole dépend de la malignité possible de la maladie (variole hémorragique notamment, surtout
chez les alcooliques) et des complications par infections secondaires , dues aux pyogènes (phlegmons, fonte purulente des yeux, donnant une énorme proportion d’aveugles) ou par infections pulmonaires. La variole est très grave pour la femme enceinte (avortement et mort rapide).
Autrefois , la mortalité était de 70 p . 100 environ, sans parler des guéris mutilés (phlegmons, cécité). Actuellement, grâce à la vaccination, grâce au traitement prophylactique des suppurations (grands bains de sublimé, pulvérisations sur la face, bleu de méthylène dans les yenx : J. Courmont), la mortalité n’est plus que de 20 p. 100 environ et les mutilations,
Fig. 192. — Épidémie lyonnaise en 1900. la cécité SOllt rares. Il faut
lutter contre les pyogènes de la peau qui transforment le pus variolique aseptique (J. Courmont et Montagard) en pus à streptocoques, contre les infections pulmonaires.
La mortalité varie suivant les formes : nulle pour la varioloïde, de 50 p. 100 pour les formes confluentes, elle atteint presque 100 p.100 pour les formes hémorragiques primitives. Elle varie suivant les âges,
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elle est maxima chez les jeunes (non vaccinés) et chez les vieillards (vaccinés depuis très longtemps et aux organes déjà usés). La gravité est plus grande chez la femme (état puerpéral, vaccination moins fréquente à 21 ans).
Toute tare , V alcoolisme (formes hémorragiques primitives) augmente la gravité du pronostic.
La broncho-pneumonie, les infections pulmonaires sont assez fréquentes en hiver.
Exemple. - — - V épidémie de Lyon de 1900 (fig. 192),
912 cas avec 167 morts (18 p. 100). La proportion des hommes, qui était autrefois supérieure à celle des femmes, est moindre :
449 femmes contre 343 hommes. Cette proportion supérieure des femmes est surtout accusée (fig. 193) de vingt à quarante ans (vaccination obligatoire de l’homme au régiment). La mortalité est plus considérable chez la femme (18 p. 100) de vingt à cinquante ans, au lieu de Fig. 193. — Épidémie lyonnaise de 1900. Propor-
(14 p. 100) chez l’homme *>“ des hommes “ <les femmcs- suiva,“l Mge’ (puerpéralité, non vaccination). On compte 44 formes hémorragiques primitives avec une seule guérison. Les 40 formes hémorragiques secondaires donnèrent 27 guérisons.
Voici les causes de mort des 142 cas observés après le 1er janvier 1900 (fig. 192) :
Hémorragiques primitives . 43
— secondaires . 13
Broncho-pneumonie . 37
Congestion pulmonaire . 17
Pneumonie franche . . . 6
Tuberculose avancée . 5
Total : . Ï2Ï
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Report : . 121
Péricardite aiguë . 3
Myocardite aiguë . 2
Néphrite aiguë . 2
Avortements (mères) . 4
Morts-nés . 3
Divers . 7
Total . 142
Il n’y eut que 110 cas de phlegmons périphériques (13,8 p. 100) dont 15 très prolongés. Il n’y eut que 4 fontes oculaires.
Sur 21 femmes enceintes : 5 guérisons sans avortement, 16 avortements ou accouchements avancés (8 guéries, 8 mortes, dont 4 avaient des formes bénignes).
On nota trois récidives de variole chez des personnes en outre vaccinées.
On a dit que la variole prédisposait à la tuberculose; nous ne le croyons pas.
6° Variole et alastrim . — L’alastrim se manifeste par l’apparition d’un exanthème spécial tenant le milieu entre les éruptions de variole et de varicelle. C’est une maladie remarquable par la conservation de l’état général et sa bénignité. En Europe, elle a causé des épidémies, en Angleterre (1919), en Suisse (1921 à 1923), au Portugal (1923-1925). En France, on a observé quelques cas isolés, venant de la Martinique, les Antilles, constituant le foyer mondial le plus important de l’alastrim. On discute sur sa parenté avec la variole (unicistes et dualistes), mais pratiquement la vaccination jennérienne se montre très efficace contre elle.
7° Prophylaxie . — La prophylaxie de la variole est une des plus belles conquêtes de l’hygiène.
Les nations qui pratiquent sévèrement la vaccination n’ont plus de variole (p. 817).
a) Déclaration et désinfection. — Elles sont obligatoires, par la loi de 1902 (p. 580). Déclaration aussi hâtive que possible. Surveillance très sévère et désinfection en cours de maladie (p. 592). Désinfection très complète du convalescent, après la fin des croûtes, de la literie, de l’appartement. Brûler livres et cahiers, etc. En somme : la surveillance et la désinfection , au maximum.
b) A Vécole. — Ne pas licencier, sauf pour désinfecter. Revacciner.
c) A l’hôpital. — Isolement très complet, individuel, ce qui entraîne l’abaissement de la mortalité par diminution des complications
cutanées et pulmonaires. Antisepsie : bains journaliers au sublimé, pulvérisation sur la face en préservant les yeux, collyre au bleu de méthylène dans les yeux. Interdiction des visites. — Surveillance du personnel , pour qu’il ne transporte pas la variole dans le quartier. — Interdiction aux varioleux dé écrire des lettres.
d) Variolisation. — C’est 1 'inoculation cutanée de la variole pour donner une variole bénigne qui entraînera l’immunité. Pratiquée depuis longtemps en Perse et en Chine, apportée en Europe en 1721, par lady Montague, elle se répand rapidement, malgré ses dangers, tellement la variole était redoutée.
On prenait du pus sur des pustules de sujets atteints et on inoculait par piqûre ou scarification. Tache rouge le troisième jour, papule le quatrième, vésicule le cinquième, pustule le septième ou huitième ; phénomènes généraux le neuvième; éruption généralisée le douzième. Les morts étaient assez fréquentes.
La variolisation est maintenant interdite.
e) Vaccination. — Voir ci-dessous.
VACCINE ET VACC I N AT I O N ANTIVARIOLIQUE
La vaccine est une maladie infectieuse, contagieuse et atteignant spontanément le cheval (horse-pox) et la vache (cow-pox). L’homme peut la contracter au contact des animaux qui en sont atteints, mais cette infection naturelle est de moins en moins fréquente. Son grand intérêt est, qu’inoculée à l’homme, elle détermine chez lui une maladie bénigne qui le protégera ultérieurement contre la redoutable infection que constitue la variole. C’est un fait resté jusqu’ici unique en pathologie. « La vaccine reste jusqu’à présent le seul exemple d’une maladie naturelle, définie, immunisant contre une autre maladie. » (P. Teissier et L. Tanon.)
1° Historique. — Jenner (1749-1823), médecin à Berkley, pratiquait la variolisation. Il remarqua rapidement que certains paysans, employés dans les étables, étaient réfractaires à la variolisation. Après vingt ans de travail et d’expérimentation rigoureuse, il publia, en 1798, ses Recherches sur les causes et les effets de la variole vaccinale , où il montrait que cet état réfractaire à la variole était dû à une maladie contractée directement de la vache. Cette maladie
LA VARIOLE
de la vache, c’était le cow-pox. Le travail de Jenner est un modèle d’expérimentation.
Jenner inocula la maladie de la génisse à l’homme; il inocula l’homme de bras à bras; il variolisa ensuite, toujours sans succès. La vaccination antivariolique était un fait établi.
La découverte de Jenner, loin de passer inaperçue, se répandit très rapidement. Le 7 février 1801, se fondait, à Paris, un hospice spécial, avec un Comité central pour propager la vaccination. Le 6 prairial an IX, parut la première circulaire aux Préfets de France, leur prescrivant d’encourager la vaccination. On verra plus loin que la vaccination est devenue obligatoire, dans la plupart des pays.
2° Parenté avec la variole . — Jenner avait déjà supposé une parenté entre la variole et la vaccine. Depuis longtemps, alternativement, les unicistes et les dualistes ont opposé leurs arguments, sans se convaincre mutuellement. En 1863, une Commission lyonnaise, présidée par Chauveau, instituait de mémorables expériences et concluait à la dualité. Depuis lors, nombreux sont les auteurs qui ont cru démontrer l’unité des deux affections; mais, Chauveau, dans de nouvelles expériences, et nombre d’auteurs après lui, ont mis hors de doute, la dualité, actuellement à peu près universellement admise. Peut-être les deux maladies ont-elles une origine commune; aujourd’hui, elles sont suffisamment différenciées pour qu’on ne puisse transformer l’une dans l’autre. Nous n'admettons donc pas qu'il existe de variole-vaccin.
3° Germe de la vaccine. — 11 est inconnu, malerré les nombreuses recherches qui ont porté sur ce point (Guarnieri, etc.). C’est un virus filtrant mais relativement peu filtrable.
La pustule vaccinale, comme d’ailleurs la pustule variolique, avant d’être infectée par les pyogènes de la peau, ne contient pas de microbes visibles, ni cultivables par les moyens ordinaires. Cela est facile à démontrer en produisant une vaccine généralisée sur le poulain, par injection intraveineuse (Chauveau); les pustules, étant d’origine endogène, restent longtemps à l’abri des souillures extérieures et sont stériles. Calmette et Guérin, ainsi que Camus, ont confirmé sur le lapin ce caractère dermotrope du virus vaccinal.
4° Description de la vaccine humaine. — La vaccine humaine n’est que rarement spontanée (vachers ou palefreniers
VACCINE El' VACCINATION ANTIVARIOLIQUE 811
qui approchent, sans soin, des animaux malades de cow-pox ou de horse-pox). L’immunité' naturelle est très rare. L’homme a une grande réceptivité.
On connaît l’aspect de la papule vaccinale qui se montre vers le quatrième jour, suivie d’une vésicule, puis d’une pustule, enfin d’une croûte. C’est vers le huitième jour que l’on vérifie le succès d’une vaccination.
Rarement, la vaccine inoculée sur la peau se généralise. Gela s’observe cependant quelquefois. Les pyogènes de la peau envahissent presque toujours la pustule, d’où résultent des inflammations, pouvant aller jusqu’à la lymphangite, l’hypertrophie ganglionnaire et même des accidents plus graves.
Il importe donc de maintenir, autant que possible, la pustule vaccinale à l’abri des contaminations.
J° Valeur préventive. — Autrefois , la variole causait 10 p. 100 de la mortalité générale. Aujourd’hui , la variole a disparu complètement dans les pays à vaccination obligatoire, elle est rare dans les pays à vaccination facultative, elle est demeurée aussi intense qu’autrefois dans les pays où l’on ne vaccine pas (Colonies, Égypte, etc.).
Cette valeur préventive a été discutée parce que :
a) L’immunité ne dure pas toute la vie. — Cela est vrai, mais il en est de même pour la variole (p. 804); en réalité, l’immunité est très souvent définitive; on admet qu’elle dure en moyenne dix ans ; c’est la raison d’être des revaccinations obligatoires (p. 816). On sait que les revaccinations sur l’adulte antérieurement vacciné sont positives dans à peu près 40 p. 100 des cas.
b) L’immunité n’est pas immédiatement créée. — Cela est encore vrai ; on n’est vacciné efficacement que dix jours après l’inoculation ; aussi, pendant les épidémies de variole, peut-on observer des coexistences de variole et de vaccine. En inoculant quotidiennement la vaccine au même patient, on voit, qu’à partir du dixième jour seulement, l’inoculation reste négative. En 1809, Sacco inocula la variole (variolisation) à des vaccinés; il vit, qu’au quatrième jour, les deux éruptions étaient simultanées ; au huitième j our, la variole prend encore, mais très atténuée, ne se généralisant pas; au neuvième jour, l’accident local est extrêmement faible; à partir du dixième jour, la variole ne prend pas.
6° Influence sur la gravité de la variole . — Lorsque d’anciens vaccinés, mais ayant perdu leur immunité complète, con-
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tractent la variole, celle-ci est très atténuée. Exemple, dans l’épidémie lyonnaise (p. 807), on voit les tableaux suivants :
Morts.
150 non vaccinés1 . 50 p. 100
580 vaccinés plus de dix ans avant . 10,8 —
22 vaccinés dans les dix dernières années (broncho-pneumonie) . 4 —
16 coexistences . 12 —
24 vaccinés plusieurs fois et toujours positivement2 . 4 —
Sur les 44 varioles hémorragiques (mortalité : 43), on comptait :
Non vaccinés . 23
Vaccinés plus de dix ans avant . 21
Coexistence . 1
Vaccinés depuis moins de dix ans . 0
Chez les femmes de vingt à cinquante ans (donc, n’ayant pas subi la vaccination du régiment) la mortalité fut de 18 p. 100, tandis que chez les hommes de vingt à cinquante ans, elle ne fut que de 14 p. 100.
7° Dangers. Contre-indications. — On attend, en général, quelques semaines avant de vacciner les nourrissons, s’ils sont trop faibles ou malades. On évite aussi de faire des revaccinations chez des enfants ou des adultes malades. Ce sont les seules contre-indications.
a) La transmission de la syphilis et de la tuberculose ne sont plus à envisager depuis qu’on emploie le vaccin animal à la place du vaccin de bras à bras.
b) Accidents septiques. — Nuis, si l’opération est faite aseptiquement, sauf chez les sujets atteints d’une affection cutanée (impétigo, eczéma). Dans ce cas, il vaudra mieux attendre.
c) On repoussera provisoirement la vaccination chez les débiles, les enfants atteints de maladies éruptives (rougeole, scarlatine, varicelle, etc.).
d) En 1920, Lucksch a signalé l’apparition de V encéphalite postvaccinale , huit à dix jours après l’inoculation cutanée du vaccin jennérien. Il s’agit d’un accident exceptionnel très inégalement
1. 23 avaient été probablement vaccinés, ce qui donnerait une mortalité de nonvaccinés de 60 p. 100 environ.
2. Certains organismes perdent très facilement leur immunité; chez eux, toutes les revaccinations sont positives; on doit savoir qu’ils ont plus de chances que d’autres de contracter la variole.
réparti dans le monde, mais prédominant en Angleterre et surtout en Hollande. Cet accident apparaît, dans l’immense majorité des cas, chez des primo-vaccinés, dont la primo-vaccination est tardive (entre 5 et 11 ans) comme en Hollande, où elle n’a lieu qu’à l’âge scolaire. Il semble contrairement à beaucoup d’hypothèses émises, qu’il faille chercher dans le virus vaccinal lui-même la cause de ces accidents. Il aurait V action « d’une amorce qui fait éclater un explosif ». ( Commission de la variole et de la vaccination à la Société des Nations.)
8° Obtention du vaccin . — Autrefois , on vaccinait de bras à bras; le médecin prenait sur sa lancette le pus d’une pustule variolique d’enfant et vaccinait avec lui un certain nombre d’autres enfants. Aujourd’hui , pour éviter tout danger de contagion d’enfant à enfant, on n’utilise que le vaccin de génisse.
On choisit un animal jeune et sain. On rase soigneusement les poils du flanc et on fait une série (100 à 200) de scarifications à la lancette, sur laquelle on applique de la pulpe vaccinale. Au bout de quatre jours, les papules apparaissent; elles deviennent pustules. La récolte se fait le huitième jour, en enlevant à la curette les croûtes consécutives aux pustules. L’animal est aussitôt sacrifié et le vaccin ne serait pas employé si l’animal était constaté malade (tuberculose ou autre maladie).
Les croûtes ainsi recueillies aussi aseptiquement que possible, sont finement broyées, le plus souvent au moyen de broyeurs mécaniques (broyeur Latapie). On ajoute, en général, un peu de sucre et on conserve cette pulpe vaccinale dans la glycérine ; elle revêt alors l’aspect bien connu d’un liquide gluant et louche. La glycérine a l’avantage d’empêcher le développement de la plupart des germes adventices, de conserver l’asepsie du liquide vaccinal. Par contre, son action sur la virulence du vaccin est légèrement atténuante. Le vaccin doit être, autant que possible, conservé dans un appareil frigorifique (surtout sur les navires qui le transportent aux colonies). Le maintien, à une température fixe et basse, assure une conservation prolongée de la virulence. Le vaccin est livré aux médecins, suivant les pays et les villes, entre deux lames de verre, dans des godets, ou mieux dans de petits tubes de verre. Nous préférons cette dernière méthode qui permet d’envoyer des doses minimes de vaccin et qui permet de les retirer aseptiquement. Ces tubes de verre, fermés à la lampe aux deux bouts, sont placés dans de petits étuis métalliques pour éviter le bris.
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On sait aujourd’hui (Huon), que le vaccin propagé sur l’âne (< asino-vaccin ) a une virulence plus stable, même quelquefois exaltée, par rapport au vaccin de génisse.
Des travaux récents concernant la culture du vaccin jennérien en milieu embryonnaire présentent le plus grand intérêt. On obtient ainsi (Plotz) un vaccin ectodermique, bactériologiquement stérile , non neurotrope. Ce vaccin commence à entrer dans la pratique (R. Martin, Castenoble, Delaunay) et le 13 juillet 1938, l’Institut Pasteur de Paris a été autorisé à préparer un vaccin antivariolique par culture du virus variolique dans un milieu constitué par des cellules d’embryon de poulet, en voie de prolifération. Les cultures additionnées de 10 p. 100 de sérum de bœuf chauffé, sont conservées en ampoules de 2 centimètres cubes à l’état liquide ou sec. Il est appliqué par scarification.
En France , la production du vaccin n’est pas libre; elle est réservée à l’Académie de médecine, qui possède à Paris son Institut vaccinogène, à certains Instituts, à quelques laboratoires municipaux, aux centres militaires. Une demande doit être faite; l’autorisation est donnée par le ministère de la Santé publique, après avis du Conseil supérieur d’hygiène. Il y a ainsi en France une dizaine de centres, producteurs de vaccin.
go Variations de la virulence . Contrôle . — Tous les médecins vaccinateurs ont constaté Y irrégularité presque périodique de la virulence du vaccin , produit par le même centre vaccinogène. Aucun Institut n’est à l’abri de cette diminution de la virulence du vaccin. Vaillard pense qu’il faudrait revenir à l’emploi de la pulpe fraîche, sans addition de glycérine. Boisson a étudié l’influence du vieillissement sur la virulence de la pulpe. La même pulpe, donnant 74 p. 100 de succès au dixième jour, peut n’en donner plus que 40 au soixantesixième. Ferrier voit les succès tomber de 52 à 28 p. 100, après quarante-cinq jours de vieillissement.
Cette influence de la glycérine et du vieillissement est certaine; mais, en outre, on voit fréquemment le vaccin, même frais et non glycériné, subir, dans un Institut, un affaiblissement momentané de virulence. Il est donc désirable de contrôler avant la livraison, la puissance du vaccin. Le moyen le plus simple serait de vacciner des nourrissons, chez lesquels les succès doivent être de 100 p. 100; mais, un vaccin donnant 100 p. 100, chez le nourrisson, peut cependant être faible; un meilleur contrôle est celui de la vaccination de
l’adulte, le vaccin devant donner, par exemple sur le contingent militaire, récemment arrivé au régiment, 40 p. 100 de succès environ. On peut aussi faire un contrôle expérimental; plusieurs Instituts essayent leur vaccin sur le lapin. Avec un peu d’habitude (en observant journellement et de près, le lapin inoculé sur le flanc rasé, ou mieux épilé), on se rend très bien compte de la virulence du vaccin.
Rappelons que le meilleur moyen de renforcer le vaccin est de le faire passer par l’âne (asino-vaccin). On peut aussi remonter au horse-pox , ou mieux demander de la semence vaccinale à un autre Institut, qui n’est pas en période de virulence atténuée.
10° Manière de vacciner . — On utilise le vaccin, provenant de la génisse, en l’inoculant superficiellement sur la peau de l’homme. L’asepsie la plus rigoureuse est naturellement de rigueur. L’instrument inoculateur est, soit la lancette, soit le vaccino-style. Le principe est de faire une scarification extrêmement légère, qui ne doit pas saigner (piqûre simplement sous-epidermique). En effet, l’hémorragie peut, d’une part, entraîner au dehors les germes vaccinaux, d’autre part, favoriser l’inoculation des germes pyogènes. La scarification, ainsi faite, est à peine visible; on étend un peu de pulpe vaccinale et on laisse sécher avant de laisser rhabiller. Il est prudent d’entourer la région d’un peu de gaze aseptique.
Si la vaccination est bien faite, une seule scarification est nécessaire, puisqu’une seule pustule est suffisante pour conférer l’immunité. En général, on en fait deux ou trois, pour parer à tout échec. La scarification doit avoir 2 ou 3 millimètres de longueur.
La région la plus habituellement choisie est la région deltoïdienne. Chez le nouveau-né, remplacement le meilleur semble être le bord externe du pied. Cette région est très sensible (Camus), la scarification y sera donc minime. D’autre part, la région peut être facilement surveillée, soustraite à toute souillure et l’enfant baigné, le pied hors de l’eau.
On constate le succès ou l’échec, le huitième jour.
11° Organisation sociale de la vaccination. — L’efficacité de la vaccination antivariolique est telle que l’organisation sociale, c’est-à-dire l’obligation de cette pratique, s’impose.
a) En Frange. — La vaccination obligatoire demandée par l’Académie dès 1846, n’a été légale que cinquante ans plus tard!
LA VARIOLE
Avant la loi de 1902, la vaccination n’était pas obligatoire en France. Cependant la loi de 1886, exigeait le certificat de vaccination pour les élèves des écoles primaires. Une circulaire de 1890, ordonnait la re vaccination, à l’école, de tous les enfants au-dessus de dix ans. Le certificat était également exigé dans l’enseignement supérieur et dans différentes industries.
Dans l’armée française, la vaccination ne fut pratiquée sérieusement que depuis la loi du 1er novembre 1897. On vaccine tous les hommes arrivant au corps, sans exception; on revaccine, tous les ans, les soldats et les sous-officiers, vaccinés sans succès, l’année précédente; on revaccine les réservistes, sauf ceux qui ont été vaccinés avec succès dans les huit années précédentes. Enfin, en temps d’épidémie, on revaccine tous ceux qui ont été antérieurement vaccinés sans succès. Le vaccin militaire est produit directement par le Service de santé.
Tout ceci était insuffisant. En 1898, on pouvait encore compter 4 128 hommes non vaccinés sur le contingent arrivant au corps.
La loi de 1902, (art. 6, p. 38) rend obligatoire la vaccination dans le cours de la première, de la dixième et de la vingtième année , c’est-àdire une vaccination et deux revaccinations échelonnées de dix ans en dix ans. Des pénalités sont prévues (p. 50) contre les parents des enfants, ou les adultes de vingt et un ans, qui ne se soumettraient pas à la vaccination. Cet article de la loi de 1902, est loin d’être observé. La primo-vaccination est bien acceptée, de même la revaccination pendant la dixième année à l’école ; par contre, si les hommes subissent au régiment leur seconde revaccinatiori, les femmes de vingt et un ans y échappent presque complètement. Les maires devraient dresser des listes de tous les administrés, âgés de vingt et un ans, pour assurer cette obligation; rares sont ceux qui obéissent.
La loi du 7 septembre 1915, incorporée dans l’article 6 de la loi de 1902, prescrit qu’en cas de guerre, de calamité publique, d’épidémie ou de menace d’épidémie, on revaccinera (décret ou arrêté préfectoral) toute personne, quel que soit son âge, qui ne pourra justifier avoir été vaccinée ou revaccinée avec succès depuis moins de cinq ans.
Le décret du 17 juin 1928, a rendu également obligatoire la vaccination ou la revaccination de toute personne, appartenant au personnel permanent, temporaire ou auxiliaire, des administrations de l’État et tous les services s’y rattachant, qui ne peut justifier avoir été vaccinée avec succès depuis moins de cinq ans.
Le décret du 27 juillet 1903 a organisé dans chaque département une Commission de vaccine (dont la composition a été remaniée depuis) qui est chargée de surveiller les centres producteurs de vaccin et d’assurer l’exécution de la loi de 1902, c’est-à-dire la vaccination obligatoire.
Il existe dans chaque département des médecins vaccinateurs qui doivent régulièrement, chaque année, aller dans toutes les communes de leur ressort, vacciner, à jour fixe, à la mairie, les personnes qui doivent se faire vacciner ou qui le désirent. Les listes sont dressées par les maires; les séances se font, en général, à la mairie ou à l’école publique. Ces vaccinations sont gratuites; les médecins vaccinateurs reçoivent une indemnité, variable suivant les départements.
Chaque année, les médecins vaccinateurs envoient leurs statistiques (opérations et succès), à la Préfecture (Inspecteur départemental d’hygiène) qui les transmet à la Commission départementale de vaccine).
Ces documents sont résumés dans un rapport annuel à l’Académie de médecine, laquelle délivre des médailles de récompenses.
En somme, si la loi de 1902 était observée, elle réaliserait presque la perfection au point de vue de la vaccination obligatoire. Malheureusement, les femmes échappent, en général, à la seconde revaccination. Une enquête récente effectuée à Paris par Touraine (juillet 1939) a montré qu’environ un tiers de la population de 15 à 30 ans, la moitié après 30 ans, est en état de réceptivité, non protégé par une vaccination trop ancienne.
b) Dans tous les PAYS civilisés, la vaccination antivariolique est maintenant obligatoire. Signalons cependant qu’en Angleterre depuis l’Act de 1876, sous l’influence des ligues antivarioliques, invoquant la liberté de conscience, elle est devenue, en pratique, facultative. Aussi la variole fait-elle de fréquentes réapparitions en Angleterre.
12° Résultats. Effets comparés de la vaccination obligatoire et facultative. — A Paris , de 1869 à 1873, on a compté 17 681 morts par variole, alors que de 1914 à 1918, dans cette ville, la vaccination ayant été pratiquée de façon intensive, le nombre des varioles n’a été que de 66 avec 25 morts.
En France , avant la vaccination, de 1872 à 1902, il y eut 25 000 morts par variole. Après la vaccination de 1907 à 1932, il n’y en eut plus que 1 300.
ROCHAIX.
Précis d’hygiène.
LA VARIOLE
Pendant la guerre de 1870-71 , qui a duré six mois, l’armée française composée de quelques centaines de mille hommes, présenta 125 000 cas de variole, avec 24 000 morts, sans compter la population civile, ce qui fit que la France fut alors de tous les pays d’Europe, le plus éprouvé par la maladie.
Pendant la guerre de 1914-1918 , qui dura plus de quatre ans, l’armée française, composée de millions d’hommes, où les races les plus diverses étaient mélangées, qui vécut dans les conditions les plus favorables au développement d’une épidémie meurtrière de variole (lutte incomparablement plus cruelle, surpeuplement considérable des villes et des villages, etc.) ne présenta que 56 cas de variole : 12 dans l’armée métropolitaine, 44 dans l’armée coloniale, avec 4 morts. En tenant compte, tout à la fois, de la population civile et militaire de la France, la morbidité variolique s’éleva, pendant cette période, à 144 cas.
En Angleterre, où, pratiquement, comme nous l’avons vu, la vaccination n’est pas obligatoire, il y eut de 1926 à 1928, en deux ans, 24 000 cas de variole et 66 décès. Il existe, d’ailleurs, dans ce pays, 331 hôpitaux spécialisés pour les varioliques.
Aux Indes anglaises, on compte environ 100 000 cas de mort par variole, par an.
Dans les pays où la vaccination antivariolique est appliquée obligatoirement et strictement, la variole a régressé très rapidement et a pratiquement disparu (Suède, Norvège, Danemark, Allemagne, etc.).
Donc, Yobligation absolue de la vaccination est justifiée. Les réclamations au nom de la liberté, individuelle ne doivent pas compter. Tout pays qui a encore des épidémies de variole doit être considéré comme très en retard au point de vue de V hygiène.
13° Prophylaxie internationale — (voir p. 833).