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II. — TUBERCULOSES ANIMALES

La tuberculose humaine peut provenir des animaux tuberculeux, mais cette origine animale est infiniment moins importante que la source humaine.

1° Tuberculose bovine. — Les animaux de l’espèce bovine sont, après l’homme, ceux qui contractent le plus fréquemment la tuberculose.

Il s’agit surtout, chez ces animaux, d’une tuberculose des plèvres, du péritoine, des ganglions, du péricarde. Les poumons ne sont pris que secondairement. Ces lésions ont une grande tendance à la transformation calcaire, qui remplace ici la caséification de la tuberculose humaine. Une mention spéciale doit être faite de la tuberculose de la mamelle , qui est très fréquente et qui explique la fréquence des bacilles tuberculeux dans le lait (voir chap. vu, p. 118).

Le diagnostic clinique est très difficile. On dépiste la maladie par l’épreuve de la tuberculine (voir p. 124).

a) Rapport entre les tuberculoses humaine et bovine. — Les

deux maladies sont-elles identiques? Le bacille de la tuberculose bovine peut-il se transmettre à l’homme? Des controverses nombreuses et passionnées se sont élevées après la découverte du bacille tuberculeux par Koch en 1882. Unicistes et dualistes se sont affrontés,

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jusqu’au Congrès de Paris, en 1905, où l’école française, «représentée par Saturnin Arloing, Nocard, fit triompher la doctrine de l’unicité, que personne actuellement ne conteste plus.

Le bacille de la tuberculose bovine est le même que celui de la tuberculose humaine. On doit donc se préoccuper des dangers que peuvent présenter les tuberculoses animales pour l’homme.

La tuberculose peut-elle se transmettre par ingestion? Trois ans après Villemin qui, en 1865, avait démontré l’inoculabilité par injection des matières tuberculeuses, Chauveau, en 1868, avait réussi à infecter des génisses par la voie digestive, avec des produits tuberculeux provenant de bœufs ou de vaches phtisiques, ainsi qu’avec des produits tuberculeux humains. Ces expériences furent confirmées par de nombreux auteurs (Klebs, Gerlach, Bollinger, etc.).

Mais si le bacille tuberculeux est le même, dans la tuberculose humaine comme dans la tuberculose bovine, il a acquis en s’adaptant, de générations en générations, à des organismes aussi différents que celui de l’homme et celui des bovidés, des caractères un peu particuliers qui permettront de distinguer un type humain et un type bovin. Ces caractères d’adaptation correspondent à un potentiel d’infectiosité moins grand pour le bacille bovin vis-à-vis de l’homme et réciproquement.

D’autre part, les différences dans les caractères des deux types, qui disparaissent d’ailleurs à la longue, par une sorte de réversibilité de l’adaptation, seront précieuses pour permettre de retrouver chez l’homme, dans ses lésions ou les produits pathologiques qui en émanent, les bacilles provenant d’une origine bovine.

On a pu se rendre compte ainsi de la réalité de l’infection humaine d’origine bovine, surtout chez l’enfant, et en mesurer, dans certaines limites, l’importance.

b) Fréquence de la tuberculose bovine en France. — Les bovidés sont fréquemment tuberculeux.

Comme le fait remarquer Boussard, il est difficile d’apprécier d’une façon exacte le nombre des bovidés tuberculeux. En 1911, les services du Ministère de l’Agriculture estimaient que la proportion des animaux atteints était de 20 p. 100.

A la fin de l’année 1928, au moment où l’Administration a cessé de fournir, dans son bulletin sanitaire, tout renseignement sur l’étendue de la tuberculose des bovidés, le dernier document publié sur ce sujet indique (abstraction, faite des départements recouvrés) que 9 496 communes sont infectées, qui renferment 28 765 exploitations atteintes, hébergeant un effectif de 235 852 bo-

vins, dont 83 714 sont éprouvés par la tuberculine. Parmi ceux-ci, 21 800, soit environ '26 p. 100, réagissent à cette épreuve.

Ces données toutes relatives permettent, cependant, de se faire une idée de l’étendue de l’infection tuberculeuse. Considérée sur l’ensemble du territoire, la proportion des animaux tuberculeux dépasse 20 p. 100 de l’effectif. C’est, du moins, l’opinion des agents des services vétérinaires. Mais, naturellement, il y a de très grandes différences, suivant les régions, tenant à une série de facteurs sur lesquels nous ne pouvons pas insister ici.

Notons que le veau n’est presque jamais tuberculeux. Il ne le devient qu’à un certain âge, vers deux ou trois ans.

Les vaches laitières sont les plus contaminées. Elles sont presque laissées continuellement à l’étable. Elles sont affaiblies par la gestation et la lactation. Elles sont conservées jusqu’à un âge avancé. Dans certains pays, on en compte jusqu’à 80 p. 100. Le lait qui provient de ces animaux est très dangereux. Nocard, ayant additionné les expériences de 13 savants de pays divers, a vu que 10 à 33 p. 100 des laits examinés tuberculisaient le cobaye. L. Rabinovitsch, examinant le lait de 5 laiteries dont les animaux n’étaient pas tuberculinés, a vu que le lait de 3 d’entre elles, tuberculisait le cobaye. En 1938 Legrand, Gernez, Crampon et Lefort trouvent 5,33 p. 100 de laits infectés par le bacille bovin dans le nord de la France, etc.

Le danger est aggravé du fait que la présence d’une seule vache tuberculeuse, dans une étable, peut, pendant des mois, avec le mélange des laits, contaminer l’ensemble de la production.

Le lait est donc V aliment le plus à redouter (voir chapitre vu).

c) Fréquence de la tuberculose humaine d’origine bovine.

— Comme nous l’avons fait remarquer, le bacille bovin étant doué d’un pouvoir infectieux, vis-à-vis de l’homme, moins grand que le bacille du type humain, quoique encore très appréciable, quelle est la proportion des cas d’infection d’origine bovine chez l’homme? Grâce aux caractères différentiels des deux types, on a pu obtenir des résultats, à la suite des recherches qui ont été faites sur ce point et qui ont été réalisées surtout chez Yenfant. Ces résultats ont été très variables suivant les pays et paraissent être en rapport avec l’usage du lait, suivant qu’il est consommé bouilli ou cru.

Si certains auteurs, comme Burnet en France, Kitasato et Ogata, au Japon et d’autres, n’ont jamais trouvé lé bacille bovin dans les lésions humaines, nombreux sont ceux qui ont pu le mettre en évidence.

En Écosse, Philipp Mitchell a établi que 90 p. 100 des tuberculoses ganglionnaires cervicales, chez les enfants d’Edimbourg étaient dues au bacille bovin.

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Aux États-Unis, on trouve le bacille du même type dans 27 p. 100 des tuberculoses infantiles humaines.

En 1935, Strempel, Mudel et Huber décèlent, dans le district de Berne, le bacille tuberculeux bovin, dans 8,5 des cas de tuberculose humaine.

A Copenhague, la même année, Tobiesen, Jensen et Lassen observaient 26 cas de tuberculose pulmonaire dus à des bacilles bovins, chez des sujets d’âge variable : 6 cas chez des enfants de moins de deux ans ; 4 de deux à cinq ans ; 8 de cinq à douze ans et 8 de quinze à trente-deux ans.

Lesné et Saenz, en 1936, ont étudié 130 cas de méningite tuberculeuse : 121 ont fourni une culture de type humain et 9 une culture de type bovin.

La plupart du temps, le bacille bovin a été décelé chez l’enfant. Chez l’adulte, bien qu’on l’ait trouvé, le cas est plus rare. Il est vraisemblable que les bacilles bovins provenant de l’infection pendant l'enfance se sont adaptés progressivement et ont pris les caractères du bacille du type humain.

En France, la contamination d’origine bovine doit être actuellement considérée comme d’importance secondaire en raison des mesures prises (p. 883).

2° Tuberculose du porc. — Le porc a une excessive réceptivité surtout par la voie digestive : marché rapide, presque exclusivement abdominale; les sujets jeunes sont plus sensibles. Il s’agit d’une véritable bacillémie tuberculeuse, les bacilles abondent dans le sang : d’où le danger d'une telle tuberculose, la viande de porc étant souvent mangée crue.

La tuberculose porcine est rare en France, elle est déjà plus fréquente en Allemagne (0,87 p. 100; ); elle était très fréquente en Danemark (14 p. 100) avant les mesures prophylactiques des lois récentes.

Elle est surtout fréquente dans les porcheries annexées aux hôpitaux (détritus tuberculeux), aux laiteries, les porcs se contaminant par le petit-lait qui leur sert de nourriture.

3° Cheval, mouton, chèvre. — Ne sont presque jamais tuberculeux : leur viande n’est pas dangereuse.

4° Tuberculose du chien. — La tuberculose spontanée du chien est fréquente (Cadiot). La forme pulmonaire, avec véritables cavernes, n’est pas rare. Le jetage contient alors des bacilles et est virulent; la marche est rapide, le chien maigrit et meurt.

5° Tuberculose du chat. — Au moins aussi fréquente que celle du chien. Les poumons sont presque toujours pris, les organes digestifs sont plus sou-

TUBERCULOSE (BACILLOSE DE KOCII)

vent lésés que chez le chien. La contagion de l’homme au chat et du chat à l’homme est certaine.

6° Tuberculose du singe. — Presque tous les singes meurent tuberculeux dans nos climats, avec une forme pneumonique sans véritables cavernes.

. 7° Tuberculose des oiseaux. — Longtemps confondue avec la diphtérie aviaire et le choléra des poules, la tuberculose des oiseaux fut inoculée de poule à poule par S. Arloing et Tripier, en 1873. En 1882, Koch retrouve son bacille dans les lésions aviaires.

La tuberculose aviaire revêt un caractère épizootique, décimant les poulaillers; les volailles maigrissent rapidement et meurent cachectiques en quatre mois environ. La fréquence est très variable.

C’est une tuberculose uniquement des organes abdominaux , n’attaquant presque jamais les poumons. La porte d’entrée est digestive.

Les bacilles sont extrêmement nombreux dans les lésions.

Le danger pour l’homme est l’ingestion du foie de poule (purée de bacilles), peut-être des œufs.

S’observe aussi chez les faisans, les pigeons.

La tuberculose des oiseaux est la même que celle de l’homme (Jules Courmont et Dor) mais avec une adaptation du bacille à l’oiseau, poussée assez loin pour que le bacille des oiseaux soit peu dangereux pour Vhomme et forme une variété très spéciale.

Cependant le bacille aviaire a été trouvé dans des lésions tuberculeuses humaines. Lœwenstein l’a isolé des crachats d’une femme tuberculeuse, Weber des selles d’un phtisique, Janeso et Elfer des ganglions mésentériques d’une fillette de huit ans, Max Koch et Rabinowitsch de la pulpe de rate d’un individu mort de tuberculose miliaire, etc. Mais c’est surtout dans certaines formes de tuberculose cutanée qu’on le rencontre (Lipsechütz, Joannovitch, Wolk, Kerl, Nicolau et Blumenthal, Saenz et Guerra, Jensen, etc.).

» Il est donc certain que la tuberculose aviaire peut, dans quelques circonstances, d’ailleurs exceptionnelles, être transmise à l’homme » (Calmette).

Une place à part doit être faite à la tuberculose du perroquet , très fréquemment tuberculeux (36 p. 100 d’après Frohner). C’est une tuberculose des orifices naturels et de la peau; paupières , conjonctivites, commissures du bec, crête, langue, en somme, tuberculose externe.

Pour celle-ci, pas de contestation : la tuberculose du perroquet est absolument identique à la tuberculose humaine’, les bacilles du perroquet sont aussi virulents pour les mammifères que des bacilles de mammifères. Le perroquet se contamine par cohabitation avec l’homme, et sa tuberculose, d’origine humaine, est très contagieuse pour Vhomme.

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