V. — LA LUTTE A L’ÉTRANGER
Nous pouvons y puiser de nombreux exemples.
1° La lutte en Allemagne. Les sanatoriums populaires .
— Contre les principaux facteurs favorisant la tuberculose : alimentation insuffisante, défaut d’air dans les habitations, surmenage, Brehmer et Dettweiler eurent l’idée d’opposer un trépied thérapeutique, dans des établissements spéciaux, où les tuberculeux, même les simples candidats, trouveraient une bonne alimentation , Vair pur , dans un lieu sec, abrité, élevé, loin des poussières, enfin, le repos. Les sanatoriums furent créés. Ce ne sont pas seulement des hôpitaux de tuberculeux, ils ne font double emploi ni avec les dispensaires, ni avec les hôpitaux (p. 872) pour phtisiques; ils constituent un moyen de prophylaxie et de cure vis-à-vis de la tuberculose au début.
Brehmer et Dettweiler établirent les principes d’installation, d’organisation et de fonctionnement des sanatoria, dont on s’inspire toujours.
En Allemagne, c’est par le sanatorium populaire que fut engagée la lutte antituberculeuse. Les caisses d’assurances sociales obligatoires créées dans ce pays dès 1891, s’étaient rapidement aperçues que leurs dépenses étaient supérieures aux recettes. L’examen de la situation montra qu’elles étaient surtout grevées par les tuberculeux. On eut donc l’idée de soigner ceux-ci, pour parer au déficit.
Pannwitz fut le promoteur du grand mouvement populaire antituberculeux en Allemagne. Il organisa, en 1895, à Berlin, un comité central pour créer des sanatoriums populaires. Le premier de ces sanatoriums fut construit à Grabowsee. Dès 1896, les deux caisses (maladie et invalidité) s’associaient pour créer toute une série de sanatoriums, avec l’appui des Municipalités, des Mutualités, des Sociétés philanthropiques, des Associations de convalescence, des Sociétés de la Croix-Rouge.
En 1899, le titre du Congrès de Berlin était : « Tuberculose, maladie populaire » ; ce titre marquait une date. La tuberculose était désormais
considérée comme une plaie sociale, appelant des remèdes sociaux.
En 1900, au Congrès de Naples, les Allemands pouvaient déjà annoncer qu’ils possédaient 80 sanatoriums populaires, contenant plus de 20 000 lits.
Dès que l’ouvrier est, non pas tuberculeux, mais simplement mal portant, le médecin do la Caisse d’assurance décide s’il doit entrer au sanatorium. Voici le grand principe : envoyer au sanatorium , non pas des tuberculeux avérés , déjà presque incurables , mais des candidats à la tuberculose. Le séjour au sanatorium est aux frais des caisses d’assurances qui, pendant ce temps, donnent une indemnité à la famille ainsi privée d’un de ses chefs. Au bout de quelques mois, le candidat à la tuberculose a les plus grandes chances de sortir guéri, c’est-à-dire d’avoir renforcé sa résistance qui commençait à fléchir. C’est un tuberculeux de moins; c’est probablement toute une famille tuberculeuse de moins.
On comprend qu’une telle organisation ne peut se faire qu’avec beaucoup d’argent; seule l’assurance obligatoire peut le procurer.
Cet exemple de l’Allemagne montre le résultat économique qu’on peut obtenir par la lutte antituberculeuse. Au moment où commença la lutte, les caisses d’assurances fléchissaient sous le poids des charges dues à la tuberculose. On dépensa des millions pour créer les sanatoriums. En quelques années, cette dépense est couverte, les caisses peuvent suffire annuellement à leurs dépenses; un fond de réserve s’est constitué qui est en partie utilisé à des œuvres sociales qui, à leur tour, luttent contre la tuberculose.
L’Allemagne a complété son organisation par la création de dispensaires et d’œuvres diverses.
La mortalité par tuberculose, en Allemagne a baissé de 18,7 pour 10 000 habitants en 1916, à 7,19 en 1934, soit un gain de 64,7 p. 100.
2° Lutte aux États=Unis. — L’armement antituberculeux s’est développé rapidement et de façon admirable aux États-Unis.
Le premier sanatorium fondé dans l’État de New- York par le Français Trudeau, remonte en 1882 : Au bout de trente-cinq ans, les États-Unis possédaient 600 sanatoriums ou hôpitaux spéciaux avec 30 000 lits. Des dispensaires furent fondés par centaines.
Une Association nationale contre la tuberculose groupe et stimule les efforts ; elle a des milliers de membres versant de fortes cotisations annuelles; les grosses subventions affluent.
L’ensemble des États est divisé en six districts avec un chef conseil-