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VÉNÉRIENNES

Le Danemark est le premier pays qui, dès 1906, a organisé la lutte contre les maladies vénériennes sur les principes suivants : obligation pour les malades de se faire traiter, traitement gratuit, nécessité de suivre longtemps le traitement sous peine d’internement dans un hôpital, déclaration obligatoire. Les résultats ont été très brillants, la syphilis est partout en forte décroissance.

En Belgique, après la guerre, l’État porta un coup décisif à la syphilis en distribuant gratuitement et sans contrôle des arséniaux dits spécifiques. En cinq ans, l’État belge a consacré à cette lutte 12 200 000 francs or, pour une population de 7 500 000 habitants.

En France, jusqu’au décret-loi du 30 octobre 1935, et au règlement d’administration publique du 31 décembre 1936, la lutte contre la syphilis était laissée à l’initiative des départements, des communes, des oeuvres privées. L’État n’intervenait que par des instructions données par des circulaires émanant du ministère de la Santé publique et par des subventions. Le nombre des services antivénériens était passé de 40, en 1916, à 1 600, en 1935; l’effort financier de l’État pour 1938, a été de 15 000 000 de francs.

Les décrets des 30 octobre 1935 et du 31 décembre 1936, ont donné un statut aux services antivénériens.

1° Organisation des services de lutte antivénérienne en France. —

La France est divisée en 19 circonscriptions, rattachées à un « Centre de prophylaxie des maladies vénériennes » dirigé par un médecin hautement qualifié, en général, au professeur de clinique dermato-syphiligraphique de Faculté de Médecine. Ces circonscriptions comprennent, suivant les circonstances, un nombre variable de départements.

a) Dispensaires antisyphilitiques. - — - Ils doivent exister dans toute les agglomérations de plus de 10 000 habitants. Ils peuvent être installés dans des locaux spéciaux, mais il est recommandé de les installer dans les dispensaires d’hygiène sociale polyvalents. « Un médecin spécialiste est nécessaire. Un dispensaire doit être créé autour d’un spécialiste et non autour d’un local. Il faut que le médecin praticien puisse reconnaitre le spécialiste, comme un médecin consultant pour la vénérologie»(Circulairedu20aoûtl936).

Ces dispensaires sont destinés à traiter les malades indigents et nécessiteux.

Le malade, non envoyé par un médecin et qui peut payer, doit être éliminé.

LUTTE SOCIALE

Les dispensaires doivent pouvoir traiter les syphilitiques par les moyens les plus perfectionnés. Les médicaments spécifiques sont fournis gratuitement, en nature, par les soins du Ministre de la Santé publique et leur liste est établie, après examen et avis du chef du laboratoire de contrôle de l’Académie de Médecine.

On doit délivrer à chaque malade un carnet médical qui doit avoir un caractère anonyme. On doit, d’autre part, tenir et conserver une fiche individuelle permettant 1a. reconstitution éventuelle du carnet, en cas de perte par l’intéressé.

Ces services de traitement sont indispensables pour que tous les syphilitiques soient traités. C’est le moyen de tarir les sources de la contagion.

b) Dispensaires antiblennorragiques. • — Il doivent exister dans toute agglomération d’au moins 40 000 habitants. Ils sont généralement installés dans les locaux du dispensaire antisyphilitique.

c ) Services ruraux. — Pour les malades qui ne peuvent pas venir dans un dispensaire, un service de collaboration avec les médecins praticiens a été créé (20 août 1926). Le praticien, au moyen d’un carnet à souches peut demander au centre, pour un client qu’il juge nécessaire d’aider, la fourniture gratuite des médicaments, ainsi que la gratuité des examens de laboratoire. Les malades de l’Assistance médicale gratuite sont soignés au compte de celle-ci.

d) Services de dépistage et de traitement de l’hérédo-syphilis. — Ces services sont annexés aux maternités, consultations de nourrissons.

e) Laboratoires d’analyses. — Ils sont de deux catégories. Les laboratoires centraux de sérologie , créés le 16 janvier 1926, sont annexés, en général, à de grands laboratoires (services hospitaliers de syphiligraphie, Facultés de médecine, etc.). Ils doivent posséder une installation technique parfaite et une direction de compétence indiscutable, être agréés par le Ministère de la Santé publique. Ils n’ont pas de rayon d’action délimité.

Les laboratoires agréés sont inscrits sur une liste et peuvent percevoir une subvention ministérielle. Cette inscription est subordonnée à certaines conditions d’ordre technique et de direction scientifique.

/) Assistantes sociales.- — Chaque service de prophylaxie antivénérienne doit s’assurer la collaboration d’une ou de plusieurs assistantes sociales (voir p. 971). Leur activité (définie par la circulaire ministérielle de 1929) doit s’étendre aux points suivants : 1° faire connaître aux malades la nature de leur maladie et les risques de contamination qu’ils font courir à leur entourage; 2° assurer la régularité et la continuité du traitement ; 3° rechercher les personnes qui ont pu être contaminées; 4° rechercher l’élément contaminateur; 5° donner une aide sociale et des conseils.

On conçoit le tact et la discrétion exigés par de si délicates fonctions

Elles peuvent avoir une action très efficace sur la prostitution. En 1934,

MALADIES VÉNÉRIENNES

en France, le service social a favorisé le traitement et le relèvement de 2 673 prostituées inscrites ou clandestines.

g) Centres de malariathérapie. — Il existe actuellement 14 centres de malariathérapie, en France, pour le traitement de la paralysie générale.

h) Marins du commerce. — A la suite du décret du 24 avril 1931, l’arrangement international de 1934, les marins de la marine du commerce, quelle que soit leur nationalité, peuvent être traités gratuitement dans les dispensaires antivénériens créés dans les ports.

i) Actuellement, l’armement antivénérien est très avancé, en France. Il comprend :

90 services de prophylaxie rurale;

540 services antivénériens;

820 services spéciaux de dépistage et de traitement de la syphilis héréditaire, en annexe, le plus souvent, des établissements de protection maternelle et infantile;

200 dispensaires antiblennorragiques;

200 services de traitement dans les prisons;

80 laboratoires centraux et agréés de sérologie;

14 établissements spéciaux (asiles d’aliénés et services de malariathérapie) ; 380 services de surveillance de la prostitution réorganisée conformément aux dispositions de la circulaire du 3 juillet 1929.

2° Surveillance de la prostitution . — Les contagions vénériennes proviennent souvent de la prostitution. Trois doctrines se sont fait jour pour lutter contre ce danger.

a) Etatisme sanitaire. — C’est la doctrine des Scandinaves et des Nord-Américains : toute femme, comme tout homme, est obligée de se soigner et elle est internée à l’hôpital, en cas de désobéissance au médecin. Mais la lacune grave qui subsiste, c’est que la prostituée n’est pas obligée à une visite médicale périodique.

b) Abolitionnisme. — Les partisans de cette doctrine n’admettent ni le dépistage des prostituées, ni visite médicale périodique, ni obligation de se traiter, ni internement à l’hôpital, lorsque la prostituée contagieuse s’obstine à continuer son métier. Les abolitionnistes veulent substituer à ces mesures celles que prévoit, par exemple, le projet de loi Sellier (1936) : 1° disparition du régime comportant l’incarcération temporaire des prostituées malades; 2° disparition, en principe, des maisons de débauche; 3° punition du délit de contamination (voir plus loin); 4° répression du délit de racolage sous toutes ses formes, de même que celui de proxénétisme.

LUTTE SOCIALE

c) Réglementation de la prostitution. — Elle est de date très ancienne. Elle a pour but de repérer les prostituées, les soumettre h une visite médicale périodique, les obliger à se soigner et les interner pendant la phase contagieuse, en ne les relâchant que lorsqu’elles ne peuvent plus contaminer de nouveaux partenaires.

L’application du principe de la réglementation en a été souvent détestable. Tout d’abord, il n’y a pas de base légale à la réglementation; elle est laissée à l’appréciation des maires ou, à Paris, du préfet de police. Il en est résulté une variabilité très grande suivant les villes; tantôt les règlements sont insuffisants, tantôt ils sont d’une sévérité inutile ou nuisible.

D’autre part, dans la pratique, il s’est glissé des abus sans nombre : illégalités, scandales de la police des mœurs, vénalité, compromissions, etc. Il en est résulté une défaveur en ce qui concerne cette doctrine.

cl) Néoréglementation. — La solution du problème serait, peut-être, dans un système mixte, une néoréglementation, comme on l’a proposé de divers côtés : projet néoréglementariste de Bonnevay- Marraud, projet du président Le Poitevin, projet Gougerot, etc. Ces projets ont les directives essentielles suivantes : tout d’abord empêcher le recrutement des prostituées par tous les moyens, réformes économiques et sociales, éducation morale, loi protégeant la femme, la maîtresse abandonnée, etc., et empêcher par tous les moyens les jeunes gens d’être entraînés vers les prostituées : éducation morale, sexuelle, création de sociétés sportives, lutte contre la pornographie, etc. Supprimer par tous les moyens ceux qui vivent de la prostitution : souteneurs, entremetteuses, parents complaisants, etc. Essayer d’empêcher les jeunes prostituées de continuer leur déplorable activité, par tous les moyens d’assistance sociale et de rééducation. On créerait un tribunal de la prostitution qui ferait intervenir des œuvres officielles ou privées de relèvement, qui s’efforceraient d’empêcher les prostituées de continuer leur métier en les rééduquant, en leur fournissant les moyens de travail honnête, etc. Si ces effets sont sans résultats, nouvelle comparution devant le tribunal, qui les cataloguera et leur imposera une surveillance médicale. Cette surveillance médicale est la mesure de premier plan, c’est au fond le but du système. Pour la réaliser, le tribunal classera les prostituées en deux catégories, les « dociles » qui bénéficieront de toutes les libertés, et les « indociles » qui seront étroitement surveillées. Les dociles choisiront leur médecin (agréé par le tribunal), enverront leur

MALADIES VÉNÉRIENNES

bulletin de santé, bi-hebdomadaire, par exemple, aux autorités, etc. Les indociles seront soumises à un régime analogue à celui de la réglementation actuelle. Toutes ces prostituées seront éduquées et obligées de posséder un matériel de prophylaxie.

3° Délit pénal de contamination. — Plusieurs articles du code pénal (309, 1382) pourraient être applicables aux contaminateurs. Mais les juristes préféreraient un texte spécial. Le sénateur Poule, le juriste bien connu, a déposé au Sénat un projet de loi spécial.

Mais l’application d’une telle loi serait fort difficile. Elle ne pourrait qu’être exceptionnelle et ne jouerait guère que dans la syphilis conjugale. Il faudrait, en effet, apporter la triple preuve que le contact vénérien a eu lieu entre l'accusé et l’accusatrice, la preuve de la contagiosité de l’accusé, la preuve de l’absence d’autres risques pendant la même période et pendant l’incubation.

Ces preuves seraient difficiles à apporter ou même le plus souvent rendues impossibles par le caractère vénérien de ces maladies, et l’incubation si longue du chancre syphilitique. En somme, l'institution du délit pénal serait d’application ordinairement impossible et souvent dangereuse.

4° Examen prénuptial obligatoire. — Il pourrait être obligatoire pour tout candidat ou candidate au mariage; il serait présenté à la mairie au moment du mariage. Une telle mesure ne serait pas parfaite : elle aurait tout au moins l’avantage d’empêcher les contaminations les plus fréquentes (voir p. 930).

Signalons que depuis le Ier juillet 1938, les licences de mariage dans l’État de New-York, ne sont plus délivrées que contre un certificat concernant les deux conjoints attestant que la réaction de Wassermann a été faite à chacun d’eux.

5° Éducation du public et propagande. — L’éducation est la partie la plus importante du programme prophylactique. Si le grand public était bien pénétré du danger des maladies vénériennes, il prendrait toutes les précautions nécessaires pour ne pas s’exposer au danger et, en cas d’accident, se ferait traiter avec persévérance.

Cette éducation doit être morale : dès l’enfance, on doit pénétrer l’individu du respect de la jeune fille et de la femme, de la famille et de l’enfant. Il faut lutter, en particulier, contre le préjugé de la nocivité de la continence sexuelle.

LUTTE SOCIALE

L'éducation sexuelle , si discutée, doit être réalisée avec tact et intelligence.

L’éducation antivénérienne doit suivre l’éducation sexuelle. Elle doit atteindre tous les milieux et on doit y intéresser tous les conducteurs d’hommes.

Un effort considérable a été fait au point de vue de l’éducation du public et de la propagande. Des ligues se sont fondées : Société de 'prophylaxie Sanitaire et sociale , Comité national de propagande , Ligue nationale française contre le péril vénérien. De partout, des conférences, des causeries familières, avec vues fixes ou films cinématographiques ont été organisées.

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