MORTALITÉ INFANTILE
Allaitement au biberon, enfant non surveillé . 15 à 40 —
Allaitement au biberon, enfant surveillé . 6àl0 —
(D’après Lesage.)
Dans le service de protection de la Seine (1921), on note sur 110 décès, de première année, 108 au biberon et 2 au sein.
Un enfant, allaité artificiellement, a donc infiniment plus de chances de mourir qu’un autre, nourri au sein, surtout s’il n’est pas surveillé. On voit d’autre part l’influence considérable de la surveillance médicale, autrement dit de l’éducation de la mère ou de la nourrice.
On peut les classer en deux catégories :
1° Causes d'ordre général et social.
Elles tendent à diminuer la résistance physique des enfants.
l°Age des parents. — Ni trop jeunes, ni trop vieux; vingt à vingt-cinq ans pour la mère, vingt-cinq à trente pour le père.
2° Consanguinité des parents . — La consanguinité cause souvent des déformations physiques ou des dégénérescences psychiques graves. D’où rapide disparition de certaines familles.
3° Hérédité. — Les maladies nerveuses ou de la nutrition n’ont pas une très grande influence sur la mortalité infantile.
Pour la syphilis et Y alcoolisme, voir les chapitres où ces questions sont traitées,
4° Santé de la mère pendant la grossesse. Pauvreté, tuber= culose. — L’enfant est naturellement influencé par la santé de la mère pendant la grossesse. Il faut soigner la femme enceinte pour avoir des enfants vigoureux.
Deux grandes causes de la débilité de l’enfant sont : la pauvreté des parents, la tuberculose de la mère.
Dans un ménage pauvre, la nourriture et le repos sont insuffisants, le logement est insalubre : toutes conditions qui ne sont pas favo-
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râbles à la procréation d’un enfant normal. Ensuite, ces mêmes causes empêchent la mère de soigner son enfant, de l’allaiter, de le mettre dans des conditions hygiéniques de logement. La pauvreté est un grand faiseur de mortalité infantile.
La tuberculose n’est presque jamais héréditaire, mais la mère phtisique met au monde des enfants débiles et prédisposés.
5° Accouchement. — La débilité de l’enfant, ainsi que certaines affections, tiennent souvent à un accouchement prématuré ou difficile. Les accoucheurs et les sages-femmes doivent être parfaitement éduqués et d’une conscience à toute épreuve.
6° Illégitimité. — En France, les enfants illégitimes succombent, comme nous l’avons vu, dans des proportions qui atteignent deux à trois fois celles des enfants légitimes. Ces enfants sont dans des conditions d’existence défavorables : les ressources de la mère sont insuffisantes et plus de la moitié d’entre eux sont placés en nourrice.
7° Manque de surveillance maternelle. — Cause sociale primordiale. L’enfant est un être délicat qui a besoin de soins spéciaux et de tous les instants que seule, sa mère, peut lui donner.
L’abandon de l’enfant par sa mère peut être complet : enfants trouvés, qui mourraient tous, si l’assistance publique ou la bienfaisance privée, ne venait à leur secours; enfants abandonnés, remis par leur mère à l’assistance publique. Il est incomplet , si la mère délègue son rôle à une personne étrangère.
a) La mère garde son enfant chez elle, continue à le nourrir, mais en confie la surveillance à une garde : c’est le minimum d’abandon, presque inévitable dans les conditions ordinaires de la vie et qui ne présente que de légers désavantages.
b) La mère, tout en gardant son enfant chez elle, le fait nourrir par une nourrice mercenaire , et ne s’en occupe que peu ou point. L’enfant, ainsi élevé, court déjà plus de chances de mortalité que l’enfant nourri par sa mère. En outre, l’enfant de la nourrice, abandonné par sa mère, meurt trop souvent de ce fait.
c ) La mère envoie son enfant en nourrice, le plus souvent à la campagne. Les risques de mortalité alors sont considérables.
En somme, les enfants nourris par leur mère meurent très peu, ceux qui sont allaités, chez la mère, par une nourrice mercenaire meurent davantage, ceux qui sont envoyés chez la nourrice meurent plus encore ; ceux des nourrices qui vont se placer sont encore plus exposés.
2° Causes immédiates,
A. — D'après la statistique générale de la France, les
maladies qui causent la mortalité infantile sont les suivantes :
Proportions des décès de 0 à 1 an pour 1 000 enfants déclarés vivants :
Diarrhée et entérite .
Débilité congénitale, etc. . . .
Affections de l’appareil respiratoire .
Méningite simple .
Maladies épidémiques .
Tuberculose .
Grippe .
Maladies non spécifiées ou mal définies .
1° Comme on le voit, la diarrhée et V entérite tiennent une place importante dans les causes de décès des nourrissons, avec parfois une recrudescence notable, comme en 1926. La gastro-entérite est une maladie d’été. La température agit en causant une suralimentation relative, due à la diminution des dépenses de l’organisme. Elle agit surtout dans le cas d’allaitement artificiel en favorisant la pullulation des microbes du lait.
Cette cause de mortalité est aussi en rapport avec le mode d’alimentation. Dès 1898, Monod avait montré que la mortalité par gastro-entérite est de 47 p . 100 parmi les enfants élevés artificiellement; elle n’est que de 23 p. 100, chez ceux qui sont allaités au sein. Yariot montre en 1900, que sur 2 500 enfants morts de gastro-entérite à Paris, 500 étaient nourris au sein, tandis que les 2 000 autres étaient élevés artificiellement au biberon. De nombreux auteurs, à leur suite, ont apporté la même démonstration.
L’allaitement artificiel donne aux enfants un lait qui n’est ni chimiquement ni biologiquement identique, à celui que la nature leur destinait, un lait souvent impur , falsifié , infecté. Il entraîne la suralimentation qui crée le terrain sur lequel les microbes exogènes apportés par le lait, ou saprophytes de l’intestin, vont pulluler et amener la gastro-entérite.
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L’allaitement au sein peut aussi provoquer la diarrhée. Des tétées mal réglées, trop fréquentes, trop copieuses, amènent des indigestions d’abord, puis de la gastro-entérite.
L’infection peut aussi avoir lieu (seins mal tenus, enfants malpropres, suçant leurs doigts ou des jouets, etc.).
L’alimentation est capitale dans l’élevage du nourrisson.
2° La débilité congénitale cause une proportion de décès qui, certaines années, est plus importante que la diarrhée. Ces enfants sont plus fragiles que les autres. La débilité congénitale peut être combattue par l’hygiène de la grossesse, (p. 81). En outre, beaucoup de décès de ces débiles pourraient être évités par une surveillance rationnelle.
Trois causes de mort guettent le débile : le refroidissement, une alimentation mal dirigée et les maladies contagieuses.
Chez ces enfants, la respiration est faible, le tube digestif insuffisant, la température au-dessous de 37 degrés. Le moindre écart d’hygiène peut entraîner des conséquences graves.
Le débile doit être nourri au sein; il ne peut supporter un lait animal. Plusieurs difficultés peuvent surgir. Tout d’abord, il peut ne pas avoir la force de téter et le lait de la mère ne monte pas dans les seins ; ou bien, il peut téter, mais pas assez activement pour exciter la glande et la mère voit disparaître son lait; ou bien enfin, il tette suffisamment mais digère mal par insuffisance de sucs digestifs. Ce sont là autant de difficultés qui amènent bien des femmes à abandonner l’allaitement au sein pour recourir à l’allaitement artificiel. C’est dans ce cas surtout que la nécessité d’une direction médicale se fait impérieusement sentir.
3° Les affections de l'appareil respiratoire sont plus fréquemment mortelles pendant les mois d’hiver; elles sont dues à l’abaissement de la température, aux imprudences commises à ce moment. Elles ont donc une origine qu’il sera facile d’annihiler par l’observation des règles de l’hygiène générale. En outre, elles sont souvent contagieuses (broncho-pneumonie).
4° Les maladies épidémiques ont un taux qui a peu varié de 1925 à 1930, avec une tendance à la décroissance. Pour la période de quatre années de 1927 à 1930, la coqueluche a présenté un taux moyen de mortalité de 1,45 pour 1 000 enfants déclarés vivants, la rougeole de 1 p. 1 000, la diphtérie de 0,47, la scarlatine de 0,048.
5° La tuberculose présente des taux assez faibles. Mais un certain nombre de ces cas, dus à la tuberculose, sont déclarés comme bron-
chite ou autres affections de l’appareil respiratoire, ou comme méningite simple.
6° Les maladies non spécifiées ou mal définies viennent en première place. En 1925, par exemple, elles représentent le quart des décès.
B. — Enquête du Comité d’ Hygiène de la Société des Nations . — Comme on vient de le voir, les statistiques officielles .comportent de nombreuses erreurs et les causes de nombre de décès restent inconnues. L’enquête poursuivie en France et dans cinq pays d’Europe, à l’instigation du Comité d’Hygiène de la Société des Nations, sous la direction de R. Debré, du 1er avril 1927 au 31 mars 1928, a permis d’avoir une idée exacte sur les causes de la mortalité infantile, sur les causes évitables, sur les facteurs psychologiques, sanitaires ou économiques favorisants, enfin sur les moyens les plus efficaces de lutte contre la mortalité infantile1.
L’enquête a porté dans chaque pays sur deux districts ruraux et deux urbains. En France, les districts ruraux choisis furent le pays de Caux et le pays de Bray dans la Seine-Inférieure, le Chinonais et le Lochois, dans l’Indre-et-Loir et les deux districts urbains; le quartier de Plaisance, à Paris et la ville de Yanves.
La classification adoptée fut celle de Mouriquand, les causes de la mortalité fœto -infantile étant rangées sous quatre grandes rubriques :
1° péril congénital , correspondant à la mortinatalité et aux morts d’enfants nés vivants, dues aux traumatismes obstétricaux et à la prématuration ;
2° péril alimentaire , dans lequel on range tous les troubles digestifs aigus ou chroniques de la première année, en particulier la diarrhée et les troubles de la nutrition, conséquence des troubles digestifs;
3° péril infectieux , comprenant les maladies infectieuses aiguës ou chroniques, et les autres maladies infectieuses;
4° divers : maladies non microbiennes, malformations congénitales, accidents, causes indéterminées.
Le péril congénital s’est montré presque partout important, puisque, sauf dans deux districts, il est supérieur à 4 p. 100 des naissances vivantes. Les causes en sont : la syphilis (dans les secteurs français elle s’est montrée responsable d’environ le quart de la mortalité
1. R. Debré, P. Joannon et M. T. Crémieu-Alcan. La mortalité infantile et la mortinatalité , 1 vol., 464 pages, Paris, Masson et Cie, édit., 1933.
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globale), la toxémie gravidique (districts urbains, surtout à l’étranger), les malformations congénitales (districts ruraux). Les causes obstétricales sont d’abord les présentations vicieuses (43 p. 100), puis les rétrécissements du bassin (10 p. 100), les anomalies du placenta. Les causes inhérentes au fœtus (excès de volume et surtout dystocie gémellaire) sont responsables d’un nombre appréciable de décès et viennent au quatrième rang. La mortalité par traumatisme obstétricaux s’est montrée forte (au moins 0,5 p. 100 naissances vivantes), dans 11 districts sur 14. La mortalité par prématuration (au moins 1,5 p. 100 naissances vivantes) a été observée, surtout dans les districts urbains.
Le péril alimentaire. Il est moindre qu’autrefois. La plupart des décès par troubles digestifs surviennent au cours du premier semestre. L’enquête confirme la relation étroite entre la mortalité et l’allaitement artificiel, surtout dans les districts ruraux.
Le péril infectieux est représenté d’abord par la coqueluche qui vient en tête dans les districts ruraux et immédiatement après la syphilis dans les districts urbains. La rougeole occupe le troisième rang, mais R. Debré estime que la mortalité par rougeole est plus élevée que ne le révèle l’enquête : nombre de broncho-pneumonies, dues en réalité à des rougeoles non diagnostiquées, sont souvent rattachées à la grippe ou considérées comme primitives. La tuberculose occupe le quatrième rang dans l’ensemble des districts; elle donne une plus forte mortalité dans les campagnes.
Dans les districts français, la majorité des décès de la mortalité infantile sont d’origine microbienne. Les fautes, qui favorisent l’apparition des maladies infectieuses ou les aggravent, sont des fautes d’élevage, de prophylaxie (défaut de traitement antisyphilitique des parents, de précautions contre la tuberculose, etc.), des fautes thérapeutiques. La mortalité par causes diverses , ne comporte qu’un nombre peu important de décès.
3° Conclusions.
L’armement sanitaire contre la mortalité infantile permettra de réduire ces causes de la mortalité, celle du péril congénital, dans la plus forte proportion, puis le péril alimentaire, enfin le péril infectieux. Mais un fait ressort indiscutablement, c’est que rien ne vaut
V allaitement maternel et que V éducation des mères reste à faire en grande partie, surtout dans les districts ruraux.
La mortalité infantile peut être réduite dans une forte proportion.
C’est un problème complexe, d’ordre presque exclusivement social.
2° Puériculture avant la naissance .
2° Nécessité du repos pour la femme enceinte. — Un
repos relatif est absolument nécessaire à la femme, dès les premiers mois de la grossesse , si l’on veut éviter bien des avortements, des accouchements avant terme et permettre la venue normale d’enfants robustes et vigoureux.
Mais, c’est surtout pendant les deux derniers mois , période du développement le plus rapide du fœtus, que le repos devient nécessaire. Les travaux de Hecker, de Pinard, de Letourneur, de Bachimont, Couvelaire, etc., ont démontré, avec une rigueur presque mathématique, l’influence capitale du repos, sur le développement du fœtus. Le poids de l’enfant, dont la mère s’est reposée deux ou trois mois, est supérieur d’au moins 345 grammes au poids de l’enfant, mis au monde par une femme qui a travaillé debout, jusqu’à l’accouchement.
De plus « l’utérus gravide doit se développer dans la cavité abdominale, et toute cause qui tend à le faire pénétrer dans l’excavation, aux derniers mois de la grossesse, expose à une expulsion prématurée; or, la fatigue et la station debout ne peuvent que faire descendre l’utérus » (Pinard). Toute femme enceinte surmenée est, de ce fait, exposée, plus que toute autre, à un accouchement prématuré ou à l’expulsion d’un enfant mort.
Signalons enfin l’influence de certaines industries (plomb, mercure, tabac, etc.) sur la grossesse.
Il n’est donc pas douteux que le repos est nécessaire aux femmes enceintes de la classe ouvrière. Quelle doit être la durée de ce repos? Strauss, dans sa première proposition de loi sur l’assistance des
rochaix. — Précis d’hygiène.
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mères, s’appuyant sur des considérations financières, demandait seulement un repos de quinze jours. Aux congrès internationaux d’hygiène de Turin (1882) et de La Haye (1884 et 1885), on se mit d’accord pour fixer la durée de ce repos à six semaines. Pour Mauriceau, Bourraine, Bachimont, Thiroux, le repos doit être de deux mois, c’est ce terme qui a été adopté.
Le repos doit donc être fixé à un minimum de deux mois avant l’accouchement. Il ne s’agit pas, bien entendu, de repos absolu, mais seulement de l’interdiction d’aller à l’usine, l’atelier ou le magasin, pour que la femme enceinte n’ait plus à s’occuper que des soins du ménage ou de travaux peu pénibles à domicile.
2° Consultations prénatales . — La grossesse exige des soins spéciaux, une surveillance éclairée de l’état local et de la santé générale, dont beaucoup de jeunes femmes ignorent l’importance. Le rôle des consultations pour femmes enceintes est précisément d’y remédier.
Ces consultations seront gratuites et largement ouvertes; elles devront également se faire à des heures où la femme pourra facilement se présenter, sans quitter son travail. Des consultations pour les femmes enceintes non hospitalisées ont été créées dans les différents services d’accouchement de Paris. Elles se sont ensuite très largement développées. Des œuvres privées nombreuses, les Mutualités maternelles, les municipalités en ont créé sur tout l’ensemble du territoire. La loi sur les assurances sociales ayant rendu obligatoire pour l’assurée la fréquentation des consultations prénatales, les Caisses en ont créé à leur tour dans les localités qui en étaient dépourvues.
3° Asiles et refuges=ouvroirs. — Ces institutions sont destinées aux femmes ouvrières, à qui il est souvent matériellement impossible de garder le repos nécessaire avant leur accouchement et aux filles-mères qui y trouveront le réconfort moral et les moyens de mener à bien leur grossesse. On éviterait un grand nombre d’avortements criminels si l’on pouvait assurer aux filles enceintes, le secret sur leur grossesse et leur accouchement.
Ces refuges doivent présenter le double caractère d’asiles et d’ouvroirs. La femme, si sa santé le permet, se livrera à un travail approprié, lui permettant quelquefois d’amasser un petit pécule, qui l’aidera à sa sortie. Le refuge-ouvroir doit être également un
sanatorium de la grossesse. Les chambres en seront aérées, propres et, si possible même, séparées. La discrétion sera observée, et le secret le plus absolu sera assuré.
Toute une catégorie de femmes mariées ou de filles-mères, seraient à hospitaliser durant leur grossesse : femmes enceintes malades (syphilis, cardiopathie, albuminurie) ou ayant besoin d’une surveillance spéciale (présentation vicieuse, rétrécissement du bassin, placenta praevia).
L’un des premiers asiles, destiné à recueillir les femmes pendant le cours de leur grossesse, fut fondé à Rome, en 1770, mais cet exemple resta longtemps isolé.
C’est vers le milieu du XIXe siècle que ces institutions indispensables ont commencé à apparaître. L’initiative privée a fondé à Paris les asiles Saint-Michel (1858), Sainte-Madeleine (1865), l’asileouvroir de la Société philanthropique de Paris, les refuges-ouvroirs de la Société de l’allaitement maternel (1892), etc. A Lyon, l’œuvre de la Samaritaine, fondée par Sabran en 1891 a recueilli actuellement près de 3 000 filles-mères. A l’Assistance publique de Paris ressortissent un certain nombre de lits aux maternités et aux cliniques d’accouchement de la Faculté. L’administration municipale parisienne a fondé, en 1890, deux refuges-ouvroirs, l’asile Pauline Roland et l’asile Michelet (Strauss). De 1893 à 1899, ces deux refuges ont admis 10 055 femmes. La municipalité lyonnaise a créé une institution analogue : la maison des mères dans un château de la banlieue de Lyon.
Ces institutions, malgré leur nombre progressivement croissant, ne sont pas encore assez nombreuses. Il devrait y en avoir au moins une par département.
4° Allocations. — Le repos de la femme enceinte, avant l’accouchement, ne peut pas exister sans allocations. Comme nous le verrons dans le paragraphe suivant, des dispositions législatives ont été prises pour lui assurer des indemnités pendant le temps de repos.
5° Cantines maternelles . — Elles ont été créées pour permettre aux femmes enceintes de recevoir gratuitement deux repas abondants par jour. La première cantine maternelle a été ouverte, à Paris, rue Montcalm (18e), le 25 décembre 1905. Elles se sont considérablement multipliées. En 1937, dans les six cantines de la Fédération parisienne elles ont distribué 219 000 repas.
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6° Législation. — Beaucoup de femmes ne pouvaient se reposer dans les dernières semaines de leur grossesse, la rupture de travail pouvant provoquer la perte de l’emploi. De plus, la mère ne pouvait être privée de son salaire, souvent juste suffisant dans les conditions normales, au moment où elle avait à faire face à de nouvelles dépenses.
Aussi la loi du 27 novembre 1909 (loi Engerand) a-t-elle d’abord garanti leur emploi aux femmes en couches. Celle du 13 mars 1910 a accordé un congé payé de deux mois avec traitement entier aux institutrices en couches. C’était insuffisant. La loi du 17 juin 1913 (loi Strauss), devenue l’article 29 du livre 1er et 54 du Livre II, du Code du Travail, garantit le repos aux femmes en couche et institue le droit à une allocation journalière avant et après les couches, sans que celle-ci puisse se cumuler avec aucun secours public de maternité.
Le bénéfice de cette loi qui n’était accordé qu’aux seules femmes de nationalité française, privées de ressources, se livrant habituellement chez autrui à un travail salarié, a été étendu par l’article de la loi de finances du 13 juillet 1913, aux femmes remplissant les mêmes conditions, à domicile, privées de ressources suffisantes.
Le secours alloué à la mère l’oblige à suspendre tout travail salarié, tant chez autrui qu’à son domicile, et à observer tout le repos effectif, compatible avec les exigences de la vie domestique.
Le décret du 26 décembre 1913 a fixé les mesures nécessaires pour organiser la comptabilité du service de l’assistance aux femmes en couches.
La loi du 2 décembre 1917 a étendu le bénéfice de la loi du 17 juin 1913 à toutes les femmes françaises, privées de ressources, qu’elles se livrent ou non à un travail salarié.
Les textes qui ont suivi n’ont fait que préciser ou modifier les conditions d’application de ces lois, en adaptant le taux des allocations au coût de la vie, le mode de paiement, etc.
Signalons, enfin, que d’après la législation sur les assurances sociales, toute femme assurée a droit, six semaines avant V accouchement à une indemnité journalière, d’un taux variable, si elle est en règle, et aux soins médicaux et pharmaceutiques éventuels ( § 2 de l’article 9 du Décret-loi du 28 octobre 1935).
2° Protection de la mère au moment de V accouchement.
De réels progrès ont été accomplis aussi pour la protection de la mère au moment de l’accouchement. Bien que l’accouchement soit un acte physiologique et naturel, il nécessite pourtant une assistance
sérieuse, si l’on ne veut pas courir le risque d’exposer la vie de la mère et celle de l’enfant. La femme, arrivée près du terme de la grossesse, souvent sans foyer, parfois même sans logis, est dans des conditions absolument insuffisantes d’hygiène et de bien-être matériel, pour recevoir chez elle, avec avantage, les soins que comporte son état.
1° Assistance à domicile. — ■ L’application de la loi du 15 juillet 1893 sur l’assistance médicale gratuite, en assimilant les accouchées à des malades, a eu pour conséquence nécessaire l’organisation du service d’accouchement à domicile, pour les mères nécessiteuses. Les bureaux de bienfaisance sont chargés de ce service, avec ou sans subvention de la commune. Dans beaucoup de communes rurales, aucun secours n’est accordé. Les secours médicaux sont, d’ailleurs, seuls prévus par la loi; l’aide pécuniaire n’est pas obligatoire.
De nombreuses œuvres privées (Dames mauloises fondées à Maule, en Seine-et-Oise, Dames de Briey, etc.), des conseils généraux, des municipalités, ont comblé cette lacune.
Des paniers d’accouchement, des layettes, des prêts de berceaux, de pèse-bébé, etc., permettent de venir en aide de façon efficace, aux femmes en couches nécessiteuses.
Les Mutualités maternelles apportent aussi une aide matérielle souvent importante, aux femmes en couches qui en font partie (voir p. 87).
D’après l’article 9 du décret-loi du 28 octobre 1935 sur les Assurances sociales, l’assuré et la femme de l’assuré reçoivent une prestation, représentant l’ensemble des frais médicaux et pharmaceutiques relatifs à la grossesse, à l’accouchement et à ses suites.
2° Maternités. — L’assistance à domicile a une supériorité marquée sur l’hospitalisation, mais elle n’est pas toujours possible, surtout pour les mères déracinées, les mères clandestines. L’admission de ces dernières dans une maternité s’impose.
Les maternités se sont multipliées depuis la guerre et ont été installées dans des conditions, souvent parfaites, qui permettent d’espérer que l’infection puerpérale qui faisait autrefois tant de ravages, disparaîtra complètement. De nombreuses maternités privées (Hôpital Rothschild, Maternités Sainte-Félicité, Ambroise Paré, Boucicaut, etc.) et celles, qui sont rattachées aux asiles et refugesouvroirs (Foyer maternel, Maison des mères de Gerland, etc.) suppléent encore à l’insuffisance des maternités hospitalières.
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Les mutualités maternelles ont créé des maternités rurales dans les régions envahies et les Caisses d’assurances sociales ont, dans un certain nombre de régions, leurs maternités.
3° Protection de la mère et puériculture après V accouchement .
Après l’accouchement, la vie de l’enfant reste encore intimement liée à celle de la mère. Il faut continuer à secourir la mère.
A. — Protection maternelle.
1° Repos après E accouchement . — L’utérus ne reprend ses dimensions qu’à la fin de la troisième semaine. Jusque-là, il est volumineux, peut s’infecter; la phlébite, l’embolie sont encore à craindre.
Un repos complet de trois semaines est donc logique, trop souvent la femme reprend ses occupations, dès le neuvième jour; c’est, d’ailleurs, la durée habituelle du séjour dans les maternités; certains règlements stipulent même « que la femme ne pourra séjourner plus de dix jours à la maternité, à moins de circonstances spéciales »; il faudrait les réformer. Cependant certains accoucheurs sont partisans du lever précoce.
2° Secours. — A Paris, les femmes, en quittant la maternité, peuvent recevoir quelques secours (une petite somme, maillots, layettes).
Il existe des asiles privés qui recueillent les femmes récemment accouchées. Citons l’asile Ledru-Rollin (à Fontenay-aux-Roses, fondé en 1890) l’asile du Vésinet, etc.
L’Assistance publique en France, n’assure, à domicile, aux femmes en couches, que les soins médicaux, elle ne leur fournit aucune aide pécuniaire, pour garder le repos après l’accouchement. Les secours, accordés par les bureaux de bienfaisance, sont, le plus souvent, insuffisants. Ils varient avec les localités et n’existent pas partout.
La loi du 2 décembre 1917 prévoit l’allocation journalière aussi bien pendant la période de repos qui suit immédiatement les couches que pendant celle qui précède, pour les femmes privées de ressources.
Les Caisses d’assurances sociales paient une indemnité journalière pendant les six semaines , qui suivent raccouchement.
Un congé de deux mois, avec traitement entier, en dehors des congés pour maladie prévus par le décret du 9 novembre 1853, est accordé par la loi aux institutrices et au personnel féminin des Postes, Télégraphes et Téléphones, moitié avant, moitié après leurs couches.
2° Mutualités maternelles. — Ces institutions que nous avons déjà citées à plusieurs reprises, exercent une influence des plus considérables.
Elles sont nées de l’initiative, prise en 1866, par Jean Dolfus et plusieurs industriels qui fondèrent l’Association des femmes en couches de Mulhouse.
La mutualité maternelle est, à la fois une œuvre de prévoyance et de bienveillance, ayant pour but de fournir à ses adhérentes, en échange des cotisations versées par elles et majorées par la participation de ses membres honoraires, les subventions de l’État, des départements et des communes, une aide pécuniaire suffisante, pour qu’elles puissent s’abstenir, à la fin de la grossesse, de tout travail reconnu préjudiciable à leur santé et à celle de leurs enfants ; se reposer pendant le mois consécutif à l’accouchement et donner à leurs enfants, jusqu’à l’âge de deux mois, les soins nécessaires.
L’assistance, publique ou privée, offre, aux femmes en couches sans participation pécuniaire de leur part, les soins et les secours que leur état de fortune ne leur permet pas de se procurer. L’assurance maternelle leur procure les mêmes soins et secours, en retour de versements préalablement effectués en vue de ce risque.
Sur ce principe, furent fondées les Mutualités maternelles de Paris en 1891, de Vienne (Isère), en 1894, etc. Il en existe maintenant dans toute la France (Lyon, Lille, Saint-Étienne, Bourg-en-Bresse, etc.).
Des sections militaires de la mutualité maternelle ont été organisées à Paris, en 1908. La femme du jeune soldat a besoin plus que tout autre, d’être aidée, alors que son mari accomplit ses deux années de service et l’allocation journalière insignifiante, allouée, est absolument insuffisante pour une mère de famille, ayant un ou plusieurs enfants. Les mutualités maternelles militaires sont appelées à rendre de réels services, au point de vue matériel et moral, dans nos armées démocratiques.
En résumé , les mutualités maternelles protègent, d’une façon très efficace, la maternité. Les industriels et les compagnies auront
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tout avantage à subventionner ces sociétés et à y faire inscrire leurs ouvrières et les femmes de leurs ouvriers, au lieu de leur donner directement des secours. Les sociétés de secours mutuels sont également intéressées à s’entendre avec une mutualité maternelle; elles éviteront, souvent ainsi, de grandes dépenses pour l’avenir. Les communes et les départements, en subventionnant ces œuvres, allégeront leur budget d’assistance. Quant à l’État, pour donner l’exemple, il devrait faire parvenir les secours maternels qu’il distribue à ses fonctionnaires, par l’intermédiaire des mutuaités maternelles. Nombre de Sociétés ou d’Unions de sociétés de secours mutuel ont fondés des caisses primaires d’Assurances sociales (chap. lxxviii).
3° Législation. — Il est nécessaire que des dispositions législatives, en faveur des nouvelles accouchées, viennent soutenir et guider ces institutions et rendent le repos avec indemnité , absolument obligatoire après l’accouchement. C’est ce qu’ont réalisé la loi Strauss du 17 juin 1913 et les lois sur les Assurances sociales.
B. — Protection infantile.
Comment la mère doit -elle élever son nourrisson? Quelle aide lui fournit notre état social?