PRINCIPES DE L’HYGIÈNE DU NOUVEAU-NÉ
1° Premiers soins. — Nous ne ferons qu’énumérer les premiers soins : mucosités de la bouche, ligature du cordon (attendre que les battements aient cessé, ce qui donne à l’enfant 90 grammes de sang), toilette de la peau, pansement du cordon, etc.
Insistons sur la nécessité du lavage antiseptique des yeux (solution de nitrate d’argent à 1 p. 100, de protargol, etc.). On sait que Y ophtalmie purulente des nouveau-nés est la cause de 30 p. 100 des cas de cécité, sans compter les borgnes. L’ophtalmie purulente est causée par le gonocoque ; ce microbe existe fréquemment dans les leucorrhées d’apparence banale : les paupières de l’enfant s’infectent pendant le passage par la fièvre génitale infectée.
L’ophtalmie purulente, très grave et très contagieuse, est soumise par la loi de 1902 à la déclaration obligatoire (pour la sage-femme, comme pour le médecin). Gomme elle apparaît rapidement dès le
second jour, sa recherche est dans les attributions du médecin de l’état civil.
2° Habillement. — Le maillot ne doit pas être trop serré. Il est nuisible d’intercaler, dans les différentes pièces de vêtement, une toile imperméable. Au sixième mois, on remplace le maillot par une culotte de flanelle et une robe dépassant les pieds, ceux-ci étant d’ailleurs protégés contre le refroidissement par des bas et des chaussures de laine. Dans l’appartement, la coiffure est inutile.
3° Berceau. — Il sera plus volontiers en fer : le bois, l’osier pouvant abriter des parasites. Les parois latérales auront les mailles étroites : Pinard cite le cas de mort d’un enfant dont la tête s’était engagée entre les barreaux du lit. L’enfant sera placé alternativement sur le côté droit et sur le côté gauche, jamais sur le dos pour éviter les dangers, parfois très graves, d’une régurgitation. On protégera les yeux de l’enfant contre une lumière trop vive, et on maintiendra la température de la chambre à 20° environ.
4° Propreté. — Condition importante de la santé de l’enfant; chaque jour, on lui fera un savonnage dans un bain tiède de quelques minutes; bien maintenir l’enfant dans sa baignoire, sous les bras, pour lui épargner toute sensation d’angoisse ou de frayeur, qui lui ferait prendre la balnéation en horreur.
5° Alimentation. — L’alimentation est un des points essentiels de l’élevage du nourrisson. Nous avons vu quelle part importante revient, parmi les causes de la mortalité infantile, aux troubles digestifs, à la diarrhée infantile , consécutive aux vices de l’alimentation. Il faut bien connaître les règles de l’alimentation des nourrissons.
Allaitement maternel. — L ’ allaitement maternel est, en général , le seul que doive recevoir le nourrisson . La mère ne renoncera à nourrir que si elle est dans l’impossibilité physique de le faire, et sur l’avis du médecin. L 'allaitement maternel est la meilleure sauvegarde de la vie, dans le premier âge. Comme l’a dit Pinard : « Le lait de la mère appartient à son enfant, à son enfant seul. » Elle n’a pas le droit de l’en frustrer. On ne saurait faire trop d’efforts de propagande pour
HYGIÈNE DU PREMIER AGE
inculquer ce principe d’hygiène infantile dans l’esprit des jeunes filles et des jeunes femmes. Voir page 74 les statistiques de mortalité des enfants mis en nourrice ou allaités artificiellement.
a) Nécessité de donner le sein pendant les premiers mois. — L’élevage artificiel est d’autant plus difficile et a d’autant moins de chance de réussir que l’enfant est plus près de la naissance. Le nouveau-né
s’accommode beaucoup moins bien du lait de vache que le nourrisson âgé de trois ou quatre mois, dont les fonctions gastro-intestinales sont déjà établies en quelque sorte. A ce point de vue, toutes les institutions qui permettent aux mères de donner le sein pendant les deux ou trois premiers mois contribueront largement à faire baisser la mortalité infantile. Les mutualités maternelles, la loi de 1913, les Assurances sociales, qui assurent quelques ressources aux femmes nécessiteuses, un mois avant et un mois après l’accouchement, rendront des services inappréciables.
b) Ration alimentaire du nourrisson. — Le seul moyen de savoir si le nourrisson s’alimente suffisamment et rationnellement , est la pesée journalière. La figure 7 montre la courbe de l’augmentation normale du poids de l’enfant. Cette courbe doit être régulière, sinon, il y a insuffisance ou excès de l’alimentation. C’est un véritable contrôle de l’état de santé.
Si nous mettons en parallèle, avec les moyennes de poids (fig. 7), les moyennes d’alimentation quotidienne, fournies par les pesées, avant et après chaque tétée, nous avons (Marfan) :
Fig. 7. — Courbe de l’augmentation normale du poids du nourrisson.
1er jour 2* — 3e —
10 gr . (2 tétées de 5gr.)
50 gr . (5 — - 8 gr.)
100 à 140 gr.
140 à 210 gr . (8 — 20 gr.)
Puis chaque jour :
1er mois : 8 2e et 3e mois : 8 4e et 5e mois : 8 6e au 9e mois : 7
: 8 tétées de 30 à 75 : 240 à 600 gr.
75 à 100 : 600 à 800 gr.
100 à 120 : 800 à 960 gr.
140 à 160 : 980 à 1 120 gr.
c) Technique de Vallaitement maternel. — De l’accouchement à la montée du lait (troisième ou quatrième jour), le sein sécrète le colostrum, seule nourriture convenant à l’enfant au début (propriétés laxatives, expulsion du méconium).
La première tétée se fait douze heures après l’accouchement; on peut, sans inconvénient, la retarder jusqu’à la vingt-quatrième heure. Dans cet intervalle, ne rien donner à l’enfant; tout au plus calmera-t-on ses cris par une cuiller à café d’eau bouillie.
Les tétées suivantes se feront, toutes les quatre heures, pendant deux jours, après un repos nocturne de onze à douze heures. Le troisième jour, une tétée toutes les trois heures; à partir du cinquième jour, et on continuera ainsi pendant quatre mois, une tétée toutes les deux heures et demie, soit huit en vingt-quatre heures, la première à cinq heures, et la dernière à onze heures, pour laisser reposer l’estomac de l’enfant et la mère elle-même. A partir du cinquième mois, on mettra trois heures d’intervalle entre les tétées, soit sept en vingt-quatre heures. On ne donnera jamais le sein la nuit (Pinard, Marfan), même si l’enfant crie; on vérifie dans ce cas si rien ne le gêne, si sa position est bonne, s’il n’est pas sali, et on le laisse crier, car il ne risque rien : il finit par s’endormir et il perd l’habitude de crier sans raison valable. Pendant le jour, si l’enfant dort trop, il faut le réveiller pour sa tétée, sinon, il ne dormirait pas la nuit. Après chaque tétée, l’enfant est mis au berceau. Au début, on donne successivement les deux seins dans la même tétée, plus tard un seul et on alterne régulièrement. La durée de la tétée est en moyenne d’un quart d’heure; mais certains nourrissons prennent leur ration en huit minutes; d’autres, moins actifs, exigent vingt minutes. Le sein sera toujours maintenu d’une propreté absolue (lavage à l’eau bouillie) avant et après la tétée.
d) Alimentation de la mère. — La santé de l’enfant exige une certaine discipline dans l’alimentation de la nourrice. La ration alimentaire doit être augmentée surtout en albumine (150 gr. au lieu de 85 gr.) et en graisse (100 gr. au lieu de 40 gr.), supplément facile à réaliser par l’absorption de lait qui a d’ailleurs des propriétés
HYGIÈNE DU PREMIER AGE
galactogènes. Seront interdits : les aliments riches en toxines (gibier, conserves de viandes, crustacés) ou malodorants (ail, oignon), susceptibles d’influencer la qualité du lait. Chez la femme qui allaite, la soif est toujours très vive; on la calmera par le lait et les décoctions de céréales; on proscrira les liqueurs et le vin. Inutile d’insister sur la nécessité d’une vie calme, sans fatigue physique, sans émotions violentes, causes fréquentes d’altération du lait.
e) Accidents de V allaitement au sein. — Ils sont dus à la suralimentation. Si on s’en remet aux besoins manifestés par l’enfant, on risque de graves mécomptes par insuffisance, mais surtout par excès d’alimentation; on ne saurait, sur ce point, trop protester contre le préjugé populaire qui interprète comme une preuve de prospérité la régurgitation des enfants gloutons : c’est une surcharge gastrique qui est souvent le prélude de troubles digestifs et de gastro-entérite. Lorsque la digestion est bonne, l’enfant a deux ou trois selles par jour, d’un jaune d’or, rappelant les œufs brouillés, bien liées et sans grumeaux (indice d’une digestion complète).
L’eczéma se rencontre surtout chez les enfants nourris au sein et suralimentés. Les modifications survenues dans la composition chimique normale du lait produisent aussi quelquefois des accidents. Elles sont presque toujours liées à l’excès ou à la pauvreté de beurre.
Les émotions violentes, la menstruation, les maladies chroniques, surtout la tuberculose, changent la composition du lait. La surveillance médicale permet d’instituer à temps le sevrage rapide qui concilie à la fois les intérêts de la mère et ceux de l’enfant.
f) Obstacles à V allaitement maternel. — Les obstacles d’ordre médical sont peu nombreux : maladies aiguës contagieuses, névroses, maladies cachectisantes, surtout la tuberculose. Les affections cardiaques bien compensées, de même que le mal de Bright modéré et soigné, 11e s’opposent pas à la lactation.
Pinard nie Y agalactie. Si des femmes n’ont pas de lait, c’est, qu’elles ne nourrissent pas assez; les glandes finissent par s’atrophier. Environ 95 p. 100 des femmes peuvent nourrir.
Ce sont surtout des causes d’ordre social qui empêchent l’allaitement maternel : la bourgeoise ne veut pas allaiter , l’ouvrière ne le peut pas. En ce qui concerne la première, c’est en luttant contre la paresse, les préjugés, etc., qu’on obtiendra des résultats. Quant à l’ouvrière, nous avons déjà vu en partie et nous verrons encore
comment on peut lui fournir le moyen d’allaiter son enfant.
La mère a V obligation absolue de nourrir son enfant.
Allaitement mercenaire. — C’est l’allaitement par une autre femme que la mère, par une nourrice. Il y a deux catégories de nourrices : les nourrices à distance qui emportent le nourrisson chez elles, et les nourrices sur lieu.
Les enfants emportés par les nourrices à distance subissent une mortalité effroyable (50 p. 100; voir p. 76).
En principe (p. 102), la nourrice doit avoir un enfant âgé de plusieurs mois, et qu’il est possible de nourrir, en partie, avec du lait de vache, en partie avec des bouillies; et elle doit réserver le sein au nourrisson étranger. En réalité, elle fait le contraire et donne à l’étranger soupes et bouillies incompatibles avec son âge ; ou bien, distraite par les travaux aux champs, elle ne lui donne pas assez de tétées par jour. On voit à quels dangers on expose le nourrisson, sans parler de ceux du voyage.
La nourrice sur lieu est sans doute avantageuse pour le nourrisson qu’elle allaite, mais que devient son enfant? Confié aux parents de la nourrice ou à des étrangers, et habituellement mal soigné, il meurt souvent. Là encore, le voyage de l’enfant de la nourrice (qu’elle amène souvent jusqu’au moment où elle trouve une place) est meurtrier.
L’allaitement mercenaire est donc antisocial.
Allaitement artificiel. — Si l’allaitement au sein n’est pas possible, on alimentera le nouveau-né avec le lait d'un animal (V oir p. 107).
a) Choix du lait. — Le lait d ’ânesse est celui qui, par sa composition, se rapproche le plus du lait de la femme; mais, son asepsie difficile, son altération facile, son prix élevé en rendent l’emploi peu pratique.
Le lait de chèvre présente beaucoup d’avantages : sa stérilisation facile, son prix modéré, et l’immunité de la chèvre vis-à-vis de la tuberculose, mais en ville son usage est peu commode et la chèvre est fréquemment atteinte de brucellose.
C’est au lait de vache qu’on a recours, en raison de sa production permanente et de son abondance qui met son prix à la portée de tous. La différence décomposition qu’il offre avec le lait de femme, et qui consiste surtout dans un excès de caséine, n’apporte pas une grande difficulté à son emploi. Le procédé de correction le plus
HYGIÈNE DU PREMIER AGE
simple et le plus employé est le coupage du lait, avec addition de sucre (10 p. 100 de l’eau du coupage pour rendre au lait sa valeur calorigène). Ce coupage doit se faire dès la réception du lait et avant la stérilisation.
b) Technique de V allaitement artificiel. — Par suite de la dilutoin du lait, il en faut des quantités plus grandes que dans l’allaitement au sein ; et comme la digestibilité du lait de vache est inférieure à celle du lait maternel, il est préférable de mettre entre les repas un intervalle plus grand, trois heures au lieu de deux heures et demie, au début.
Première semaine : parties égales de lait et eau bouillie.
Trois premiers mois : deux parties de lait pour une partie d’eau.
Quatrième mois : trois parties de lait et une partie d’eau.
A partir du cinquième mois, si le dernier mélange est bien toléré, on essaie le lait pur.
L’enfant prend ainsi, chaque jour, sept repas de 90 grammes, de lait coupé au tiers pendant le premier mois (630 gr.); de 100 grammes pendant le deuxième mois (700 gr.); de 120 grammes, le troisième mois (840 gr.); pendant le quatrième mois, 120 grammes de lait coupé au quart (840 gr.); et pendant le cinquième, 125 grammes de lait pur (875 gr.). Du sixième au neuvième mois, six repas de 175 grammes de lait pur : 1 050 grammes par jour.
Ce ne sont là que des moyennes établies d’ailleurs pour un enfant pesant 3 kilogrammes à la naissance. Comme tous les enfants n’ont pas la même aptitude digestive et la même régularité d’accroissement, il serait utile de disposer d’une règle générale pouvant déterminer ce qui convient à chacun d’eux. C’est le poids qui sert ici de guide et on admet que la ration alimentaire du nourrisson exige un peu plus de 100 grammes de lait par kilogramme de poids corporel (Maurel, Mery, d’après Macaigne).
Quant à l’emploi des laits écrémé, humanisé, maternisé, digéré, etc., se reporter chapitre vu, § VII.
c) Biberon et tétine. — L’allaitement direct au pis des animaux est complètement délaissé aujourd’hui.
Pour l’allaitement artificiel, le biberon est l’instrument indispensable et de beaucoup le plus commode. On ne recourt guère au petit pot et à la cuillère que pour les enfants très débiles ou pour les malades.
Plus un biberon, plus une tétine seront simples, plus il sera facile
de les nettoyer, de les débarrasser des grumeaux de lait qui, s’ils y séjournent, ne manqueront pas de fermenter.
L ’ asepsie des biberons est absolument indispensable. Tout biberon doit être stérilisé par la chaleur : cette stérilisation s’obtient en même temps que celle du lait, quand on stérilise celui-ci dans les biberons, ce qui doit être la règle générale. On devra rejeter tous les appareils plus ou moins ingénieux, ordinairment compliqués, difficilement stérilisables.
Le biberon à long tube (fig. 8) est interdit par la loi du 16 avril 1910.
Le mieux est d’adapter au col d’un flacon de l’appareil de Soxhlet ou de Budin-Gentile, renfermant la valeur d’une tétée, une simple tétine en caoutchouc stérilisé (fig. 9).
La loi du 26 février 1917 interdit la mise en vente, l’exposition et l’importation des tétines en caoutchouc de fabrication défectueuse.
En somme, dans V allaitement artificiel , l’asepsie du biberon , de la tétine (en même temps que celle du lait ) constitue la condition indispensable de la prophylaxie contre la gastro-entérite.
d) Stérilisation du lait. — Voir chapitre vu, § V.
e) Surveillance de l’enfant. — Il faut surveiller avec soin son aspect, son poids, ses garde-robes. L’allaitement artificiel expose davantage aux troubles digestifs; il réussira d’autant mieux qu’il aura été institué plus tard.
Allaitement mixte. — - L’association de l’allaitement artificiel à l’allaitement maternel, bien dirigé, est infiniment supérieur à l’allaitement artificiel pur. Elle permet de suppléer, par deux ou trois tétées artificielles, à l’insuffisance du lait maternel.
L’allaitement mixte a réhabilité l’allaitement maternel dans les classes aisées. Il permet aussi à l’ouvrière de travailler hors de chez elle, en utilisant les crèches et les garderies.
Centres de donneuses de lait. — De certains pays étrangers, est venue l’idée d’utiliser l’excédent de lait de certaines nourrices
Fig. 8. — Biberon à long tube, interdit.
P"ig. 9.
Tétine simple en caoutchouc.
HYGIÈNE DU PREMIER AGE
pour les nourrissons débiles ou hypothrepsiques, en le recueillant, par des procédés aseptiques. Les résultats obtenus ont été excellents. Aussi le ministère de la Santé publique a-t-il attiré l’attention sur l’intérêt des centres de donneuses de lait (12 août 4936) et formulé (8 mars 1937) les indications essentielles relatives à l’organisation et au fonctionnement de ces centres.
Résumé. — Le secret de l’élevage des nourrissons réside surtout dans la façon dont sera dirigée et surveillée leur alimentation.
6° Vaccination antivariolique. ■ — Obligatoire au cours de la première année. Voir le chapitre consacré à la vaccination antivariolique.