DESCENDANCE DES ALCOOLIQUES
Elle est considérable sur la qualité des enfants, surtout nés de parents atteints d’alcoolisme chronique.
Il faut distinguer, à ce point de vue, l’alcoolisme maternel et l’alcoolisme paternel. Dans le premier cas, l’intoxication se fait par voie transplacentaire, par passage de l’alcool de l’organisme de la mère à l’embryon ou au foetus. L’ovule élément relativement gros, gorgé de réserves nutritives, où la substance active et spécifique est comme perdue et noyée au milieu d’une abondante substance indifférente, est peu touché.
Dans l’alcoolisme paternel, au contraire (travaux de Bouin et Ancel), le poison provoque des altérations des cellules de la lignée germinative des tubes séminifères, c’est-à-dire des cellules mères des spermatozoïdes.
Aussi, l’hérédité de germe, d’origine paternelle, joue-t-elle un rôle important, d’autant, plus que sa fréquence est grande.
L’hérédité est peut-être le plus grave danger de l’alcoolisme.
a) Dipsomanie. — Les fils d’alcooliques ont un besoin inné d’alcool; ils seront rapidement alcooliques. D’une part, ils ont hérité d’un cerveau sans volonté; d’autre part, leurs éléments cellulaires ont besoin de leur excitant héréditaire (comme ceux des morphinomanes ont besoin de morphine).
b) Troubles dynamiques du système nerveux. — Les fils d’alcooliques sont des névropathes .Leur sensibilité morale est exagérée de même que leurs réflexes ou leur sensibilité physique. Bien plus, presque toutes les névroses (convulsions des enfants pour la moindre cause, certaines épilepsies, neurasthénie, etc.) reconnaissent l’alcoolisme (et surtout l’essencisme) des parents comme étiologie principale. Enfin, le mauvais équilibre moral, la tendance aux crimes, aux violences, est très souvent le lot des fils d’alcooliques (responsabilité diminuée).
c) Lésions, surtout des centres nerveux. — L’alcoolisme des parents peut créer des lésions matérielles chez les enfants.
Féré, Charrin ont reproduit expérimentalement toutes sortes de malformations, soit en soumettant des œufs de poule aux vapeurs alcooliques, soit en alcoolisant les parents.
Peuvent être causées par l’alcool : toutes les malformations (tératologie), l’infantilisme (abaissement de la taille chez les conscrits dans les départements alcooliques), toutes les dégénérescences, l’anencéphalie, l’hydrocéphalie, la porencéphalie, l’épilepsie, l’idiotie etc., etc.; 50 p. 100 des idiots et épileptiques sont des enfants d’alcoo-
ALCOOLISME
liques. La débilité congénitale, grande cause de mortalité infantile, est fréquente chez les descendants d’alcooliques.
d) Avenir des descendants d’alcooliques. — En résumé, les familles d’alcooliques sont exposées à une mortalité infantile excessive, à des malformations, à la débilité, à des tares nerveuses, à une tendance à l’alcoolisme, aux tares morales, etc., etc. Legrain a publié une série d’exemples qui démontrent qu’à la seconde génération, les idiots, les épileptiques, les criminels sont fréquents, et qu’à la troisième génération, les enfants sont tous tarés : idiots, arriérés, faibles d’esprit, folie morale ou épilepsie.
Mais chez les descendants d’alcooliques, le milieu biologique et l’hérédité s’intriquent d’une façon plus ou moins incessante et profonde. Les descendants d’alcooliques héritent surtout, comme nous l’avons déjà fait remarquer à la suite de Pearson, de la tendance à boire et si des mesures énergiques sont prises, ils pourront échapper à la dégénérescence. On conçoit ainsi combien la lutte directe contre l’alcoolisme a de l’importance, au point de vue de la lutte contre les hérédités qu’il peut transmettre (voir p. 928). Si on ne la mène pas avec énergie, V alcoolisme est la fin de la race.