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EFFETS DU TRAVAIL MUSCULAIRE

2° Respiration. — Les conditions physiologiques du travail musculaire : consommation plus grande d’oxygène, production plus considérable d’acide carbonique ne peuvent être réalisées que par l’intervention de l’appareil respiratoire. Tout travail musculaire a donc comme corollaire une suractivité fonctionnelle de la respiration, qui aboutit à l’essoufflement, si le poumon ne réussit pas à faire pénétrer assez d’air, c’est-à-dire assez d’oxygène dans le sang; l’acide carbonique, qui s’y accumule, excite les centres respiratoires bulbaires, dont la réaction provoque une accélération des mouvements respiratoires.

L’exercice musculaire produit des modifications permanentes : augmentation du périmètre et des diamètres du thorax, de la capacité vitale.

3° Circulation. — Le muscle qui travaille fait circuler dans son intérieur quatre fois plus de sang qu’à l’état de repos. L’exercice musculaire exercera donc, sur la circulation périphérique, une action favorisante, qui aura pour effet d’abaisser la tension artérielle, de faciliter l’action du cœur. Si le travail est énergique et répété, il se produit au contraire une hypertension, entraînant, à sa suite, une augmentation de force et de volume du cœur; si le sujet est entraîné : hypertrophie dite de travail, observée chez le gymnaste comme chez le cheval, qui permet de subir des fatigues dépassant la normale.

4° Système nerveux. — Les exercices physiques produisent, dans le système nerveux, des modifications particulièrement favorables à son activité physiologique; leur action s’exerce d’une façon plus directe et, en quelque sorte élective, sur les fonctions psychomotrices : augmentation de l’intensité de l’excitation nerveuse, perfectionnement du sens musculaire, de la coordination motrice, développement du fonctionnement automatique de la moelle.

Bien plus, l’éducation physique, bien comprise, a une action indiscutable sur la volonté, en particulier, et, en général, sur le développement intellectuel. L’exercice immodéré aurait, par contre, une action dépressive sur le système nerveux.

3° Appareil locomoteur. — ■ A la suite de l’exercice physique, on constate tout d’abord une augmentation du volume des muscles, qui est l’indice manifeste d’une modification des fibres musculaires elles-mêmes, soit à l’accroissement de leur volume, soit à une augmentation de leur nombre et très probablement aux deux à la fois.

A la suite de ces modifications morphologiques, la force absolue des muscles est augmentée; d’où énergie plus puissante de contraction.

Enfin, on constate encore, dans les muscles entraînés, des qualités particulières, de nature mal définie, qui dépendent peut-être d’une force de cohésion et d’une élasticité meilleure, et qui les rendent plus résistants, et moins sensibles, ainsi que leurs tendons, aux actions traumatiques, résultat des contractions violentes ou des chocs.

Ces diverses modifications sont localisées aux seuls groupes musculaires, dont l’activité est sollicitée par l’exercice. Ce fait est de la plus haute impor-

tance; il modifie l’esthétique du corps humain, dont l’harmonie générale peut être détruite par le développement exagéré de certains groupes musculaires. D’autre part, certains muscles peuvent acquérir une tonicité prédominante et provoquer des attitudes vicieuses qui peuvent être définitives.

6° Fatigue et surmenage. — Le muscle perd son excitabilité, sous l’influence d’une excitation continue; c’est la fatigue. Cet état d’épuisement correspond à la rétention et à l’accumulation dans le muscle des produits toxiques de désassimilation et intéresse autant la fibre nerveuse que la fibre musculaire.

Si les contractions sont très fréquentes, ou de longue durée, la fatigue se produit plus vite que si elles sont courtes et espacées, d’où l’indication de fractionner les grosses charges et de diviser le travail. Lorsque l’excitabilité du muscle est épuisée, il est nécessaire de le laisser dans l’inaction au moins deux heures, avant qu’il puisse réagir de nouveau à l’excitation. Donc, tout travail musculaire susceptible d’engendrer la fatigue doit être suivi d’une période de repos, pendant laquelle l’organisme achève d’éliminer les déchets, résultant du travail et répare les dépenses effectuées, en apportant au muscle de nouveaux combustibles et de nouvelles matières azotées.

La fatigue, poussée à l’extrême dans son intensité, aboutit au surmenage aigu; sa persistance constitue le surmenage chronique.

Le surmenage aigu apparaît comme conséquence d’un travail physique, intense et prolongé : maints exemples en sont fournis par les courses à pied ou à bicyclette. Les accidents relèvent d’une auto-intoxication par les produits de désassimilation qui n'ont pu être éliminés par les reins, par suite de leur trop grande abondance. Les symptômes sont : des troubles respiratoires (fréquence et irrégularité des mouvements respiratoires), cardiaques (tachycardie, arythmie). Puis apparaissent des phénomènes généraux : fièvre (39°, 40°, 41°), état de lassitude, prostration avec faciès typhique et inappétence, douleurs musculaires, troubles nerveux (agitation, délire). Au bout de cinq ou six jours, une crise urinaire apparaît, qui clôt la maladie.

Le surmenage chronique succède à une fatigue répétée et mal compensée par des périodes de repos suffisant, si bien que l’auto-intoxication s’établit, sans jamais rétrocéder (certains ouvriers, soldats non entraînés).

Le surmenage, en diminuant la vitalité et la résistance de l’organisme, prédispose aux infections : tuberculose (granulie des jeunes recrues), fièvre typhoïde , etc., et conduit aussi aux cardiopathies chroniques (cœur forcé, athérome).

La culture physique est la recherche du développement intégral et du fonctionnement de l’organisme humain, basée sur les données physiologiques exposées précédemment.

Le sport ajoute à l’exercice physique une idée de compétition, de culte de la performance, de lutte pour la victoire, qui lui confère parfois un danger, si un examen médical approfondi n’a pas été pratiqué au préalable, pour juger de l’aptitude du sujet au sport qu’il doit pratiquer.

1° Exercices naturels. — Ce sont les jeux et les métiers. Les jeux ont pour principaux éléments la marche, la course, le saut. A ce groupe se rattachent l 'escrime, le cyclisme , le canotage , la natation , la pratique du ski , le football , etc. Ces jeux sont transformés souvent en sports. Les métiers , comprenant le travail du bois, des métaux, le jardinage, etc., développent surtout l’habileté manuelle et l’adresse. Ils devraient être imposés à tout enfant des écoles (p. 173).

La méthode de culture physique du lieutenant Hébert est basée sur des exercices, empruntés aux mouvements naturels et réalisés presque nus; elle est excellente. En quelques mois, le corps prend un développement rationnel très remarquable.

2° Exercices artificiels . — C’est la gymnastique :

a) La gymnastique physiologique ou suédoise est l’œuvre de Ling. Sa valeur hygiénique a été mise en lumière en France par des travaux récents, en particulier ceux de Lagrange et Tissié.

Elle s’adresse successivement à tous les groupes musculaires, qui travaillent par séries isolées et suivant l’importance de leur rôle physiologique; ces exercices sont à la fois éducatifs des mouvements et correctifs des attitudes vicieuses. Les muscles de la respiration et les muscles abdominaux sont l’objet d’une éducation particulière, qui a pour but de développer l’amplitude thoracique et d’augmenter la résistance de la sangle abdominale; il en est de même des muscles extenseurs de la colonne vertébrale, dont la tonicité est nécessaire pour amener l’attitude normale du corps.

Les exercices sont simples et faciles, ils n’exigent aucune force, aucune habileté particulière, ils peuvent être exécutés par tous et permettent ainsi à chaque organisme de se développer, suivant la valeur de ses propres moyens. C’est « une science raisonnée des mouvements propres à développer le système musculaire, dans un but d’hygiène, de thérapeutique, d’éducation et même d’esthétique ».

b) La gymnastique athlétique fut inaugurée en Allemagne par Jahn (1811), en France par Clias et Amoros (1815).

Elle consiste en exercices aux agrès (barres, trapèzes, anneaux, etc.), qui ont, pour principale caractéristique, la violence de l’effort. Ces exercices comportent surtout des suspensions par les bras; ils sollicitent donc l’activité musculaire des membres supérieurs, mais négligent complètement celle des membres inférieurs. Ils exigent souvent aussi des attitudes et des mouvements anormaux qui provoquent un trouble profond dans l’équilibre de l’organisme et dans les fonctions d’inspiration et d’expiration.

L’abus de la gymnastique athlétique réalise le type gymnaste, décrit par Lagrange et Tissié : taille moyenne, développement exagéré des pectoraux, des deltoïdes et des faisceaux supérieurs du trapèze; léger degré de voussure de la colonne vertébrale et parfois surélévation des omoplates.

On peut, en somme, reprocher à la gymnastique athlétique de ne pas assurer un développement normal et harmonique du système musculaire, de comporter des exercices violents et difficiles, qui en font une sorte de sport réservé à quelques privilégiés. Ce n’est pas un entraînement physiologique propre à développer les aptitudes normales de l’organisme et à corriger ses attitudes vicieuses.

3° Classement physiologique des exercices physiques.

— On peut, d’après leur valeur physiologique , classer les exercices physiques en trois catégories :

a) Les exercices de force se caractérisent par l’énergie des contractions musculaires et le grand nombre des muscles en activité; le travail musculaire produit est considérable, et les effets physiologiques atteignent leur maximum d’intensité. Ils déterminent l’essoufflement, activent la nutrition et accroissent le volume et la force des muscles.

Ce sont la lutte , la boxe anglaise , le soulèvement de poids et de fardeaux , la gymnastique athlétique.

Les principaux dangers sont l’effort et les traumatismes. Mais, pratiqués d’une façon modérée par des adolescents bien constitués, ils provoquent l’entraînement, la force et la bravoure.

b) Les exercices de vitesse sont caractérisés par la fréquence des contractions musculaires; le travail musculaire est alors en rapport plutôt avec la rapidité des mouvements, l’importance et le nombre des muscles mis en activité qu’avec le degré d’énergie musculaire développée ou le travail mécanique produit. Demandant à chaque contraction une énergie modérée, l’exercice de vitesse

des contractions provoque au contraire une déperdition rapide d’excitabilité nerveuse.

Certains de ces exercices ( escrime , boxe), sont fatigants pour le système nerveux, dont la tension est très grande pour combiner les coordinations voulues. Les autres ( course , canotage , bicyclette ), se faisant par des mouvements alternatifs, peuvent être prolongés longtemps, sans épuisement.

Les exercices de vitesse sont supérieurs aux exercices de force; mieux qu’eux, ils produisent une suractivité respiratoire et nutritive. Us n’hypertrophient pas les muscles, mais ils favorisent mieux le jeu des jointures.

c) Dans les exercices de fond , l’intensité du travail musculaire est en rapport avec sa durée; elle est obtenue par l’accumulation de petites quantités de travail musculaire, produites par des contractions d’une énergie et d’une fréquence modérées.

L’avantage des exercices de fond est de ne jamais soumettre l’organisme à un rapide surcroît d’activité physiologique. L’oxydation est augmentée et les échanges nutritifs sont facilités.

La marche et la gymnastique suédoise sont d’excellents exercices de fond.

d) Certains sports, comme Y alpinisme, sont mixtes : force, fond, adresse, courage. Ils sont excellents.

4° Facteurs individuels de Eéducation physique. —

L’organisme humain présente aux diverses périodes de la vie des aptitudes différentes au travail musculaire.

a) Enfance. — Pendant l’enfance, cette aptitude est nulle. Les muscles en voie de développement morphologique sont susceptibles de produire des contractions rapides et très modérées, mais sont inaptes aux contractions soutenues et énergiques. Seul, l’exercice de la marche doit être l’objet d’une éducation particulière.

b) Puberté. ■ — - Pendant cette période de la vie, qui évolue de treize à quinze ans chez la fdle, de quatorze à dix-sept ans chez le garçon, l’accroissement de la taille est rapide et trop grand par rapport, au développement du thorax. 11 en résulte une insuffisance relative du cœur et du poumon qui exige dans le choix des exercices physiques une grande prudence, justifiée, d’ailleurs, par les susceptibilités morbides du tissu osseux (rachitisme tardif, ostéomyélite des adolescents). Donc, jusqu’à dix-huit ans, jusqu’à ce que le développement soit complet, il faut rejeter les exercices de fond, modérer ceux de force et donner la préférence aux exercices de vitesse dont l’action est favorable au poumon.

c) Adolescence. Age adulte. — - Cet âge représente la période pendant laquelle le corps humain, après avoir achevé son développement morphologique, reste stationnaire et en pleine possession de ses aptitudes physiologiques. Aux environs de vingt-cinq ans, l’homme se trouve en possession de toutes ses aptitudes fonctionnelles; cela permet la pratique intégrale de tous les sports, qu’il s’agisse d’exercices de force, de vitesse ou de fond. A mesure que l’individu avance en âge, il devra réduire les exercices de vitesse et de force; et, pour le vieillard, seuls les exercices de fond ne présentent aucun danger.

d) Sexe. ■ — - L’aptitude de la femme au travail musculaire est normalement inférieure à celle de l’homme. L’éducation physique peut atténuer dans une large mesure cette infériorité de la femme. Le but est le même que chez l’homme : développement général de l’organisme. Mais sa culture physique a aussi quelques indications particulières : harmonie parfaite des formes, élégance des mouvements, vigueur des groupes musculaires qui sont intéressés par les phénomènes physiologiques de la grossesse et de l’accouchement. Elle doit également rechercher l’augmentation de la capacité respiratoire normale dont la moyenne n’atteint chez la femme que 2 550 centimètres cubes (3 660 chez l’homme).

Les exercices qui répondent le mieux à ces indications sont les jeux, la course, le saut, le tennis; on peut y joindre la danse à l’air libre.

e) Conditions individuelles diverses. — On conçoit facilement que nombre de facteurs : constitution, prédispositions morbides, professions, interviennent aussi dans le choix des exercices physiques.

f) Surmenage sportif. ■ — Depuis quelques années, la mode ridicule et périlleuse des championnats a détourné le sport de son but primitif et sain. Le sport déréglé tel qu’on le pratique, si souvent actuellement, est beaucoup plus nuisible qu’utile, parce qu’il oblige l’organisme à dépasser la limite normale de son effort (nombre de champions deviennent tuberculeux).

Il ne faut pas que l’effort du sport, même normalement pratiqué, s’ajoute, sans repos intercalaire, à celui de la journée de travail. Nous attirons l’attention sur l’abus épuisant des sports des week-ends qui succèdent, sans repos compensateur, au travail souvent pénible de la semaine, aussi bien en hiver (ski, etc.), qu’en été.

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