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DE L’EMPLOI DES ANESTHÉSIQUES EN OBSTÉTRIQUE

Une question de pratique assez importante, et diversement résolue par les auteurs, se pose ici : lorsqu’au cours du travail, une femme souffre beaucoup, pousse des cris déchirants, réclame qu’on calme à tout prix ses souffrances à l’aide du chloroforme, est-on autorisé à lui en donner ou à la soulager par d’autres moyens?

C’est à une date relativement récente (19 janvier 1847) que Simpson (d’Édimbourg) eut recours à l’anesthésie par l’éther pour une femme chez laquelle il voulait pratiquer une version; il se servit quelques mois plus tard (20 novembre 1847) du chloroforme. Nombre d’accoucheurs, en invoquant des raisons diverses, s’élevèrent contre l’anesthésie employée en obstétrique.

On s’aperçut bientôt que le chloroforme pouvait être employé chez les parturientes de deux manières différentes : 1° ou bien à dose chirurgicale, c’est-tà-dire de manière à obtenir une anesthésie totale, une résolution musculaire complète qui permet de faire plus facilement les opérations ; 2° ou bien à doses moins fortes, espacées, qui produisent chez la femme en travail une insensibilité presque complète à la douleur sans perte absolue de connaissance.

Ces faits furent vus successivement par Simpson, Murphy, Rigby, et cette dualité d’action du chloroforme suivant le mode d’administration ne tarda pas à rallier les adversaires de la première heure; bientôt, lors de deux accouchements (en 1853 et 1857), la reine Victoria eut recours avec avantage, à deux reprises, à l’anesthésie obstétricale : la cause du chloroforme à la reine était définitivement gagnée en Angleterre.

Elle rallia peu à peu d’assez nombreux partisans en Amérique et en Europe. Il n’en fut pas de même en France. P. Dubois le premier, en 1847, expérimenta l’éther dans les accouchements normaux : chez une femme, l’excitation produite par l’éther obligea de suspendre l’anesthésie ; deux autres femmes qu’il soumit à cette anesthésie succombèrent à la fièvre puerpuérale, qui était alors fréquente dans les Maternités. Ces faits ralentirent le progrès de l’anesthésie obstétricale en France. « Bien que Dubois, dit Campbell, fût convaincu... qu’il ne

ACCOUCHEMENT

s’agissait que d’une coïncidence et d’un malheur commun à d’autres femmes qui avaient succombé à la même époque et à la même influence épidémique sans avoir été éthérisées, le professeur, par un excès de prudence dont il tenait sans doute à donner un exemple à ses élèves et qui, d’ailleurs, était bien dans sa nature, ne put pas et ne voulut pas se soustraire à cette impression peu encourageante. »

Cependant Stoltz, Cazeaux, Delmas, Chailly, etc. emploient le chloroforme avec succès; en 1854, Houzelot (de Meaux) publie sur le chloroforme clans les accouchements naturels un mémoire dans lequel il montre la possibilité de supprimer la douleur de la parturition sans amener l’abolition de l’intelligence. — Blot, dans sa thèse d’agrégation (1857), tout en constatant que le chloroforme administré à certaines doses, empêche les contractions utérines d’être douloureusement perçues sans que la connaissance soit complètement abolie, rejette l’emploi du chloroforme dans les accouchements simples.

Malgré différents travaux favorables à l’usage du chloroforme, il semblait devoir être abandonné en France, mais Oliffe, Campbell, l’employaient dans leur clientèle; Campbell publia deux mémoires importants, en 1874 et 1877, où il exposa les résultats obtenus avec le chloroforme dans les accouchements normaux; ces travaux furent attaqués par Pajot, qui entama à ce sujet une polémique assez vive avec Bailly. Pajot niait l’analgésie obstétricale : « Ou bien, disait-il, l’anesthésie est réelle et vous l’obtenez sans aides et sans les précautions impérieusement commandées par l’expérience, vous êtes des imprudents et des coupables; ou bien, avec votre prétendue demi ou plutôt pseudo-anesthésie, les femmes voient, entendent, raisonnent, se plaignent, crient, poussent quand on les sollicite, et alors vous pouvez vous passer d’aides, vous n’ètes pas dangereux; mais ce nest plus de V anesthésie, c'est de F homœopathic ; vous nêtes pas sérieux. »

Fochier (de Lyon), tout en trouvant le travail de Pajot « étincelant de verve et de bon sens », se rallie à la demi-anesthésie et déclare que « la demi-anesthésie de M. Campbell sera souvent un allègement bien plus réel que ne veut le croire M. Pajot ». En 1878, Courty (de Montpellier) conseille le chloroforme quand les douleurs sont trop fortes ou quand les malades en réclament l’emploi.

J.-L. Championnièrc, après avoir expérimenté le chloroforme à la Maternité de Cochin, conclut hautement en faveur de son usage; par contre, Pinard, dans sa thèse d’agrégation sur Faction comparée du chloroforme , du chloral, de F opium et de la morphine chez la femme en travail , « admet que dans les cas de douleurs violentes dues à la con-

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