‹ Précis d'obstétrique (volume 2)Chapitre 177 sur 317 · HÉMORRHAGIES DE LA DÉLIVRANCE · texte numérisé non relu

HÉMORRHAGIES DE LA DÉLIVRANCE

Si le placenta est incomplètement décollé, on se hâte de le séparer de l’utérus et on l’entraîne avec les caillots qui s’étaient déjà accumulés dans l’utérus. Si l’arrière-faix est entièrement libre, on l’entraîne tout de suite. Pendant ce temps la main gauche frictionne énergiquement et masse en quelque sorte l’utérus à travers la paroi abdominale.

La présence de la main dans l’utérus, l’achèvement du décollement du placenta, l’extraction de l’arrière-faix et des caillots suffisent la plupart du temps à faire sortir l’utérus de son état d’inertie. Si l’on soupçonne que quelques caillots sont demeurés dans l’utérus, il ne faut pas hésiter à réintroduire la main et à profiter de sa présence dans l’utérus pour frictionner doucement la paroi interne de sa cavité.

11 est exceptionnel que ces moyens simples et de facile exécution ne suffisent pas à enrayer l’hémorrhagie.

Pendant que l’accoucheur remplit cette indication qui tient en deux mots : vider l’utérus, il fait d’ailleurs préparer une injection intra-utérine d’eau bouillie à 48 degrés, qu’il administre lui-même.

Il est bon de ne retirer la main que lorsque l’utérus est fortement rétracté sur elle. Une injection sous-cutanée de 1 à 2 grammes d’ergotinc peut être alors pratiquée. Depuis 1886 Pinard n’a plus du tout recours à l’ergot de seigle ou à ses dérivés pendant la période de délivrance.

Une longue et attentive surveillance de l’utérus s’impose ensuite, il est à peine besoin de le dire.

Il reste enfin à combattre par les moyens ordinaires l’état syncopal auquel les femmes restent souvent en proie pendant plusieurs heures (alcool, injections sous-cutanées d’éther de sérum artificiel, enveloppement dans des linges chauds, etc., etc.).

La transfusion a été quelquefois pratiquée avec avantage.

L’hémorrhagie externe peut être modérée, mais devenir encore inquiétante par sa persistance.

Vider l’utérus est encore le moyen par excellence d’y mettre un terme.

On se ferait une fausse idée des complications de la délivrance si nous n’ajoutions qu’en clinique, les accidents et les difficultés se trouvent souvent réunis. Il y a hémorrhagie, et en même temps adhérence anormale d’une partie du placenta, enchatonnement, rétraction spasmodique de l’utérus.

2° Inversion de l’utérus. — Définition- — Guillemeau avait donné a cet accident le nom expressif de retournement de l’utérus.

Il s’agit bien en effet d’un retournement, d’une introversion, d’une invagination de l’utérus dont le fond se déprime, puis peu à peu arrive au

ACCOUCHEMENT

niveau du col, le franchit même et peut s’engager dans le vagin ou même sortir hors de la vulve.

Dans cet état d’inversion complet l’utérus est retourné comme un

doigt de gant : on a sous les yeux sa surface interne.

Fréquence. — On ne connaît guère plus de 228 observations (Crampton) d’inversion survenue pendant la puerpéralité. Cet accident est donc fort rare. On en compterait en effet 1 cas sur 180 000 à 200000 accouchements.

Leroux (de Dijon) (1776) a établi trois degrés d’inversion : 1° dans un premier degré, le fond de l’utérus est simplement déprimé (dépression simple) ; 2° dans un second degré, le fond de l’utérus est profondément déprimé, abaissé et peut même descendre jusqu’au niveau de l’orifice utérin; 5° dans un troisième degré l’utérus est complètement retourné et le fond de l’utérus fait saillie non seulement

Fi^ 295. — Léger degré d’inversion: le dans le Vagill, mais même hors des parties l'ond de l’utérus est simplement dé- , . .

primé. génitales.

Quelques auteurs admettent quatre degrés d’inversion utérine; il nous paraît plus légitime, avec Courty, d’admettre deux variétés d’inversion, suivant qu’elle est complète ou incomplète. Incomplète quand le fond de l’utérus ne descend pas jusqu’à l’orifice externe du col; complète lorsqu’il franchit cet orifice. Il peut dès lors se trouver dans le vagin, à la vulve ou même au dehors; dans ce dernier cas il existe une sorte de prolapsus de l’utérus inversé.

Causes. — L’inversion utérine peut s’observer en dehors de la délivrance, à la suite d’un avortement par exemple, ou spontanément lorsque la femme surprise accouche debout. C’est cependant la délivrance qui est ordinairement la cause occasionnelle de cet accident.

L’inertie utérine totale ou limitée à la zone placentaire est la condition préalablement nécessaire à la production de l’inversion.

Si des tractions sont alors prématurément exercées sur le cordon, si ce dernier ne se rompt pas plus que le placenta ne se décolle, on peut voir le fond de l’utérus descendre : l’inversion est constituée.

Pareil accident est survenu en employant la méthode de Crédé.

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