DIABÈTE ET GROSSESSE
morts ou qui meurent peu de temps après la naissance, tués probablement par la tuberculose ; ces mêmes femmes ont ensuite d’un second mari bien portant des enfants qui naissent vivants et se développent.
Sans doute il n’y a pas d’observation clinique, rigoureusement prise, établissant le fait. Comment se fait alors l’infection? Par le sperme qui, contenant des bacilles, peut en fécondant l’ovule, l’infecter et rendre tuberculeux le produit de conception; mais le fait n’est point démontré. Si l’on a trouvé un certain nombre de fois des bacilles dans le sperme de phthisiques, ayant des lésions des organes génitaux, ce n’est que très rarement (Jahni) qu’on a pu faire cette constatation dans le sperme de phthisiques ayant les organes génitaux sains.
Au point de vue expérimental, si Landouzy et H. Martin ont produit chez les cobayes une infection tuberculeuse en leur inoculant du sperme de phthisiques, en revanche Rohlff n’a obtenu que des résultats négatifs. Aussi certains auteurs, Firket1, par exemple, n’admettent guère qu’un ovule puisse être fécondé par un spermatozoïde ayant des bacilles, et suive un développement normal. La question est donc en suspens.
D’après A. Ilerrgott, bien que le fait de la transmission delà tuberculose soit établi, il n’est pas démontré que le bacille passe avec le sperme dans l’ovaire.
Le traitement de la tuberculose pendant la grossesse ne présente rien de particulier, ce n’est qu’à une époque rapprochée du terme et lorsque la femme est en danger de mort que la question de l’accouchement prématuré peut se poser.
Diabète. — La grossesse peut survenir chez une femme diabétique (M. Duncan, Lécorché) ; il est moins facile de prouver que le diabète survient au cours et sous l’influence de la grossesse. Il en existe cependant des observations indiscutables.
Le diabète aggrave le pronostic de la grossesse : sur 22 cas réunis par M. Duncan 2 femmes sont mortes. Dans certains cas, ce n’est que vers la fin de la grossesse que survient un coma mortel. Cependant le pronostic est loin d’être toujours grave, puisque Lécorché a pu observer 6 diabétiques enceintes sans qu’aucune d’elle succombe.
Le pronostic pour les fœtus est assez souvent grave : bon nombre meurent pendant la grossesse ou pendant les quelques jours qui suivent la naissance.
La grossesse agit d’une manière défavorable sur le diabète qu’il aggrave, soit d’une manière immédiate, soit à plus ou moins longue échéance.
1 Revue de médecine, janvier 1887.
PATHOLOGIE I)E LA GROSSESSE
La glycosurie, dit Le Gendre 1 peut apparaître au moment de la grossesse et cesser après la délivrance; dans les cas plus graves, ce diabète de la grossesse peut durer une vingtaine de mois ; il peut aussi être assez grave pour amener la mort. Quand une femme diabétique devient enceinte, elle avorte 1 fois sur 5. C’est vers le cinquième mois de la grossesse que le diabète s’aggrave. 1 fois sur 2, la femme diabétique meurt après l’accouchement de phtisie ou de coma : 41 enfants sur 100 succombent. Il est donc désirable qu’une femme diabétique ne devienne pas enceinte et elle ne doit pas allaiter. (Ch. Gaudard). « Les jeunes accouchées qui allaitent peuvent avoir une glycosurie généralement légère et transitoire, exceptionnellement un diabète durable et assez grave. »
MALADIES AIGUËS
Choléra. — La grossesse ne confère pas d’immunité spéciale contre le choléra, mais n’y prédispose pas non plus; elle semble n’exercer aucune influence sur la marche de la maladie; la mortalité des femmes enceintes atteintes de choléra est cependant plus élevée.
L’influence du choléra sur la grossesse est particulièrement néfaste : l’avortement ou l’accouchement prématuré ont lieu dans la majorité des cas, et il est à remarquer que la mortalité est moindre lorsque cet accident survient que lorsque l’expulsion n’a pas lieu ; ce qui tient probablement à ce qu’un certain nombre de femmes meurent avant d’avoir eu le temps d’avorter, par suite de la durée très courte de la maladie. Ainsi Queirel n’a observé l’avortement que dans les cas où le choléra a duré quatre jours au moins.
Galliard2 a récemment fait ressortir la gravité du pronostic chez les femmes enceintes atteintes de choléra ; sur 9 femmes, 2 ont été frappées légèrement et ont guéri ; les 7 autres ont succombé. Une seule était atteinte de tuberculose pulmonaire.
La cause de l’expulsion du fœtus est diversement interprétée : poulies uns, elle serait d’ordre mécanique (crampes utérines) (Bouchut) ; pour Slavianski, elle résulterait d’une endométrite aiguë hémorrhagique. Cette opinion est combattue par différents auteurs et en particulier par Queirel pour qui l’avortement résulte d’un trouble de la circulation fœtale dû à la stagnation du sang poisseux et noirâtre de la période cyanique. Pour Brouardel, c’est l’acide carbonique en excès dans le sang qui déterminerait d’une manière prématurée les contractions utérines.
1 Traité de médecine , t. I, p. 429.
- Gaz. hebdomadaire, 1er octobre 1892.