FIÈVRE TYPHOÏDE ET GROSSESSE
Il est certain que c’est l’empoisonnement du sang maternel qui amène des lésions de l’œuf ou des troubles de la circulation utéro-placentaire qui entraînent l’expulsion du fœtus. C’est cependant en vain qu’on a cherche le bacille cholérique dans le liquide amniotique, dans les tissus du fœtus.
L’accouchement présente une physionomie un peu spéciale : le liquide amniotique est peu abondant; les tissus utéro-vagino-périnéaux ont peu de consistance et l’expulsion du produit de conception se fait assez vite.
Dans les cas d’accouchement prématuré, le fœtus peut naître vivant : sur 69 enfants donnés par 67 femmes, Queirel en a trouvé 20 nés vivants ; il est vrai que la plupart meurent dans les jours qui suivent la naissance.
La délivrance n’est signalée par aucun incident grave : les hémorrhagies n’y sont pas fréquentes (Queirel).
Lorsque la femme ne succombe pas immédiatement à l’attaque de choléra, elle peut guérir : l’état puerpéral n’entre guère ici en ligne de compte. Que convient-il de faire chez une femme enceinte atteinte de choléra? 11 est inutile de provoquer l’accouchement; on se contente de combattre le mieux possible les progrès de la terrible maladie. Il n’y a pas de traitement obstétrical particulier.
Galliard a observé 10 femmes allaitant atteintes de choléra et a constaté que chez elles le pronostic était beaucoup moins grave que pour les femmes enceintes. Sur ces 10 femmes, 6 ont guéri; en retranchant de ce nombre de 10, 2 femmes qui n’ont eu qu’un choléra de faible intensité, il reste 8 femmes atteintes de choléra pernicieux avec une proportion de guérison de 50 pour 100 (4 sur 8) — Galliard signale comme particularité l’engorgement douloureux des mamelles chez les cholériques.
Fièvre typhoïde. — La femme grosse n’est point à l’abri de la fièvre typhoïde : l’immunité admise par Rokitansky est contredite par de nombreuses observations.
Elle peut se montrer à toute époque de la grossesse; elle en interrompt le cours, environ dans les 2/3 des cas; l’accouchement se produit d’autant plus facilement que la grossesse est plus avancée (Duguyot) ; il peut survenir à toutes les périodes de la maladie; c’est généralement l’hyperthermie, l’infection générale et les troubles respiratoires qui provoquent l’expulsion du produit de conception.
Les métrorrhagies sont assez fréquentes : elles sont souvent le prélude ou les premiers symptômes du début du travail et s’observent particulièrement dans l’avortement; elles ne semblent point liées à une endométrite hémorrhagique, mais plutôt aux lésions infectieuses du sang.
PATHOLOGIE DE LA GROSSESSE
Malgré quelques observations de Chancellay, Weiss, il n’est pas encore démontré que le fœtus puisse, au moment de la naissance, présenter des symptômes de fièvre typhoïde. — Dans les cas où l’expulsion prématurée n’est pas produit par la maladie intercurrente, le fœtus peut naître vivant et à terme.
La grossesse ne semble pas aggraver d’une manière très marquée le pronostic de la fièvre typhoïde : ainsi, d’après la statistique de Duguyot, la mortalité maternelle ne serait que de 1 femme sur 10.
La forme abdominale semble la plus grave.
Le traitement de la fièvre typhoïde chez la femme enceinte comporte les mêmes indications qu’en dehors de la gravidité; il ne nous semble pas qu’il faille renoncer h certains médicaments, le sulfate de quinine, par exemple, sous prétexte qu’ils peuvent éveiller la contraction utérine. 11 est cependant préférable de s’abstenir du seigle ergoté. Les bains froids sont particulièrement indiqués pour combattre l’byperthermie.
Colique hépatique. — La colique hépatique peut exister pendant la puerpéralité, ainsi que l’ont établi les travaux ou observations de Tarnier, Willcmin, Durand-Fardel, IL Iluchard, Bouchard, J. Cyr, etc.
Elle se montre parfois pendant la grossesse (11 fois sur 51 cas d’après la statistique de Cyr); le plus habituellement elle n’éclate qu’après l’expulsion du fœtus et survient pendant le mois qui suit l’accouchement dans les deux tiers des cas.
Les conditions qui pendant la puerpéralité prédisposent la femme à la colique hépatique sont multiples : l’exagération des fonctions nutritives amène une augmentation dans les matériaux de déchets qui ne sont plus suffisamment brûlés ou éliminés, surtout lorsque la femme a une hygiène défectueuse (défaut d’exercice, séjour dans un air confiné, etc.). Ajoutons-y l’entrave apportée au jeu du diaphragme par le développement de l’utérus, le séjour forcé au lit pendant la grossesse par suite d’une complication (varices par exemple). Le repos prolongé au lit auquel sont astreintes les femmes après l’accouchement explique la fréquence relative de cette complication à cette période de la puerpéralité.
Pendant la grossesse, le cours de la hile est ralenti par pression mécanique, par compression des canaux sécréteurs : ce qui favorise la précipitation de la cholestérine dans la vésicule.
D’après Huchard, cette compression des voies biliaires peut expliquer deux phénomènes opposés : la production des calculs par ralentissement de la hile et la suspension des crises par une compression plus complète qui empêche la migration des calculs après avoir aidé