DÉCOLLEMENT PRÉMATURÉ DU PLACENTA
du placenta. Cette cause était déjà signalée par Mauriceau, qui disait : « J’ai souvent remarqué que la longueur du cordon de l’umbilic, étant
Fig. 316. — Coupe d’après nature de l’utérus d’une femme morte à la Maternité de Beaujon : cette coupe a été faite par MM. Pinard et Varnier et publiée dans leur Atlas.
1, Paroi postérieure de l'utérus. 2, Col de l'utérus , 2', Portion de la caduque restée adhérente à l'utérus. 3, Membranes de l'œuf. 4, Cavité de l'œuf. 5, Extrémité supérieure du caillot décollant les membranes. 6, Caillot rétro-placentaire. 6', Extrémité inférieure de ce caillot. 7, Placenta, décollé. 8, Insertion du cordon sur le placenta. 9, Extrémité placentaire du cordon. 10, Cordon. 11, Extrémité ombilicale du cordon. 12, Ombilic. 13, Coupe du pied gauche. 14, Coupe de l'articulation coxo-fémorale droite. 15, Paroi latérale droite de l'abdomen. 16, Coupe du bras droit au voisinage de l’articulation du coude. 17, Incisives supérieures. 18, Œil droit. 19, Os du crâne. 20, Coupe du cerveau.
beaucoup accourcie par plusieurs contours, qui environnent quelquefois le col de l’enfant, fait pour lors que l’enfant, qui est ainsi bridé par ce cordon, ne peut presque se remuer qu’il ne tiraille l’arrière-faix où il est
PATHOLOGIE DE LA GROSSESSE
attaché et n'en fasse en même temps un détachement d’avec la matrice, qui cause aussitôt une perte de sang d’autant plus grande et dangereuse que ce détachement est grand. »
Anatomie pathologique. — Sur la coupe de Winter, sur celle de Pinard et Varnier (fîg. 516), on constate que l’hématome rétro-placentaire soulève le placenta d’une manière manifeste.
Lorsqu'on examine le placenta, on constate que sa surface utérine est recouverte de caillots anciens sur une étendue plus ou moins grande ; à ce niveau, le placenta présente une dépression plus ou moins marquée, suivant l’abondance de l’hémorrhagie et suivant qu’elle est plus ou moins récente.
Dans certains cas, l’hémorrhagie est assez abondante pour décoller en presque totalité le placenta, qui ne reste adhérent qu’au niveau de sa circonférence; lorsque l’hémorrhagie se fait vers le centre du placenta, elle peut rester interne sans apparaître au dehors; il en est de même parfois lorsque l’hémorrhagie a lieu au bord du placenta : le sang peut se coaguler in situ.
11 est probable que ces hémorrhagies proviennent de lésions des vaisseaux de la caduque.
Symptômes et diagnostic. — Lorsqu’une femme enceinte perd du sang, sans cause appréciable, au cours de sa grossesse, la première pensée qui vient à l’esprit est de rattacher cette hémorrhagie à l’insertion vicieuse du placenta ; cependant un certain nombre de signes permettent d’éviter l’erreur.
Ainsi, dans le décollement prématuré du placenta, on constate une dureté anormale de l’utérus; dans certains cas, cette dureté est ligneuse; rarement l’utérus présente une mollesse pâteuse. L’utérus est augmenté de volume : il existe une disproportion entre le volume de l’utérus et l’âge de la grossesse.
Ce (jui est surtout remarquable, c’est l’état général de la femme, qui présente tous les phénomènes accompagnant habituellement les hémorrhagies graves (face pâle, pouls petit, tendances syncopales), alors que la quantité de sang perdue extérieurement est peu abondante et même nulle.
Souvent les bruits du cœur ne sont pas entendus : le fœtus a succombé au moment où s’est faite l’hémorrhagie.
Au toucher, le col est dur, le segment inférieur présente une consistance analogue à celle du reste de l’utérus; si la femme est en travail, le doigt n’arrive pas sur le placenta, mais constate une tension presque permanente des membranes.
Le diagnostic devient plus ferme si, en même temps que tous ces
signes, on trouve dans les urines une quantité d’albumine plus ou moins considérable ; il est au contraire difficile lorsque l’épanchement sanguin reste interne, le sang ne s’écoulant pas au dehors.
Pronostic. — Le décollement prématuré est un accident de la grossesse redoutable pour la mère et pour le fœtus ; toutefois les auteurs qui se sont basés sur les faits publiés en ont certainement exagéré la gravité. Si cet accident est presque toujours fatal pour le fœtus, il est d’une gravité moindre pour la mère : sur 13 cas, il y a eu 5 morts (R. Dumarcet).
Traitement. — Il diffère suivant l’état général de la femme. Il est rare que si le décollement est assez abondant, le travail ne se déclare pas ; si l’écoulement sanguin se fait au dehors, on a recours aux injections chaudes.
Dans les cas où le travail ne semble pas marcher assez rapidement, il est utile de rompre artificiellement les membranes et, dans les cas graves, de recourir à la dilatation rapide par le ballon Champetier.