BASSIN APLATI TRANSVERSALEMENT
(Bassin de Robert)
C’est une variété très rare de bassin vicié : elle a été décrite pour la première fois par Robert en 1842; il constata sur un bassin une absence presque complète des deux ailerons du sacrum ; d’où, « une diminution d’ampleur symétrique des deux côtés, amenant un aplatissement latéral de l’entrée et de la cavité pelvienne ».
Les observations peu nombreuses de viciations semblables ont été successivement publiées par Kirchoffer (d’Altona), B. Seifert et Lambl (1855), Bailly, Depaul, Kehrer (1869), Litzmann, etc.
Anatomie pathologique. — Ce qui caractérise ce bassin, c’est l’absence ou le développement incomplet des deux ailerons du sacrum : d’où la dénomination de bassin double oblique ovalaire qui indique qu’au lieu d’ètre unilatérale comme dans le bassin de Nægele la lésion est ici double. Cette dénomination est mauvaise, puisque le bassin est symétrique et qu’il n’est pas oblique ovalaire (fig. 568).
Le sacrum, enfoncé entre les deux os iliaques, est étroit, ne présente plus de concavité transversale ni longitudinale; le promontoire fait une saillie très marquée au niveau du détroit supérieur. Les ailes iliaques sont aplaties et dirigées en avant; les lignes ilio-pectinées sont presque droites et très rapprochées l’une de l’autre. Il en est de même des parties latérales de l’excavation, des épines sciatiques, des tubérosités qui sont rapprochées l’une de l’autre. La distance entre les épines iliaques antéro-supérieures est très diminuée.
Tous les diamètres du bassin, sauf les diamètres antéro-postérieurs, sont rétrécis : le détroit supérieur a la forme d’un coin long et étroit, à sommet dirigé en avant. Les diamètres transverses sont les plus courts; ils diminuent de longueur de haut en bas de telle sorte que le détroit inférieur n’est presque constitué que par une fente étroite. Les branches ascendantes du pubis forment par leur réunion un angle aigu.
Pathogénie. — De nombreuses opinions ont été émises pour expliquer l’étroitesse du sacrum et l’absence de symphyses sacro-iliaques.
Nous serons bref sur ce sujet après les détails que nous avons donnés sur la pathogénie du bassin oblique ovalaire ; les mômes questions se posent ici : S’agit-il d’un simple .arrêt de développement dans les ailerons du sacrum entraînant comme conséquence l’ankylose sacro-iliaque ? Ou bien cette ankylosé est-elle primitive et l’arrêt de développement des masses
précis r’oestétrique. 60
DYSTOCIE.
latérales du sacrum en est-il la conséquence? « Une même explication, dit à ce propos F. -J. Herrgott, ne peut s’appliquer à tous les cas ; en les
examinant avec soin, on constate entre eux des différences Il est des
bassins où les ailerons du sacrum manquent totalement, ainsi que les articulations sacro-iliaques ; dans ces cas, il y a eu manifestement arrêt dans la formation des os pendant la période intra-utérine. — Dans d’autres bassins, les ailerons existent (deuxième bassin de Robert, bassin dti musée Dupuytren), mais avec une diminution de leur ampleur; on constate dans
Fig. 568. — Bassin de Robert.
leur voisinage des traces d’une inflammation (bassin de Depaul) ; et quelquefois les anamnestiques en révèlent l’existence à une période peu avancée de la vie. »
Diagnostic. — Il n’est point facile ; extérieurement ce bassin ne sc distingue que par son peu d’ampleur, les épines iliaques antéro-supérieures sont rapprochées, ainsi que les épines iliaques postéro-supérieurcs ; ces dernières masquent pour ainsi dire l’apophyse épineuse de la dernière vertèbre lombaire.
Le toucher est parfois difficile à pratiquer et même impossible en raison du rapprochement des ischions et des branches descendantes du pubis.
Pi ’ onostic . — Il est généralement sérieux pour la mère et pour le fœtus, si l’on n’intervient pas utilement. Si les lésions ne sont pas trop accusées, l’accouchement est à l’extrême rigueur possible : Litzmann a rapporté l’observation d’une femme, dont le bassin était latéralement
rétréci par suite du développement incomplet du sacrum. Cette femme avait accouché deux fois spontanément; c’est au troisième accouchement qu’elle mourut d’une rupture de l’utérus.
Dans presque tous les cas publiés, l’accouchement par les voies naturelles fut impossible et c’est. à l’opération césarienne qu’il a fallu recourir.