G. BASSINS VICIÉS PAR OBSTRUCTION
Ces bassins, heureusement rares, échappent à toute description : ils varient en effet de dimensions suivant le siège, la forme, la consistance et la nature de la tumeur qui remplit plus ou moins l’excavation.
11 faut toutefois établir une distinction capitale entre les tumeurs pro-
Fig. 382. — Bassin vicié par exostose. (Leydig.)
venant du voisinage et celles développées in situ , telles que les exostoses (lig. 582), les différentes variétés de tumeurs cancéreuses des os du bassin, les fdjromes, etc. ; ces tumeurs sont le plus habituellement sessiles, irréductibles. Pour peu qu’elles soient développées, elles opposent un obstacle infranchissable au passage du fœtus vivant.
Certaines déformations du bassin, telles que les cals difformes consécu-
BASSINS A VICIATIONS COMPLEXES.
tifs à des fractures du bassin, rendent le bassin plus ou moins irrégulier, mais permettent cependant raccouehement par les voies naturelles.
Quant aux tumeurs de voisinage qui font saillie dans l’excavation, le pronostic au point de vue de l’accouchement diffère pour chacune d’elles ; les plus fréquentes sont les fibromes pédiculés, les kystes du ligament large, etc. ; il importe de différencier ces tumeurs de celles qui rendent le bassin réellement vicié par obstruction.
Lorsqu’en effet la tumeurœst suffisamment développée pour mettre un obstacle considérable à l’accouchement, on est obligé d’avoir recours à l’opération césarienne. La symphyséotomie ne pourrait donner de bons résultats qu’autant que la tumeur serait de petit volume et située de préférence à la partie postérieure de l’excavation.
H. BASSINS A VICIATIONS COMPLEXES.
Ce sont les bassins qui se trouvent modifiés dans leurs dimensions par différentes causes, agissant dans le môme sens ou dans un sens contraire. Ainsi chez une femme rachitique la colonne vertébrale a pu se dévier en arrière : cette cyphose vertébrale vient modifier les déformations qui résultent pour le bassin du ramollissement osseux d’origine rachitique.
Il est impossible d’indiquer toutes les variétés de bassins à viciations complexes, d’autant que ces viciations sont multiples.
Nous n’indiquerons que deux espèces de bassins à viciations complexes :
1° Les bassins rachitiques qui sont en outre plus ou moins déformés par une déviation de la colonne vertébrale ;
2° Les bassins non rachitiques viciés par différentes courbures de la colonne vertébrale et que nous avons déjà vus (p. 958).
I. Bassins rachitiques à viciations complexes. — Voyons successivement l’influence des trois principales déviations rachidiennes sur le bassin rachitique.
1° La lordose est commune chez les femmes ayant le bassin vicié par le rachitisme; elle est souvent la conséquence de l’attitude qu’entraîne le rachitisme.
Elle a généralement peu d’influence sur la forme de la face antérieure du sacrum; dans certains cas, elle contribue à la rendre convexe. On sent alors au toucher un faux promontoire lombaire au-dessus de l’angle sacro-vertébral. Cette saillie anormale peut gêner l’engagement de la partie fœtale.
DYSTOCIE.
La lordose produit l’antéversion du bassin tandis que le rachitisme tend à rendre le bassin horizontal; la lordose corrige donc jusqu’à un certain point l’inclinaison vicieuse causée par le rachitisme.
2° La scoliose n’agit point sur la direction du bassin, mais peut en modifier les diamètres en déplaçant le centre de gravité vers l’un des côtés du bassin; de telle sorte que, si une scoliose très accusée débute dans le jeune âge chez une enfant rachitique, elle peut rendre le bassin asymétrique, le côté aplati correspondant à la convexité de la scoliose.
5° Cyphose. — Ce qu’il est plus fréquent d’observer, c’est la cyphose survenant chez un sujet rachitique; parfois même à la cyphose vient s’ajouter la scoliose : d’où deux types de bassin, le bassin cypho-rachitique et le bassin cypho-scolio-rachitique.
a. Bassin cypho-rachi tique. — La cyphose, comme nous l’avons vu (p. 961) a pour résultat de faire basculer d’avant en arrière l’extrémité supérieure du sacrum de manière à agrandir le détroit supérieur et à rétrécir le détroit inférieur. Comme elle survient généralement à un âge un peu plus avancé que le rachitisme, elle corrige une partie des déformations du bassin; de telle sorte que le détroit supérieur redevient presque normal; seul le détroit inférieur est un peu rétréci.
Ainsi prenons deux femmes chez lesquelles le rachitisme a produit les mêmes lésions du côté du bassin ; si chez l’une d’elles survient une cyphose, les déformations pelviennes seront moins accusées que chez l’autre. Aussi peut-on dire qu’au point de vue obstétrical, sinon au point de vue esthétique, il vaut mieux pour une rachitique être bossue que d’avoir la colonne vertébrale droite.
Il n’y a qu’au point de vue de la direction du bassin que rachitisme et cyphose ont une action convergente; tous deux tendent en effet à rendre le bassin horizontal. Dans certains cas cependant où la courbure de compensation de la cyphose est exagérée, le centre de gravité peut être reporté en avant; la cyphose vient alors corriger l’horizontalité du bassin rachitique.
b. Bassin cypho-scolio-rachitique. — C’est un type assez commun dont la description est difficile, car les viciations du bassin varient suivant que Lune ou l’autre cause de déformation prédomine.
Ici comme dans le bassin cypho-rachitique, les déformations causées par le rachitisme et la cyphose ont tendance à se compenser ; la scoliose vient seulement ajouter son action en rendant le bassin plus ou moins asymétrique.
Ce qu’on peut dire d’une manière générale, c’est que le bassin est plus ou moins vicié — et surtout irrégulier.